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COURRIER

Après
le message
du pape

Le dimanche 12 mars 2000, à la Basilique Saint-Pierre de Rome, Jean Paul II a effectué une demande de pardon sans précédent pour les fautes et les exactions passées commises par l'Église catholique. Le point 6 de son discours évoque les femmes trop souvent humiliées et marginalisées reconnaissant que les chrétiens par diverses formes s'en sont aussi rendus coupables.

Aussi, je souhaiterais connaître votre opinion sur cette démarche solennelle, sachant que si le discours du pape est attractif et encourageant, rien dans le fondement doctrinal du culte qu'il conduit n'a pour autant été remis en question. En effet, la Bible, dont ce mouvement cultuel en revendique la nature actuelle, contient toujours les propos suivants qui n'ont été à l'occasion ni dénoncés, ni révisés...

- Si tu as à faire l'estimation d'un homme de vingt à soixante ans, ton estimation sera de 50 sicles d'argent, selon le sicle du sanctuaire ; si c'est une femme, ton estimation sera de 30 sicles. De cinq à vingt ans, ton estimation sera de 20 sicles pour un garçon et de 10 sicles pour une fille. D'un mois à cinq ans, ton estimation sera de 5 sicles d'argent pour un garçon, et de 3 sicles d'argent pour une fille. De soixante ans et au dessus, ton estimation sera de 15 sicles pour un homme, et de 10 sicles pour une femme (Lévétique 27:3-7).

- La femme qui aura un flux, un flux de sang en sa chair, restera sept jours dans son impureté. Quiconque la touchera sera impur jusqu'au soir. Tout lit sur lequel elle couchera pendant son impureté sera impur, et tout objet sur lequel elle s'assiéra sera impur. Quiconque touchera son lit (ou un objet sur lequel elle s'est assise) lavera ses vêtements, se lavera dans l'eau et sera impur jusqu'au soir (Lévétique 15:19-21).

- Lorsqu'une femme deviendra enceinte, et qu'elle enfantera un fils, elle sera impure pendant 7 jours ; elle sera impure comme au temps de son indisposition menstruelle (...). Elle restera encore 33 jours à se purifier de son sang ; elle ne touchera aucune chose sainte, et elle n'ira point au sanctuaire, jusqu'à ce que les jours de sa purification soient accomplis. Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant (14 jours), comme au temps de son indisposition menstruelle ; et elle restera 66 jours à se purifier de son sang (Lévétique 12:2-5).

- Qu'est-ce que l'homme, pour qu'il soit pur ? Celui qui est né de la femme peut-il être juste ? (Job 15:14).

- Si la jeune femme ne s'est point trouvée vierge (à son mariage), on fera sortir la jeune femme à l'entrée de la maison de son père ; et elle sera lapidée par les gens de la ville, et elle mourra (Deutéronome 22:20-21).

- Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ [...] L'homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme [...] C'est pourquoi la femme doit avoir sur la tête une marque de l'autorité dont elle dépend (Premier Épître de Paul aux Corinthiens 11:3-7-10).

- Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d'y parler; mais qu'elles soient soumises, comme le dit aussi la loi. Si elles veulent s'instruire sur quelque chose, qu'elles interrogent leur mari à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l'Église (Premier Épître de Paul aux Corinthiens 14:34-35).

- Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; Adam n'a pas été séduit, mais la femme, séduite, s'est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère (Premier Épître de Paul à Timothée 2:11-15).

- Dis que les femmes âgées doivent aussi avoir l'extérieur qui convient à la sainteté, n'être ni médisantes, ni adonnées aux excès du vin ; qu'elles doivent donner de bonnes instructions, dans le but d'apprendre aux jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants, à être retenues, chastes, occupées aux soins domestiques, bonnes, soumises à leur mari, afin que la parole de Dieu ne soit pas calomniée (Épître de Paul à Tite 2:3-5).

