les archives du journal alternative libertaire
collectif contre les expulsions pascal marchand

Le fond de l'air effraie !

Le 4 mai 2001 se tiendra,
au palais de justice de Bruxelles,
le procès de Pascal Marchand.

Après avoir été tabassé, emprisonné, puis enfin relâché au bout de onze jours passés en cellule d'isolement à la prison de Forest en février dernier, Pascal Marchand comparaîtra en jugement le 4 mai.

Sa faute ? Avoir manifesté pacifiquement avec le Collectif Contre Les Expulsions (CCLE), pour dénoncer la politique d'enfermement et d'expulsion des sans-papiers.

Pascal Marchand est accusé de dégradation de matériel parce qu'il s'est cramponné à un grillage ; de coups et blessures parce qu'il s'est débattu quand on l'a emmené de force (un gendarme prétend avoir eu une égratignure à un doigt) ; et de tentative de vol d'un appareil photo parce qu'il a voulu empêcher un flic de le photographier.

Le 4 mai 2001 retiens bien cette date sacrebleu ! , Pascal va devoir affronter la toute puissante autorité du parquet. Il devra se soumettre à ses rituels stupides et oppressifs.

Qu'il le veuille ou non, Pascal sera tenu d'être présent au procès qui lui est intenté, et d'assister, malgré lui, à cette cérémonie de primitifs.

On n'y entendra que des "Monsieur le Procureur" par-ci, des "Monsieur le Président du Tribunal" par-là, puis ce sera le tour de "Maître Machin", puis de "Maître Truc", puis de "Monsieur l'Avocat Général" Il y aura peut-être aussi quelques "Madame", mais ça ne changera rien.

Pascal, lui, n'aura pas droit à tous ces égards, on l'appellera simplement "le prévenu". Il ne sera plus qu'une chose à juger. Il y aura des flics (et des fliquessses) devant chaque porte. Pascal restera assis, sans rien dire, immobile, vulnérable, désarmé. Il écoutera parler des gens qu'il ne connaît pas, qu'il n'a jamais vu, et qui ne l'ont jamais vu auparavant, et qui prétendront décider de son sort. Et s'il veut moufter, on lui clouera le bec, vite fait, crois-moi.

Les procès de "justice" sont des coutumes barbares, d'authentiques rites de sauvages. Ça ou le vaudou, c'est du kif.

Non, attends, c'est pire ! Une cérémonie vaudou, ça prend quelques heures, tout au plus ; un procès, ça peut se prolonger durant des mois, voire des années. Ça te mine lentement, à coups de remises d'audiences, de convocations, de devoirs d'enquêtes, d'auditions, de confrontations ; ça te grignote sadiquement, par petites bouchées ; ça te ronge de l'intérieur, comme si on te fourrait un rat dans l'estomac. Tu finis par ne plus dormir, tu trembles quand le facteur arrive devant ta porte, tu tressailles chaque fois qu'on sonne chez toi.

En plus, si ça tombe, une cérémonie vaudou, ça ne t'explose pas la tronche aussi sûrement qu'un procès, et au moins, le vaudou a-t-il le mérite de vouloir chasser les "mauvais esprits", c'est-à-dire qu'il s'efforce d'exorciser les tensions sociales ou individuelles, alors que les tribunaux, au lieu d'évacuer la merde, ils te la remuent avec un gros bâton, pour bien te la faire respirer à fond, pour que tu n'en perdes pas une miette. Et quand il n'y a pas assez de merde, t'inquiète pas, ils en rajoutent.

Pire que du vaudou, j'te dis ! Les gesticulations des sorciers vaudous, les masques bariolés, les tam-tams endiablés, les transes collectives, le sang des poulets qu'on égorge, les tambouilles épicées aux champignons hallucinogènes, tout cela n'est rien à côté de la violence que peut déployer un tribunal d'un Etat occidental. Il n'existe rien de pire que ce clergé de déguisés, engoncé dans son protocole, qui tranche, décrète, arbitre, statue, ordonne, décide de ta culpabilité dans la plus glaciale et la plus colossale indifférence.

Le seul moyen d'échapper à la névrose, c'est de prendre un maximum de distances envers cet univers grotesque qu'on veut nous faire prendre au sérieux. Et s'il faut vraiment prendre les choses au sérieux, alors, prenons les tribunaux pour ce qu'ils sont : de mauvais théâtres où ne jouent que des camelotiers et des tocards.

J'aimerais que nous fassions la fête au procès de Pascal. Avec un orchestre de jazz (I can't give you anything but love, tu connais ?). Face à la morgue pétrifiée des gens de "justice", je rêve d'opposer la joie de vivre, les chants, les baisers, le bonheur d'exister. À ce procès, comme à tous les autres, je voudrais qu'on y danse des claquettes, qu'on mange des bananes, qu'on lance des serpentins, qu'on chante en russe, qu'on boive en polonais. Je rêve que nous flanquions d'énormes éclats de rire à la figure de ces empaffés.

Mobilisation générale !

Alors, tu l'as retenue, la date ? Non ? Bon, je te la rappelle : le 4 mai, au Palais de Justice de Bruxelles, sur le coup de 8 plombes et demie du mat. Tu te rappelleras ? Note ça dans ton calepin, c'est plus sûr.

