Union régionale Bretagne de
la Fédération Anarchiste

Marée noire
pouvoir
profits...

Je préférerai toujours
le drapeau noir
à la marée en robe noire.
Léo Ferré

L'Amoco-Cadiz n'aura pas suffi.
21 ans après : rebelote !

Malgré la répétition des accidents sur toutes les mers du globe (bien peu médiatisés certes, au cas où cela inquiéterait l'opinion peut-être?), malgré les mises en garde des marins et des associations écologistes, les bateaux-poubelles continuent de circuler.

La direction de Totalfina et les représentants de l'État font mine de s'étonner.

Une question légitime se pose, comment en est-on arrivé là ?

LE TRANSPORT MARITIME,
UN SYSTÈME BIEN HUILÉ

Le pétrolier Érika est un exemple de pavillon de complaisance et des "progrès" que nous promet le capitalisme : enregistré à Malte, propriétaire italien, équipage indien, cargaison appartenant au groupe français Totalfina... Vieux de 25 ans, il a changé 8 fois de nom, 3 fois de pavillon.

Par le biais des pavillons de complaisance (fiscalisation réduite, travailleurs à la limite de l'esclavage, bateaux en mauvais état...) l'affréteur fait des économies substantielles sur le coût du transport... et les gros actionnaires de jolis dividendes.

De plus, la prime d'assurance d'un rafiot de 25 ans comme l'Érika n'est pas plus élevée que celle d'un navire neuf muni d'une double coque. Cela montre la collusion des assureurs avec ce système. Le comble: le contrôle technique obligatoire est souvent effectué par des sociétés financées par les armateurs.

Une pièce maîtresse
du capitalisme

Le système de complaisance est l'équivalent pour le transport de ce que sont les paradis fiscaux pour la finance internationale. Le système capitaliste organise ainsi sa propre "illégalité" avec la complicité des États, en quelque sorte une re-réglementation en faveur des multinationales.

Ainsi, les règles du transport maritime (celles qui exonèrent l'affréteur!) sont édictées par l'Organisme Maritime International. Or, à l'OMI, plus un pays transporte de tonnes de fret, plus il a de voix. En outre, certains pays s'y font directement représenter par les avocats d'affaires des armateurs. On imagine quels intérêts sont défendus !

Mais il est quelque part malhonnête de s'en prendre aux pays du Sud qui fournissent les pavillons de complaisance. Non seulement parce que les pays occidentaux ont créé les leurs (Kerguelen et autres pour la France), mais aussi parce que cela effacerait la responsabilité des États occidentaux et des multinationales dans le sabordage des économies de ces pays qui deviennent dépendants de cette activité. Jamais l'intérêt des peuples ne pèse dans la balance : le pétrole de l'Érika, puissamment toxique et inconsommable en Europe, était destiné au final aux centrales thermiques d'Afrique de l'Est. Mieux (pire !): voir le soutien de Total à la junte militaire en Birmanie...

Ce sera un rude combat à mener contre ces logiques car la prépondérance du transport par mer est écrasante dans les échanges internationaux. Pour les grandes masses de marchandises, le bateau est en effet le moyen de transport le plus rapide, le plus puissant et le moins cher (aujourd'hui on sait à quel prix !). A part quelques cas marginaux sans doute, par conséquent inoffensifs, les personnels politiques, gestionnaires des États, ne se risqueront évidemment pas à attaquer une des clés de voûte du système capitaliste.

En effet, la puissance des groupes capitalistes dépasse celle des États. Loin de lutter contre eux, les États s'imbriquent dans les logiques économiques définies par les institutions supra-nationales que sont le FMI, la Banque MondialeY Institutions elles-mêmes à la solde des multinationales et de leurs valeurs morales: la loi du plus fort, du plus rusé pour dominer et asservir ! Voilà dans quelle société nous vivons aujourd'hui!

DES REMÈDES
QUI N'EN SONT PAS

Un État de gauche écolo?
ILLUSION !

Nous l'avons vu, l'État n'est pas un outil neutre. Le conquérir pour tenter de mener une politique plus juste, pour, en quelque sorte, tenter " d'humaniser " le capitalisme apparaît une véritable utopie. Aucun gouvernement de " gauche " ne pourra tenir ses promesses, tout simplement parce qu'en acceptant les règles du jeu de l'économie de marché et de la propriété privée des moyens de production, il sera contraint de faire la politique correspondant aux intérêts des véritables détenteurs du pouvoir: les patrons d'industrie, les groupes financiers, les multinationales. Voilà pourquoi la politique de gauche est un mythe.

