Tract
du Front
AntiFasciste
de Verviers

Contre Jörg Haider
et la barbarie rampante

La cible du nationalisme de Haider en Autriche, tout comme celle des flamands du Vlaams Blok en Belgique, réside moins dans la haine de l'étranger que dans l'animosité et le mépris envers les plus faibles de tout type.

Les idées de l'extrême droite moderne sont essentiellement fondées sur un racisme anti-pauvre ; l'étranger riche, lui, est toujours bien accueilli.

Ainsi, dans toutes les régions opulentes de l'Europe, la race se définit aujourd'hui par l'argent, constate l'écrivain autrichien Karl-Markus GAUSS (1).

L'Autriche
compte parmi les pays
les plus riches
du monde
et pourtant la haine
règne dans ce pays

Si le parti libéral de Jörg Haider (FPÖ) a pu croître et s'enraciner dans la société autrichienne, ce n'est pas parce qu'il s'est civilisé, mais au contraire parce qu'il a osé affirmer ses tendances barbares.

Pour comprendre le phénomène autrichien, il faut avoir présent à l'esprit que la victoire de Haider repose avant tout sur la barbarie rampante de la population.

Le succès que connaît aujourd'hui le FPÖ tient relativement peu à l'extrême droite traditionnelle, même si celle-ci lui sert toujours de refuge politique. Non, ce qui est beaucoup plus important, c'est qu'il touche de plus en plus de gens, et leur permet d'atteindre leurs propres objectifs B dans une société où le darwinisme social constitue le quotidien de centaines de milliers de personnes.

Ainsi, bon nombre d'électeurs n'ont fait qu'appliquer avec retard dans la politique ce qu'ils avaient déjà depuis longtemps accompli sur le plan social.

Ces dernières années, un courant libéral, fondé sur le darwinisme social (la loi de la sélection naturelle) a corrompu la société, de telle façon qu'en Autriche, comme partout ailleurs, une vive hostilité B une sorte de petite guerre civile B contre les plus faibles est à l'ordre du jour.

Le racisme a-t-il une place dans un pays qui vit du tourisme ?

De même que les patrons de l'économie ne se cachent plus derrière un discours social pour afficher leurs objectifs et les imposer aux politiques, de même, plus personne ne juge utile de camoufler qu'il approuve le durcissement de la situation sociale et politique. Troublés, les commentateurs se demandent soudain comment un parti d'extrême droite peut triompher dans un pays aussi stable et prospère que l'Autriche. Quiconque s'en étonne se figure encore l'image des milices nazies répandant la terreur dans les rues. Or, il y a longtemps qu'existe en Europe un extrémisme des gens aisés, dont la nouvelle forme de racisme B essentiellement économique B vise à détruire les structures sociales existantes.

L'égoïsme impitoyable B tel qu'il nous est mis en scène, sous couvert d'amour de la patrie, à grand renfort de logorrhée folklorique B a des antécédents partout ailleursY

Il est évident que le racisme inscrit dans le mythe du sang n'a plus sa place dans un pays qui vit du tourisme. Ce racisme-là, présent dans le limon social depuis la nuit des temps, n'est plus le seul dans l'Europe de l'intégration, dans l'Autriche de la prospérité, et ce n'est d'ailleurs pas lui, aussi repoussant soit-il, qui présente aujourd'hui le plus grave danger. Dans toutes les régions riches, on a plutôt recours à de nouveaux stigmates raciaux pour classer les êtres humains en bons et en méchants : la race se définit aujourd'hui par l'argent. Celui qui n'en a pas est un étranger ; celui qui en manque est un métèqueY même s'il est de chez nous !

Les racistes bon chic bon genre des haut lieux touristiques du Tyrol, qui ne souffriront jamais que quiconque puisse mettre en danger leur style de vie, n'ont rien à voir avec les racistes à l'ancienne mode, lesquels continuent à s'enflammer pour la nation germanique et la supériorité de la race blanche. Aujourd'hui, la composante multiculturelle est la bienvenue. Les jaunes du Japon sont des hôtes qui payent, ils sont donc aussi bien accueillis que les Verts allemands.

Quelle que soit la tonalité nationaliste que se donne l'extrême droite, elle n'a jamais rien eu contre les étrangers reconnaissants de faire, contre un salaire de misère, les sales boulots que plus personne n'est prêt à accomplir, ni contre les étrangers fortunés, satisfaits de venir dépenser leur argent dans ces magnifiques contrées touristiques. En revanche, l'extrême droite mobilise une aversion particulière à l'encontre d'un nombre croissant de nationaux, traité notamment de "parasites sociaux", qui se muent progressivement en exclus et en étrangers dans leur propre pays.

Détrompons-nous : nous ne vivons pas un retour au passé. L'Autriche n'est pas à la veille de voir resurgir le spectre du national-socialisme. Cependant, il ne faut pas non plus sous-estimer ces opulentes brutes qui ont pris en main le FPÖ (mais qui existent aussi dans d'autres formations politiques) : pour protéger ce qui leur est cher, ils sont prêts à brader tout ce que nous considérons comme les acquis de la civilisation.

Le danger ne vient pas du fait que Haider, comme beaucoup le croient à tort, soit un incurable nostalgique du nazisme. Son populisme se nourrit effectivement des ressentiments du passé, mais la rapacité brutale dont le FPÖ se fait le porte-voix est, elle, bien d'aujourd'hui. Et elle a de l'avenir en Europe, pas seulement en Autriche.

D'après
Karl-Markus GAUSS


Source : Courrier International
n°483 pp. 32&33.

(1) Écrivain et essayiste autrichien. Editeur de la revue littéraire Literatur & Kritik (Salzburg).


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