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du politique
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Jacob De Hulle a joué un rôle important dans la vie politique belge au cours des années 80 et du début des années 90, sans cependant exercer de mandat politique, ni apparaître sur le devant de la scène médiatique. En d'autres temps, on l'aurait appelé un conseiller du Prince. Après une pénible vicissitude, il s'est détourné de la politique active pour se consacrer à des travaux d'ordre scientifique. Ce qui ne l'empêche pas de réfléchir sur son expérience...

- Il existe beaucoup de représentations différentes, parfois contradictoires, de ce qu'est un homme politique. Parmi celles ci, quelle est, à votre avis, la grande illusion la plus généralement partagée ?

# On reconnaît implicitement à la politique deux traits pour ainsi dire universels.

1. Pour qu'il y ait politique, il faut qu'il y ait un choix effectif entre une pluralité de solutions. Toutes les solutions ne sont pas également justes ou efficaces ou agréables, mais toutes restent possibles, et l'on ne peut généralement pas en choisir une, comme absolument supérieure aux autres. Il y a ici d'immenses aléas d'appréciation et de circonstances. L'homme politique, le vrai, sera celui qui discernera la solution non pas forcément moyenne, ni la réponse rigoureusement efficace, ni celle qui exprimera au plus juste ses valeurs, mais bien celui qui, en tenant compte des faits et des opinions, trouve la réponse contenant en même temps l'agrément du plus grand nombre et une ouverture sur l'avenir, une possibilité de développement. Mais il faut que ce choix porte sur des solutions qui existent effectivement, c'est à dire pour qu'il y ait choix il faut qu'il y ait réellement plusieurs solutions entre quoi choisir. L'homme politique, le vrai, ne peut se borner à être une machine enregistreuse de ce qui se produit.

2. En deuxième lieu, pour qu'il y ait une décision politique, il faut une certaine durée. La décision ne peut concerner l'événement immédiat. Elle est une certaine prise sur l'avenir, elle fixe pour un temps le visage d'un pays et d'un gouvernement. Une décision politique, au sens vrai, comporte non seulement l'impératif de son exécution, ce qui est élémentaire, mais encore l'établissement d'une continuité. Il ne faut pas que les fluctuations constantes des temps et des circonstances remettent en question ce qui fut décidé hier. Il ne faut pas que les hasards de l'opinion viennent modifier les objectifs adoptés et les moyens choisis. Sans quoi nous ne sommes plus en présence d'une politique. Les petits démagogues disent toujours que le gouvernement doit être la simple expression, l'instrument des volontés de l'opinion. Cette conception est une pure et simple négation de la politique. Pour qu'il y ait politique, il faut qu'il y ait maîtrise, non pas d'abord des hommes ou des pouvoirs, mais de la durée. Or je pense que de nos jours ces deux caractères du politique n'existent pratiquement plus, ou tendent à tout le moins à disparaître. Il y a dans notre société des choix qui s'effectuent, mais qui n'appartiennent plus aux instances politiques. Il y a des continuités qui s'affermissent, mais qui ne sont plus une prise politique sur l'avenir. Au contraire, ce sont ces continuités nouvelles qui évacuent le politique véritable. Celui-ci se trouve le plus souvent dans une situation de compétence liée, ne pouvant modifier la réalité. Le seul domaine dans lequel il lui est encore possible d'intervenir c'est le domaine de l'actualité, c'est l'éphémère, le fluctuant, et l'on perd de ce fait le sens du sérieux de la décision politique. Ce qui reste à sa portée n'est plus qu'une apparence. La vanité d'agir dans cette vacance n'est compensée que par l'extrême agitation du personnel politique.

- Vous affirmez que les hommes politiques ne prennent plus de décisions ?

