ATTAC

grain de sable ou
huile dans les rouages ?
ATTAC, Association pour la taxation des transactions pour l'aide aux citoyens, s'est constituée en juin 1998, à l'initiative du Monde diplomatique. Elle compte à ce jour 13.000 adhérents et 130 comités locaux (notamment en France et en Belgique).


La Taxe Tobin? c'est-à-dire la taxation modérée (0,05%) des transactions spécula- tives, est la revendication fondatrice d'ATTAC. C'est cette idée qui donne son nom à l'association ; c'est la seule qu'on voit formulée, dans le premier article des statuts, comme moyen pour que les citoyens reconquièrent du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie. La Taxe Tobin est considérée comme la première urgence, même si ATTAC cherche à mobiliser sur d'autres axes (Millenium Round OMC, fonds de pension, dette du tiers monde, plans du FMI, accords internationaux, confiscation et marchandisation du vivant, blanchiment de l'argent et paradis fiscaux...).

Le texte qui suit est une critique du livre de François Chesnais, Tobin or not Tobin, une taxe internationale sur le capital et met en évidence les limites de la proposition de Tobin.

Les modes d'action d'ATTAC sont un mélange de contre-expertise économiste savante, avec un objectif pédagogique et de vulgarisation, et de militantisme traditionnel destiné à mobiliser l'opinion. Selon l'association elle-même, la plus importante activité militante des membres d'ATTAC a été la signature d'une pétition adressée au gouvernement français pour l'application de la Taxe Tobin, et le terrain sur lequel elle dit vouloir porter ses actions est celui du recours à la justice. ATTAC cherche à créer un mouvement d'opinion qui puisse peser sur les gouvernants afin de les guider vers une plus grande régulation des ressorts économiques. Il s'agit ainsi de donner à l'État un pouvoir accru de réglementation pour plus de régulation, d'obtenir une plus grande transparence sur les mouvements de capitaux. ATTAC travaille à une sorte de glasnost du capitalisme, un renforcement des États sur le plan économique et financier, une revitalisation de la citoyenneté par le droit des peuples à l'ingérence dans la sphère financière.

ATTAC attire la gauche et la gauche de la gauche, et a des relais au sein des partis politiques au gouvernement français, disposant même d'un comité à l'Assemblée nationale. Un groupe de députés de la gauche plurielle a d'ailleurs proposé un amendement à la loi de finances visant à instituer une taxe spéciale de 0,05 % (le montant de la Taxe Tobin) destinée, disent-ils, à lutter contre les mouvements spéculatifs de capitaux. Jospin lui-même déclarait récemment que l'État doit se doter de nouveaux instruments de régulation adaptés à la réalité du capitalisme.

ATTAC
n'est pas anticapitaliste,
elle propose
une régulation du capitalisme

À aucun moment l'association n'emploie d'ailleurs le mot capitalisme : elle parle de dictature des marchés, de libéralisme économique, de spéculation et de sphères financières. ATTAC met sur un plan d'égalité et de communauté d'intérêts les peuples, les institutions démocratiques et les États, gommant les conflits de classes, l'exploitation économique et l'oppression politique. Elle entretient l'idée que les États auraient en charge l'intérêt général, qu'ils seraient victimes d'une conspiration des multinationales qui les déposséderaient de leur pouvoir de décision, qu'ils seraient acculés par le libéralisme débridé à une course éperdue aux faveurs des gros investisseurs. Alors que c'est avec l'aval des États que les multinationales façonnent le devenir de toutes les ressources et activités humaines et que les États jouent à merveille leur rôle de chiens de garde du système (voir, en Belgique, les lois spéciales sur la criminalité organisée et sur les missions des services de renseignements).

Cela amène à penser qu'ATTAC a le double objectif d'encourager les gouvernements à garder les pleins pouvoirs et de prévenir les explosions sociales. C'est-à-dire de créer de nouveaux instruments de régulation et de contrôle à la fois contre la sauvagerie du libéralisme et contre la radicalité rupturiste des oppositions que cette sauvagerie peut faire naître. Elle le dit elle-même : il s'agit de relever le double défi d'une implosion sociale et d'une désespérance politique.

Il est vrai cependant qu'entre les propositions d'ATTAC et les possibilités de débats et de travail à la base, il peut y avoir des écarts. ATTAC cristallise une certaine dynamique en affirmant refuser ce qui est présenté comme une fatalité économique et politique, et en proclamant la nécessité de retrouver du pouvoir sur sa vie en se réappropriant le champ du politique et des choix de société. Il reste à savoir si, dans le cadre des comités locaux, il peut y avoir place pour des analyses et des pratiques qui remettent en cause étatisme et capitalisme, et qui aillent au-delà de la proposition d'une simple régularisation des "excès" du capitalisme...

