les archives d'alternative libertaire

polémique médiatique
Lettre ouverte
à Bénédicte Vaes

Journaliste au Soir

Au 19ème siècle, on s'est battu pour la liberté de la presse. Aujourd'hui, on se bat pour se libérer de la presse.

M. Horkheimer
Madame...

Nous tenons à répondre à votre double article La FGTB ulcérée par les méthodes PTB et Forges de Clabecq : les langues se délient paru dans Le Soir du mercredi 29 novembre 2000 où vous décrivez l'occupation du siège de la FGTB à Bruxelles (note d'AL : voir le journal du mois dernier), à la suite de l'audience du procès des 13 de Clabecq et la terreur que faisaient régner, à Clabecq, Roberto D'Orazio et sa bande.

Vous décrivez d'abord le climat de violence dans lequel s'est réalisée l'occupation : L'occupation était bel et bien planifiée, Michel Nollet (secrétaire général de la FGTB) et ses petits camarades ont l'impression d'avoir vécu une prise d'otages menée par une opération commando, les méthodes des occupants étaient particulièrement musclées, vous parlez de méthodes inqualifiables, de méthodes fascistes...

Le décalage est énorme entre ce que vous racontez et la réalité. Pour se convaincre de la terreur qui devait régner lors de cette occupation, il suffit de jeter un œil sur les pathétiques photos du "saccage" de la FGTB sur son site web : un paillasson retourné, un bureau en désordre...

Qu'est-ce qui est fasciste ? Occuper un bâtiment public ? Ne pas recourir aux canaux politiques traditionnels ? Critiquer l'État ? Désobéir ? Retourner un paillasson ?

Tout votre article est construit sur... les témoignages des syndicalistes présents lors de l'occupation. Témoignages en contradiction totale avec ceux des occupant/e/s et avec ce que la télévision a montré de l'occupation.

Mais c'est dans votre second article, où vous laissez la parole aux militants syndicaux de Clabecq raconter la terreur que faisait régner D'Orazio, que l'utilisation des témoignages atteint son paroxysme. Après de nombreux exemples révoltants d'exactions prétendument commises par D'Orazio et ses gardes du corps (le déshabillage des cadres, le délégué sur lequel on a uriné, les insultes, les menaces...) votre esprit critique vous oblige, en bonne journaliste, à reconnaître que ce sont des témoignages impossibles à vérifier. Mais concordants.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?

Nous pouvons vous abreuver sans fin de témoignages impossibles à vérifier mais concordants : on aurait vu D'Orazio se produire en dragqueen dans un célèbre cabaret pour travestis à Bruxelles, les murs de sa chambre seraient couverts de posters de Pol Pot, il appartiendrait à une secte néo-nazie...

Vient alors la partie didactique de votre article ; l'explication de ce cauchemar. Tout devient limpide. Derrière tout ça, il y a le PTB et les personnes manipulées, abusées et infiltrées. Aucun de nous n'appartient au PTB et aucun de nous n'est manipulé ni abusé par le PTB. Nous ne partageons pas les valeurs, les références, les discours et le mode d'organisation du PTB. Mais plusieurs d'entre nous faisaient partie des occupants de la FGTB ce jour-là. Nous avons jugé qu'il était important de participer à cette action pour nous réapproprier un espace et un syndicat qui nous apparaît tous les jours plus étranger.

Votre argumentation est d'une simplicité policière : d'un côté, la FGTB, de l'autre, le PTB. Entre les deux, il n'y a de place que pour les manipulés. La FGTB étant (tout naturellement) à gauche et démocratique, ceux qui s'attaquent à elle sont (forcément) de droite et anti-démocratiques. Ceux qui s'attaquent radicalement à elle sont donc fascistes.

Votre lecture a ceci de confortable qu'elle permet de répondre à tout en rendant toute explication vaine et superflue. Derrière le conflit de Clabecq, il y a le PTB, derrière la grève des TEC-Charleroi, il y a le PTB, derrière la critique de la FGTB, il y a le PTB. On se prend à rêver des possibilités sans fin (et déjà largement éprouvées) de votre grille d'analyse : derrière les sans-papiers, les collectifs d'étudiants, les dysfonctionnements de la justice, derrière Seattle, Prague, La Haye, Nice... c'est le PTB.

Heureusement, après cette débauche de violence, votre article s'achève sur un happy end. Michel Nollet, après avoir raconté son calvaire de Clabecq (sic) au Congrès de la Centrale générale, déclare : Je tremble pour la démocratie. Il va jusqu'à proposer sa démission au cas où il aurait perdu la confiance de ses militants. Mais trêve de frayeurs : il est longtemps acclamé par toute la salle, debout. Ouf ! on a eu peur pour Nollet et la démocratie !

Votre article serait seulement imbécile s'il n'était pas aussi dangereux. Il participe d'un climat de purge et de chasse aux sorcières orchestré par la série de procès qui a lieu et qui se prépare (Clabecq, collectifs d'étudiants, attaques contre les parents Russo, Collectif Sans Ticket...).

La seule critique que vous adressez à la FGTB est d'avoir été clémente, allant jusqu'à gentiment la gronder d'avoir laissé les choses aller trop loin et d'avoir été trop indulgente. Quand, de plus, vous pointez du doigt le délégué principal d'une usine et un permanent CGSP (heureusement, on les reconnaissait, vous n'avez donc pas été contrainte de donner les noms) qui participaient à l'occupation, et en rajoutant que c'est ennuyeux pour la FGTB, vous couvrez et invitez celle-ci à une chasse aux sorcières ; cela devient un lynchage médiatique.

Non, Madame Vaes, vous n'étiez pas présente lors de cette occupation et vous ne nous ferez pas croire que ce que l'on juge et condamne dans les procès actuels, c'est le PTB.

Ce qu'on juge et condamne, c'est l'esprit de résistance, le refus du consensus dominant, la désobéissance civile et l'action directe.

Ce qu'on juge et condamne, c'est la critique radicale de cette société et les nouvelles formes de lutte qui se développent partout (du Chiapas à Seattle, en passant par Prague et Bruxelles), en-dehors et à côté des institutions politiques traditionnelles (partis, syndicats...), autour des collectifs de sans-papiers, des collectifs de chômeurs... qui portent, dans le marasme actuel, l'espoir d'une société où l'on ne meure ni de faim ni d'ennui.

Collectif
Sans/Cent Nom(s)



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