libertaire anarchiste anarchisme

à propos du sado-masochisme

Mal aimé

Le nouveau film
de Richard Olivier.

Le sadomasochisme n'est pas considéré comme un délit. Seules ses conséquences peuvent le devenir, par exemple en cas de plainte d'un soumis auprès des institutions judiciaires, lesquelles se voient alors, de ce fait, dans l'obligation d'entamer une enquête (Richard Olivier, Le Juge condamné, AL 217, mai 99, p.31).

Le normal, la normalité, sont des termes que l'on utilise dans le langage courant mais il faut bien dire que l'expérience psychanalytique [...] démontre que s'il y a bien une chose qui n'existe pas chez l'être humain, c'est la normalité. La normalité, ce n'est qu'un idéal ou un préjugé que l'on se fait au nom de certaines valeurs morales, politiques, hygiéniques etc. (Serge André).

Le film documentaire de Richard Olivier Mal Aimé (Production Olivier Films et Wallonie Image Production) a été projeté au Kladaradatsch, le 27 février dernier, dans le cadre du Festival International du Film de Bruxelles (Belgian Focus/documentaires).

Si vous l'avez vu à cette occasion, tant mieux pour vous car La RTBF, par son statut est tenue de ne pas diffuser des émissions contraires aux lois ou à l'intérêt général. Or, par un Arrêté de la cour d'Appel de Bruxelles, en date du 24/4/94, le sadomasochisme a été classé dans les actes contraires aux bonnes murs (La Direction RTBf).

Diantre, un tel respect de la loi (mais la jurisprudence n'a pas force de loi) ferait se retourner n'importe quel illégaliste dans sa geôle ! En effet, si l'on suit la logique ertébéenne jusqu'au bout, aucun film, aucun reportage, aucun débat s'articulant autour d'un sujet sensible, relevant ou non du code pénal, ne pourrait être diffusé sur les chaînes nationales. Quid alors de problématiques telles que la violence en tout genre, la criminalité en col blanc, l'alcoolisme au volant, la toxicomanie, l'inceste, la pédophilie, l'homosexualité etc... ? Est-ce parce que l'altérité dérange qu'il ne faut pas en parler ? Si c'est le cas, nous n'aurons bientôt plus droit qu'à d'insipides émissions dans le genre de Pulsations et autre Bingo Vision.

Le film en question, tout en pudeur et d'une extrême sensibilité, à aucun moment ne verse dans le voyeurisme vulgaire. Il permet cependant aux personnes interviewées (soumis, dominatrices, gérants d'un commerce spécialisé, psy) de lever quelque peu le tabou qui entoure encore aujourd'hui le sadomasochisme alors que sa pratique est de plus en plus répandue. Tout au long du film, Serge André, psychanalyste, se basant sur sa propre expérience thérapeutique et sur les travaux de Freud, apporte un éclairage psy aux propos des différentes personnes interviewées.

Sadomasochisme

Le mot sadomasochisme est un terme générique désignant des pratiques sexuelles algophiliques consensuelles.

Sadisme et masochisme sont pourtant deux choses totalement différentes. L'appariement de ces deux termes antinomiques est surprenant (en effet, quel sadique digne de ce nom, se satisferait de sévices qu'il infligerait à une victime consentante ?). Il ne s'explique que par la nécessité pour le ma-sochiste (hormis les rarissimes cas de vérita-..........

ble partenariat complice) d'avoir recours aux services - le plus souvent rémunérés - d'une personne qui se prête au jeu de la domination.

Masochisme

Le mot masochisme est un néologisme créé par le sexologue Krafft Ebing, à partir du nom de Léopold Von Sacher Masoch, écrivain autrichien, auteur de La Vénus à la fourrure). Ce terme désigne un goût de la soumission, de l'état d'avilissement, d'infériorité envers le partenaire et un désir de souffrance infligée par lui.

Selon Serge André, le masochiste ignore souvent qu'il l'est, mais sa souffrance morale est telle qu'il est amené à consulter. Il présente la plupart du temps les symptômes que l'on rencontre chez les pervers et, dans une moindre mesure, chez les névrosés (crises d'angoisse paroxystiques, symptômes dits maniaco-dépressifs, sentiment de perdition complète dans l'existence). Son masochisme se révèlera en cours de travail analytique.

On croit qu'un masochiste, c'est simplement quelqu'un qui veut se faire souffrir, qui veut qu'on le fouette, qu'on le frappe, qu'on le torture etc. Les choses ne sont pas si simples. Freud, lors de ses travaux, a repéré la complexité du phénomène masochiste et ce dernier concerne tout le monde. Il a répertorié trois formes de masochisme

- Le masochisme érogène primaire. C'est le fait que certains individus trouvent du plaisir dans la douleur.

