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ATTAC

La pensée unique
et comment
s'en défaire...

À la poursuite séculaire
du capitalisme
à visage humain

La fusion, annoncée, des Bourses de Londres et de Francfort nous rappelle les doctes comparaisons entre capitalisme rhénan et capitalisme anglo-saxon, il y a une dizaine d'années d'ici. Bismarck contre Victoria. Capitalisme sauvage contre capitalisme social, néo-libéralisme contre troisième voie. Dictature des marchés contre régulation ?

Aujourd'hui les critiques du néo-libéralisme sont devenues des montagnes qui accouchent régulièrement de souris. Ces sympathiques rongeurs sont drapés dans de somptueuses étoffes. Celles de l'écologie planétaire, de l'éthique, du "tiers-mondisme". Elles parcourent fébrilement les couloirs du FMI, de la Banque Mondiale, de l'OMC, des Parlements et des ONG. Les couinements de Titi, qui s'appelle Speedy Gonzalez au Mexique, ont été baptisés "expression de la société civile" par Grominet.

La "pensée unique"
médiatiquement améliorée

C'est en janvier 1995, coup de tonnerre dans le ciel tranquille de la globalisation mondialisante et de la guerre en Yougoslavie, au Timor, en Tchétchénie, au Soudan, en Palestine, au Guatemala, au Congo etc... qu'on découvrait le scandale de la "pensée unique" dans les colonnes du Monde Diplomatique.

Les salariés, les travailleurs à la chaîne, les paysans sans terre, les chômeurs, déprimés par le trou dans la couche d'ozone, stressés par les OGM, abrutis par les discours sur la compétitivité, le libre-échange, la déréglementation et la flexibilité... retrouvaient l'espoir, à la lecture de leur journal favori, et se lançaient à corps perdu dans un "riche débat démocratique".

Alors que les travailleurs des services publics, en France, descendaient dans la rue, des sociologues, des philosophes, des journalistes contraient durement le capitalisme de plus en plus dur au nom du bien commun garanti par un État éthique.

Il fallait créer une pensée unique pluraliste, corriger les abus du système économique grâce à un État et des institutions foncièrement démocratiques et civiliser le libéralisme débridé, victime de ses propres excès.

Il fallait aussi que le débat soit en librairie et qu'il ne porte plus sur l'essentiel.

Si les trompettes pouvaient faire tomber les murailles, ce livre provoquerait une révolution écrit Le Nouvel Observateur à propos de L'horreur économique de Viviane Forrester. En fait de révolution, il s'agirait plutôt de nous reconnaître dans de nouvelles valeurs, de nous libérer du travail salarié régulier et d'en finir avec le mythe du travail fondement de la société. Dans la pratique, cette libération peut prendre, et prend, la forme d'un salaire à la pièce, d'un travail sur mesure c'est-à-dire flexible, d'un travail social non rémunéré et d'autres formes de survivance.

Place à l'économie parallèle, voire coopérative pour vaincre l'économie virtuelle spéculative. Ces thèses, ce programme, avaient déjà été présentés par Samir Amin à propos des pays les moins développés, où les travailleurs de l'économie parallèle auraient été le fer de lance de changements révolutionnaires, face aux ouvriers salariés embourgeoisés.

La consécration ne s'est pas fait attendre, puisque Madame Forrester fut invitée au Forum international de Davos de 1998 où l'auditoire, loin de s'effondrer, n'eut pas longtemps à patienter pour lui entendre dire que la mondialisation est sans doute une bonne chose mais qu'il n'y a aucune raison de l'abandonner au seul monde des affaires et de la finance. Et d'ajouter, pour en finir une fois pour toutes avec la "pensée unique" : Dire, comme on le fait actuellement, qu'il n'y a qu'un seul modèle de société, je trouve cela stalinien. Na !

Pour sortir de la logique du profit maximum, on faisait appel, on fait appel, à l'État, au politique, tous deux neutres et bienveillants, pour résister, changer la société.

Les politiques, l'Internationale des gens bien dont parlait le transparent Gorbatchev, réagirent au quart de tour médiatique en organisant à Florence, en novembre 1999, une rencontre pour débattre du Progressisme au XXIème siècle.

L'autre Empire du Mal monopoliste a trouvé là à qui parler et la pensée unique avec qui s'éclater, en la personne des camarades Bill, Lionel, Tony, Fernando et les autres - ils venaient, une fois de plus, résoudre la quadrature du cercle et les crises cycliques du capitalisme en compatibilisant le libre-échange et le refus du laisser faire.

