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Liberté
de circulation

La fermeture des frontières
met en danger
nos libertés fondamentales.

Dans le monde d'aujourd'hui, tout est mis à la sauce néo-libérale, recherche perpétuelle du profit qui se traduit par la dégradation des conditions de vie de la majorité des habitants de la planète au profit de quelques uns (20% de la population mondiale possède 85% des richesses planétaires).

Les États dominants (USA, Europe, Japon...), véritables camps de consommation, se sont ainsi dotés d'outils de répression en matière de liberté de circulation : ils récoltent les richesses mais ils doivent se protéger des dégâts qu'ils produisent. Cette domination économique, technique, diplomatique, militaire et politique a des effets désastreux sur la nature et sur les humains. Comme il n'est pas question d'assumer les conséquences de ces actes, ces États doivent trouver des méthodes pour continuer à profiter de la situation en rejetant les responsabilités sur d'autres.

L'ordre mondial est bien un ordre impérialiste, et l'Europe y participe pleinement.

De plus, ce véritable apartheid social se développe au sein même des pays riches : logement, éducation, santé... deviennent peu à peu des services de luxe.

Les formations politiques, influencées par le discours de l'extrême-droite agitent le spectre de l'invasion et exacerbent les sentiments xénophobes et racistes : il faut se protéger des flux de populations qui arrivent du Sud et de l'Est ! Les regards se tournent ainsi vers les étrangers, les migrants, et non vers ceux qui détiennent les richesses.

Les pauvres de tous les pays n'ont plus qu'un choix : crever là où ils gênent le moins, loin des caméras et des opinions publiques. Dans un monde où, selon la Banque mondiale, deux milliards de personnes vivent avec un dollar en poche par jour, tout circule (touristes, hommes d'affaires, marchandises, idées...) mais pas les pauvres.

En France, la confusion entretenue autour de l'immigration et de ses effets a permis aux gouvernements qui se sont succédé depuis la guerre de légitimer les discours et les pratiques xénophobes (déjà Léon Blum, en 1936, affirmait : Il ne serait pas cependant admissible que des étrangers puissent, sur notre territoire, prendre part de manière active aux discussions de politique intérieure et provoquer troubles et désordres).

On prétend combattre Le Pen en appliquant sa politique (L'immigration source de tous les maux de la société).

SCALP/Reflex, par sa réflexion/action sur l'antifascisme radical a porté une attention particulière au discours de l'extrême-droite et à son glissement progressif à la gauche classique, pénétration des idées racistes que l'on appelle communément lepénisation des esprits. À noter particulièrement la propagation du racisme différentialiste qui permet de justifier la préférence nationale au nom du droit à la différence, du droit de protéger la nation française. La perpétuelle invocation de l'État nation étant elle-même synonyme d'exclusion, le thème de la différence alimentant celui du danger et fondant le besoin de sécurité. Tous ceux qui sont hors-normes sont à traiter différemment : les immigrés, les SDF, les exclus...

Dans l'Europe de Schengen, la liberté de circulation et d'installation est possible, mais seulement pour ses ressortissants. Le principe de libre-circulation est donc bon mais pas pour les non-communautaires. Cela se traduit par une gestion policière et utilitaire des flux migratoires et un alignement progressif des législations des différents pays concernant l'immigration, sur des bases de fermeture des frontières. Conception d'un espace à défendre, dont les étrangers non communautaires sont les hôtes indésirables (Europe forteresse). Cela pousse à la xénophobie, à la haine, à l'enfermement sur soi, au déclin.

Tirer sur des personnes alors qu'elles veulent franchir les frontières devient un devoir (frontières allemande, française...), maltraiter ou tuer des gens en les expulsant est possible (Sémira Adamu), etc.

Voilà pourquoi la liberté de circulation et d'installation des hommes et des femmes, associée à la réappropriation et à la redistribution des richesses est la seule alternative possible pour ceux et celles qui refusent ce monde néo-libéral qui souhaite faire de la population mondiale une main d'œuvre corvéable à merci et au moindre coût.

Pour montrer que la liberté de circulation et d'installation des personnes est possible et même souhaitable, nous allons rapidement examiner les effets néfastes, pour nos libertés à tous, de l'application de ces lois pour étrangers, puis nous démonterons les arguments avancés par les partisans de la fermeture des frontières.

