libertaire anarchiste anarchisme

Qui sont les anarchistes ?

En France
aujourd'hui...

En ce qui concerne la France (1),
des sondages, et des études récents
nous permettent d'avoir une idée
plus précise sur qui sont
les libertaires aujourd'hui
et leur évolution socio-économique.

Déjà, Michel Ragon, dans son livre La Voie libertaire, indiquait en prenant l'exemple de la Fédération Anarchiste (FA) vers la fin des années 80 que la situation de celle-ci est la même que celle de tous les partis politiques et syndicats, c'est-à-dire une forte proportion d'enseignants, d'étudiants et de fonctionnaires (50%), des employés plus que des ouvriers, ces derniers étant néanmoins nombreux dans les métiers de l'imprimerie et du Livre (33%). 17% viennent des professions libérales, des cadres, de l'agriculture (surtout en Bretagne) et d'emplois précaires (2).

Plus récemment, un Sondage du Monde libertaire, réalisé en 1994, rassemble les réponses d'un total de 294 lecteurs de ce journal, avec des résultats encore plus précis sur la situation socio-économique des lecteurs et lectrices de cet hebdomadaire. Selon les résultats obtenus, il y a 18% de femmes et 82% d'hommes dont 20,7% de moins de 25 ans, 25,9% entre 26 et 35 ans, 27,2% entre 36 et 45 ans. Mais il y a encore 11,9% de 46 à 55 ans et enfin 13,3% ont plus de 55 ans. La répartition socioprofessionnelle de ces 294 personnes indique qu'il y a 7,5% d'ouvriers, 22,8% d'employés, 8,5% de techniciens, 9,9% de cadres, 3,1% de non-salariés, 17% d'étudiants, 6% de chômeurs et 10,9% de retraités.

Ces quelques chiffres correspondent grosso modo à ceux que j'ai pu établir à partir des 140 questionnaires concernant la Culture libertaire que j'ai recueillis. En effet, on a 8% d'ouvriers, ce qui correspond pratiquement au 7,5% du sondage du Monde libertaire. On a 26% d'étudiants, ce qui est légèrement supérieur, et un peu moins de retraités. Nous avons aussi 3% de chômeurs et 4% de sans-emploi, ce qui totalise un 7% qui n'est pas très loin des 6% des chômeurs indiqués par le sondage du Monde libertaire. En outre, 8% d'employés, ce qui est encore très proche des 8,5% de ce sondage, et ainsi de suite pour les autres catégories socioprofessionnelles. Donc, dans deux moments différents, et par rapport à un public différent, nous arrivons à un même constat (3).

La remarque principale qu'on peut faire dès maintenant, c'est que non seulement les anarchistes, les libertaires, ne sont comme on l'a trop souvent affirmé, ni marginaux du lumpen-prolétariat, ni plus que d'autres des artisans passéistes comme l'écrivait déjà Maitron en 1970 (4). Mais, B et il me semble très important de le signaler B ils ne représentent pas du tout, dans leur très grande majorité, les couches sociales les moins favorisées socialement, politiquement et économiquement, c'est-à-dire les ouvriers spécialisés, les smicards, les chômeurs, les RMistes qui sont pourtant quelques millions de personnes (5). Certes, ces couches sociales, en France, ne sont que minoritaires face à cet ensemble hétérogène qu'on appelle couches moyennes, mais ce sont pourtant elles qui vivent à la première personne l'injustice et les contradictions sociales de nos pays riches. Tandis que c'est parmi les couches moyennes qu'on retrouve le plus de révolutionnaires, ou autrement dit ces personnes envisageant la transformation de la société aujourd'hui (6).

Voici encore une donnée nous permettant de constater l'évolution sociologique des libertaires, par exemple 15% des pères de ceux qui ont répondu à mon questionnaire sont ou étaient ouvriers. Le double du pourcentage par rapport à leurs fils ; 16% de leurs pères sont des cadres, 14% sont des artisans-entrepreneurs, 7% travaillent dans l'éducation ou sont professeurs. Quant à la profession de leurs mères la plus citée se situe autour de l'éducation. Cependant les données recueillies nous indiquent qu'une majorité des mères n'a pas de profession (15%) ou elles sont mères au foyer (13%). Enfin, comme pour la profession des pères il y a 16% de non-réponses.

Avant de continuer l'analyse de ces résultats, je dois préciser que comme le sondage du Monde libertaire, moins de 20% de femmes ont répondu à mon questionnaire. Ce qui est en fait une grande question pour le mouvement libertaire qui prône non seulement l'égalité économique entre tous les hommes, mais aussi entre les sexes (7).

