libertaire anarchiste anarchisme
Franc-maçonnerie
et anarchisme

Le drapeau noir,
l'équerre
et le compas
 de Léo Campion

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co-édition Alternative Libertaire - Bruxelles
La Maison de la Fraternité et de la Solidarité d'Évry
170 pages - 15 euros (600 fb - 100 ff)
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Cet ouvrage fut édité une première fois en 1969 sous le titre Les anarchistes et la franc-maçonnerie.

A noter que cette première publication était exclusivement destinée aux Franc-Maçons. Plus tard, il fut revu et considérablement remanié avant d'être à nouveau édité, mais cette fois à l'intention de tous les publics et sous le titre actuel.
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Au fil des ans, il était devenu impossible de le trouver.

Pourtant l'oeuvre de Léo Campion restait unique et irremplaçable. Bien sûr, il existe de nombreux ouvrages (de qualité très diverse) traitant de la maçonnerie. De même, la bibliothèque anarchiste est vaste et bien fournie. Mais seul Léo Campion a su dire combien les idéaux libertaires et maçonniques pouvaient se rejoindre.
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À travers les biographies d'anarchistes et de franc-maçons illustres, Léo nous présente cet humanisme commun aux deux courants de pensée. Liberté, Égalité, Fraternité, telle est la devise de la franc maçonnerie. Les anarchistes pourraient se reconnaître en elle (les trois mots étant alors entendus dans leurs sens le plus juste).
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Un groupe d'amis s'est donc donné pour tâche la réédition de ce livre. C'est aujourd'hui chose faite!



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Table des Matières
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Préface (1), Yvon Tanguy
Préface (2), Michel Noirret
Introduction
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Première Partie - Les Anciens - Sylvain Maréchal - Le marquis de Sade - Proudhon - Michel Bakounine - Multatuli
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Deuxième Partie - Les Francs-Maçons et la Commune de Paris - Eugène Pottier - Les Reclus - Louise Michel - Jules Vallès - Jean-Baptiste Clément
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Troisième partie - Paul Robin - Les Laisant - Domela Nieuwenhuis - Laurent Tailhade - Jacques Gross - Sébastien Faure - Paraf-Javal - Francisco Ferrer - Augustin Hamon - Montéhus - Jean Marestan - La guerre de 1914-1918 - La CNT-FAI
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Quatrième partie - Petit éventail fraternel - Charles d'Avray - Jean Biso - Voline - Jules Rivet - Henri Chassin - Rémy-Pierre Boyau - Jean Roumilhac - Gaston Leval - Michel Herbert - Emestan - Hem Day - André Prévotel - Suzy Chevet - René-Louis Lafforgue - Delgado - Égo-parenthèse - Conclusion
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Annexe 1 - Une enquête de La Revue Anarchiste - Le Rôle de la Franc-Maçonnerie - Plaidoyer pour la Franc-Maçonnerie - Réponses à l'enquête - Autour de l'enquête - Ajout - Qui Suit - Conclusion
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Annexe 2 - Atelier Léo Campion du Grand Orient de France.


.L'AUTEUR
Léo Campion

Né le 24 mars 1905 à Paris. En 1923, Léo Campion s'installa à Bruxelles où il rencontra un libraire anarchiste et franc-maçon Marcel Dieu alias Hem Day.

Il fut initié à la loge Les Amis philanthropes le 7 avril 1930 à Bruxelles et ne revint jamais sur cet engagement.

Expulsé du territoire français à la suite d'une campagne de L'Action française, il retourna en Belgique où il fut condamné, en 1933, en compagnie de Hem Day à dix-huit mois de prison pour avoir renvoyé son livret militaire à l'expéditeur.

