libertaire anarchiste anarchisme

CARTE DE VISITE

Collectif
Sans Ticket

Il y a un an,
vous avez lu dans ces colonnes,
une présentation
du Collectif Sans Ticket.

Celle-ci se terminait par une demande de nous envoyer une lettre de soutien. Plusieurs d'entre vous, individuellement ou associativement, ont répondu positivement à cet appel. Nous les en remercions vivement.

Depuis, notre démarche s'est à la fois intensifiée, diversifiée dans ses dispositifs, et précisée dans ses fondements.

Principal axe de notre action :
la carte "train-tram-bus"

Nous en avons fortement renforcé l'usage, principalement en apposant des affichettes dans des lieux publics (abris bus, entrées de gares, files de pointage, bistrots "militants"...) ou par des actions plus spectaculaires de distribution.

Plusieurs milliers d'entre elles ont ainsi été mises en circulation. Pour l'essentiel, nous ignorons bien sûr l'usage effectif que les gens en font. En effet, seule jusqu'à présent, une minorité de ceux-ci sont entrés en contact direct avec nous, soit préalablement à l'utilisation de la carte pour en savoir davantage, soit a posteriori une fois qu'ils se sont faits sanctionner. Or, d'une part, la distribution a visé essentiellement des utilisateurs réguliers des bus (ou trams et métro) à Liège comme à Bruxelles. Et ici, les contrôles y sont peu systématiques ou évitables... D'où, peu d'amendes... D'autre part, dans les trains, où les contrôles sont plus réguliers, le nombre d'utilisateurs de la carte est manifestement moins élevé...et les contrôleurs eux sont plus ouverts à nos arguments. Ce double phénomène rend donc difficile à l'heure actuelle, des tentatives de réunir cette multitude active, mais majoritairement anonyme, en vue d'organiser des actions collectives ainsi qu'une défense juridique commune. L'action s'étend donc, mais nous ne pouvons que difficilement en évaluer l'ampleur actuelle ainsi que l'impact.

Malgré ce handicap actuel et l'accumulation quasi vertigineuse pour certains, d'amendes réclamées, notre action continue de nous per-

mettre quotidiennement d'assurer et d'affirmer pratiquement le droit (notre droit) à la mobilité ainsi que la nécessité pour les Services Publics de garantir une accessibilité pour tous aux transports en commun.

Et "en face",
que se passe-t-il ?

Après chaque "fraude" constatée, plusieurs d'entre nous adressent systématiquement aux directions concernées (SNCB, TEC, de Lijn, STIB) une lettre qui explique leur démarche, ses causes, ses buts et ses motivations, et qui se clôture sur une demande de dialogue. Si nombre de contrôleurs (dans les trains surtout) se montrent compréhensifs, voire pour une minorité d'entre eux "coopérants", l'administration et ses gestionnaires restent silencieux par rapport à cette demande d'ouverture au dialogue.

Trois réponses nous sont renvoyées jusqu'à présent : l'une systématique et répétée, prend bien sûr la forme d'un bulletin de virement pré-imprimé reprenant la somme de l'amende à payer ( !). L'autre dura moins d'un mois (à la SNCB), et suggérait aux contrôleurs (par voie orale ou par circulaire interne, nous l'ignorons) de remettre les utilisateurs de la carte aux mains de la gendarmerie, dès leur descente du train à leur lieu de destination. Manúuvre, à première vue, purement dissuasive, puisqu'en cette matière, et en l'absence de tout défaut de papier d'identité et de toute agression à l'égard du personnel, ces "agents de l'ordre" ne disposaient d'aucune autre marge de manúuvre que d'effectuer un simple contrôle de... l'identité du "contrevenant". Nous ignorons aujourd'hui qui fut réellement derrière cette initiative : des gestionnaires de la SNCB, déboussolés et à court de moyens, ou...la gendarmerie ( ?) soucieuse d'étoffer des dossiers répressifs à l'égard de certains militants de collectifs dérangeants (ce sont principalement en effet des membres du Collectif Contre Les Expulsions de Bruxelles qui ont eu à subir ces manúuvres intimidatrices). Troisième réponse qui confirme cette hypothèse : plusieurs d'entre nous ont été convoqués par "leur" police communale, qui se voit donc chargée d'enquêter... Cela n'est a priori que logique : la SNCB constatant, après rappel, le non-paiement des amendes, peut confier le dossier au Parquet en vue de préparer des poursuites au Tribunal... Mais cette démarche appelle trois remarques importantes.