L'autre remarque qu'on peut faire, c'est que les jeunes de 20 à 29 ans sont une majorité, ce qui correspond aussi au sondage du Monde libertaire. Mais ce qui me semble être extrêmement intéressant, c'est que les différentes classes d'âge sont de plus en plus représentées (8).

En effet, il y a 22% de réponses venant de personnes ayant entre 40 et 49 ans, et 9% dépassant la cinquantaine. Puis ça diminue très nettement pour les personnes ayant plus de 70 ans. Par rapport au renouveau de l'anarchisme du début des années 70, on remarque quand même un vieillissement des militants et des sympathisants, ce qui amène à nous poser la question suivante : Les retraités seront-ils un des éléments moteurs de l'anarchisme du XXIe siècle ?

Enfin, on peut faire une dernière considération quant à l'origine sociale des personnes ayant répondu au questionnaire. Elles ne viennent pas forcément de couches sociales riches économiquement, mais elles le sont, apparemment, de ce capital culturel décrit par Pierre Bourdieu, ce capital, qu'ils développent tout au long de leur vie. En effet, à partir du moment où ils trouvent par hasard dans un journal libertaire, ou dans une bibliothèque des livres sur l'anarchisme, ils vont de plus en plus s'intéresser à l'édition et en faire leur activité principale. Un vieux constat qu'on a pu faire depuis longtemps dans ce milieu, et cela dans tous les pays où les anarchistes sont présents, individuellement, ou en groupes, fédérés ou pas.

Estimations progressistes

Avant de vous présenter d'autres données tirées des réponses reçues à mon questionnaire, je voudrais donner, à mon tour, quelques chiffres estimant le nombre des libertaires, en France aujourd'hui. On peut dire sans peur de se tromper qu'il existe des dizaines de milliers de personnes qui partagent ces idées sans pour autant passer à l'acte... Ce qui reste vague. Cependant, si on tient compte de la participation aux manifestations de décembre 1995, à Paris, ou celles contre la modification de la loi Veil sur l'avortement, en novembre de cette même année, toujours à Paris, il y avait peut-être 2.000 personnes dans le cortège anarchiste (9). Si on pense que dans des villes comme Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, il y avait quelques centaines de personnes derrière les drapeaux noirs ou rouges et noirs, et quelques dizaines dans les autres villes ; si, d'autre part, on pense à ceux et celles qui habitent dans de petites villes, ou des villages, et qui ne peuvent pas manifester, ou ceux qui n'ont pas envie de manifester, on peut atteindre un chiffre qui va de 5.000 à 10.000 personnes. Par contre, ce qu'on peut affirmer, c'est que le nombre des militants d'organisations spécifiquement anarchistes (10), en ce début d'année 1999, est inférieur à mille (11). Mais il y a aussi de nombreux groupes qui ne sont pas fédérés, et qui sont plus ou moins actifs. Enfin, comme je le disais plus haut, de nombreuses personnes se disent ou se sentent libertaires ou anarchistes sans adhérer à aucune organisation ou groupe.

À partir des réponses à mon questionnaire, on remarque qu'il y en a 55 indiquant n'appartenir à aucun groupe ou organisation anarchiste, ce qui représente 45,4%, soit près de la moitié du total. Puis, on a 17,3% d'adhérents à la FA, et 15,7% d'actifs dans des associations culturelles (journal, librairie, centre de documentation), etc. 11,7% disent participer à un groupe anarchiste non fédéré ; 10,7% à la CNT, et enfin on trouve des réponses en ordre dégressif : 3% participent à Alternative libertaire (France), 1% à l'OCL, 1% à l'Union pacifiste, 1% à la Coordination anarchiste et 1% à des groupes d'étudiants, etc.

Ces organisations spécifiques ont toujours comme principale activité l'édition d'un journal, voire de plusieurs périodiques. La Fédération Anarchiste Francophone (France et Belgique), publie Le Monde Libertaire qui est imprimé à 8.000 exemplaires. Environ 1.100 personnes sont abonnées ; le reste est diffusé par des groupes qui le vendent à la criée, et en partie dans un certain nombre de kiosques dans toute la France. La vente dans les kiosques représente une moyenne de 1.000 exemplaires par numéro. Mais les numéros extraordinaires, qui restent en kiosque plusieurs semaines, sont tirés à quinze mille exemplaires. Par exemple, celui consacré au centenaire de ce journal (12) a été vendu à 5.000 exemplaires.