La preuve: tant le PC (le 16 octobre) que les Verts en sont rendus à appeler à des mobilisations de rue pour obliger l'État à prendre en considération les intérêts de la population ! Quel aveu! A quoi servent leurs élu-e-s? De relais ? Mais ce ne sont que des freins, parce que justement, une fois en place, on a tendance à attendre qu'ils/elles résolvent les problèmes. Pendant ce temps les divers lobbies les rappellent à la réalité économique du profit !

Pour parvenir au pouvoir, les Verts européens et les communistes ont fait des compromis sans fin, avec pour seul résultat d'être peu à peu absorbés par les structures de pouvoir qu'ils rêvaient de transformer.

Gayssot, ministre du transport, trouve depuis des vertus à l'économie de marché... À Renault-Vilvorde sans doute?

Et, sous la gauche plurielle, ça privatise à tout va, ça rogne sur les budgets hospitaliers!

Un gouvernement d'extrême-gauche? On a déjà donné ailleurs et on connaît sa brutalitéY

Un État breton?
ILLUSION !

En quoi une plus petite structure pourra-t-elle rivaliser avec les multinationales? Qui peut croire que la politique sera différente? L'économie de marché aura autant à sa solde les politiciens du cru. De plus, les patrons bretons sont-ils plus " sympas ", plus humanistes, plus écolos? Il suffit de regarder l'état de l'eau ou les conditions de travail dans l'agro-alimentaire et la réponse est toute trouvée. En Bretagne ou ailleurs, les problèmes sont les mêmes.

L'Union Européenne?
ILLUSION !

Faut-il en rajouter? L'Europe est clairement libérale, bien que la majorité des gouvernements soit classée à " gauche " (on rit ?). Cette association d'États se fait davantage pour permettre la prospérité des marchés que pour satisfaire les besoins des populations et on le voit une fois encore avec cette catastrophe ! En matière de réglementation maritime, spécialement pour le secteur pétrolier, cette Europe des États est même plus laxiste que les États-Unis ! Pourtant, elle en pond des textes réglementaires!

DES PERSPECTIVES
SORTIR
DE LA SOCIÉTÉ DU PROFIT
C'EST POSSIBLE !

- Le droit social des marins. Faire pression sur nos gouvernants pour une législation meilleure en termes de rémunérations et des conditions de travail des navigants est la première chose. Nous devons revendiquer l'égalité économique et sociale de tous les marins sur toute la planète! Tout navire ne respectant pas les normes devra être taxé (taxe reversée aux organisations syndicales des marins).

Qui mieux que les marins eux-mêmes peuvent défendre leurs intérêts? Il importe donc de soutenir la création de syndicats internationaux de marins. Comme partout, ce sera l'action directe et organisée des travailleurs qui pourra arracher le maximum de droits. L'un de ces droits serait inévitablement le contrôle syndical de la sécurité des navires avec la possibilité de veto sur l'autorisation de prendre la mer.

- La sécurité des navires. Là aussi, la réglementation doit évoluer : des labels internationaux sont à définir, avec des caractéristiques techniques bien précises. Pour cela, en accord avec les organisations des marins, nous devons harceler les représentants des États qui siègent à l'OMI.

- L'observatoire des marées noires. Dans les collectifs " marée noire ", est née l'idée intéressante d'un observatoire des pollutions en mers. Cet observatoire serait indépendant de l'État et des groupes industriels. Il aurait pour mission de tenir informés la population, les médias et les autorités de tout risque lié aux transports maritimes (des hydrocarbures aux déchets nucléaires en passant par les produits chimiques...). Informer les autorités est en effet bien insuffisant. Il suffit de voir le CEDRE.

Dans le domaine du nucléaire, il existe au moins un laboratoire de ce type : le CRI-RAD. A nous, citoyen-ne-s, de définir ce que sera cet observatoire. On peut aussi s'inspirer du RCAC (Association Régionale Consultative des Citoyens), élaboré par la population d'Alaska, après la catastrophe de l'Exxon Valdez en 1989.

VERS UN SERVICE PUBLIC
LIBERTAIRE DE L'ÉNERGIE
ET DU TRANSPORT

Une approche anarchiste
des services publics

Eau, transports, santé, éducation, logement, cultureY Si la notion de service public est au cur des principales luttes de ces dernières années, c'est bien parce qu'elle est porteuse d'égalité sociale.