# Si, les politiques prennent encore des décisions ! Mais ce sont, au niveau sérieux, des pseudo décisions, parce qu'elles sont assez rigoureusement déterminées pour que l'homme politique n'ait guère de latitude ou de choix. Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, les choix politiques sont limités du fait de l'élimination des valeurs à l'horizon de son action. L'homme politique se trouve extraordinairement affaibli, ses capacités de décision sont limitées parce qu'on ne peut plus valablement, aux yeux de l'opinion comme aux siens, jouer des valeurs à l'en contre des faits. De façon singulière, l'homme politique se considère parfois lui-même comme libéré, plus efficace, plus indépendant, lorsque les valeurs sont écartées, lorsqu'il se trouve engagé dans un pur réalisme, cynisme, scepticisme. On se figure être un petit Machiavel. Mais comment ne pas voir que, bien au contraire, l'absence des valeurs est une inclusion du politique dans le pur domaine des faits, ce qui, assurément, lui donne la possibilité d'agir sans critère moral, mais ce qui réduit considérablement la possibilité de choix et de décision. Psychologiquement parlant, la plupart des hommes politiques ne tiennent pas à prendre de véritables décisions, pourvu que les apparences soient sauves ! Ils ne regrettent pas les valeurs qui les contraindraient à de pénibles choix. En deuxième lieu, les gouvernements sont nationaux mais les décisions politiques décisives sont aujourd'hui à l'échelle supranationale européenne ou mondiale. Il ne règne là aucun choix. En troisième lieu, à partir du moment où l'efficacité devient le seul critère de l'action politique, on assiste à une nouvelle réduction de la décision. Or, nous sommes en plein là-dedans. Même avec la meilleure volonté, personne aujourd'hui ne pourrait choisir d'autre critère politique que celui-là. La loi de la politique est l'efficacité. Ce n'est pas le meilleur qui gagne, c'est le plus puissant, le plus habile, en un mot le plus efficace. Or, le choix d'efficacité, s'il n'est pas dicté d'avance, est néanmoins à un moment donné, dans des circonstances données, extrêmement réduit. L'homme politique ne peut pas choisir entre ce qui serait plus et ce qui serait moins efficace. Le choix est fait indépendamment de lui. Évidemment, il peut se tromper dans son évaluation. C'est pourquoi il doit se référer à plus compétents que lui et remettre le choix aux mains des experts et techniciens.

- Vous considérez que nous vivons sous le règne de la technocratie ?

# Ce n'est vraiment pas une idée nouvelle ! Le véritable choix aujourd'hui, dans les problèmes politiques, dépend des techniciens qui ont préparé la question et des techniciens qui devront mettre à exécution la décision. La marge d'innovation dont dispose l'homme politique est de plus en plus réduite. Les décisions qui engagent le plus profondément l'avenir d'un pays sont d'ordre technique. Or, l'homme politique est remarquablement incompétent en ces domaines, à moins d'être un spécialiste. Et s'il est un spécialiste pour telle question, il abandonnera tout le reste à ses confrères. Et la décision sera prise non plus en fonction d'un principe philosophique ou politique, non plus à partir d'une doctrine ou d'une idéologie, mais à partir du rapport des techniciens décrivant le plus utile, le plus praticable, le plus efficace. Bien sûr, les techniciens peuvent apporter des solutions divergentes. Et l'on se rabat là dessus pour dire : donc l'homme politique reste maître de la décision. C'est fallacieux. L'homme politique se place à l'intérieur des cadres tracés par les techniciens et son choix, s'il est sérieux, se fera pour des raisons techniques. Le plus souvent, il fera évaluer par un autre technicien ce qui est le plus efficace. Bien sûr, il peut y avoir des erreurs, il n'existe pas d'expertise infaillible, mais l'important c'est le processus qui subordonne la décision politique à l'évaluation technique. Si on définit toujours la politique comme l'art du possible, c'est aujourd'hui le technicien qui détermine de plus en plus ce qui est possible. C'est la même chose en ce qui concerne le deuxième aspect, celui de la continuité nécessaire des décisions une fois prises. Précisément parce qu'il s'agit le plus souvent de décisions fondées techniquement et à contenu technique, elles s'étalent sur un long espace de temps, elles supposent une continuité. Aucun changement politique ne peut modifier ce qui a été fait, mais pas davantage ce qui doit être fait comme continuation, car les facteurs techniques se conditionnent les uns les autres. Un changement de gouvernement ou de législature ne peut rien modifier au plan une fois établi. Bien sûr, le monde politique ne se réduit pas à une simple machine d'enregistrement. Chacun sait que dans les milieux politiques règnent une agitation fébrile, d'innombrables comités, commissions, et que l'on y prend d'innombrables décisions, que l'on signe un grand nombre de résolutions, que l'on conclut des alliances, discute des budgets, élimine des candidats, nomme des fonctionnaires, établit des procédures, des schémas d'action, des organigrammes... Cette activité débordante donne bien sûr l'illusion de l'action. Cette masse de paroles, de papier et de groupes de travail donne l'illusion de la décision. En réalité cette activité est elle-même tributaire de règles du jeu prédéterminées. Le milieu politique se conduit selon des normes assez rigides. Mais bien entendu, il reste la foule des microdécisions qui s'inscrivent dans le courant général, microdécisions qui expriment les choix et les inventions de tel ou tel homme politique. Mais, fondamentalement, ce qui gouverne cette agitation, c'est l'assujettissement à l'éphémère.