Les conséquences
de la fermeture
des frontières
sur nos libertés
fondamentales

Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État (Art.13, Déclaration Universelle des Droits de l'Homme).

Ces droits de l'homme, dont la majeure partie des pays riches se réclament, sont niés quotidiennement et officiellement. Cela pose le problème de la légitimité de ces États qui appliquent le contraire de ce qu'ils prônent. Ainsi la France, pays des Droits de l'Homme et du Citoyen, ne reconnaît même pas le statut de citoyen à des personnes qui y vivent pour la simple raison de leur nationalité non française...

Ce sont les mêmes qui affirment qu'il faut fermer les frontières (en France depuis 1974) sachant pertinemment que l'immigration zéro est impossible. On ne peut empêcher les gens d'aller quelque part s'ils y tiennent absolument. Il y aura toujours des flux migratoires (souhaités ou non). Ainsi, en 2015, il est prévu, par le Commissariat au Plan, que l'économie française aura besoin de main d'œuvre étrangère. Cela pose directement le problème de la libre installation. En effet, si l'on refuse de voir le cadre de l'existence des migrants réduits aux variations de l'échange marchand, il n'y a pas d'autre alternative.

Dans l'Europe de Schengen, véritable citadelle assiégée, sous prétexte de lutter contre le terrorisme international et le travail clandestin, des mesures policières sont prises sans aucun contrôle démocratique, avec en particulier la création du SIS (Système Informatique Schengen) qui va permettre le fichage de toute personne impliquée dans un délit ou un crime (même les témoins).

L'immigration légale devient donc de plus en plus difficile : les seuls parmi les pauvres à pouvoir bouger sont les demandeurs d'asile, les membres de familles et quelques étudiants. Mais même pour eux c'est un véritable parcours du combattant. Le droit d'asile est devenu une grâce accordée très rarement (par l'OFPRA en France) et les restrictions qui pèsent sur le regroupement familial ne cessent de s'accroître.

Cette politique de l'immigration est caractérisée par son arbitraire et son secret : utilisation de camps de rétention administrative, où les sans-papiers sont enfermés sans jugement avant d'être expulsés, contrôles au faciès (avec le plan Vichypirate qui permet de chasser les étrangers en situation irrégulière sans arrêter de terroristes...), fichage avec la circulaire Chevènement qui, par ailleurs, a permis de "régulariser" (cartes de 3 mois ou d'un an...) arbitrairement une partie des sans papiers de France etc...

Ces sans-droits constituent ainsi un réservoir inépuisable qu'on vide régulièrement. Pas besoin de rafles.

On assiste à la reproduction classique de l'association immigration-insécurité-crise économique. Les immigrés (réguliers et irréguliers) sont ainsi criminalisés : application de la double-peine (prison + expulsion) et de la triple-peine (prison + expulsion + maladie grave). Cela a tendance à accroître la méfiance à l'égard des étrangers et à augmenter la crédibilité de ceux qui incitent à une politique démagogique d'exclusion et de xénophobie (Commission Consultative Nationale des Droits de l'Homme).

La fonction publique se transforme ainsi en auxiliaire de police : dénoncer les clandestins est un devoir civique, ils représentent un danger pour la société (souvenirs...) !

Les droits sociaux des étrangers dépendant du droit au séjour, on rentre dans un mécanisme dangereux. Les services sécuritaires en viennent à jouer un rôle déterminant dans la vie des dits étrangers ou d'origine, on peut alors parler dans ce cas de dérive totalitaire.

Cette législation relative aux étrangers entraîne donc une dégradation des libertés de tous : Tout les défenseurs des libertés publiques savent que, dans un monde aux écarts économiques si forts, aux zones de violence si nombreuses, aux moyens de déplacement si aisés, toute entrave à la liberté de circulation échoue, à moins qu'elle ne s'appuie sur une répression aveugle et des contrôles incompatibles avec le respect des libertés individuelles (J.P. Allaux, GISTI, juillet 1996).