La Fédération Anarchiste a un point de vente de la presse libertaire à Paris, c'est la Librairie Publico. Celle-ci diffuse l'essentiel des ouvrages anarchistes ou qui ont trait à l'anarchisme (13), des supports audio-visuel, ainsi que du matériel de propagande (affiches, autocollants, etc.). En outre, les seules personnes, à ma connaissance, à être salariées, à plein temps (14), pour leur activité dans le mouvement libertaire, sont les deux permanents de cette librairie et une personne s'occupant de la fabrication du Monde libertaire. L'autre activité importante de la FA créée il y a une quinzaine d'années à Paris, c'est Radio libertaire, qui est écoutée par plusieurs milliers de personnes chaque jour. Elle a eu aussi un permanent pendant quelque temps, mais ce n'est plus le cas maintenant (15). En réalité, il y a une autre personne à tirer une partie de ses revenus de l'activité libertaire, c'est le responsable des éditions Acratie qui s'occupe entre autres, de la fabrication du journal de l'OCL, Courant alternatif. Ce journal, tiré à 2.400 exemplaires, a environ 400 abonnés et est vendu dans des kiosques à quelques centaines d'exemplaires par mois.

À Alternative libertaire (France), une personne est salariée à mi-temps. Cette organisation publie un mensuel du même nom, tiré lui à un peu plus de mille exemplaires, et a aussi quelque 400 abonnés. De plus, cette organisation publie une revue, Débattre, qui est surtout diffusée parmi les adhérents.

Le mensuel Le Libertaire, est réalisé par des membres de la Coordination Anarchiste et tiré à 2.500 exemplaires. Il est diffusé dans certains kiosques et vendu en moyenne à 900 exemplaires. Les chiffres, donnés par le responsable de ce mensuel en 1996 nous informaient qu'il y avait en outre 450 abonnés. Enfin, toutes ces organisations (FA, AL, CA, OCL) ont une activité éditoriale et de nombreuses publications locales qui vont de la feuille mensuelle à des fanzines, des périodiques plus ou moins réguliers Le Drapeau noir, publié par un groupe de la FA à Besançon, ou Le Coquelicot du groupe d'AL de Toulouse, ou encore Le Chat Noir par un groupe de l'OCL, etc...

Je n'ai pas voulu ajouter la CNT à ces organisations spécifiques, même si la plupart des militants actifs de ce syndicat d'inspiration anarcho-syndicaliste sont des libertaires connus. D'autre part, suite à la scission de 1993, il existe deux organisations qui revendiquent cette même appellation (16). Pour celle dite de la rue des Vignolles, actuellement, on ne peut donner de chiffres précis, parce que depuis les événements de décembre 95 le nombre d'adhésions a été en progression constante, ce qui a valu un grand nombre d'articles dans la presse pour une structure qui n'avait que quelques centaines d'adhérents il y a seulement quelques années. Peut-être sont-ils 3.000 (17). Je n'ai pas de chiffres officiels pour l'autre CNT, mais il semblerait que celui-ci oscille entre 100 et 300 adhérents. Le Combat syndicaliste, mensuel de la CNT de la rue des Vignolles avait jusqu'à il y a quelques mois un tirage d'environ 2.000 exemplaires et à peu près 700 abonnés. Mais là aussi il y a une nette évolution. L'autre CNT publie aussi un périodique avec le même titre. Il est bimestriel et a un tirage et un nombre d'abonnés nettement inférieurs.

Diversité, différence, curiosité...

Mais revenons au dépouillement du questionnaire.

Les libertaires sont en grand nombre des lecteurs boulimiques (18) et pas seulement de l'abondante presse anarchiste. En ce qui concerne celle-ci, on constate que Le Monde libertaire, hebdomadaire de la FA, arrive, dans notre sondage, en tête des publications les plus citées. Puis suivent : Courant alternatif, LeCombat syndicaliste, Le Libertaire et enfin Alternative libertaire (France).

Ce qui est curieux, c'est que parmi les titres cités, il y ait aussi Charlie Hebdo (19) et Mordicus, ainsi que Le Canard enchaîné ou Maintenant.