Tobin or not Tobin

Une taxe internationale sur le capital

Il faut saluer la publication de ce petit livre (1) qui synthétise magistralement - comme seul François Chesnais sait le faire - les problèmes de régulation de la finance internationale, de la globalisation que celle-ci a imposée à l'économie capitaliste, de l'imbrication entre globalisation financière et poids croissant des opérateurs dits "institutionnels", tels les fonds de pensions qui cherchent à imposer des choix de société lourds de conséquences.

Le premier chapitre est consacré à un historique de la Taxe Tobin et au contexte dans lequel elle s'inscrit. On y trouve une explication claire de sa logique, que l'ancien prix Nobel d'économie avait formulée il y a 27 ans dans le but de stabiliser les échanges financiers internationaux.

Le deuxième retrace les étapes de la libéralisation et de la mondialisation de la finance, explique l'importance des fonds communs de placement et le rôle des fonds de pension dans la spéculation internationale.

Le troisième analyse les objections des détracteurs de la Taxe Tobin et démontre de façon convaincante qu'il s'agit d'une mesure qui, pour être mise en uvre, a besoin d'un choix politique préalable.

Le quatrième enfin dénonce les nouveaux croisés des fonds de pension à la française, esquisse un bilan de la mondialisation et montre l'engrenage de la récession mondiale qui est en train de se mettre en place.

Faire payer (un peu) les riches...

Si on reste captivé par la clarté des propos de l'auteur, il n'en reste pas moins qu'un certain nombre de failles et de contradictions se font de plus en plus évidentes au fil des pages, soulevant inévitablement quelques questions.

L'auteur est convaincu que la perspective certaine d'une récession mondiale rampante, au cours de laquelle la progression du produit brut mondial tombera près de zéro, comme la forte possibilité d'une crise mondiale beaucoup plus grave, provoquée par un krach à Wall Street, vont mettre à l'ordre du jour, de nouveau, la question du coût social et humain exorbitant du capitalisme et donc de la nécessité de rechercher les moyens d'en sortir (p.86). Or, cette recherche que l'auteur appelle de ses vux, n'apparaît nulle part dans ce texte, ne serait-ce que sous la forme d'interrogations.

Une question se pose d'emblée, à laquelle on ne trouve pas de réponse satisfaisante dans l'ensemble de l'ouvrage : quel est le véritable but de la Taxe Tobin ?

S'agit-il de stabiliser une économie capitaliste mondialisée où les échanges financiers ont tendance à s'autonomiser de plus en plus de la production matérielle et de la distribution des biens produits ou bien de s'attaquer aux bases de l'économie capitaliste ? À aucun moment n'est posé le problème du levier qui nous permettrait de nous débarrasser de la logique du profit qui domine notre société, à aucun moment ne sont visées la production et la distribution de la richesse sociale - qui déterminent les rapports fondamentaux de notre société - en vue de leur transformation radicale. Les enjeux de la Taxe Tobin se situent eux aussi au niveau de la finance et des équilibres politiques des gouvernements nationaux, qui jusque-là ont appuyé la financiarisation de l'économie.

La proposition de Tobin ne vise nullement à s'attaquer aux fondements de la société du capital, et l'auteur du livre le dit sans ambiguïté : Cette taxe permettrait de réduire la dimension du marché, de diminuer la volatilité des transactions et de pénaliser les opérations les plus étroitement spéculatives (p.51).

L'énumération des effets de la Taxe Tobin est à cet égard assez explicite : La Taxe Tobin jouerait un rôle utile en réduisant les profits que peuvent espérer les opérations spéculatives journalières et hebdomadaires, sans pénaliser les opérations financières de long terme qui sont les contreparties des opérations liées au commerce international et à l'investissement productif à l'étranger (...) La Taxe Tobin réduirait la dimension du marché des changes sans le paralyser. Elle agirait à titre préventif en rendant non profitables certaines opérations spéculatives sur les marchés des changes, et éviterait ainsi que se forment des attaques déstabilisatrices contre les monnaies (p.54).

Pour le dire en termes moins techniques, elle stabiliserait les conditions d'exploitation sur l'ensemble de la planète, que les aventures débridées de la finance mondialisée risquent de perturber.

... mais ne rien changer
aux rapports de classes !

Bien qu'on ne puisse faire ce reproche au livre de François Chesnais, on ne peut que remarquer que, dans plusieurs des textes de ses partisans, la Taxe Tobin a un petit goût de déjà vu, qui rappelle la formule populiste des gauchistes : Faire payer les riches. Même si la formulation est moins fruste et la présentation forte en argumentations techniquement séduisantes, c'est bien ce qui ressort des arguments présentés par la cohorte d'économistes "de gauche" qui a épousé cette idée. Par moments, on a aussi l'impression de réentendre certaines des argumentations qui ont eu libre cours, au sujet notamment de la réduction du temps de travail, selon lesquelles on peut "réformer" les choses sans rien toucher surtout, aux fondements des rapports sociaux.