Des preuves ? Le délit d'hospitalité, ou de solidarité, qui fait que l'on peut passer en procès pour aide au séjour irrégulier (procès du responsable syndical M. Beurier) ; la suspicion généralisée envers les étrangers (traque aux mariages blancs) ; l'intensification de la répression des militants, "activistes", ou autres "terroristes" (procès de l'action du Collectif Anti-Expulsions du 12 juin 1998 à la DICCILEC en France, perquisitions et arrestations de soutiens aux sans-papiers en Belgique etc...).

Une multitude de discours et actes répressifs qui ne sont là que pour nous faire oublier que les étrangers irréguliers sont une soupape pour les patrons, une arme contre les travailleurs réguliers, qu'ils sont utilisés pour le développement de la précarité de la société.

L'espoir à l'horizon pour les jeunes étrangers ou d'origine est donc plutôt restreint : exclusion, banlieues, chômage, contrôles au faciès...

Les recours communautaires, l'intégrisme religieux, le désespoir et la violence deviennent alors des directions "logiques". On assiste ainsi au renforcement de la coupure étrangers/français, coupure qui renforce à son tour les deux pôles, fascisme et intégrisme, qui ne se retrouvent d'accord que sur une seule chose : leur différence !

On peut ainsi noter l'influence grandissante des partis d'extrême-droite dans toute l'Europe.

C'est un cercle vicieux. On en revient au vieux fantasme : Les barbares ne sont pas dans les steppes de Tartarie, mais dans les faubourgs de nos villes (1832).

Les motifs invoqués
pour fermer les frontières

De tous les arguments avancés pour défendre la fermeture des frontières, le mythe de l'invasion est le plus récurrent. P. Weil, qui n'est pas un farouche partisan de la liberté de circulation, l'a pourtant dit, avec tant d'autres : En dehors de ces cas exceptionnels (guerre) il n'y a pas d'invasion. Raisonner autrement c'est oublier le coût affectif et culturel du choix d'émigrer [...] Les ressortissants africains mourant de faim sur leur continent sont infiniment plus nombreux que ceux qui ont tenté l'aventure de l'immigration (1995).

Les Portugais, les Espagnols, les Grecs n'ont pas envahi l'Europe, comme le craignaient certains, quand ils ont intégré l'Union Européenne. Les populations de l'est n'ont pas envahi l'Europe après la chute du mur de Berlin. L'histoire nous montre que ceux qui ont peur de l'invasion de quelconques barbares n'ont seulement fait qu'intérioriser un des mythes xénophobes. Rappelons au passage que la proportion d'immigrés en France est la même depuis 1930 (7%).

Un deuxième argument revient souvent : il n'y aurait pas assez de travail, cela augmenterait le taux de chômage... Le chômage n'a rien à voir avec l'immigration ! C'est l'OCDE qui le dit, et on ne peut taxer cette institution de prosélytisme. De plus, la France est un des pays les plus riches au monde, de plus en plus riche, avec de plus en plus de pauvres (12% de la population en 1996). Cela montre bien que le problème principal n'est pas le travail mais bien la répartition des richesses qui irait de pair avec une redéfinition du travail.

Quant au travail clandestin, il a été montré que seulement 10% du travail au noir était le fait des étrangers. La traque du travail clandestin n'est en fait qu'un discours creux. Les employeurs de travailleurs au noir sont, eux, laissés tranquilles.

La liberté de circulation ne cesse de régresser, que ce soit à l'intérieur des États riches (où les pauvres sont repoussés et cantonnés dans les cités-ghettos des métropoles des États du Nord ; où les SDF sont interdits de séjour dans plusieurs communes...) ou au niveau mondial.

En niant la liberté de circulation les gouvernements font le jeu de ceux qui repoussent toute idée de partage des richesses. En contrôlant les frontières, en réglementant le droit au séjour, ils ne font qu'augmenter la précarité des personnes, au seul bénéfice de ceux-là mêmes qui refusent que ceux et celles qui produisent les richesses en profitent pleinement. Leur incapacité à peser réellement sur l'économie capitaliste et ses conséquences désastreuses trouve ainsi un bon dérivatif.

Aujourd'hui, on constate un consensus qui légitime publiquement le racisme d'État et la gestion différentielle des populations. L'écart entre légalité et légitimité est flagrant. La notion d'État de droit pose donc problème. La loi devient illégitime.