D'autre part, ce qui est sûrement étonnant pour les personnes qui ne fréquentent pas les anarchistes, c'est de connaître le nombre important des diverses revues militantes qu'ils lisent. Plusieurs dizaines sont nommées, sans compter les réponses indiquant la lecture de fanzines sans en indiquer les titres. Ces lectures vont de Dissensus, fanzine gratuit, au mensuel de l'Union pacifiste, en passant par Tic tac (titre disparu depuis deux ans environ), une autre revue gratuite proche de la mouvance libertaire autonome, et Gorge profonde réalisée par Les ennemis irréconciliables de cette société spectaculaire et marchande esclavagiste de nos désirs et de nos corps (dont je n'ai plus de nouvelles depuis).

Parmi les publications non libertaires, Le Monde diplomatique arrive en tête avec environ quarante personnes qui disent le lire (il faut signaler que ce choix est indiqué par des personnes appartenant à toutes les catégories sociales représentées par les 140 personnes ayant répondu au questionnaire). Suit Le Monde, puis Charlie Hebdo (qui est aussi choisi comme on l'a vu plus haut comme périodique anarchiste dans quelques cas). Parmi les journaux les plus cités, il y a encore Libération, Télérama, la presse locale, Politis, des journaux écologistes comme Silence, et toute une kyrielle de périodiques divers qui vont du Courrier de l'Unesco à L'Ivrogne, de Projets féministes à Gazogène, du Magazine littéraire à Vidéo 7.

Si les libertaires de cette fin de siècle vont souvent au cinéma, il n'y a pas, à vrai dire, un titre ou un auteur qui soit représentatif de l'ensemble des réponses. Sauf naturellement Ken Loach dont le film Land and freedom est sorti à l'automne 1995, correspondant à la même période pendant laquelle j'ai reçu de nombreuses réponses au questionnaire. Mais là encore la diversité est de règle. En effet, au côté des metteurs en scène comme Bunuel, Bergman, Vigo, Pasolini, Kubrick, et des films comme Sacco et Vanzetti, Easy Raider et Brazil, on cite aussi Fassbinder et Visconti ou encore des films comme La Cécilia, Woodstock, etc.

S'il n'y a pas un auteur ou un film qui emporte le palmarès, on remarque néanmoins que sont cités côte à côte des films d'auteur et des films militants. Mais il y a aussi quelqu'un, qui en guise de réponse, pose la question : Mais y a-t-il un film anarchiste ?

Le désir et l'envie qu'ont ces libertaires de vouloir s'informer et comprendre, on le remarque encore assez clairement dans leurs choix des émissions de radio. En effet, ce sont celles émises par France inter, France infos, France musique et France culture (ce qui fait beaucoup de France ! mais bon...). Il y a aussi ceux qui disent écouter les émissions militantes des radios libres et associatives. Par exemple, celles transmises par Radio Dio (à Saint-Etienne), ou Radio Canut (à Lyon), ou encore Radio Libertaire (à Paris).

Pour la musique et les chansons, les plus citées ce sont celles de Léo Ferré. Ce qui paraît normal compte tenu que c'est lui qui a chanté longtemps Les Anarchistes partout où il donnait des concerts, et que, jusqu'à ses derniers jours, il participait, entre autres, aux galas organisés par la FA et Radio Libertaire. Mais les libertaires aiment aussi beaucoup Brassens, Brel, Barbara, Lavilliers, Renaud et la chanson à texte française en général. Puis, à côté des amateurs de musique classique (une vingtaine), il y a plus de quarante personnes indiquant apprécier la musique punk, hard core, rap, etc. C'est, en effet, par cette musique que quelques dizaines de nos libertaires disent avoir été marqués et/ou initiés aux idées anarchistes (20). Parmi les groupes les plus cités dans ce créneau, il faut signaler le groupe Bérurier noir (21), groupe désormais dissout. Mais, chez les libertaires, on aime aussi le rock et le jazz, et souvent le mélange de tous ces styles de musique.

Ce qui les rend exceptionnels en réalité, c'est qu'ils ne sont pas très sportifs ; mais tout au plus amateurs de foot ou de rugby comme tout le monde. En effet, seulement 3 personnes parlent de leur participation à un club sportif, et parmi elles, une seule précise qu'elle lit en plus L'Equipe (22).

Et, comme tout le monde, ils regardent la télévision. À ce propos, ils semblent presque réconciliés avec ce moyen de communication, grâce à Arte et au câble, aux Guignols de l'info (Canal+), aux documentaires, aux films et aux soirées thématiques à propos desquelles beaucoup regrettent l'émission de Michel Polac, Droit de réponse.