Les services aux publics (donc non marchands, universels, d'accès libre) sont un droit inaliénable. Ils garantissent l'égalité des citoyens et citoyennes et sont facteurs d'entraide sociale. Parce qu'ils reposent sur la socialisation des coûts et une répartition plus égalitaire des richesses, ils touchent toutes les activités indispensables à la vie en société : l'éducation, le logement, la santé, les transports, l'accès aux communications, mais aussi la gestion de la ville (au sens large), la gestion des ressources naturelles, la distribution alimentaire, de l'énergie, etc.

Pour les anarchistes, la différence entre État et service public est fondamentale.

Ce n'est pas la qualité du "propriétaire" (capitaux privés ou d'État) qui nous importe, mais la fonction d'utilité sociale pour la population. Aussi, si nous combattons la privatisation ou l'introduction du capitalisme dans le secteur public, nous ne menons pas pour autant une campagne pour la re-nationalisation de ces services.

Nous prônons la socialisation des moyens de production et de distribution, du service public et leur gestion directe par les usagers et les salariés. Un service peut très bien être détenu par l'État (ou une collectivité locale) et se donner comme objectif de fonctionner selon les critères d'une entreprise privée : faire des profits sous couvert de modernisation,... Nous n'en connaissons que trop d'exemples, de la Poste aux Universités!

Logique libérale
et logique libertaire

La logique gouvernementale (=libérale) est d'imposer la rentabilité financière aux services publics, de faire payer la citoyenne et le citoyen et d'imposer aux salariés une remise en cause de leurs conditions de travail. Notre volonté est de mettre le/la citoyen-ne au centre des préoccupations du secteur public, afin de définir son action en fonction de nos besoins (usagers et salariés) et non de ceux du capitalisme ou de l'État. Ainsi, si personne ne contestera une embauche massive de personnel soignant, de profs ou de conducteurs de bus, il est hors de question pour nous de soutenir l'embauche de policiers, de contrôleurs, de matons et autres emplois socialement néfastes. Pour sauver le service au public, il faut donc le débarrasser des politiciens (de l'État), de la logique du capitalisme et du corporatisme.

De l'énergie? Laquelle ?
Comment est-elle produite?
Pourquoi faire?

L'économie tendra ainsi à se baser sur la satisfaction des besoins réels de la population. C'est bien le caractère d'utilité sociale (par opposition au profit potentiel) qui doit motiver la production et la distribution de l'énergie. C'est donc l'ensemble de la population qui doit prendre les décisions.

Quelle énergie? Pour ne pas jouer aux apprentis- sorciers, il faudra tenir compte des impératifs écologiques en termes de ressources disponibles ET des risques de pollution : le pétrole ne brille pas sous cette approche (au rythme de la consommation actuelle, les gisements pétroliers seront sans doute épuisés au milieu du siècle prochain !)Y mais le nucléaire non plus.

Le pétrole:
une denrée à économiser

- Première cible. Le transport consomme à lui seul le tiers de cette énergie.

1. Qui dit transport, dit automobile. - Garantie de la liberté de circuler pour tous, les transports collectifs (métro, bus, train, Y) doivent être gratuits. Le coût des transports en commun est en fait déjà amorti par des subventions (collectivités, parfois cotisations patronalesY) Ce que nous payons revient au coût de l'émission, de la gestion et du contrôle des titres de transport! À Hasselt, ville belge de 68.000 habitants, le réseau de bus est libre d'accès depuis juillet 1997 - En finir avec les rallyes automobiles, le ConcordeY - Soi-même, avoir un usage non abusif de son véhicule - Pourquoi les lieux d'habitation ne sont-ils pas plus près des lieux de travail? Parce que ça coûte cher, du fait des spéculateurs immobiliers (assurances, banquesY). La réappropriation et la mise à disposition gratuite de ces locaux est donc à organiser par des collectifs d'habitants - Utiliser sa voiture deviendra alors l'exceptionY

2. Autre mode de transport, les camions aussi sont des gouffres! La solution est connue, c'est le rail. Cela remet en cause partiellement la gestion en flux tendus pour les industriels et pour la grande distribution. Et alors! Est-ce que ces groupes partagent leur profit? Comme nous l'avons déjà dit, c'est bien l'utilité sociale d'une activité qui importe. En Suisse, le principe du rail est adopté.

- Deuxième cible : L'armement nécessite aussi énormément d'énergie: pour sa fabrication, mais aussi par l'utilisation abusive des stocks pour le renouvellement des budgets. On ne va pas ici en faire le procès mais à quoi sert l'armement? A faire la guerre ! L'armement est une production socialement inutile. Il n'est pas un gage de sécurité parce que sa dissémination (via les exportations) permet la généralisation des foyers de guerre. Il ne peut relever par conséquent d'une activité de service public. Y a-t-il meilleur signe de paix à l'égard des autres peuples que préparer la reconversion des usines d'armement? Les capacités technologiques des arsenaux, des groupes privés du marché de l'armement, sont à réorienter. Le transport du pétrole mérite qu'on l'améliore à l'évidence.