Les conditions de conflit sont là tant sur le plan local que mondial. Les contradictions de ce système ne peuvent être résolues par le maintien de la domination et par ce genre de politique qui accentue les difficultés.

En effet , la démocratie formelle cache l'inégalité sociale et économique sur laquelle se fonde le capitalisme.

Comment mettre en œuvre la solidarité dans le cadre de lois illégitimes ?

Le réformisme à l'envers se définit par la défense du moindre mal et de la solution la "moins mauvaise". Il y a une tendance générale à englober la solidarité dans la lutte contre l'exclusion, qui ne s'attaque qu'aux conséquences de la domination actuelle (aider les sans-papiers à remplir leurs dossiers, politique des quotas - qui ne résout pas l'immigration clandestine, et qui privilégie l'intérêt des États et non les volontés individuelles, préconisation de l'aide au développement - 0,27% du PNB des pays de l'OCDE...). Pour en sauver quelques uns on collabore à la domination.

Il faut relier le racisme d'État et le racisme banal à la question de la domination. On peut ainsi comprendre comment s'articule la domination impérialiste mondiale et la domination locale xénophobe, la domination économique et la domination politique, la domination patriarcale et la domination militaire. Il faut lier la solidarité concrète à un changement de société. C'est ce que nous faisons en revendiquant la liberté de circulation et d'installation des personnes et la redistribution des richesses en même temps que la régularisation des sans-papiers ou la fermeture des centres de rétention (au sein des Collectifs Anti-Expulsions).

Défendre la liberté de circulation et d'installation des personnes c'est donc lutter contre tous les préjugés, les fantasmes, les mensonges, l'hypocrisie, la peur propagés dans les discours dominants sur les étrangers.

C'est montrer que l'immigration n'est pas un problème.

C'est lutter contre la xénophobie d'État.

C'est lutter pour la fermeture des camps de rétention et pour la régularisation de tous les sans-papiers.

C'est affirmer le monde des peuples contre celui des banques.

C'est montrer qu'un autre monde est possible. 


SCALP-Réflex
21 ter rue Voltaire 75011 Paris
http://www.samizdat.net/
Il y a de plus en plus
d'indésirables dans le monde

Il y a trop d'hommes et de femmes pour qui cette société n'a prévu qu'un rôle : celui de crever. Morts pour le monde ou pour eux-mêmes, la société ne les désire qu'ainsi.

Sans travail, ils servent à pousser ceux qui en ont un à accepter n'importe quelle humiliation afin de le préserver.

Isolés, ils servent à faire croire aux citoyens se prétendant tels qu'ils ont une réelle vie commune (entre les paperasseries de l'autorité et les rayons des marchandises).

Immigrés, ils servent à alimenter l'illusion d'avoir des racines chez des prolétaires seuls avec leur néant au bureau, dans le métro ou devant la télévision.

Clandestins, ils servent à rappeler que la soumission salariale, ce n'est pas le pire ? il existe aussi le travail forcé et la peur qui serre le ventre à chaque contrôle de routine. Expulsés, ils servent à renforcer, sur tous les réfugiés économiques du génocide capitaliste, le chantage du bannissement vers une misère sans retour.

Prisonniers, ils servent à menacer avec le spectre de la punition ceux qui ne veulent plus de cette misérable existence.

Extradés en tant qu'ennemis de l'État, ils servent à faire comprendre que dans l'Internationale de la domination et de l'exploitation, il n'y a aucun espace pour le mauvais exemple de la révolte.

Pauvres, isolés, étrangers partout, incarcérés, hors-la-loi, bannis : les conditions de ces indésirables sont de plus en plus communes.

Commune peut alors devenir la lutte, sur la base du refus d'une vie chaque jour plus précarisée et artificielle.

Citoyens ou étrangers, innocents ou coupables, clandestins ou réguliers : ces distinctions des codes étatiques ne nous appartiennent pas.

Pourquoi la solidarité devrait-elle respecter ces frontières sociales, alors que les pauvres sont continuellement trimballés de l'une à l'autre ? 


SCALP - Réflex

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