! La SNCB semble donc prête aujourd'hui à aller jusqu'au bout de la démarche répressive, en tout cas à l'égard de certains d'entre nous ; mais ne sert-elle pas ici de simple alibi ?

! En effet, nous disons certains d'entre nous, car, plus inquiétant, le dossier repose sur un rapport circonstancié de la gendarmerie à propos des activités à caractère politique des personnes convoquées, ainsi que sur les champs d'action, l'idéologie et les articulations organisationnelles des différents collectifs auxquels ces personnes sont supposées appartenir !

! L'une des convocations, à Boitsfort, annonce pour objet à la convocation : Concerne vos opinions philosophiques sur la SNCB. Venez en discuter librement. Cela semble confirmer que, derrière un dossier d'apparence répressive, il s'agirait d'approfondir une enquête à caractère politique.

Par ailleurs, sur le plan politique justement plus essentiel à nos yeux, le débat sur la mobilité a pris manifestement de l'ampleur depuis 1 an. Certes, les propositions d'Isabelle Durant restent vagues. On y parle de gratuité pour les fonctionnaires, les + de 65 ans et, de manière particulièrement conditionnée, pour les - de 12 ans. Pour les chômeurs, minimexés, précarisés, bas salaires, sans revenus, ni papiers, il n'y a que des promesses plus vagues encore : On verra ce qu'on peut faire en fonction des marges budgétaires disponibles...

José Darras, lui, sort enfin du silence et évoque la mise en place expérimentale de lignes de bus gratuites (sur certains grands axes urbains ?). Enfin, côté flamand, là on est plus concret et on avance : l'extension de l'expérience pilote de Hasselt à d'autre villes (gratuité pour tous en centre ville), est d'ores et déjà prévue. Certaines communes s'orientent vers la gratuité des bus pour les + de 60 ans et/ou pour les - de 25 ans, ou encore pour certaines catégories sociales. À Gand et à Louvain, les pouvoirs publics soutiennent des expériences de car-sharing. Et enfin, en milieu rural, ont été lancées des expériences de bus sur commande, ouvrant après étude, la possibilité d'ouverture de nouvelles lignes de bus régulières...

L'idée d'un redéploiement d'une offre sérieuse de Services Publics sur le plan du transport, et de son accessibilité financière maximale, fait donc du chemin. Ouf ! Nous pensons y être d'autant plus pour quelque chose, que notre collectif a eu l'occasion de rencontrer très longuement les trois cabinets concernés par le problème et qu'à chaque fois, une adhésion quasi totale en a émergé sur le plan de notre argumentation, de nos revendications, voire (sans pouvoir l'approuver officiellement) sur le plan de notre démarche de refus de paiement et d'affirmation du droit pour tous à une mobilité maximale.

Rappelons que celle-ci
repose sur trois axes

- La nécessité : l'énorme majorité des utilisateurs (que nous connaissons) de la Carte de Droit aux Transports du Collectif Sans Ticket, y recourt pour se déplacer parce qu'ils n'ont quotidiennement et pratiquement pas d'autres choix, si ce n'est celui de se soumettre à un immobilisme contraint et, par là, à l'isolement et à la logique de sélectivité, de discrimination, d'exclusion mise en place par les gestionnaires actuels des transports "publics".

- L'efficience politique : si les travailleurs des transports publics peuvent parfois peser rapidement et fortement sur les décideurs politiques et sur leurs autorités hiérarchiques par le biais de la grève (ce qui n'empêche pas qu'ils soient du coup et quasi systématiquement décriés par des médias à la solde des logiques dominantes), de quels moyens par contre, disposent les usagers pour se faire entendre et pour peser dans ce jeu qui les concerne au premier chef ? Bien sûr, il existe les voies classiques de pétition, lettres de soutien, constitutions de comités exigeant d'être reconnus officiellement comme partenaires consultatifs ou d'actions visant à médiatiser et à donner une visibilité aux revendications formulées. Mais si nous avons eu ou aurons encore à l'avenir à recourir à certaines de ces voies, celle d'un refus de paiement qui se généraliserait, nous semble de loin la plus efficiente. Elle touche en effet au seul aspect où la logique commerciale qui préside actuellement à la gestion des transports en commun, nous donne du poids et de la considération : notre posture de "client", sans l'argent duquel rien n'est prévu pour que le système puisse fonctionner.

