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Les amitiés complices
de Karol Wojtyla
et Jorg Haider...

Ce Noël de l'an 2000, une date qui n'est historique que pour un tiers de l'humanité, aura pris un ton très bucolique avec la livraison d'un joli sapin de 33 mètres de haut venu directement d'Autriche, ce beau pays de carte postale hivernale aux forêts enneigées. Mais l'arbre a revêtu cette année une teinte brune et son comité accompagnateur, 250 personnes, n'était autre que le FPÖ (le Parti de la liberté !), l'extrême droite autrichienne emmenée par son chef Jorg Haider. De quoi donner des cauchemars aux petits italiens si, par mégarde, ils s'aventurent place Saint-Pierre...

Oh, bien sûr, la décision ne date pas d'aujourd'hui, se défend-on au Vatican. C'est en 1997 que la Carinthie a été choisie pour livrer l'arbre d'épines, une époque où cette région n'avait pas encore élu Haider comme führer local. Néanmoins Edmund Casimir Szoka, président de la commission pontificale pour la cité du Vatican, a accueilli l'admirateur de Hitler en le décrivant comme le digne représentant de la Carinthie. Une insulte pour ceux qui n'ont pas voté pour lui. Jean-Paul II et Haider s'était déjà rencontrés en 1993 mais lors de l'édition 2000 ni la télévision ni les photographes n'ont été admis à immortaliser l'audience privée...

Inscrivant ce déplacement dans un acte politique et non touristique comme voudrait le faire accroire le Vatican, le nazi de Carinthie n'a pas manqué d'accuser le gouvernement italien de laxisme sur le volet de l'immigration. La provocation est directe et le verbe pauvre, des ingrédients inséparables d'une politique fasciste.

Les organisations juives, des organisations de gauche et des anciens combattants de la deuxième boucherie mondiale ont su réagir contre l'amitié du pape pour ce personnage, relayés par le gouvernement israélien. Les commerçants juifs ont éteint les lumières de leur boutiques, suscitant un simpliste s'ils veulent faire des économies d'électricité c'est leur affaire de la part de l'ami des anciens SS. Mais la scandaleuse protection de Haider par les forces de l'ordre italiennes a généré la violence tant souhaitée par lui-même. Ainsi la manifestation de protestation du dimanche 17 s'est soldée par des charges de la police qui ont fait des dizaines de blessés parmi les manifestants. À quand une sainte grenade lacrymogène tombant des nues sur le balcon papal ? Jean-Paul II n'a pas été éclaboussé par ce rejet du fascisme, à l'abri derrière le rempart de ses dogmes dans son château fort de Saint-Pierre.

Mais Jean Polsky dispose d'une autre arme pour contrer les défenseurs de la démocratie : une longue expérience, personnelle et institutionnelle, de la coopération avec le fascisme. Personnelle par les béatifications de Pie IX, des cardinaux Stepinac et Schuster et la rencontre avec l'ancien officier nazi Kurt Waldheim en 1987 (liste non exhaustive). Et institutionnelle par les œuvres salvatrices de Pie XII et Paul VI pour l'exfiltration des criminels de guerre après la seconde guerre mondiale et le soutien actuel aux commandos anti-avortement aux USA.

Le pape est aussi un habile manipulateur qui parvient par son double langage à taire les critiques qui pourraient émerger des chrétiens eux-mêmes. Chaque collusion papale avec le fascisme, passé ou actuel, voit naître les mêmes interrogations timorées et les mêmes justifications hasardeuses de l'intelligentsia catholique ou pas. Un éternel recommencement qui, par une analyse à chaque fois ponctuelle dictée par le scoop, évite au croyant la douloureuse acceptation d'une continuité sans faille du soutien de l'Eglise à l'extrême droite.

C'est donc très adroitement que la venue de Haider a été précédée de la publication anticipée du message du nouvel an. Les médias n'y ont vu que douceurs, occultant l'intolérance constante envers les mal pensants : le pape y fustige toujours l'athéisme et la séparation du politique et du religieux. Le Vatican ne pouvait rêver meilleur allié que cette perfidie journalistique. Si tout le monde s'accorde sur la nocivité de Haider, la lucidité n'est pas encore acquise sur les liens entretenus entre le Vatican et l'extrême droite. Le cynique Haider peut donc continuer à aller à la messe sans craindre la porte fermée.

Jocelyn Bézecourt
jocelyn.bezecourt@wanadoo.fr



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