Ce travail ardu et créatif ne fut possible qu'à trois conditions ! éviter le mot impérialisme (lui substituer démocratie ou gouvernabilité) ! restaurer le rôle de l'État (neutre et bienveillant, c'est un pléonasme) ! lui assurer le label de l'Internationale socialiste.

En effet depuis que le capitalisme ne porte plus en lui la guerre, comme la nuée porte l'orage, Lionel, vainqueur de l'AMI, entretient avec lui un rapport critique et les sociaux-démocrates, dit-il, ne sont plus obligés, pour justifier leur action, d'utiliser la phraséologie révolutionnaire ou même la métaphore de rupture (XXIème Congrès de l'Internationale Socialiste, 11.1999).

Des paroles aux actes, voilà les 35 heures. La gauche (la vraie gauche, celle avec les écologistes et le PCF, pas la droite plurielle de chez nous) réalise alors la réforme la plus importante de la législature. Une réforme qui si elle avait été appliquée par la droite en imposant autant de baisse des charges patronales et autant de flexibilité aurait provoqué une grève générale.

C'est la culture
qu'on assassine !

Avec les privatisations, c'est le rôle de l'État, garant et dispensateur d'une culture de l'égalité, qui est mis à mal (Colloque de la Fondation André Renard, Syndicats, bimensuel de la FGTB socialiste, avril 2000).

Parenthèse : voilà pourquoi sans doute les biens culturels ne sont pas une marchandise comme une autre... L'égalité des chances, l'État (neutre et bienveillant) doit l'encadrer, je yeux dire, la mettre au mur, dans un Centre, ouvert ou fermé.

L'État doit promouvoir la culture, l'exception culturelle, en créant, par exemple, des agences d'interim baptisées Rosetta.

Albert Frère, Berlusconi, CLT-UFA (la branche audiovisuelle du groupe Berstelmann) devraient comprendre, à écouter les sociologues porte-paroles de la misère du monde, qu'identifier la recherche du profit maximal à la recherche du public maximal, c'est s'exposer à perdre le public relativement restreint des gens qui lisent beaucoup, qui fréquentent beaucoup les musées et les cinémas (Pierre Bourdieu, Questions aux vrais maîtres du monde, octobre 1999).

Marcel Proust, les frises du Parthénon et Le Monde Diplomatique échappent ainsi aux prédateurs et la pensée unique se trouvera confinée dans les stades, à TF1, RTL, ou VTM.

Et, du même coup, notre docteur en Sorbonne définit magistralement les militants d'ATTAC et les bonzes syndicaux.

ATTAC, une contestation
européenne haut de gamme ?

Sommes nous l'Internationale des amateurs, éclairés, de roquefort, des porte-paroles de la "société civile", une ONG négociant des cartes blanches ou plutôt des adeptes du ras le bol organisé agissant contre un État qui, de bienveillant, est devenu, ce qu'il n'a jamais cessé d'être, surveillant ?

Et si la "société civile" était l'ensemble des salariés et des clients-victimes de l'État social actif ? Si le monde n'est pas une marchandise, il faut rappeler que ce qui fait sa valeur, c'est le travail. Aux multinationales qui, avec Clinton, veulent mettre de l'hu-manité dans l'économie mondiale répondons producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !

Pétitionnaires
ou révolutionnaires,
il faut choisir

Il y a évidemment la troisième voie, celle empruntée par la Confédération Européenne de Syndicats et 25 ONG actives dans le domaine des droits sociaux, chacun étant uni sur la base du principe eux, c'est eux, nous, c'est nous, comme le précise Mia De Vits.

Il s'agirait au terme d'un processus qui s'annonce long ou en tout cas lourd, de faire une grande déclaration solennelle - c'est eux qui le disent - éventuellement intégrable aux Traités sur l'Union. Une simple Charte n'est pas suffisante pour garantir les droits fondamentaux et rétablir la confiance des citoyens en la construction européenne. (Syndicats, 7 avril)

Vous lisez L'Écho
de la Bourse ou Le Soir ?
Les deux, Mon Général !

Pas plus tard que vendredi passé est enfin paru dans le grand Soir un appel à euthanasier les rentiers (John Maynard Keynes et Éric Toussaint, propos recueillis par Philippe Servaty, 21.4.2000).

