La Rencontre
vue de l'intérieur

Je me trouvais donc à João-Pessoa au début décembre, et c'est de là que j'ai entrepris le voyage à Belém (40h de bus) pour participer à cette grande rencontre zapatiste. Les documents préparatoires que j'avais lus m'avaient rendu méfiant et perplexe, en raison de l'emprise des partis politiques, syndicats, organisations, assez hétérogènes. Mais, naïvement, je me disais; S'ils ont envie d'être zapatistes, pourquoi pas ! La perspective zapatiste est d'inclure, et pas d'exclure... Enfin me voila dans le bus, et, à Recife nous nous trouvons une dizaine embarqués ainsi pour Belém. Nous faisons vite connaissance : il y a un couple d'Argentins très sympathiques et ouverts; de même une jeune Espagnole (prof d'espagnol à Berlin). Et puis, un groupe de gars de Recife, appartenant au PCR, proclamant haut et fort leur attachement au stalinisme. Bonjour l'ambiance ! Au moins c'était bien pour se préparer à ce qui nous attendait à Belém: un délire de bannières, de banderoles, de stands, de slogans, tout un attirail de propagande donc, au profit d'un Parti communiste (il y en avait 11 espèces), socialiste de ceci ou cela, arnarcho-punk, et autres organisations qui, manifestement n'étaient là que pour se faire valoir, pour se faire voir et entendre! Par contre le Mouvement des Sans-Terre du Brésil n'était pas là. On m'a fourni un tas d'explications contradictoires, il semble bien que le retrait du MST soit dû à un désaccord avec le comité organisateur de la Rencontre. Du coup le MLST (une dissidence trotskyste) essaye de faire son beurre en étant très présent. Quant à moi, je commençais vite a rencontrer des gens qui, comme moi, étaient écurés. L'organisation semblait bien verrouillée (par les partis de gauche brésiliens, surtout le PT qui gouverne la ville), et pour donner le ton, les deux premiers orateurs invités étaient un Français, Jean-Pierre Page, de la CGT (j'apprendrai ensuite qu'il avait été, ou était encore, au Comité Central du PC), et un Cubain Eddy Jimenez Perez, en tournée au Brésil pour vanter la qualité de la démocratie à Cuba !

Il y avait une petite délégation mexicaine, dont deux indigènes, Luzia et Abram, représentant l'EZLN, qui ont été remarquables par la clarté de leurs témoignages, mais qui étaient également remarquablement marginalisés. Figurez-vous que même leurs interventions étaient saluées par des slogans comme celui-ci : Brasil, Cuba, América Central, La lucha socialista e internacional. Et les drapeaux qui s'agitaient autour d'eux étaient pro-cubains, pro-colombiens... mais pas du tout zapatistes. Un apport très intéressant a été aussi celui des indigènes du Brésil. Malheureusement, l'organisation assez chaotique de la Rencontre n'a pas facilité les occasions de dialogue entre eux et les zapatistes.

Pour ce qui est des contacts qu'un tel rassemblement procure, c'est assez extraordinaire: j'ai eu de bons contacts avec des gens qui commencent un comité zapatiste à Rio, avec deux parisiennes des Verts, le dernier jour avec une déléguée du FZLN. Après tout cela, je me dis, voilà où nous en sommes: des énergies toujours abondantes, jeunes, généreuses (il y avait autour de 3.000 personnes inscrites); et aussi l'éparpillement, les divergences, la radicalisation, et tant de contradictions ! La cacophonie de Belém ne correspond pas du tout au germe zapatiste. La plante ne correspond pas à la graine... c'est du ZGM (Zapatisme Génétiquement Modifié dans les laboratoires des Partis et organisations qui ne sont venus que pour leur profit). Cela posé, une question quant au type d'organisation de cette rencontre. Bien que l'initiative en revienne aux Brésiliens (et sans doute surtout la ville de Belém), la convocation a été lancée depuis le Chiapas par Marcos, alors qu'il était clair que ce ne serait pas une rencontre zapatiste. Alors pourquoi Marcos a-t-il lancé cette convocation ? Qu'on cherche à faire une rencontre élargie à un éventail de partis et organisations, pourquoi pas, si l'on est prêts à réfléchir ensemble, donc à s'écouter, donc à dialoguer. Cela suppose d'adhérer à une charte commune (et les zapatistes peuvent offrir cela). Cela exige aussi que chacun laisse les drapeaux et les slogans dehors. La Rencontre de Belém n'a pas du tout pris ce chemin. Elle nous met au moins devant la réalité des divisions idéologiques encore très fortes, et nous montre tout le travail à accomplir pour qu'une rencontre réelle soit un jour possible. Il y a un travail énorme à faire de la part des militants zapatistes, et en Amérique Latine j'ai l'impression qu'ils sont peu nombreux.

André
Transmis par le Collectif Ya Basta !, 22 rue Rosenwald, 75015 Paris, yabastaParis@hotmail.com.



 

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