Cette fine plume anarchiste avait aussi un assez joli coup de crayon. De 1930 à 1936, il exerça ses talents de caricaturiste pour le compte du journal bruxellois Le Rouge et le Noir tout en commençant une carrière de chansonnier qui le ramènera à Paris car : «on ne fait pas carrière de chansonnier à Bruxelles, Genève ou Bordeaux». Ses allers venues incessants entre Paris et Bruxelles faisaient de lui un messager idéal pour la résistance française. C'est ainsi que Léo Campion, qui n'avait rien demandé, reçu à la Libération la croix de guerre, un comble pour cet ancien secrétaire du Comité maçonnique pour l'objection de conscience et de la section belge de l'Internationale des Résistants à la Guerre.

Après la Seconde Guerre mondiale, Léo Campion démontra encore une fois qu'il avait plus d'une corde à son arc en devenant comédien, directeur de cabaret, et producteur. Il continua parallèlement ses activités militantes. A vrai dire, il n'y avait pas chez lui de rupture entre l'artiste et l'anarchiste.


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La préface
de Michel Noirret
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C'est après avoir lu sous la plume de Léo Campion, dessinateur, chansonnier et écrivassier, comme il se définissait lui-même, que j'ai accompli, vers l'âge de douze ans, un progrès décisif dans la compréhension des sciences:
“ Sous l'effet de la chaleur, les corps s'allongent. C'est la raison pour laquelle, en été, les jours sont plus longs qu'en hiver ”, écrivait-il dans une de ces revues qui ont fait la renommée de l'humour français (était-ce Le Hérisson ? Marius ? Le Rire ? Franc-Rire ? L'Almanach Vermot ?).
Vus sous cet angle, les problèmes de robinets qui fuient ou de trains fonçant à la rencontre l'un de l'autre ne sont plus que de§ tigres de papier dont on fait les cocottes. (je tiens encore de cette époque, d'un bienfaiteur des enfants inconnu du grand public, une technique de cocotte en papier battant des ailes lorsqu'on lui tire la queue (1), qui me vaut encore des murmures envieux.)
Merci Léo, grâce à toi mon cursus de cancre ne fut pas trop culpabilisant; je te devais bien une préface et je suis plus ému que je n'en ai l'air, à l'écrire plus de quarante ans après cette première rencontre.
La deuxième rencontre, c'était pour de vrai, en Maçonnerie. Il ne s'est rien passé de spécial. J'avais tellement de choses à lui dire que j'ai eu peur de passer pour un cireur de pompes, un admirateur bêlant. Alors, je ne lui ai rien dit. Peut-être qu'il ne m'aurait même pas entendu. Il devenait un peu dur de la feuille. De plus, il préférait nettement tenir le crachoir, ça lui évitait de devoir répondre à côté. Par la suite, je m'en suis tenu à cette attitude. D'abord parce que généralement ce qu'il racontait était beaucoup plus rigolo que ce que j'aurais pu lui dire. Et puis souvent les vieux font semblant d'être plus sourds qu'ils ne le sont, pour qu'on ne les interrompe pas avec des conneries: ils se demandent s'ils auront le temps de tout dire avant de replier leur tablier. Ce qui fait que même à c't'heure je suis sur que mon nom ne lui dirait toujours rien, au Léo. Et heureusement qu'il ne croyait pas à la vie après la mort sinon derrière mon épaule il froncerait probablement le sourcil, se demandant pourquoi on a demandé à un obscur clampin dans mon genre d'écrire une préface pour son bouquin.
J'y crois pas non plus à la vie après la mort et j'ai un de ces putains de torticolis, pas question de tourner la tête pour voir si quelqu'un regarde par-dessus mon épaule. Ça vous prend ces trucs, on sait pas pourquoi.
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Le drapeau noir
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Le drapeau noir fut inventé au XIX' siècle par les premiers socialistes (à ne pas confondre avec ceux d'aujourd'hui, qui sont vraiment les derniers), las de se faire engueuler par Karl Marx chaque fois qu'ils essuyaient leurs pompes au drapeau rouge après la manif. Madame Karl Marx n'en finissait pas de se taper des lessives, et ça lui faisait des embrouilles dans son ménage, au Charlie.
Les premiers socialistes, qui ne se contentaient pas d'agiter le peuple avant de s'en servir, ils étaient encore le peuple en ce temps-là, eurent donc l'idée de soulager une camarade dans ses pénibles travaux ménagers (2) en optant pour un drapeau noir. C'est beaucoup moins salissant. Tant qu'à n'en avoir rien à cirer des drapeaux...
Cette dialectique sentait déjà sa dérive gauchiste petite-bourgeoise. Une vision radicalement matérialiste aurait permis de comprendre que si la ligne de Madame Karl Marx passait bien selon un angle d'environ 45 degré au-dessus de la pierre du lavoir, la position du camarade Engels, dans le même axe, apportait un heureux dérivatif aux conditions de travail de l'accorte lavandière, cependant que Karl, farouche, dans la soupente rédigeait Le Manifeste, d'une plume ombrageuse que la bonne lui... nous nous en tiendrons là pour ce qui est des gauloiseries.
