LU DANS LA PRESSE

José Bové : anar !

Lu dans
Le Monde du 21 février 2000, page 7.

Les écrits des pères fondateurs de l'anarchisme en livres de chevet. Mais aussi Georges Sorel pour sa réflexion sur le syndicalisme révolutionnaire. Dans un livre-entretien publié par les éditions - tendance chrétienne de gauche - Golias, José Bové revient longuement sur ses références politiques. Je suis un anarcho-syndicaliste, déclare ainsi le co-fondateur de la Confédération Paysanne au politologue Paul Ariès et à Christian Terras, théologien et directeur de Golias. Un anarcho-syndicaliste qui, indique-t-il par ailleurs, adhère à l'Évanglie comme grille de lecture et d'engagement dans le monde. Même si, de fait, il ne se reconnaît pas dans le credo de la communauté chrétienne et s'il fut exclu, en mai 1968, du collège-lycée Saint-Charles d'Athis-Mons (Essonne), dépendant de l'évêché, pour "irréligion". Avec les paysans sans terre au Brésil, je me sens proche de la théologie de la libération. Leur manière le vivre leur foi est extraordinaire, souligne ainsi M. Bové.

Dans son panthéon personnel, le désormais très médiatique éleveur de brebis place pêle-mêle la Fédération jurassienne - qui, en 1872 resta fidèle à Bakounine, exclu de la Ière Internationale pour s'être opposé à Marx sur la question de l'État -, la CNT espagnole de 1936 et les Bourses du travail, celles des fon-dateurs de la CGT du début du siècle, avec Fernand Pelloutier et Émile Pou-get. Il s'agissait pour eux de rester proches de la base, de privilégier l'action par les masses, de refuser partout tout ce qui pouvait ressembler à de la bureaucratie syndicale, explique-t-il. Et d'évoquer comme autres balises : Proudhon, pour sa critique de l'autoritarisme, Bakounine, la figure par excellence de l'homme révolté et Kropotkine, dont il retient la vie d'exil, de prison et de déportation et la citation célèbre : Ne croyez pas ceux qui vous disent : "Pas encore, c'est trop tôt !". Non, il n'est pas trop tôt : maintenant, une fois pour toutes ! Revenant sur l'action de la Confédération paysanne, qui, en janvier 1998, avait détruit des semences de maïs transgénique de Novartis, M. Bové qualifie d'ambigu et de navrant le rôle de la CFDT. C'est la première fois qu'on voit un syndicat de salariés se porter partie civile sur un thème qui, jusqu'à présent, était celui des patrons : à savoir l'entrave à la liberté du travail, s'agace-t-il.

Quant à l'élection présidentielle, celui qui, dans le Nouvel Observateur daté du 17 février, qualifie de débile l'intention que lui avait prêtée Daniel Cohn-Bendit de se présenter, développe les raisons de son refus. Les politiques ne transforment pas la société dans la mesure où ils ne remettent pas en cause ses fondements : l'État et l'économie, explique-t-il. S'inscrire dans le débat politique pour être acteur de transformations ou de prises de conscience est un mauvais calcul. Les choses changent quand la contrainte vient d'un phénomène ou d'un mouvement extérieur. Pour peser, il faut se situer à côté du système politicien.

Vous avez dit anar ?
 

Caroline Monnot - Le Monde


José Bové, La Révolte d'un paysan, Éditions Golias, 65 F (9,9 Euros).




 
 

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