Un autre constat de leur soif de culture peut être fait à l'examen des titres et la quantité de livres qu'ils lisent. À propos des ouvrages anarchistes, plus de 25 disent avoir lu, et même avoir été marqués par L'Anarchisme, de la doctrine à l'action de Daniel Guérin, qui est donc le plus cité. Suivent des auteurs comme Kropotkine (cité par 20 personnes) puis Bakounine et Stirner par 13, et encore un peu moins Proudhon, Malatesta, Leval, Voline, Abel Paz, Maitron, Emma Goldmann, etc. Encore une fois, on constate donc qu'il n'y a pas vraiment d'homogénéité. D'autre part, si L'Anarchisme de Guérin est le livre le plus cité, ce n'est pas un hasard (dans ses diverses éditions, il a été vendu à plus de 100.000 exemplaires), d'abord parce que cet ouvrage est paru dans une édition économique, mais aussi parce que c'est un des livres les plus faciles à lire sur le sujet et qui permet d'aborder d'emblée la thématique et l'histoire de l'anarchisme jusqu'au début des années 60. Mais, la diversité prime dans leurs lectures. De Céline à Thoreau, de Lecoin à Laborit, de Creagh, May Picqueray, à Debord, Vaneigem ou Cervantès, les milieux libertaires n'ont pas une bible sur leur table de chevet pour les conforter face aux interrogations qui sont les leurs.

Ce constat est encore plus parlant au regard des livres non libertaires qu'ils ont lus dernièrement. Cela va de livres ayant trait à une étude ponctuelle d'un phénomène social, d'histoire, de politique, de sociologie (indiqué par cette femme de 41 ans, étudiante en sociologie et habitant le quartier de la Croix-Rousse à Lyon), à un livre sur la vie de Gauguin, et un sur celle de Pagnol comme l'écrit une libertaire de Marseille de 31 ans, en formation dans le secteur du développement local. Les réponses indiquent aussi des lectures telles que Picsous Magazine, des séries noires, une biographie de Reiser [le dessinateur de Charlie Hebdo] (par ce jeune homme de 28 ans au chômedu). Ou encore cette personne de 39 ans, habitant Lyon, qui dit faire l'ouvrier, et qui lit les Poésies verticales de Roberto Juarroz, Le sourire du Tao, Un flâneur en Patagonie, les haïkus d'Ikkyu, etc. Enfin, la diversité dans le choix de leurs lectures est encore visible dans la réponse de ce technicien, de 51 ans, de Nîmes, indiquant que les derniers livres qu'il a lus sont : L'Homme symbiotique de J. De Rosnay et le celui d'Albert Jacquart J'accuse l'économie triomphante.

Si nos libertaires semblent beaucoup lire, une petite dizaine d'entre eux-elles pourtant ne citent aucun livre, même s'ils disent lire par exemple des livres de l'ACL ou ayant trait à l'écologie sociale, etc. Bref, au vu des réponses que j'ai reçues, on peut dire qu'ils s'intéressent à tout, de la médecine naturelle, à la cuisine végétarienne, comme ce jeune de 24 ans qui est CES actuellement à Poitiers, au Léviathan de Paul Auster et au Journal d'Edith de P. Highsmith, cités par cette infirmière de 44 ans, résidente à Bernin. Et encore, cela va de Bukowski à des revues syndicales de ce formateur précaire de 44 ans de Montpellier à L'Aventure des langues en occident, les livres d'art, et Prévert (dans la Pléiade) de ce documentaliste à l'éducation nationale de 31 ans qui vit à Montlhéry.

L'ensemble des titres cités constituerait déjà en soi une petite bibliothèque intéressante, par sa diversité et l'extension du savoir et les curiosités qu'ils contiennent.
 