Parenthèse : c'est probablement ce que cherchait à faire, en 1995, le million d'Albanais victimes d'une souverainiste escroquerie financière pyramidale. Ils y auraient probablement réussi si les banquiers escrocs ne leur avait rappelé qu'ils resteraient au pays par la force des baïonnettes et du FMI. L'Albanie, passée du blocus économique à l'économie de marché, est le seul pays où s'applique intégralement les Accords d'Helsinki sur la libre circulation des biens, armes et drogues, et des personnes, émigrés clandestins. Ce pays, notons-le, n'a pas eu à postuler son entrée dans l'OTAN puisque c'est l'OTAN qui est entrée chez lui.

Comme disait Gaston Eyskens, fermons la parenthèse du marxisme-léninisme.

Euthanasier les rentiers ? C'était John Maynard Keynes qui en parlait dans les années 30, quand il s'agissait de mobiliser des capitaux pour sortir de la grande crise de 1929 par de massifs investissements publics, y compris dans la préparation de la Seconde Guerre Mondiale et la conquête de nouveaux marchés.

Le Soir a donc ouvert ses colonnes à une chronique éthique et boursière où la parole est donnée à Éric Toussaint, un des fondateurs d'ATTAC en Belgique, auteur de "La Bourse ou la vie" et co-auteur du livre "ATTAC contre la dictature des marchés" (Ndlr d'AL : et par ailleurs, dirigeant de la 4ème Internationale... les mêmes qui ont voté... contre la Taxe Tobin au Parlement européen). Variante de la Taxe Tobin, c'est une taxe boursière, forte, que propose notre interviewé, on n'ose dire le porte-parole d'ATTAC-Belgique. Puisque l'on taxe les plus values boursières aux USA, dit-il.

Il ne faut pas interdire les placements en Bourse, assure Éric Toussaint.

Cela aurait mérité un petit développement sur la manière dont se collectent les capitaux pour la réalisations de travaux assurés naguère par des fonds publics. Sur la manière dont les actionnaires privés, minoritaires dans des société mixtes, avec capitaux collectés par l'État, en prennent le contrôle.

Si la Bourse est bien un marché des capitaux, elle peut orienter des investissements industriels, dans les travaux publics, etc. sans que jamais elle n'y joue un rôle déterminant, un rôle moteur. Les décisions se prennent ailleurs et les capitaux ne passent pas nécessairement par les places boursières.

Par exemple la société Eurotunnel, si elle a bien amorcé la construction du Chanel et si elle a bien procuré des taux de profit exorbitants à ses débuts, n'était pas en mesure d'assumer réellement la réalisation du tunnel sous la Manche. Elle n'a fait qu'assurer, outre des taux de profit faramineux à ses actionnaires premiers, les bénéfices privés de la gestion future et "forcé" les capitaux publics à s'investir à perte. Il en fut de même pour la construction du canal de Suez et celui de Panama. Dans les opérations boursières, le petit épargnant et le Trésor Public sont toujours spoliés.

Alors que le Traité d'Amsterdam, notamment, et les règles de l'UE, interdisent toute entrave au mouvement des capitaux, il n'y a aucune voie "démocratique" pour imposer la taxation proposée.

Ajoutons que dans la réalité économique européenne, des capitaux britanniques, par exemple, placés sur la Bourse de Paris sont exonérés d'impôts.

L'argument éthique est non seulement inopérant mais pervers, sauf à penser taxer l'argent sale, l'argent de la drogue, de la prostitution ou du commerce des armes et à contester que sur le marché capitaliste une marchandise en vaut une autre.

Il faut aussi se rendre à l'évidence que les mouvements de capitaux à l'échelle internationale ne se font que très partiellement par l'intermédiaire des bourses. ATTAC serait bien dans son rôle en analysant comment se ventilent les flux de capitaux (70.000 milliards de fb par jour) et en déterminant par où ils passent et comment ils s'échangent.

Quant aux banques éthiques, comme leur nom l'indique, c'est très maigre et ce n'est pas coté en Bourse.

ATTAC va faire ses balises ?

Éric Toussaint sème le doute dans l'Internationale Socialiste, dont, dit-il, le cur n'est pas gai, pour s'être inscrit pendant des années dans la démarche initiée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher et qui a l'esprit occupé à réfléchir aux limites à apporter à la mondialisation. ATTAC devrait, selon Éric Toussaint, l'aider à élaborer des balises, avec la contribution de Ricardo Petrella, économiste de renom.

L'aider à noyer son chagrin et à transformer les paradis fiscaux en soviets ?

La mondialisation
prend l'eau...

Ricardo Petrella mène fort opportunément campagne pour que l'eau soit reconnue patrimoine commun de l'Humanité, autrement dit, ne soit pas privatisée. Quoique militant d'ATTAC, se risquerait-on à revendiquer la nationalisation de l'eau, déjà cotée en Bourse ?