Le divorce était consommé entre les turpitudes honteuses des uns et le désir avoué et réclamé des autres de les vivre sans entrave, en les appelant plaisirs de l'existence. Trop tard: ceux-là, on disait déjà que c'étaient rien que des anarchistes, et c'est bien normal avec des idées pareilles.
Va pour Anarchiste, dirent-ils. On allait voir ce qu'on allait voir. Ils se mirent à clamer par exemple que la propriété, c'est le vol. Jusqu'à nos jours personne ne les a crus. Aujourd'hui on commence à comprendre un peu mieux de quoi il s'agit.
Ni dieu ni maître, ajoutaient-ils en se torchant avec les rideaux du pouvoir. Enfin, en se torchant surtout aux linceuls de leurs camarades, car le pouvoir avait coutume de leur tirer dessus à tort et à travers. Plus tard Bonnot et sa bande tentèrent d'inverser la tendance, mais sans grand résultat.
Léo Campion l'a dit lui-même: dans sa jeunesse il avait les mêmes idées que tout le monde, c'est-à-dire qu'il n'en avait pas.
Il fit donc son service militaire. Dans l'aviation, comme pilote (en ces temps une habileté moyenne dans le maniement de la brouette permettait d'accéder sans difficulté majeure aux commandes d'un avion).
Puis, dès qu'il en eut (des idées) il devint antimilitariste. Il avait notamment rencontré Marcel Dieu, anarchiste et franc-maçon. Dieu est souvent à l'origine des vocations les plus inattendues, mais c'est plus sympa quand on peut l'appeler Marcel.
Léo et Marcel, en 1933, renvoyèrent leur livret militaire au ministre compétent (3). Ils finirent en cabane, preuve qu'il peut y avoir des Francs-Maçons en taule pour des raisons parfaitement honorables. Après une grève de la faim au retentissement international, ils furent, à leur grande satisfaction, ignominieusement chassés de l'armée et privés de leurs droits civiques. Ce qui, dit Léo, “ n'eut aucune influence sur notre métabolisme basal. ”
 Sa voie était toute tracée.
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L'équerre et le compas
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La Franc-Maçonnerie moderne dont ces deux outils sont les attributs par excellence, encore que la fourchette et le couteau ne dépareraient pas (4), fut inventée au XVIII' siècle par les Francs-Maçons eux-mêmes. On ne voit pas qui d'autre aurait pu. Aucune bête au monde...
À part ça, que dire encore des secrets de polichinelle de la Franc-Maçonnerie qui ne soient pas déjà dans des tas de publications et au prix du marché chez n'importe quel libraire? je ne vais pas rajouter quoi que ce soit à cette profusion.
Ceux qui pensent le plus grand mal de la Maçonnerie continueront à le faire sans l'aide de quiconque. Il suffit de lire la prose des fachos à cet égard pour être pleinement édifiés.
Anecdote: il y a une dizaine d'années, lors d'une journée du Patrimoine, les locaux des loges du Grand Orient de Belgique de la rue de Laeken à Bruxelles étaient accessibles au public (normal: classés monuments historiques, les temples allaient être rénovés avec un subside public. Il est parfaitement légitime que le contribuable voie ce qu'on fait avec ses sous). Le succès de foule fut aussi considérable qu'imprévisible. Toutefois, il apparut assez rapidement que les gens ne venaient pas spécialement pour l'architecture, mais se montraient plutôt avide de savoir ce qu'on fichait là-dedans. Avec quelques frères nous nous improvisâmes guides.
Une dame qui écoutait mes explications, sans doute un peu confuses, d'un air entendu me demanda à brûle-veston: “ Et qu'est-ce qu'il y a dans les caves ? ” Pris de court je lui répondis qu'elles n'étaient pas classées monuments historiques et qu'il y avait ce qu'il y a d'ordinaire dans les caves. “ Oui. C'est ce que vous dites, mais qu'est-ce qu'il y a vraiment? Hein ? Hein? ”
Il ne me restait plus qu'à lui avouer que nous y entassions les ossements des jeunes vierges que nous égorgions à chacune de nos réunions (5).
je suis sûr qu'elle a pensé que je lui cachais certainement des choses encore bien pires.
D'aucuns croient qu'en nous "extériorisant" nous en finirions avec les ragots et les âneries qu'on colporte sur la Franc-Maçonnerie... bon courage!
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Anarchiste et Franc-Maçon
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 Comment est-ce possible des horreurs pareilles?
je l'ai écrit ailleurs (6): on peut être juif, chrétien (même de gauche), bouddhiste, zen, abonné au gaz, unijambiste, aveugle et Franc-Maçon. Sauf d'extrême-droite. Ce n'est pas que les gens d'extrême-droite n'aimeraient pas être Francs-Maçons. Ce sont les Francs-Maçons qui n'en veulent pas. C'est comme ça, on discute pas. La tolérance des maçons s'arrête où commence le mépris déclaré des autres.
Nous terminerons sur une citation du maître, car après tout qui mieux que lui connaissait les raisons qu'il avait d'être anarchiste et Franc-Maçon (7): “ Si les Maçons anarchistes sont une infime minorité, la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable (...) elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n'adhère à rien”.
Michel Noirret