À l'aube du troisième millénaire les pronostics vont bon train. Certains affirment que ce millénaire sera spirituel quand d'autres avancent qu'il sera plutôt féministe. On prétend que la femme se verra enfin reconnaître pleinement ses droits dans les domaines social et professionnel. Elle deviendra l'égale de l'homme non selon un modèle masculin mais selon un modèle humain. Son mode féminin de penser la société, le monde et l'humanité, recevra l'égale estime et l'entier intérêt qu'il mérite. Ce sera alors la confirmation d'une seconde forme d'intelligence dans notre société. Ni supérieure, ni inférieure à celle masculine, mais différente tout simplement. Différente, car notre nature et les expériences que nous vivons sont, ont toujours été et seront toujours différentes. Et ceci induira toujours nos attentes, nos comportements, et a fortiori notre façon d'appréhender l'avenir et d'estimer la vie (que les femmes portent et donnent). C'est en cette intelligence que réside tous les espoirs des générations prochaines. L'implication des femmes à tous les niveaux de la société humaine, l'avènement de intelligence féminine générera toujours plus de réformes salvatrices qui bouleverseront les valeurs et l'ordre des choses, lequel, reconnaissons le, ne peut être pire. En cela, le combat féministe n'est pas au seul intérêt des femmes, mais au bénéfice de l'humanité toute entière.

Mais le rêve confronté à la réalité se brise là. Quel espoir peut-on porter dans l'intelligence féminine et l'évolution de la condition de la femme, quand au nom d'une prétendue tradition, par convention cérémonielle (mariage, baptême, etc.) une majorité de femmes s'associe encore à des mouvements cultuels yahvistes misogynes dont les textes doctrinaux (Ancien et Nouveau Testament, Coran) prônent la ségrégation et la relégation de la femme (extraits ci-dessus) ? La relation des femmes avec ces mouvements cultuels idéologiquement misogynes, comme celle de toute population avec un quelconque mouvement à l'idéologie condamnable, n'augure rien de bon. La croyance en Dieu n'exige en soi ni le consentement servile à de tels propos, ni l'attachement à un quelconque mouvement cultuel qui s'y réfère. La prosternation intellectuelle, voire physique, de femmes dans un pays libre devant une telle doctrine est plus qu'inquiétante. Cela discrédite même les revendications égalitaires du mouvement féministe. Ce dernier, d'ailleurs, qui est si prompt à juger et condamner les États où les droits de la femmes sont bafoués, devrait se poser justement la question du pire, entre des hommes qui s'inspirent dans un contexte socio-économique difficile de traditions fondées sur l'idéologie de la relégation de la femme, et des féministes instruites qui tolèrent dans un pays développé la présence de mouvements yahvistes à la doctrine si contestable, se faisant ainsi les complices de leur pérennité et de leurs exactions à travers le monde. Mais il est sans doute plus aisé de critiquer autrui que de réformer sa propre conduite !

Maintenant, si c'est véritablement par tradition, au nom de la culture, qu'il faut en accepter la présence et en respecter les textes et les idées, n'oublions pas que jusque dans un passé récent, la condition de la femme n'était pas traditionnellement évoluée. Admettre au nom de la tradition, c'est permettre la revendication de toute régression. Les temps ont changé, heureusement, mais les écrits restent, et les doctrines qu'ils contiennent aussi, prêtent à resurgir du passé. L'exemple de la dégradation actuelle des acquis sociaux et du droit des travailleurs sous l'influence corrosive du néolibéralisme, qui fut pourtant le fruit du combat acharné de nos prédécesseurs, démontre que rien n'est acquis définitivement. Il en sera ainsi demain pour la condition de la femme avec la conservation des doctrines yahvistes. Tout représentant de culte peut bien aujourd'hui amadouer le public avec des mea culpa séduisants. L'élan de paupérisation que connaît notre monde, accompagné intrinsèquement de celui de la religiosité fondamentaliste, assure que ce ne sera que "partie remise". La pérennité de ces textes est celle de l'idéologie qu'ils contiennent.

Ne serait-il pas temps d'instruire le public sur les propos condamnables contenus dans les "textes saints" ? Qui connaît bien son ennemi, sait le combattre. Une exégèse des écritures yahvistes concernant les domaines de la relégation de la femme, de l'esclavagisme, de l'inégalité, etc., permettrait de lutter contre les grands mouvements cultuels yahvistes.
 

Jean Chenesse



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