- Vous pouvez un peu approfondir cette idée de règne de l'éphémère ?

# L'homme de notre temps est assailli par l'actualité. Ce qui s'est produit en dernier lieu est toujours le plus important à ses yeux. Cet homme, c'est l'homme politique qui dépend de l'information du jour. Mais c'est aussi le citoyen quelconque. Ce citoyen ne connaît que ce qui s'est passé hier, il ne se passionne que pour la dernière péripétie. Il exige que l'homme politique prenne position en face de ce fait là. Tout le reste lui importe peu. Et l'homme politique sait bien, de son côté, qu'il sera interpellé sur ce fait là. Il est donc conduit à se tenir toujours au niveau de cette actualité. C'est aussi pourquoi la politique prend si souvent aujourd'hui la forme du spectacle, spectacle pour le citoyen comme spectacle offert par les hommes politiques pour régaler leur clientèle. Mais il faut bien voir qu'il y a incompatibilité entre l'actualité et la capacité politique véritable. D'abord, comme le disait le philosophe espagnol Ortega y Gasset, il n'y a pas de politique sans mémoire, sans saisie du passé et sans capacité de comprendre le présent à travers cette analyse. L'actualité efface tout cela, évacue le sens de la continuité et empêche l'usage de la mémoire. Ensuite, il n'y a pas de politique sans prévision. C'est toujours une erreur de se fixer dans l'instant présent. Or, l'homme de l'actualité ne cherche plus à prévoir, puisque de toute façon, demain, l'actualité lui fournira sa ration politique quotidienne. Le résultat on le voit : l'homme politique actuel est très satisfait de lui même, il est de son temps lui au moins, il est au parfum, convaincu que le plus nouveau, c'est le plus important. En réalité, il vogue au gré des flots, sans prendre conscience des courants profonds qui les agitent.

- Et la dépendance des politiques par rapport aux médias n'est pas là pour arranger les choses !

# En effet. L'action politique aujourd'hui est toujours calculée en fonction de deux objectifs : d'une part, l'objectif précis que l'on veut atteindre dans tel ou tel domaine ; d'autre part, les possibilités médiatiques qu'offre cet acte. Devant chaque décision, l'homme politique se pose trois questions : cette décision aura-t-elle des conséquences spectaculaires ou pratiques susceptibles d'atteindre l'opinion publique ? Cette décision porte-t-elle en elle même son élément de propagande ? Cette décision est-elle susceptible de servir de tremplin à une action médiatique ? Une décision politique est aujourd'hui devenue plus importante par les réactions d'opinion qu'elle peut provoquer que par ses répercussions concrètes, sa signification pratique et c'est donc en fonction de cette répercussion médiatique qu'il faut toujours la calculer. Mais l'art politique d'aujourd'hui va encore plus loin. L'action politique sera choisie de telle façon qu'elle puisse être un tremplin médiatique quelle que soit sa conclusion réelle, qu'elle aboutisse à un succès ou à un échec de fait. Peu importe que cette action soit vraiment utile. Ce qui compte c'est son utilisation. L'homme politique agit dans l'univers d'images de l'opinion, mais il peut aussi créer ces images et les modifier via les médias. Et inversément, l'opinion publique, qui n'est formée qu'à travers l'univers médiatique, détermine le politique qui ne peut gouverner qu'en fonction d'elle. Mais dans ce jeu, il y a un troisième partenaire, le détenteur des moyens d'action, l'informateur propagandiste, le technicien spécialiste de la communication. Or, si, en apparence, il est aux ordres du politicien, il est en fait dans la situation de tous les autres techniciens dont j'ai parlé.