Puisqu'il s'agit de mettre des balises aux excès, aux abus, le 12 avril la population de Cochabamba (un million d'habitants), en Bolivie, est descendue dans la rue pour protester contre la pénurie d'eau et l'augmentation de 45  % de cette denrée rare, après sa privatisation par une société britannique. Le Général Banzer, dictateur démocratiquement élu est lui aussi partisan de balises il a proclamé l'état d'urgence. On dénombre au moins six morts et une centaine de blessés.

Le Président de la Chambre des Députés de Bolivie, Hugo Caraval, a parfaitement résumé le problème par une déclaration qui devrait figurer dans les manifestations contre l'UNICE, à Bruxelles, les 9 et 10 juin prochains : Le pays nous a démontré sa colère et sa fatigue face à une politique et un système démocratique qui fonctionnent bien, mais qui ne tiennent pas compte d'une société totalement laissée pour compte.

Eux c'est eux,
nous c'est nous !

À ceux qui cherchent à définir ATTAC, Mia De Vits apporte sa contribution désintéressée : Les schémas de participation de la "société civile" (c'est elle qui met les guillemets, pas moi) au débat public se sont modifiés. On voit ainsi naître sous l'appellation d'ONG des mouvements éphémères ou des coalitions informelles et changeantes d'organisations qui possèdent des structures et des orientations différentes. Les organisations syndicales, ont, quant à elles, un rôle spécifique d'interlocuteur social à jouer. Un rôle non pas lié à un problème particulier, comme c'est le cas des ONG, mais transversal. Elles ont un rôle nécessaire pour la démocratie et que l'on risque d'affaiblir en les fondant dans le concept indifférencié de "société civile. Les gouvernements ont, en effet, souvent tendance à confondre dialogue social et dialogue avec la société civile (ce n'est pas moi qui ai supprimé les guillemets) en désignant comme interlocuteur de cette société civile des organisations dont on ne peut mesurer ni la représentativité ni l'indépendance. [heureusement] les organisations syndicales ont souvent travaillé avec les ONG dans un climat de confiance pour atteindre les mêmes objectifs (Syndicats, 7.4.2000). Tiens, tiens, l'AFL-CIO n'était pas à la manifestation de Washington.

L'important
c'est de participer...

Pour que la FGTB soit associée à la réforme fiscale, Michel Nollet entame, lui, une franche collaboration avec ATTAC et réclame ! un impôt sur la fortune, fût-il limité aux 10 % des contribuables les plus fortunés ! un impôt de 33 % sur les plus-values boursières ! l'affectivité de l'impôt sur les bénéfices des sociétés, pour passer des 20 % réellement perçus aux 40 % dûs ! un impôt minimum sur les sociétés (un forfait qui empêche de descendre sous un certain seuil) ! le démantèlement des régimes fiscaux des centres de coordination, de distribution et de services.

Bien entendu, tout ceci nécessite la levée du secret bancaire, l'établissement d'un cadastre des fortunes et la suppression des titres au porteur, prévoit, avec beaucoup de bon sens, le Président de la FGTB. Il prévoit aussi un refus de la part du Ministre des Finances. Nous aussi.

Michel Nollet lance l'idée d'une cybertaxe. Et non content de la lancer, il demande au Gouvernement belge de la faire examiner par l'Union Européenne, voire par l'OCDE et l'OMC. Comment ceux-ci vont-ils retrouver tout seuls ces 0,0000003 franc/bit dans l'herbe drue du stade des Jeux Mondiaux du Commerce, si on ne les y aide pas ?

La Taxe Tobin
est en marche !

Cette fois, la FGTB reprend la Taxe Tobin des frêles mains des militants d'ATTAC pour en faire un puissant instrument de lutte : le levier de 0,01 % qui va permettre de soulager le budget de l'État, de financer la Sécurité Sociale, les pensions, d'augmenter les salaires des agents de la Police Unique, de refinancer l'Enseignement, de réduire les écarts de revenus, à concurrence de 32 milliards de fb. Il est toutefois évident qu'une telle taxe ne pourra être instaurée dans un seul pays. L'idéal serait qu'elle soit décidée au niveau mondial. Mais le réalisme nous impose de la réclamer d'abord au niveau de l'Union Européenne (Michel Nollet, président de la FGTB, Syndicats, 21.4.2000).

Quelle meilleure occasion pour présenter la chose sous son jour le plus favorable aux Commissaires Européens présents à l'European Business Summit de l'UNICE, qu'un colloque, un banquet ou un parcours de golf ?

Thierry Delforge

 

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