(1) Tout porte à croire que Léo ça lui aurait fait battre des coudes; il s'honorait publiquement d'avoir une très belle paire, de coudes, et se proposait de la montrer à qui voulait.
(2) Probablement que l'idée ne venait pas de Proudhon. Lui, il pensait que les gonzesses c'était juste fait pour pondre des chiards et tenir la maison propre. On a toujours raison de se méfier des grands hommes.
(3) C'est pas moi qui le dit, c'est la langue française qui l'a voulu comme ça. Raison de plus d'aimer la langue française.
(4) N'oublions pas que la Franc-Maçonnerie moderne fut créée dans une auberge londonienne, L'Oie et le Grill. Ça laisse forcément des traces, de telles origines.
(5) Les soeurs et les frères du Droit Humain, obédience mixte, sont tenus d'égorger un jeune androgyne, ce qui ne court pas les rues et complique la cohabitation: la vie en couple c'est déjà pas Byzance tous les jours, mais quand, en moyenne, pour deux poilus il y a huit meufs, c'est l'antichambre de l'enfer (je ne sais pas pour qui). Pour les Maçonnes de la GLFB, obédience féminine, bien sûr un jeune mâle à peine pubère se procure plus aisément. Puisqu'on en est aux confidences croustillantes, je peux, sans augmentation du prix de ce livre, révéler à ceux qui tiennent à rentabiliser leur achat, le mot de passe entre les hommes et les femmes Maçons: “ Si tu me fais voir ta Grande Loge, je te montrerai mon Grand Architecte. ” Et réciproquement (naturellement ces considérations n'engagent que moi).
(6) Cahiers Marxistes, n°193, mars-avril 1994, Être de gauche et Maçon.
(7) À un admirateur qui lui demandait: “ Dois-je vous appeler maître ? ”, il répondit: “ Appelez-moi vieux con. ”


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