LA SUITE DU DOSSIER


(1) Il faut signaler que dans l'ex-URSS aussi il y a eu depuis 1991 quelques recherches. Voir le dossier préparé par un compagnon français, publié par le mensuel Alternative libertaire (Belgique) en 1995 dont les conclusions pourraient se rapprocher des nôtres.
(2) Éditions Plon, Paris, 1991.
(3) En réalité, nous connaissons deux autres sondages réalisés dans les milieux libertaires ces dernières années. Le premier auprès des lecteurs du journal belge Alternative Libertaire (AL143 de septembre 1992), qui donne des chiffres proches de ceux que nous venons d'indiquer. En effet, sur 261 réponses il y a 21,8% de femmes, 61% sont des jeunes de moins de 35 ans, et en majorité des travailleurs intellectuels salariés ou étudiants. Seulement 11% sont des travailleurs manuels et des personnes faisant des petits boulots. L'autre est celui réalisé en 1996 par Thierry Caire auprès de militants de la Fédération Anarchiste Francophone. Dans lequel tout en constatant quelques variantes quant aux données recueillies, on remarque toujours un faible taux de femmes (22%) ainsi qu'une surreprésentation des CPIS (cadres et professions intellectuelles supérieures), et des PI (professions intermédiaires), et une sous-représentation des catégories populaires (Militants à la Fédération Anarchiste, L'Homme et la société, nE1-2 de l'année 1997, un texte faisant partie du dossier Actualité de l'anarchisme).
(4) Voir J. Maitron, op. cit., p. 107. En réalité, j'ai tronqué la citation. Puisque, après passéistes, il continue en disant ou des intellectuels utopistes, mais des ouvriers, des employés, point tellement différents, semble-t-il, des autres membres de la famille socialiste, etc. Justement, j'essayerai de déterminer par ce travail (et ensuite, surtout dans l'analyse des entretiens que j'ai réaliser parmi les libertaires de la ville de Lyon et quelques-uns de la région Rhône-Alpes) s'il est possible de donner une image plus précise. Mais, on peut constater qu'il y a de moins en moins d'ouvriers, qu'il y a de nombreux employés et de nombreux intellectuels (utopistes ?).
(5) Hakim Bey, dans son ouvrage TAZ ( Zones autonomes temporaires B j'ai consulté l'édition italienne, Shake edizioni undergrund, 1993, Milan), soutient quant à lui que le mouvement anarchiste [aux USA] aujourd'hui, pratiquement n'a en son sein ni Noirs, ni Latino-Américains, ni Indiens, ni enfants... même si en théorie de tels groupes, particulièrement opprimés, seraient ceux qui auraient le plus à gagner à une révolte antiautoritaire. Ce texte à été publié en français par les Éditions l'Éclat en 1997. Rappelons à ce propos que, compte tenu de cette situation, Lorenzo Kom'boa Ervin, depuis une quinzaine d'années, promeut la création d'un mouvement anarchiste noir autonome aux USA. Cf. son livre Anarchism and the black revolution and other essays, Monkeywrench Press, Philadelphia 1994.
(6) La question de la lutte de classe n'est pas évacuée pourtant dans la presse libertaire. Au contraire, Le Combat syndicaliste, Le Monde Libertaire, Courant alternatif, ou encore Alternative Libertaire (France), y font souvent référence même si plus d'un point de vue idéologique que dans cet esprit critique qui devrait distinguer le regard des libertaires de celui des autres courants politiques de gauche. D'autre part, la présence sur quelques lieus de travail des compagnons de la CNT montre qu'effectivement il est toujours possible d'intervenir sur ce terrain là, voire nécessaire, y compris dans nos pays "riches". Cependant la question reste à savoir quel devrait être le rôle des libertaires dans les pratiques sociales (et parmi elles les luttes pour toujours plus de justice sociale) compte tenu de l'évolution sociologique et matérielle dans laquelle nous vivons. Un débat qui en réalité a été ouvert, mais qui a donné lieu à des multiples scissions parmi les organisations anarcho-syndicalistes, ici en France, en Italie, en Angleterre, et en Espagne. Dans ce dernier pays, nous constatons pour l'instant que, non seulement ,il y a une forte divergence, voir opposition, entre la CNT ayant des positions puristes et classiques et la plus moderne et modérée CGT mais plus représentative quant au nombre d'adhérents (après dix ans d'activité la CGT est consciente des deux problèmes avec lesquels elle doit jongler, c'est-à-dire le choix de la marginalisation et/ou celui de la progression ; c'est du moins ce qu'elle se pose comme question dans l'éditorial de son mensuel Rojo y Negro d'avril 1999). D'autre part, en ce qui concerne la glorieuse CNT, on ne sait plus si en Espagne il y en a deux ou trois... Par exemple comme ici en France il y a deux périodiques ayant le même titre Le Combat syndicaliste, à Barcelone il y a deux Solidaridad obrera et deux unions locales...
