libertaire anarchiste anarchisme

SOLIDARITE LIBERTAIRE

Un puits pour

Los Arenalejos


La tête dans les étoiles
et les pieds sur terre,
elle et ils vivent
l'alternative libertaire.

Elles et ils s'appellent Paquita, Anabelle, Colette, Bruno, Floréal, Florinda, Estel, Lindir et Gaspard.

Depuis 12 ans, le collectif Los Arenalejos, s'accroche à un versant de colline de la Sierra de Los Nieves, en Andalousie, à une heure de voiture de Malaga.

Leur utopie au quotidien : vivre collectivement leur idéal libertaire en mettant en actes l'écologie sociale qui les fait vibrer.

Deux familles stables, et toujours trop peu de bras pour faire fleurir, au printemps, les 18 hectares plantés de centaines d'arbres fruitiers (avocatiers, orangers, citronniers, bananiers, lee-chees...) et de milliers d'oliviers. Sans oublier le potager bio et la basse-cour qui nourrissent le collectif... et les invité-e-s d'un jour ou d'une semaine.

Autour d'une grande battisse, un ancien moulin à huile, patiemment restauré avec l'aide des militant-e-s libertaires d'Espagne et du reste du monde, un atelier de menuiserie qui rentre quelques sous grâce aux meubles fabriqués pour les voisins du village, un tracteur (offert en souscription par les anarcho-syndicalistes de la CNT espagnole), un superbe atelier de poterie qui assure la principale rentrée économique.

Un petit paradis pour les touristes libertaires venus du nord, mais une terre exigeante, ingrate, difficile à travailler, en pente et toujours susceptible d'être carbonisée par le trop plein de soleil et le trop peu d'eau. Une région en proie à une sécheresse endémique, où l'on se tire dessus, au fusil de chasse, entre voisins, pour des questions de répartition horaire des rigoles d'irrigation... pendant que les greens des golfs de la Costa del Sol sont arrosés nuit et jour.

Ici, comme ailleurs, pas toujours facile de vivre aujourd'hui ce que nous voulons pour demain. L'isolement, à la pointe extrême de l'empire occidental, où l'on reçoit parfois la visite d'un marocain déguenillé qui a survécu à la traversée clandestine du détroit de Gibraltar. Des relations que l'on tisse avec celles et ceux qui ailleurs, parfois très loin, se bagarrent pour les mêmes aspirations. Par exemple, de cette rencontre aux USA, l'année dernière, avec la bande à Bookchin pour faire connaître un peu mieux ce municipalisme libertaire qui pourrait donner un débouché politique au mouvement anarchiste ; également cette implication de proximité avec le Réseau des écologistes en action qui fédère ce que l'Espagne compte de militants non encore aspirés par la dérive politicienne verte ; et finalement, ces liens privilégiés qui se sont tissées ces dernières années avec d'autres alternatives libertaires comme l'Imprimerie 34 de Toulouse ou le journal Alternative Libertaire de Bruxelles.

À l'automne 1995, nous faisions appel à vous, dans ces colonnes, pour aider le Collectif Los Arenalejos à réunir les fonds nécessaires au percement d'un puits qui les mettrait définitivement à l'abri des aléas de la sécheresse, question de survie. Mieux vaut tard que jamais, c'est aujourd'hui chose faite, depuis le 19 juillet 2000. Et nous profitons de cette bonne nouvelle pour vous inviter à lire le projet le contrat de vie commune que les actuels habitants de la collectivité agricole proposent comme base de discussions à toutes celles et à tous ceux qui voudraient les rejoindre. Hasta la victoria siempre !
 

Babar


 
 

UN PUITS POUR LOS ARENALEJOS

Une victoire !

L'enjeu. En juillet 1995, suite à l'un des étés les plus secs qu'ai connue l'Andalousie, l'appel Un puits pour Los Arenalejos est lancé par nos ami(e)s d'Alternative Libertaire de Bruxelles et par l'école Bonaventure. Relayé par Le Monde Libertaire et la Fédération Anarchiste francophone, cet appel donne le coup d'envoi à une campagne européenne de soutien.

Le pari. Recueillir, dans les plus brefs délais, l'argent indispensable pour construire un puits qui pourra pallier l'insuffisance endémique des pluies et, par conséquent, à celle du débit de l'acéquia (canal d'irrigation) qui nous fournit l'eau d'arrosage vitale aux 500 arbres fruitiers plantés ici depuis 8 à 25 ans. Nous ne pouvions attendre, c'était la survie même de l'agriculture qui était en jeu. L'urgence nous poussait, l'argent ne pouvait constituer un obstacle à la création du puits, pas plus que les lois en cours sur le droit d'utilisation des eaux souterraines. Après avoir emprunté à un parent et avec l'aide d'une petite entreprise locale, on se mit donc à creuser, sur les indications d'un sourcier, près du Rio Grande, dans la partie la plus basse de la finca (la ferme). Il fallut ensuite cimenter un puits de cinq mètres de profondeur et de deux et demi de diamètre. Enfin, l'eau coulait et remplissait le puits sur une profondeur de trois mètres. Nous avions gagné la première bataille pour l'eau. Mais, il restait à installer la pompe, ce qui paradoxalement reviendrait bien plus cher. Suite à l'appel, les dons commençaient à nous parvenir de tous les coins d'Europe... de quoi rembourser l'emprunt.

