En débat

Voter ou
ne pas voter...

Est-ce bien là
le vrai débat ?

Pour avoir mené campagne depuis 25 ans contre le "cirque électoral" de la démocratie formelle (voir page précédente, je tiens à votre disposition la collection complète d'AL sur le sujet), je me demande parfois vers où ce type de campagne abstentionniste nous mène...

En Belgique, alors que le vote est obligatoire (les refus de vote risquent théoriquement une sanction pénale... jamais appliquée !), plus de 10 % des gens ne se déplacent même plus aux urnes... ça n'a malheureusement pas eu d'incidence sur le développement d'un mouvement libertaire de grande ampleur... Dans le même registre, rappelons que dans les années 80, aux USA, Reagan, si ma mémoire est bonne, a été élu avec 55 % de 35 % des électeurs... ça n'a pas non plus été non plus une grande victoire pour le mouvement anarchiste américain...

Impuissance politique

C'est bien connu, partisans d'une démocratie directe, les libertaires sont viscéralement opposés à une délégation de pouvoir sans mandat impératif et sans possibilité de révoquer les mandataires... mais le simple fait de ne pas aller voter est-il, à lui seul, la manifestation d'une pratique libertaire ?

Le projet de municipalisme libertaire, développé dans les pages qui suivent par Murray Bookchin, n'est certainement pas la solution miracle à tous nos problèmes, mais me semble poser la question de l'impuissance actuelle des anarchistes sur le terrain politique.

En effet, qu'est-ce qui nous différencie aujourd'hui fondamentalement du mouvement des Collectifs ou de l'anarcho-syndicalisme de la CNT, par exemple ? Eux aussi font du mouvement social, de l'action directe et, le plus souvent, du fédéralisme libertaire... Quelle est la spécificité de la Fédération Anarchiste, aile politique du mouvement anarchiste ?

Ce qui me semble important, dans la période de démobilisation et de confusion actuelle, c'est que nous soyons à nouveau capables d'impulser et d'induire des dynamiques où les gens, en mouvement, se réapproprient leur capacité à être les auteurs/acteurs de leur destin, individuellement et collectivement. C'est de faire passer le message que si l'individu libre est la base de toute société, il ne peut résoudre ses problèmes sociaux particuliers que dans l'action collective, elle même fédérée aux autres actions collectives qui expriment d'autres problèmes individuels particuliers.

On ne peut pas, sous peine d'essoufflement de générations successives de militant-e-s, se cantonner au seul terrain protestataire activiste et au déclamatoire de bonnes intentions (incantations connues : Si les élections pouvaient changer la vie, elles seraient interdites depuis longtemps ou Agir au lieu d'élire)... Il nous faut créer des espaces sociaux où nous nous (re)construisons comme individus autonomes et solidaires de la communauté... d'où l'importance du développement des alternatives sociales (un terme inscrit dans le titre même de ce journal).

Développer
une dynamique globale

Sous peine de verser dans l'évangélisation anarchiste, je pense qu'il nous faut articuler toutes nos interventions autour de trois axes...

1. La ligne de front. Le revendicatif et le protestataire où nous nous battons face à face, pied à pied, contre le système capitaliste autoritaire.

2. Les zones libérées. Les alternatives sociales (écoles libertaires, coopératives de production ou agricoles) où nous nous donnons les moyens d'expérimenter la pertinence de nos postulats et de nos aspirations.

3. L'alternative politique. Ce sont des espaces où nous construisons les structures collectives d'autogestion anarchiste qui pourraient prendre la relève du monde capitaliste autoritaire.

Il ne s'agit aucunement, de mettre ces axes d'intervention en concurrence ou de privilégier l'un par rapport aux autres, mais de bien saisir que le développement de l'un renforce automatiquement les deux autres. Les uns donnant du sens aux autres (et vice versa) ! Un exemple concret, celui de l'école libertaire Bonaventure qui complète et qui donne une perspective, un horizon, aux enseignants qui se battent dans l'école traditionnelle. De la même manière, les luttes des enseignants contre l'appareil d'État Éducation nationale (ou communautaire en Belgique) qui loin de permettre l'égalité des chances ne fait que perpétuer les inégalités sociales, donnent un justification, une raison supplémentaire à la recherche d'alternatives libertaires viables.

Et dans la commune ?

À grand trait, on pourrait dire, en ce qui concerne notre débat d'aujourd'hui, la commune...

1. Le revendicatif : la solidarité active avec les SDF privés de l'essentiel, le logement ; les actions contre les expulsions pour non paiement de loyer, contre les huissiers qui saisissent, contre les coupures de gaz et d'électricité, pour les transports urbains gratuits, pour des augmentations salariales des travailleurs communaux, pour plus de crèches, contre la dictature de la bagnole, etc...

2. Les zones libérées : un peu à l'image des Centre sociaux qui se développent en Europe, l'occupation et la socialisation de maisons laissées volontairement inoccupées par des spéculateurs, l'organisation d'habitats communautaires conviviaux, la création de maisons de quartier où on retrouve une crèche autogérée, une école des devoirs, une salle de fêtes associative, des locaux de répétitions pour des groupes musicaux, des salles de réunion, des ateliers de création et d'expression, une imprimerie alternative, une radio libre, un journal municipal, etc...

3. L'alternative politique : dans le bouillonnement associatif et alternatif, la création d'un conseil des habitants qui, dans un premier temps (contre-pouvoir) impose son ordre du jour, ses priorités propres, au conseil communal lié à la structure étatique, et dans un deuxième temps, fonde son propre conseil municipal alternatif qui décide de ce qui concerne les habitants et qui se donne les moyens de mettre en pratique ses décisions...

C'est dans ce cadre là, qu'Alternative Libertaire voudrait lancer le débat dans ses colonnes sur la pertinence du projet de municipalisme libertaire de Murray Bookchin...

Le dépôt éventuel, à terme, d'une liste de candidats délégués au conseil communal (avec mandat impératif et révocabilité) n'étant dans l'ensemble de ce processus, que la cerise sur le gâteau de la mise en pratique (dans les trois axes précisés plus haut) de l'affirmation anarchiste : Gérons la ville nous-mêmes !

En espérant lire prochainement votre nombreux courrier sur le sujet, amitiés...

Babar

Adhérent à la Fédération Anarchiste


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