(7) Pendant la première phase d'organisation du colloque sur La Culture libertaire qui s'est tenu en 1996, on a cherché plus activement la participation des femmes que celle des hommes, afin d'établir un certain équilibre, sans succès...
(8) Dans une étude bricolée au coin d'une table, avec quelques gâteaux et du vin nouveau, en 1985, nous avions établi une liste de libertaires et d'anarchistes, militants actifs à Lyon. Nous avions pu établir à ce moment-là une liste de 67 personnes dont 38 hommes et 29 femmes. Quatre ayant moins de 20 ans, quarante de 20 à 30 ans, et dix-sept entre 31 et 40 ans. Quatre personnes seulement avaient entre 41 et 44 ans. Ensuite pour les autres classes d'âges représentées il n'y avait qu'un couple de vieux militants encore actifs ayant respectivement 78 (elle) et 81 ans (lui).
(9) Ainsi que cette manifestation contre le G7 à Lyon en juin 1996, ou celle pour la défense des locaux parisiens de la CNT (rue des Vignolles) en octobre de la même année, ou encore de la "grande manifestation" contre la venue du Pape à Paris. Parmi d'autres "grandes manifestations", citons celle qui a réuni à Lyon quelques milliers de personnes, au printemps 1997, pour dénoncer l'attentat contre la librairie La Plume noire de la FA-Lyon.
(10) Rappelons que par organisations spécifiques, j'entends celles qui se réclament clairement de la pensée libertaire, ne serait-ce que par leur intitulé. Mais, nombreux sont les libertaires qui participent activement à des associations, groupes ou organisations antifascistes, pacifistes, écologistes, culturelles, etc.
(11) La Fédération Anarchiste Francophone a le plus grand nombre d'adhérents, environ 500 répartis sur toute la France et en Belgique. Alternative libertaire (France) compte environ 130 adhérents, l'Organisation communiste libertaire, 70 camarades, et la Coordination anarchiste une cinquantaine, selon des informations que j'ai obtenu auprès de militants de ces structures en mars 1996. Pour mettre à jour ce texte, avec Babar d'Alternative Libertaire (Belgique), nous avons envoyé un courrier à ces diverses organisations pour que l'on puisse ajourner ces chiffres... malheureusement nous n'avons pas eu de réponses. Cependant, je pense que même s'il y a eu un frémissement dans l'ensemble du mouvement libertaire depuis la fin de l'année 1995, ces vielles données ne sont pas loin de la vérité aujourd'hui en juin 1999. Dans le cas contraire... que ces organisations nous le précisent !
(12) Hors série, nE5, du 10 novembre 1995.
(13) Voici, par exemple, la liste des ouvrages vendus à au moins 50 exemplaires dans cette librairie, de janvier à novembre 1995. L'État dans l'histoire de G. Leval (105 exemplaires), L'Entr'aide de Kropotkine (50), Bakounine Politique, de R. Berthier (58), De la capacité politique de la classe ouvrière de P.-J. Proudhon (68), Une société à refaire de M. Bookchin (55), L'Espagne Libertaire de G. Leval (60), Le Sabotage de Émile Pouget (54), Ya basta de Marcos (90), Réflexion sur le travail collectif (212), L'Anarchie et la société de consommation de M. Joyeux (78), Noir Coquelicot de S. Utge-Rojo (59), Sous les plis du drapeau noir de M. Joyeux (51), Bonaventure, une école libertaire (64), Psychanalyse et anarchie, collectif, (195), Parlant pognon, mon cher... de Oncle Bernard (55), Le Droit à la paresse de P. Lafargue (132). Et enfin Récits de Christiania de J.-M. Traimond (53). Il est aussi intéressant d'indiquer les ventes supérieures à 300 exemplaires faites par cette librairie depuis 1988, moment où elle a installé l'informatique, à novembre 1995. Les Œuvres choisies de C. Berneri (310), L'Anarchie dans la société de consommation de M. Joyeux (885), Où vas-tu, petit soldat (955), L'Entr'aide de Kropotkine (391), L'Espagne Libertaire (412), L'Autogestion dans l'Espagne révolutionnaire de F. Mintz (464), La Grande Révolution de Kropotkine (442), La Mémoire des vaincus dans deux éditions différentes (581), Sous les plis du drapeau noir (633), La Chanson d'un gâs qu'a mal tourné, de G. Couté (309), Mai 68 par eux-mêmes, collectif (308), Radio libertaire de Y. Peyraut, (483). Voici encore la liste des périodiques les plus vendus