Tout se passe comme si, dans cette période où les mouvements sociaux marquent le pas et où les gouvernements de la gauche plurielle et du centre arc-en-ciel, dans toutes leurs variantes européennes, s'emploient à leur couper l'herbe sous les pieds, certains sont à la recherche d'ersatz de mouvements sociaux, ersatz car non enracinés dans les lieux réels de l'exploitation et de l'oppression. S'il s'agit vraiment d'apporter une réponse à la volonté manifestée par des travailleurs (salariés, chômeurs ou retraités), des étudiants, des lycéens de comprendre le capitalisme dans ses formes contemporaines et de se réunir dans une campagne, non pour subir ni replâtrer ce système, mais pour le combattre (p. 16), il faut bien admettre que la proposition de Tobin ne va pas dans cette direction.
 

Alternative Libertaire


Très largement inspiré d'un article du mensuel Courant Alternatif, c/o Clé des Champs, BP 8, 44220 Couéron.

(1) Tobin or not Tobin, une taxe internationale sur le capital, François Chesnais, L'esprit frappeur n42), 1998, Paris, 86p., 10ff.


Contre l'OMC
et le capitalisme
pour un réel partage
des richesses !

À l'occasion du sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce de Seattle, une large mobilisation s'est affirmée pour refuser le diktat des multinationales.

Créé en 1995, l'OMC a pour objectif d'établir les grandes règles du commerce international. À ce titre de nombreux aspects de notre vie quotidienne sont directement concernés par les négociations et ce qui en résulte : agriculture, services publics, culture, alimentation...

Le caractère nocif de l'OMC n'est plus à démontrer : disparition de cultures vivrières rendant des peuples dépendants de la production des pays exportateurs, remise en cause des services publics, prépondérance des économies les plus fortes au détriment des pays en voie de développement...

On peut donc se féliciter de la mobilisation planétaire contre un organisme qui décide de notre avenir et qui accélère les processus destructeurs du capitalisme libéral.

Pour autant, nous n'oublierons pas que l'OMC est une des structures dont le capitalisme transnational s'est doté avec le FMI (dont la fonction est d'imposer à travers des prêts un modèle unique de développement économique), la Banque Mondiale... Et que chacune de ces structures participe activement, dans son domaine de compétences, au pillage des ressources naturelles, à l'abandon des droits sociaux et de leurs conquêtes, à la course au gaspillage et à une consommation outrancière, à la concentration des capitaux et des pouvoirs, à la disparition des cultures locales, à la compétition économique entre les peuples de la planète... au bout du compte à un avenir sans autres perspectives que de consommer, capitaliser, en se fermant au sort des autres voire en les rejetant : un monde parfait pour des lobotomisés.

À partir de ce constat, nous ne demanderons donc pas un quelconque "contrôle citoyen" de l'OMC ou de ces structures planétaires qui encadrent nos vies. Car outre l'impossibilité de faire accéder une telle revendication (si l'OMC, ou le FMI, voire l'ONU était contrôlables par les peuples, cela se saurait depuis longtemps : il n'y aurait plus ni guerres, ni famines !), il faudrait examiner de façon réaliste la question de la représentation. Car les États de la planète qui participent à ces différents organismes supranationaux du système capitaliste sont déjà censés représenter les citoyens ; serait ce reconnaître avec nous que les États ne sont pas neutres et qu'ils ne sont que les instruments des puissances d'argent ? Enfin, si "on" veut contrôler l'OMC, c'est que l'on considère que c'est un mal nécessaire. Bref, que le capitalisme est le seul horizon pour les peuples de la planète.

Pour notre part, nous restons partisans de la résistance à la mondialisation conçue par les marchands de tous poils, à condition que la "lutte contre le libéralisme" n'empêche pas une réelle remise en cause du capitalisme dont le libéralisme est une variante. Les guerres, les régressions sociales, la permanence de la misère, le pillage de l'environnement, l'émergence de régimes autoritaires (fascisme brun ou rouge, théocraties...) causaient leurs ravages avant l'apparition du libéralisme actuel. Nous pensons donc qu'il faut toujours encourager et participer à la lutte contre le capitalisme, ici comme ailleurs, en poussant à l'organisation des mouvements sociaux indépendants des états-majors politiques mais porteurs de transformation sociale. En complément, nous devons aussi réfléchir à des formes d'organisations de la production, de la distribution et de la consommation qui permettent des perspectives de développement humain reposant sur la distribution des richesses produites dans le cadre d'une économie socialement utile, une réelle égalité des droits notamment dans les processus des décisions. Le fédéralisme, l'autogestion généralisée, le mutuellisme sont des pistes viables et à redécouvrir contre la gangrène capitaliste. Il y a urgence.
 

Fédération Anarchiste



 
 

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