BELGIQUE - AFFAIRE DUTROUX

 
Ce que vous
ne deviez pas
savoir sur Nihoul


Dès le lendemain de l'arrestation de Nihoul, en août 1996, débute une campagne de presse en sa faveur, qui trouve son apothéose dans les émissions Au Nom de la loi et dans le livre de Dawant, L'enquête manipulée. Nihoul y est présenté comme un homme d'affaires, un escroc sympathique, et un bouc émissaire de l'affaire Dutroux. Connerotte, emporté, l'a pris pour le cerveau de l'affaire et nous a tous fait fantasmer. Battons-nous donc la coulpe, avec Philippe Brewaeys, qui s'inquiétait récemment de ce que Monsieur Nihoul allait devenir après tout ce temps passé en prison...

Pinçons nous, réveillons-nous, arrêtons de fantasmer et revoyons les faits. Au cours des premières heures de l'enquête, on a vérifié les appels entrants et sortants des téléphones de Dutroux. Ce qui frappe, c'est le nombre de contacts. Dans les jours qui précèdent l'enlèvement de Laetitia, Nihoul et Dutroux se téléphonent jusqu'à cinq fois par jour. Certains appels sont brefs, d'autres durent près d'une demi-heure. Le 10 août, le lendemain de l'enlèvement, Dutroux appelle Nihoul. Dans la soirée du dimanche 11 août, c'est Nihoul qui appelle Dutroux. Les 12 et 13 août, Nihoul appelle encore. Il existe un enregistrement de cette dernière conversation, dans laquelle Nihoul se fait soudain menaçant : "Si Lelièvre me double, je le trouverai" (PV 112.357, BSR de Bruxelles, 4 septembre 1996 , Les dossiers X, p.91, voir AL 223).

Au moment où Nihoul prononce cette phrase, il ne sait pas que Dutroux a déjà été arrêté et que la femme qui décroche est gendarme. L'enquête a montré que Nihoul a fourni à Lelièvre mille comprimés d'extasy le lendemain de l'enlèvement de Laetitia. On peut donc légitimement penser que cette livraison (valeur : environ 250.000FB) est en rapport avec l'enlèvement de Laetitia, et que Nihoul s'inquiète, le 13 août, de ne plus recevoir de nouvelles de la jeune-fille. Le 14 août, la PJ contacte Nihoul par téléphone. Celui-ci se dérobe, en prétendant être à Zeebruge, alors qu'en réalité, il est à Jette. Contacté à nouveau le lendemain, il prétend cette fois être en France. Lorsque la PJ menace de lancer un mandat d'arrêt international, Nihoul se décide enfin à être entendu.

Après l'arrestation de Nihoul, Dutroux, Martin et Lelièvre parlent de lui. Dutroux : Lelièvre m'a mis en contact avec lui, parce qu'il cherchait des filles pour les placer dans un réseau de prostitution... Il m'a conseillé d'organiser des partouzes sado-masochistes, parce que ça rapportait plus... Nihoul est lui-même un fervent adepte du sadomasochisme. Michèle Martin parle aussi : Le week-end des 9 et 10 août, Nihoul a appelé anormalement souvent. D'après elle, Nihoul a rendu plusieurs visites à Dutroux à Marcinelle au cours du mois d'août 1995, au moment où Julie et Melissa s'y trouvaient séquestrées. Confronté à des déclarations de ce genre, Connerotte va logiquement considérer Nihoul comme la cible numéro un (Les dossiers X, p.94).

Ces soupçons gravissimes portant sur Nihoul se sont-ils dissipés par la suite ? Tout au contraire. Les raisons de penser que Nihoul est directement mêlé aux enlèvements d'enfants (dont il est inculpé) n'ont fait qu'augmenter. S'il n'a pas participé à l'enlèvement de Laetitia, comment expliquer que onze témoins l'aient aperçu à Bertrix, la veille de cet enlèvement ? Pourquoi son ami, l'ancien avocat Michel Vander Elst lui a-t-il fourni un alibi boiteux, qui s'est écroulé par la suite ? Qui est Jean Michel à qui Laetitia a entendu Dutroux téléphoner pour annoncer : Ça a marché ? (Audition de Laetitia Delhez, BSR de Marche-en-Famenne, pv 100.228L115, Les dossiers X, p.91)

Un certain nombre de ces éléments ont été découverts après la levée, en janvier 1997, du mandat d'arrêt de Nihoul dans le cadre de l'affaire Dutroux. Par exemple, la localisation des principaux témoignages sur la présence de Nihoul à Bertrix (le 8 août 1996) a eu lieu après la levée de ce mandat. Son alibi pour le 8 août s'est seulement écroulé en mai 1999.

Non seulement Nihoul n'est pas blanchi dans l'affaire Dutroux, mais il existe donc des faits nouveaux permettant d'émettre un nouveau mandat d'arrêt. Ajoutons qu'une des raisons de maintenir un inculpé en prison est le risque d'entraver la manifestation de la vérité. Or, on sait que des témoins qui ont reconnu Nihoul a Bertrix ont été harcelés et menacés. On sait aussi que Lelièvre a cessé de témoigner contre Nihoul en évoquant des menaces de mort.

C'est pourquoi la libération de Nihoul est un scandale et un mystère qui amène à s'interroger sur les motifs de cette décision. Dysfonctionnement ? Etouffement ? Peut-être la réponse nous est-elle fournie - avec une intéressante duplicité - par Nihoul lui-même, qui écrit dans son (premier) livre : Je n'ai jamais entendu parler de chantage ou de pression exercée sur des personnes fréquentant ces clubs (de partouzes), même si ces endroits étaient peuplés non seulement par des hommes et des femmes d'affaires, mais également par des politiciens, des avocats, ou des magistrats voire même les épouses de ceux-ci, ainsi que par certaines personnes des deux sexes faisant partie de la noblesse (Nihoul, Rumeurs et vérités, p.46).

Malgré une vaste campagne d'intoxication des médias, la libération de Nihoul nous ramène donc à deux questions fondamentales de l'affaire Dutroux-Nihoul : jusqu'où va le "bras long" de Nihoul et laissera-t-on faire Bourlet - qui a besoin de l'accord du juge Langlois pour faire emprisonner à nouveau Nihoul ?
.

Marc Reisinger
Association Pour la Vérité
.
Anemie Bulté, Douglas De Coninck et Marie-Jeanne Van Heeswyck : Les dossiers X, ce que la Belgique ne devait pas savoir sur l'affaire Dutroux (éd. EPO).


 
 

Libertaire Anarchiste Anarchisme Franc-Maconnerie

franc-maconnerie anarchisme http://pagesperso-orange.fr/libertaire/campion.html


franc-maconnerie anarchisme