à Publico de mars 1998 à mars 1999, en dehors du Monde Libertaire qui reste le plus vendu naturellement. Alternative Libertaire (Belgique), 383 ; Silence 98 ; Réflexes, 69 ; No Pasaran, 320 ; Réseau Voltaire, 166 ; Le Combat Syndicaliste (Vignolles), 292 ; Le Combat Syndicaliste (Caen), 62 ; Les Temps maudits, 60 ; Réfractions, 117 ; Itinéraire (Élisée Reclus), 264 ; Courant alternatif, 70 ; Le Libertaire, 53 ; CNT (Espagne), 58. Et pour la même période, les brochures et livres ayant dépassé les 100 exemplaires de vendus. L'amour libre, 111 ; Tout nucléaire, une exception française, 114 ; Sortir du nucléaire, 111 ; Du fascisme au post-fascisme, 188 ; Manuel de survie, 123 ; Les nouveaux chiens de garde, 141 ; La plus rebelle des radios, 127 ; Cannabis lettre ouverte..., 113 ; L'anarchisme aujourd'hui, 340 ; Dieu et l'État, 156 ; Michel Bakounine, 280 ; Paul Roussenq, 238 ; Ras la coupe, 158 ; Les vies d'Alexandre Jacob, 107, Libertalia une utopie, 107 ; Increvables anarchistes (nE1), 205, nE2 192 ; De la religion Dieu ; Travailler ? Moi jamais, 185 ; Interdit d'interdire, 252 ; Mai 68 au jour le jour, 104 ; Rwanda, un génocide français, 114 ; Irma femme du Chiapas, 121 ; Du rouge au noir, 124.
(14) Des structures libertaires ont utilisé des CES (ainsi que les diverses formules équivalentes) ou des objecteurs de conscience...
(15) La librairie La Gryffe, à Lyon, dans les années 80, a eu aussi pendant quelques années un permanent. L'existence de permanents dans le mouvement libertaire me semble être une question à développer...
(16) Elles font toujours référence à l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), ne serait-ce en utilisant ces trois lettres comme sigle dans le titre de leurs périodiques et tracts... En réalité, au congrès de cette association anarcho-syndicaliste de décembre 1996, la CNT dite de la rue de Vignolles (Paris) a été exclue de l'AIT. Voir Le Monde libertaire du 19 décembre 1996.
(17) Selon le compte rendu du congrès de cette organisation paru dans Le Monde libertaire du 14 novembre 1996, ils étaient 2.000, tandis qu'Alternative libertaire (France), dans un article rendant compte du congrès de cette même organisation, donnait en 1999 le chiffre de 3.000.
(18) Et cela depuis toujours : Les anarchistes sont en général de grands liseurs, des fervents de la science, c'est une remarque que Edouard Berth faisait déjà au début du siècle dans un article intitulé Anarchisme individualiste, marxisme orthodoxe, syndicalisme révolutionnaire de la revue Mouvement socialiste du 1er mai (1907). C'est ce que rapporte Georges Palante dans son livre La Sensibilité individualiste, voir en particulier le chapitre L'anarchisme individualiste, édition Folle Avoine, 1990, Rouillé, p.139.
(19) En ce qui concerne cet hebdomadaire, voir l'article Le printemps de Charlie Hebdo, où plusieurs de ses rédacteurs se définissent comme libertaires, voire communistes libertaires comme Luz (Le Nouvel observateur du 12-18 septembre 1996). On ne sera pas étonné donc de voir cet hebdomadaire en belle place parmi les tracts et fanzines antagonistes exposés par exemple dans des squats, à côté du Monde diplomatique...
(20) Cf. aussi l'article L'Alternative dans la musique de Fernando Bronchal, in L'Anarchisme, images et réalités, Éditions du Monde libertaire, Paris, 1996.
(21) Sur l'histoire de ce groupe désormais dissout, on peut lire le livre de Marcil Erwan, Bérurier Noir, Conte cruel de la jeunesse, Éditions Camion Blanc, 1997
(22) Mais il faut relativiser les données concernant ce sujet, puisque les réponses sont faites par rapport à la problématique libertaire. Sûrement beaucoup ont oublié de dire qu'ils regardent les matchs de foot ou de rugby à la télévision. Je dois dire que, par exemple, lorsque la Juventus joue, ou pire lorsque joue la Squadra azzurra, je regarde le match à la télévision. Sans parler des exploits de Tomba la bomba (sic !) cet ex-champion de ski qui n'est d'ailleurs pas seulement un mangeur de pâtes mais aussi Carabiniere..., et de Pantani escaladant le mont Ventoux au Tour de France... Des références toutes italiennes (ce qui en dit long sur mon internationalisme sportif) et masculines...
 




Libertaire Anarchisme Anarchiste http://libertaire.pagesperso-orange.fr/

Anarchisme et Franc-Maçonnerie

La visite par mots clés

La librairie libertaire

Les archives du journal Alternative Libertaire

Quelques portraits d'anarchistes

courrier libertaire anarchistefédération anarchiste