LU DANS LA PRESSE
LE MATIN 3 FEVRIER 2000

Neufchâteau
bloqué par
le palais royal ?

Trois publications
font dans le tir convergent.

Dans le mode - attaque frontale, toute bride abattue, c'est du jamais vu. Incontestablement.

Allegro : Il est de notoriété publique - même si personne ne le dit publiquement - qu'Albert (Albert II, roi des Belges) a toujours apprécié la compagnie de prostituées, aussi bien à Ostende, il y a plus de trente ans (où il fit scandale à l'hôtel La Renommée), que récemment à Cannes, où une call-girl à qui il avait offert des bijoux de chez Cartier lui vola son carnet de chèques après son retour en hâte à Bruxelles, suite à l'évasion de Dutroux.

Andante : Il faut dire que la consommation de prostituées est une tradition du Palais. Léopold II, neveu de la reine Victoria, était client d'un réseau de prostitution anglais fournissant de très jeunes filles. Plus tard, il rencontra Caroline, prostituée de seize ans, qu'il épousa sous le nom de Baronne de Vaughan.

Et vivace sur cette soirée qui aurait eu lieu vers 1980, en présence d'Albert, où le très jeune amant d'une certaine "Bébelle" perdit la vie, au cours de ce qu'il croyait être un jeu érotique. "Suicide" ou "pendaison érotique"susurrait-on le lendemain au Sablon.

Les citations proviennent d'une tribune libre publiée dans le numéro de février d'Alternative Li-bertaire (n°225 p.13, Le mal au dos du Roi). Tout sauf frivole, le texte est longuement argumenté et étayé par des références qui en tra-cent le sérieux : elles vont des Mémoires inédites de Jacques Pirenne au King Leopold's Ghost d'Hochschild en passant par une coupure du Peuple du 25.4.1949.

Travail d'historien, incendiaire. Le propos, pour résumer. L'occultation constante et l'inviolabilité constitutionnelle de la vie privée du palais ne feraient pas problème si elles n'avaient pas pour effet d'être étendues aux milieux criminels qui l'ont côtoyée.

Et l'auteur de la tribune de rappeler les dossiers de ballets roses non élucidés, de rappeler aussi que cette mouvance perverse du début des années 1980 est précisément le milieu où trônait Nihoul, surnommé le Prince de la nuit : ce Prince a dû croiser l'autre à de nombreuses occasions. L'autre ? Albert. Les implications sont lourdes. Tellement lourdes qu'il faut se tourner vers la France pour les voir formulées. Neufchâteau bloqué par le palais royal ?

La peur bleue de la justice. C'est la conclusion de notre confrère parisien Politis dans un article du 2 décembre dernier. Prenant comme point de départ le livre de Van Heeswyck, Bulté et De Coninck (Les dossiers X, EPO, 1999), il revient sur les innombrables actes délibérés de falsification de pièces et d'obstacles à l'enquête qui émaillent l'instruction de Neufchâteau sur les réseaux d'enlèvements, d'abus et de prostitution d'enfants.

Il y revient pour énoncer noir sur blanc ce que - n'osant pas franchir le pas ? - ces auteurs n'écrivent jamais clairement, à savoir que des blocages aussi frénétiques dans une enquête sont inexplicables si on n'assigne pas une raison majeure et unifiante à tous ces comportements. Cette raison, portant en germe une crise politique majeure, est l'implication indirecte du palais royal dans le dossier. Pour comprendre l'impasse de Neufchâteau dans ce volet de l'enquête, il faut se poser la question, toute simple : Qu'est-ce que la justice avait peur de découvrir ?

Là, Politis n'invente rien. Le livre en question dissèque longuement cette page décisive de l'enquête. On est à la fin de 1996. Par quatre fois, les enquêteurs entendent longuement le témoin X3. Particularité : enfreignant une des règles les plus élémentaires de la procédure judiciaire, ils ne, consignent rien par écrit. Pour tous ceux qui sont au courant dans cette instruction, en effet, les déclarations de X3 ouvrent un gouffre devant leurs pieds. Car, en accusant des membres de la maison royale, elle amorce une bombe atomique constitutionnelle.

Verdict d'un des enquêteurs, cité dans le livre : Plutôt que de courir ce risque, on a décidé à la mi-1997 qu'il fallait saboter les enquêtes, de gré ou de force.

Ce qui fut fait. Les enquêteurs qui en ont fait les frais, n'ayant pas voulu jouer ce jeu, viennent d'être lavés de tous les soupçons judiciaires dont on les avait surabondamment chargés, deux années durant. Ce faisant, la justice rend inexplicable l'acharnement dont ils ont fait l'objet. Esquisse de solution dans Alternative Libertaire et Politis ?
 

E.R.
Journal "Le Matin", 3.2.2000


 

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