Élans brisés. Mais à ces encourageants élans de générosité solidaire répondirent les échos de la répression. Ainsi le 11 septembre 1995, alors que nous avions fait le choix pour une pompe à moteur électrique, nous arrivèrent un couple de Gardes Civils qui, après interrogatoires, établirent un procès verbal pour ouverture illicite d'un puits alors que tout autour de nous, les paysans se servaient directement dans le Rio et creusaient même des puits illégaux. Mais agitateurs obligent ! Quoi de plus normal ? Le 12 février 1996 tombait la sentence de la Confedereración Hidrográfica del Sur, l'organisme étatique de gestion des eaux en Andalousie : interdiction d'utilisation des eaux, amende de 150.000 pesetas et rebouchage du puits dans les mois qui suivent. Mais pour un regard averti, et ce fut le cas d'un ami avocat, le texte laissait entrevoir une sortie honorable, pour peu qu'on veuille assumer toutes les démarches administratives. Nous n'avions pas le choix. Les travaux en resteraient là, mais pas question de payer l'amende et encore moins de reboucher le puits, de tirer un trait sur les efforts de ceux d'ici et des amis solidaires ! Nous nous mettons donc au travail et mettons en œuvre les démarches bureaucratiques pour légaliser le puits. Elles devaient s'avérer longues et exigeantes en déplacements et en patience.

Le choix énergétique. Pendant ce temps, l'argent solidaire continuait à nous arriver jusqu'en février 1996. Une panne irréparable de notre groupe électrogène nous obligea à remettre en question notre source d'énergie électrique (jusqu'alors jumelée avec le solaire) en tenant compte de l'alimentation future de la pompe du puits. Il est en effet plus intéressant de pouvoir la commander d'un moteur électrique depuis la maison que de devoir se déplacer (300 m de distance et 80 de dénivelé) pour mettre en marche et pour arrêter un moteur à explosion. De plus, avec un moteur électrique, à l'aide d'électrovannes placées dans le puits et dans l'alberca (le réservoir d'eau), on peut établir un fonctionnement quasi automatique et sans risques de griller le moteur en cas de "panne" d'eau dans le puits. Restait le choix du type d'électricité. Le solaire en 12 volts ou le 220 voire le 380 volts pour la pompe. La deuxième formule l'emporta. Le solaire revenait plus cher, avec risques de vol du matériel et la commande à distance s'avérait presqu'impossible à cause des pertes causées par les longueurs de câble nécessaires. De plus, à cinq cents mètres, dans le rio, se trouve une centrale hydro-électrique et nous avions des voisins intéressés par l'électrification que nous avons regroupés pour payer à la proportionnelle le transformateur et la ligne électrique. Coût de l'opération : deux millions de pesetas. Pour Los Arenalejos qui est le plus éloigné du transformateur, cela fera 600.000 pesetas. Enfin, le 12 février 1997, l'électricité en 220 volts, sans failles ou presque, traversait les circuits de la machine à laver et la faisait tourner, autrement qu'avec le 12 volt du solaire reconverti en 220. Le 380 attendrait son heure.

La victoire du 19 Juillet. Elle arriva, disons-le sans trop faire mentir l'histoire, et par pure coïncidence, en ce jour mémorable du 19 juillet 2000, lorsque l'installation du puits fut totalement finie grâce à l'aide passionnée de nos amis et camarades électriciens de Fuengirola, Luis et Cristóbal. En fait, le feu vert de l'administration nous arriva le 8 mars 1999 avec obligation de finir l'installation pour fin Juin 2000, pari tenu à quelques jours près. Auparavant, ce n'était pas possible, l'argent nous faisant défaut. Nous avons maintenant une concession d'eau pour 25 ans avec, et en théorie, un droit à 1083 mètres cubes par an (il ne faut pas le répéter, mais pour l'instant, les services autorisés ont oublié le compteur).

Nos remerciements. Tout au long de cette épopée, toutes et tous les camarades qui nous ont aidés, étaient agréablement présents dans nos mémoires et nous ont souvent encouragés dans les moments difficiles. Nous avons peut-être un peu tardé pour vous tenir au courant de toutes les péripéties et pensions à un dénouement plus rapide pour avoir le plaisir de vous le communiquer. Nous espérons que vous ne nous en tiendrez pas rigueur, mais les aventures administratives ne nous ont jamais emballés au point de vous les faire partager. Nous sommes vraiment heureux de vous communiquer cette issue très favorable pour un élément si vital pour la collectivité. Désormais, nous avons une sécurité indispensable dans ce pays, en ce qui concerne l'eau, et ceci grâce à l'effort de beaucoup d'amis qu'on ne peut citer ici, faute de place.

En tout cas, encore une fois la solidarité a démontré son efficacité et qu'elle reste vraiment l'outil de prédilection des plus démunis pour construire un monde vraiment humain, ce dernier ne pouvant exister sans la première.

Les comptes. Et pour terminer, voici un bilan financier récapitulatif des comptes de l'appel Un puits pour Los Arenalejos.

- Actif. Argent provenant d'Espagne, de camarades isolés ou d'organisations comme le MOC ou la CNT, d'autres camarades de France, Belgique, Allemagne et Hollande : 370.000 Pts + Argent recueilli par Bonaventure : 217.000 Pts + Argent investi par Los Arenalejos : 681.000 Pts soit un total de 1.268.000 Pts.
- Passif. Sourcier 15.000 Pts + Pelleteuse 67.500 Pts + Matériaux 54.000 Pts + Main d'œuvre 100.000 Pts + Tubes 167.000 Pts + Porte d'accès intérieur, échelle 14.500 Pts + Électrification maison et puits 850.000 Pts soit un total de 1.268.000 Pts.
 

Los Arenalejos



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