Alternative Libertaire


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Le 3 octobre dernier,
un nuage brun
est apparu au-dessus
de l'Autriche.

En effet, ce jour-là, 27% des Autrichiens s'étant rendus aux urnes apportaient leurs suffrages à un play-boy cinquantenaire, Jörg Haider, leader du FPÖ. Ainsi donc, c'est une formation d'extrême-droite qui se positionnait comme la deuxième force politique du pays, loin derrière le parti social-démocrate, mais juste devant l'ÖVP, le parti conservateur de la droite modérée.

Pour mieux comprendre ce qui s'est produit dans cette austère contrée, il faut se rappeler que la scène politique autrichienne se résumait à un jeu subtil entre conservateurs et socio-démocrates. Ces deux formations se partageaient consciencieusement le gâteau, les postes, les responsabilités. Et depuis 13 ans, ils formaient même la coalition gouvernementale.

De fait, le FPÖ de Jörg Haider est apparu comme la seule force anti-consensuelle autrichienne. Plafonnant pendant longtemps à 5% de l'électorat, le FPÖ a subi un profond lifting sous l'impulsion de Jörg Haider. Ce dernier, qualifié de beau gosse et de séducteur, est un leader charismatique, jeune et dynamique. Comme le souligne le journaliste autrichien Danny Leder, Haider est un mélange entre Le Pen, Mégret et Bernard Tapie. Et s'il y a neuf ans, il se laissait aller à vanter les mérites de la politique de l'emploi du parti nazi allemand, depuis, il a su éviter de répéter ce genre de propos, même s'il sait qu'une frange importante de la population autrichienne est loin d'être en désaccord avec ses idées.

C'est aussi un habile manœuvrier, plus habile pour l'heure que nos deux tristes sires hexagonaux. Le FPÖ a réussi à agréger autour de lui, à la fois un électorat très populaire, puisque 45% des électeurs ouvriers ont voté pour lui, mais également de larges pans de la bourgeoisie d'affaires gagnée au néo-libéralisme. À cela s'ajoute le fait que le FPÖ, bien que crée à la sortie de la deuxième guerre mondiale par d'anciens nazis, s'est transformé durant les années 70 en un parti libéral bon teint qui fut même partenaire de la coalition du chancelier socialiste Bruno Kreisky. Alors que le Front National s'est bâti contre la bande des quatre, le FPÖ, lui, a toujours fait partie, même marginalement, du monde politique autrichien.

Avec un taux de chômage très faible, puisqu'inférieur à 5%, une bonne santé économique, on aurait pu penser que l'Autriche serait restée à l'abri de l'extrémisme politique. Mais voilà, la mondialisation fragilise et interpelle tous les peuples. Pendant quarante ans, les frontières autrichiennes étaient étanches. À l'Est, c'était le bloc communiste, le socialisme réellement existant. Avec l'effondrement du mur, l'Autriche s'est trouvée confrontée au problème de l'immigration.

Ceux qu'elle plaignait jadis de vivre sous la botte stalinienne sont maintenant dans ses rues et y cherchent du travail. Les Autrichiens n'en avaient pas l'habitude. Il est vrai qu'en matière de xénophobie, la social-démocratie autrichienne savait y faire. La puissante centrale syndicale qu'elle dirige s'est toujours opposée à l'afflux de main d'œuvre étrangère afin que cet afflux ne fasse pas pression sur les salaires plutôt élevés ; dans le même ordre d'idées, ce sont les mêmes socio-démocrates qui interdisent toujours aux étrangers l'accès aux logements sociaux ! Citons Danny Leder encore : Lorsque les frontières sont tombées, que les touristes tchèques et hongrois ont déferlé, que des réfugiés de l'Europe balkanique et d'ailleurs sont arrivés, une partie de la population autrichienne s'est sentie déstabilisée. C'est une population qui était habituée à un monde fermé, stable, où il n'y avait pas de licenciements mais, au contraire, des emplois à vie, et tout, brusquement, coïncide : ouverture des frontières, globalisation, démantèlement des services publics, même si cela se passe plus lentement qu'en France.

Face à un tel désarroi, le discours technocratique est de peu de poids.

Comme le discours révolutionnaire est encore moins présent là-bas qu'ici, les populistes démagos ont de fortes chances de faire leur beurre. Pour combien de temps ? Je ne sais pas. Souhaitons que ce ne soit pas pour 1000 ans.

Patsy



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