- On entend souvent dire : "C'est vrai, il n'y a plus de place pour de grandes réformes, mais on peut gérer autrement".

# Pour apprécier cette idée, il faut savoir ce que c'est que l'État aujourd'hui. Un État moderne n'est pas d'abord un organe centralisé de décision, un ensemble d'organes politiques. Il est d'abord une énorme machinerie de bureaux. Il est composé de deux éléments contradictoires : un personnel politique, des assemblées, des conseils, et un personnel administratif avec les bureaux. La tradition attache une très grande importance aux assemblées, aux conseils, aux votes, à la désignation du personnel politique. C'est là que, du point de vue de la démocratie, se trouve l'expression de la souveraineté populaire. On présente en même temps le schéma bien connu, bien classique et rassurant de l'administration. Le personnel administratif est nommé par les politiques : il dépend donc entièrement d'eux. L'administration est là pour exécuter la décision des corps politiques et c'est son seul rôle. Elle est mise en mouvement par la décision du cerveau. Je pense qu'en réalité l'État s'absorbe peu à peu dans l'administration. Il existe une façade, une apparence de pouvoir politique dans la personne de tel ministre, dans tel conseil, mais ce n'est plus qu'une façade. Les véritables problèmes politiques sont aux mains des bureaux. Là réside la réalité de l'État moderne. Cette administration est d'abord devenue d'un poids et d'une complexité considérables. Il est très bien de prétendre ramener le corps des fonctionnaires à quelques règles simples, à quelques statuts, et l'administration à quelques structures générales. Mais cela ne rend pas compte de la réalité. Il faudrait au contraire pénétrer dans l'innombrable fouillis des bureaux et de leurs compétences, des douzaines de services d'un ministère, les divisions, les hiérarchies et surtout les organes de concertation. Une fois commencé, un dossier doit passer dans 5, 10, 20 services, chacun ajoutant une pièce, un visa. Les organes de concertation connaissent les filières, mettent en relation tel bureau compétent avec tel autre etc. Un ministre n'est exactement rien sans son infrastructure bureaucratique. Mais le ministère, c'est en réalité cet énorme organisme administratif. La bureaucratie compénètre la tête politique et celle-ci se ramène, hors quelques personnalités dont l'utilité n'est pas toujours évidente, à un complexe bureaucratique. Je sais bien que l'on contestera cela en disant : le ministre prend les décisions et s'il ne connaît pas tous ses bureaux, toute la structure administrative, il connaît bien ses différents directeurs. Les directeurs connaissent bien les chefs de service, lesquels... et par une série de cascades hiérarchiques, chacun à son étage connaissant bien ses subordonnés immédiats, et les bureaux qu'il a sous ses ordres, la machine bien réglée dépend en définitive de la tête. Je prétends que là encore c'est une vue purement théorique de la chose. À partir du moment où une décision globale de principe est prise par le ministre, elle lui échappe, l'objet prend une sorte de vie propre, circule dans les services, et tout dépend en définitive de ce que les bureaux vont décider d'en faire. Il en sortira peut être un ordre conforme à la volonté première. Il en sortira peut être un texte assez éloigné. Plus fréquemment, il n'en sortira rien. La décision se sera épuisée dans les circuits nombreux de l'administration et ne verra pas concrètement le jour. Je connais des cas où l'ordre ministériel n'aboutit à rien, simplement parce qu'il a été bloqué, volontairement ou non, à un endroit quelconque. Je connais des cas plus nombreux où la décision de principe est publiée en un arrêté de trois lignes, auquel on ajoute que des arrêtés d'application suivent. Ces arrêtés d'application ne voient jamais le jour. Ils dépendent entièrement de la bureaucratie. Il ne faut pas en conclure à la paralysie de l'État, mais à une mutation d'une importance inimaginable. Ce qui était un système de transmission s'est progressivement transformé en un système de décision. Nous sommes en présence d'une multiplicité de centres de décision, corrélés entre eux, non directement responsables et inclus dans un même appareil. Aujourd'hui, c'est cela l'État. En face de cela, que peut l'homme politique, le ministre, le député, le Parlement ? Rappelons d'abord que l'homme politique est généralement incompétent pour les problèmes qu'il a à résoudre. Surtout s'il est devenu, ce qui est désormais obligatoire, un spécialiste de la politique.