- La conviction morale et politique : depuis 16 mois, notre connaissance et notre analyse du champ de la mobilité, à travers des recherches documentaires et de nombreuses rencontres avec d'autres acteurs (principalement des travailleurs), nous ont amenés à affiner notre perception des enjeux de société et des urgences politiques dans lesquelles notre action vient s'inscrire. Il s'agit de savoir si, comme usagers et comme citoyens de ce pays et d'une Europe de plus en plus prégnante sur notre quotidien et sur son avenir, nous voulons réellement peser sur les choix suivants :

- Voulons-nous que l'on continue d'organiser une mobilité partielle et partiale (1) rendue rentable et efficace, par le biais notamment d'une sélection accrue des usagers, construite autour de l'exclusion et donc de la répression des citoyens insolvables ou précarisés, et de l'abandon de ceux, peu fortunés, qui habitent dans des zones définies comme étant économiquement sans intérêt majeur (2) ? Ou voulons-nous que l'on place l'humain au cúur du débat et de la conception des transports, c'est-à-dire que soit en priorité garantie à tous la possibilité réelle, financière et matérielle, de concrétiser ses désirs et ses nécessités de se déplacer, quelles que soient ses ressources financières, son statut socioprofessionnel et sa variabilité, ainsi que ses lieux d'habitation et d'activités ?

- Voulons-nous que soient assumés par l'État et ses Services Publics, donc principalement par l'imposition sur le travail et sur la consommation des citoyens ainsi que par les cotisations de certains d'entre eux à la Sécurité Sociale, les coûts considérables, pour l'environnement et pour les hommes, qu'engendrent le tout économique, la rentabilité à court terme, la course aux hausses de productivité ? Ou voulons-nous que tout cela soit payé par ceux qui gèrent et défendent ces logiques, par les bénéfices qu'ils en dégagent, pour eux-mêmes et pour leurs entreprises : que l'on mette un stop clair et sans ambages, en tout cas à leur refus d'assumer financièrement (3), voire juridiquement (4), les conséquences et la responsabilité de ces coûts colossaux et de ces dégâts (peut-être) inévitables, à caractère environnemental et social ?

- Voulons-nous que l'on continue, voire intensifie par la contrainte, la menace ou la peur du licenciement, la dégradation des conditions de travail (5) de ceux qui produisent réellement et font, pratiquement et quotidiennement, fonctionner ces services aux citoyens, et ce, sans réelle résistance syndicale significative et de poids ? Ou voulons-nous que l'on (re)constitue un cadre de travail sécurisant, valorisant, coopératif, permettant solidarité et transfert des savoirs acquis au profit, non d'une plus grande productivité, mais d'une meilleure qualité et d'une meilleure sécurité des services offerts, que l'on (re)crée des conditions quotidiennes de travail permettant à des gens reposés, respectés et épanouis, d'assurer un service aux citoyens avec souplesse et disponibilité ?

- Voulons-nous que l'on prône le développement de systèmes de circulation et de transports, y compris des marchandises, qui engendrent souvent davantage d'immobilisme que de mobilité (6), ainsi que de plus en plus de pollution frôlant, à bien des égards, des seuils irréversibles (7) ? Ou voulons-nous que l'on réserve l'usage du financement solidaire des citoyens que sont censés représenter les taxes et les impôts, pour privilégier une politique de mobilité et de transports qui s'inscrive dans une perspective de développement durable, respectueuse de notre cadre naturel de vie et de celui des génération futures ?

L'urgence de ces questions, à l'aube d'une libéralisation totale du marché des transports des personnes et des marchandises, est cruciale. Elle appelle des choix clairs et sans compromis, qui doivent s'articuler vraiment autour de la défense, du (re)déploiement et de la (ré)organisation démocratique de Services Publics aujourd'hui déjà gravement mis à mal (bus, trains, métros). Elle appelle notre mobilisation à tous comme citoyens et comme usagers, contraints ou volontaires, de ce type de déplacement et de transport.