- Troisième cible : les chauffages. Qu'ils soient au fioul ou électriques, ces modes de chauffage sont à réduire drastiquement. Le premier parce qu'il est polluant, le second parce qu'il est dévoreur d'énergie. Des alternatives existent (filière bois...).

Sortir du nucléaire

On ne peut faire l'impasse de remettre en cause cette énergie : d'abord des catastrophes bien plus graves peuvent surgir, on ne sait pas non plus que faire des déchets. Ensuite, nucléaire civil et militaire sont intimement liés ! Enfin, les centrales nucléaires ne peuvent fonctionner que par un pouvoir centralisé : les populations ne peuvent intervenir sérieusement sur la gestion d'installations aussi dangereuses.

En revanche, les énergies renouvelables offrent un cadre plus favorable à une société autogestionnaire. Ainsi quelques connaissances et un peu de bon sens suffisent pour que tout un chacun puisse donner, dans le cadre de décisions collectives prises dans les communes accueillant ces installations, un avis pertinent sur les questions de leur installation, de leur exploitation ou de leur maintenance.

Parce que les sources d'énergie renouvelable sont réparties naturellement de façon plutôt égalitaire sur l'espace géographique (une région peut être plus favorable à l'éolien, une autre au solaire, une autre encore à la biomasseY), leur exploitation est un atout non négligeable pour un service public libertaire non étatique, géré directement par la population. Dans tous les cas, le niveau des risques acceptables sera à définir de manière collective. Il importe par conséquent d'avoir des informations fiables sur les projets. Actuellement, l'information paraît bien orientée vers certains intérêtsY

En attendant, tant les risques sont grands, il faut faire pression sur les autorités, spécialement françaises, pour la sortie la plus rapide possible du nucléaire en faisant tourner à 90% les centrales thermiques au charbon et au fioul, en arrêtant l'exportationY

Une autre gestion
des services publics:
la gestion directe

Plus rien ne doit appartenir à des groupes privés ou à l'État. Les gisements de matière, les entreprises chargées de les transformer et les moyens de transport ne peuvent relever que de la propriété collective, sociale. Les besoins sont à définir par les usagers, consommateursY La gestion et le fonctionnement des entreprises doivent revenir aux mains des travailleurs. L'égalité économique interprofessionnelle en découle automatiquement. Les organes de gestion, là où ils sont nécessaires, devront être élus et révocables. Ainsi, les pétroliers, qu'on peut intégrer au service public, dans la mesure où le pétrole permet aux transports de fonctionner, seront gérés par les marins eux-mêmes. Les syndicats de marins, à part égale avec l'observatoire dont nous avons élaboré les traits plus hauts, seront chargés de veiller à la sécurité des navires.

En attendant,
Total doit supporter
les coûts de la pollution!

Le FIPOL est limité à 1,2 milliards de francs et Total a déjà intégré ses cotisations dans ses coûts. Il faudra bien rogner sur ses bénéfices qui sont en hausse (10,2 milliards en 1999) !

A Lorient, pour nettoyer les plages, la mairie embauche des CES. Cela montre combien les gestionnaires, à quelque niveau qu'ils se situent, ont intégré les valeurs de flexibilité et de précarité. Imposons des vrais contrats de travail ! Du pognon, il y en a !

Tout ça ne tombera pas du cielY ni des élections! Les États et les industriels ne s'y plieront que sous notre mobilisation. Syndicats, groupes de consommateurs, doivent fonctionner de concert. Manifestations de rues, grèves, occupations de conseils d'administration, et toute action directe sont nos outils. Les mouvements ne sont que des gens ordinaires qui s'unissent, qui cherchent les moyens de combattre ce système et créer un autre futur.

Union Régionale Bretagne
de la Fédération Anarchiste
- Groupe Jes Futuro
C.E.L., BP 38, 22301 Lannion Cédex

- Groupe Les Temps Nouveaux
C.E.L., BP 728, 29277 Brest Cédex

- Groupe de Nantes
ACLN, BP 60221, 44000 Nantes Cédex 1

- Groupe libertaire Francisco Ferrer
Cité Allende B19, 56100 Lorient.

- Groupe La Commune
MJC La Paillette, rue du pré de Bris
35038 Rennes Cédex.

- Groupe libertaire René Lochu
6 rue de la Tannerie, 56000 Vannes.



 

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