- Le masochisme féminin. Il n'a rien à voir avec le postulat qui voudrait que la femme soit naturellement encline au masochisme. Ce que Freud dit, c'est qu'il existe chez certains hommes, et il parle des hommes, un masochisme dont le but est de rejoindre ce qu'il appelle l'être féminin. Ces hommes seraient donc attirés par une certaine image de la féminité souffrante et Serge André d'ajouter que la pratique psychanalytique permet de vérifier cette définition.

La personne de Bella en est un cas exemplaire. Il se définit d'ailleurs lui-même comme une femme à pénis. Détrompez-vous, il ne s'agit aucunement d'un hermaphrodite, d'un transsexuel ni d'un homosexuel. Simplement, explique-t-il, il se sent femme depuis toujours, il est né avec un sentiment de femme et ce sentiment de femme l'habite toujours aujourd'hui. Cela ne la pas empêché de se marier et d'avoir des enfants. Interrogé sur l'origine probable de sa déviance, Bella la situe au jour où sont père a voulu faire son éducation sexuelle. Cela m'a tellement dégoûté [...] que je me suis évanoui [...] C'était cette pénétration [...] qui était une véritable intrusion [...] parce que la femme n'était pas véritablement consentante [...] Mon père et ma mère se disputaient fréquemment [...] ma mère ne voulait plus avoir de rapports avec mon père. Le masochisme féminin de Bella est étroitement lié à la perception qu'il a eue des rapports entre ses parents. Depuis plus de deux ans, il vit seul et fréquente de temps en temps un donjon. La première fois qu'il a poussé la porte d'un de ces fameux donjons, il y avait certainement un désir de souffrance et un désir de plaisir à la fois. Et en analysant bien, je me suis rendu compte aussi que c'était une forme d'expiation que je demandais [...] ou si vous voulez de punition puisque je me sentais fille et que je ne l'étais pas.

- Le masochisme moral.Et puis, il y a la troisième forme de masochisme que Freud appelle le masochisme moral. Le masochisme moral, c'est quelque chose qui touche tout le monde, c'est un besoin de répondre à un profond sentiment de culpabilité et ça, c'est quelque chose qu'on constate autour de nous, que l'on constate tous les jours.

Masochisme,
Pouvoir et Sadisme

Mais enfin, qu'est ce qui dans ce film dérange ? Serait-ce le fait que Bella confirme que des hommes très importants dans notre pays, qui ont des fonctions très hautes, très élevées [...] fréquentent les donjons ? Évidemment non, dès lors que l'on sait que le sentiment de culpabilité est le principal moteur du masochisme. Ce qui gêne sans doute davantage, c'est l'hypothèse développée ultérieurement par Serge André (et que des confessions sur le divan confirmeraient) selon laquelle certains hommes de pouvoir, à qui l'argent ne fait point défaut, qui peuvent tout se permettre et tout acheter, n'auraient plus toujours la distance nécessaire entre eux-mêmes et le pouvoir qu'ils exercent et qu'ils commencent à croire à leur rôle.

Ces hommes seraient alors amenés à une telle surenchère dans l'escalade et l'assise de leur pouvoir, qu'ils s'engageraient dans des situations de type pervers où ils devraient se prouver de plus en plus qu'ils ont le pouvoir. Et ce qui fascine inévitablement tous les gens qui ont du pouvoir, c'est cette idée d'avoir le pouvoir de vie ou de mort sur les autres.

Là, évidemment, quiconque a suivi attentivement l'affaire Dutroux et ses dossiers connexes ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre les propos de Serge André et les témoignages sous X.

Il n'est pas inutile de rappeler que X1 a fait état de son appartenance à un réseau de pédophilie puissamment organisé dont les membres n'hésitaient pas à mettre à mort des enfants ; que X3 a également relaté des faits similaires quoiqu'antérieurs ; que les autres témoins X corroborent les récits des précitées en bien des points. Quand on sait la suite qui fut réservée à ces dossiers brûlants, pourquoi s'étonnerait-on que le film Mal Aimé ne soit pas davantage diffusé ?

Anne-Marie


Celles et ceux le désirent peuvent se procurer la cassette vidéo en s'adressant à Olivier Films, 24 av Messidor, 1090 Bruxelles, tél/fax : 02/344.00.94.

La K7 est également en location à la Médiathèque, 739 ch d'Alsemberg, 1190 Bruxelles.


.
LA PAGE D'ACCUEIL

LE SOMMAIRE DU NUMÉRO 226

La visite rapide par mots-clés

libertaire courrier
alternative libertaire anarchisme