En tout cas, ces trois moteurs de notre action, de l'ordre de la nécessité individuelle, de l'efficacité stratégique collective et des valeurs morales et politiques, donnent, à nos yeux, à notre action, sa force et sa légitimité, même si de facto, celle-ci se voit dès lors contrainte de s'inscrire dans une dynamique assimilable à de la désobéissance civile.

Ce qui signifie bien sûr risques de répression. Il va de soi que, pour tous ceux qui prennent ce risque, en posant régulièrement et consciemment cet acte de refus de paiement, les sanctions financières envisageables ne sont absolument pas assumables. Ce sont alors des risques de saisie qui sont à craindre, avec pour conséquence une précarisation de plus en plus intenable. Pour les plus solvables d'entre nous, à faibles revenus professionnels, de telles sanctions les plongeraient à leur tour dans une situation financière très difficile.

Or, les délais qui se sont écoulés depuis que sont tombées les premières amendes, sans que s'ouvre un dialogue avec les autorités administratives concernées, ni que s'accélèrent des mesures politiques positives, nous amènent maintenant à devoir envisager rapidement la possibilité que nombre d'entre nous se retrouvent devant les tribunaux.

Si, eu égard aux moteurs de notre action, ainsi qu'aux enjeux et aux urgences dans lesquelles elle s'inscrit, vous pensez que cette réponse (qui reste hypothétique à l'heure actuelle) de l'Administration publique serait inacceptable, nous vous demandons instamment de bien vouloir nous le faire savoir le plus vite possible (par téléphone, courrier ou E-mail), afin que nous élaborions une liste des personnes, associations et organisations prêtes à se solidariser, le jour venu, avec ceux d'entre nous qui seraient poursuivis. Il s'agit donc pour nous de pouvoir établir d'urgence un relevé d'énergies mobilisables sous des formes multiples et à déterminer, susceptibles de constituer une protection collective et forte en cas de problèmes judiciaires. Une sorte de bouclier solidaire.

Il va de soi que, si vous en manifestez le désir, nous nous engageons, en juste retour, à vous informer régulièrement de l'évolution de notre action, soit à votre demande, soit chaque fois que des éléments nouveaux et significatifs interviendraient.

Nous nous tenons également à votre disposition pour vous fournir toute information supplémentaire susceptible d'éclairer votre décision. Contactez-nous donc rapidement, s'il vous plaît !
 

Le Collectif Sans Ticket

collectifsansticket@altern.org

35 rue Van Elewijck, 1050 Bxl, 02/644.17.11

21 rue Pierreuse, 4000 Liège, 04/344.58.88


(1) Voir les milliards investis dans le TGV pour le seul profit quasi des voyageurs d'affaire ou d'un tourisme international solvable !

(2) Voir les suppressions de lignes et de gares en milieu rural ou en périphérie urbaine populaire.

(3) Développement du principe d'externalité dans la gestion des entreprises.

(4) Voir les négociations de l'AMI, puis de l'OMC.

(5) Ici, la liste est longue et s'appuie principalement sur nos recherches et sur nos contacts au sein de la SNCB, provoqués par l'usage de notre carte : stress, humiliation, sanctions, report de congés, flexibilité des horaires, responsabilisation financière, déplacements réguliers des lieux de travail, restriction d'acquis sociaux, culpabilisation sur les difficultés, voire les échecs, de l'entreprise et sur le mécontentement de la clientèle, mise sous pression et mise en danger, physique et psychologique quotidienne, mise en concurrence des personnes et des secteurs d'activités, mise en première ligne face à des usagers de plus en plus mécontents, voire en colère et agressifs, mise sous contrôle informatique permanente des performances individuelles et collectives et de leur progression, atomisation dans les relations de travail par de nouvelles méthodes de management, de gestion et d'organisation, etc.

(6) On pense bien sûr ici aux bouchons sur autoroutes et à la saturation automobile des centres urbains, y compris de leurs périphéries ou artères dites rapides.

(7) On pourrait ajouter la surexploitation dont sont victimes ces travailleurs hyper-flexibles et hyper-précarisés que sont les transporteurs routiers, y compris ceux des petits colis sur lesquels ABX construit ses spectaculaires bénéfices.


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LE SOMMAIRE DU NUMÉRO 226

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