- Spécialiste en quel sens ?

# Quand on parle de faire de la politique, il s'agit toujours d'une action méthodique en vue de l'accession au pouvoir. Pas forcément pour faire une carrière politique, ni en vue d'une réussite personnelle, ni pour gagner plus d'argent, bien que toutes ces motivations existent, mais le simple goût du pouvoir suffit. L'homme politique ne peut être qu'un politicien de métier. Et être un politicien de métier, cela veut dire être un habile technicien pour conquérir et garder les places. Les méthodes sont connues : il faut éliminer les rivaux, s'assurer une clientèle, tenir des voies d'accès et des postes stratégiques, etc.. La politique se joue à l'intérieur du parti pour arriver aux premières places. C'est la guerre au couteau entre "camarades" du parti. Puis, arrivé à cette place, il faut s'y maintenir. En même temps, il faut pousser le parti en avant. Le parti est lié à votre propre sort, et réciproquement, et quand on arrive au pouvoir le principal souci est de le défendre et de le garder contre les embûches, les traquenards juridiques, plus ou moins délictuels, ou purement politiques. Nous sommes évidemment très, très loin du sens noble et idéaliste de la politique. Le problème n'est pas que le politicien de métier serait malhonnête, intrigant ou ambitieux, mais qu'il ne pourra travailler que s'il a d'abord le pouvoir et s'il le conserve. C'est donc l'objet premier de son action politique, le souci premier auquel tout le reste se subordonne. Maintenant il faut bien voir que les deux dimensions de la politique exigent des qualités humaines difficilement compatibles. Être un habile manœuvrier pour arriver au sommet ne qualifie absolument pas pour prendre les décisions les plus justes, avoir une clairvoyance politique générale, trancher des problèmes économiques. Et inversement, avoir des qualités morales et la compétence intellectuelle pour penser vraiment et éventuellement mettre en œuvre une authentique politique ne donne aucune chance pour arriver au pouvoir ! Je ne prétends pas donner une vue permanente de la carrière politique, mais de ce qu'elle est devenue dans un État moderne, c'est-à-dire en face de machines politiques, partis ou administrations, énormes et complexes. Maintenant, si nous reprenons le problème de la bureaucratie, nous voyons très vite que l'homme politique n'a aucun poids en face des bureaux. Il les connaît mal. Il a peu de moyens de se faire obéir, sauf en peuplant ces bureaux de ses hommes. Il conserve évidemment un pouvoir de décision, mais purement théorique, d'autant que les bureaux savent parfaitement qu'il est incompétent. Seule l'appartenance au même parti politique peut éventuellement lui garantir la fidélité de ces fonctionnaires qui font leur carrière à eux. Et pourtant, il faut bien qu'il fasse confiance aux bureaux, puisque tout ce qu'il dira au parlement ou dans une conférence de presse, tous les arrêtés qu'il signera, provient d'eux. En outre, cet homme politique signe chaque jour des dizaines ou des centaines de pièces qu'il ne peut matériellement pas lire. Mais sa signature y est. L'homme politique est là pour endosser la responsabilité d'actes et de décisions qu'il n'a pas vraiment prises, dont il ne peut répondre puisque dans la pratique il ne les connaît pas, ou n'en connaît qu'un tout petit nombre. Et cependant il est aux yeux de l'opinion le responsable ! L'homme politique opposé au règne des bureaux n'est finalement qu'une espèce de bouc émissaire, rôle pour lequel l'initiative et la décision sont des plus limitées.

Propos
recueillis par Jean Vogel


Paru dans Articulations n°7, Secouez-vous les idées, automne 2000, Centre Socialiste d'Éducation Permanente.




 
 

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