Tout ça pour te dire qu'il faut que nous soyons nombreux sur les marches de leur foutu Palais de Justice, pour soutenir Pascal, de toutes nos forces, le 4 mai (tu vois, je te re-répète la date, comme ça, tu ne pourras pas dire que tu n'étais pas au courant). C'est sérieux, bordel ! Ce procès n'est pas uniquement celui d'un homme injustement accusé ce qui est déjà intolérable en soi , mais c'est aussi, d'abord et surtout, celui de la résistance collective, face à une société fondée sur la domination, sur la violence, sur l'injustice, sur l'exclusion et l'exploitation de la misère, une société qui kidnappe des gens, qui les enferme et les expulse sur le simple motif qu'ils ne possèdent pas le bout de papier nécessaire à leur existence (à quoi ça, tiens, une vie, je te demande un peu), une société qui organise la traque aux pauvres, aux miséreux, aux chômeurs, en les considérant comme des pestiférés de l'économie, une société qui règle ses problèmes à coups de matraques, et qui veut faire passer pour des criminels ceux qui s'opposent à ce système révoltant.

Un avocat (nom connu de nos sympathisants) nous a récemment confié son sentiment à ce sujet : "L'affaire de Pascal Marchand n'est que la tête de pont d'une charrette de procès qui se tiendront dans les mois qui viennent, non seulement à l'encontre de celles et ceux qui ont manifesté leur résistance contre les déportations de sans-papier au cours de ces dernières années, mais aussi à l'encontre des collectifs de chômeurs ou de sans-ticket".

Nous étions plus de quatre cents devant le Palais de Justice lors de la libération de Pascal, et je veux encore faire l'effort de croire que nous serons beaucoup plus nombreux lors de son procès, le matin du 4 mai prochain (je te re-re-répète la date : ce sera le 4 mai, t'as pigé ? Et là, tu vas me dire que je fais du matraquage ou que je radote, mais c'est bigrement important, la date, merde ! Si t'es pas là ce jour là, franchement, pourquoi lis-tu Alternative Libertaire, alors ?).

Mais tu seras là, je le sais, je le sens, et en plus tu emmèneras des copains, des copines, des voisins, des voisines, de la famille. Enfin je l'espère, parce qu'aujourd'hui, nous n'avons plus les moyens d'être pessimiste, c'est un luxe qu'on ne peut plus se permettre, la situation est trop grave, alors laissons le pessimisme pour des temps meilleurs (ce fut un slogan d'Alternative Libertaire, à une certaine époque, et il est plus que jamais d'actualité). Là dessus, Fantine me souffle à l'oreille, avec un sourire un peu triste : "Ouais, t'as raison, Gun, faut pas jouer les riches quand on a pas le sou ". Bref, en l'occurrence, le fatalisme n'est pas de mise.

De l'individuel au collectif :
renversons la vapeur,
minorisons la répression !

On n'a pas le choix, faut se bouger ! Le procès de Pascal Marchand, tout comme celui de Roberto D'Orazio, de même que toutes les actions en justice qui sont menées contre les membres des divers collectifs de résistance ou contre les délégués syndicaux, ne visent qu'une chose : dissuader quiconque d'entreprendre encore le moindre mouvement de contestation, sous peine d'être traité en malfaiteur.

La stratégie employée pour réprimer le mouvement social est connue : elle consiste à isoler l'un ou l'autre militant, et faire peser sur lui, à titre individuel, un certain nombre d'accusations fallacieuses, fabriquées, ou pour le moins grossies.

Mais Pascal n'est pas tout seul. "L'affaire" qui lui a été mise sur le dos est aussi notre affaire, et l'affaire de toutes celles et tous ceux qui refusent les lois cannibales du monde capitaliste et le pouvoir arbitraire de ses représentants.

Les responsabilités que la "Justice" veut faire endosser à Pascal nous incombent tout autant qu'à lui !

Le 4 mai, il s'agira de nous montrer dignes de nos convictions, tout comme Pascal sait l'être.

LA RÉSIGNATION EST
UN SUICIDE QUOTIDIEN

Je me souviens d'une soirée passée au Carlo Levi, il y a un certain temps déjà, en compagnie de Chiquet Mawet et de Juju. Nous étions assis à une table, face au bar, sous les "barbus" (les "barbus" du Carlo Levi, je peux pas t'expliquer ce que c'est, faut que tu viennes y boire un pot pour voir la chose de visu, tu n'en reviendras pas, promis!). Ce soir là, donc, Pascal nous avait parlé de l'autorité, et de la violence qu'elle implique, et surtout, de la manière dont elle est ressentie par chacun d'entre nous, depuis la plus tendre enfance, le plus souvent. Face à tes vieux qui t'envoient pioncer quand c'est pas l'heure, face à l'instit' qui t'envoie dans le coin de la classe, pour t'exclure du monde, de la vie, pour te renvoyer à une solitude censée te faire réfléchir aux bienfaits de la soumission, face aux maîtres, aux contremaîtres, aux juges, aux chefs, aux patrons, face à toutes les violences dont est capable la société autoritaire, chaque personne réagit différemment : il y a celle qui cherche en elle la force de supporter la chose, et qui finit par se blinder comme un tank, et il y a celle qui n'accepte pas, qui n'acceptera jamais, et qui dans un premier temps s'effondre, puis se révolte, tout simplement parce ce que cette personne est d'une complexion plus subtile, plus douce, plus généreuse.

Pascal fait partie de la seconde catégorie. Celle des tendres, des écorchés vifs, des insoumis.

Chiquet avait été fortement émue par la conversation qu'elle avait eue avec Pascal, et sur le chemin du retour, elle nous avait lancé : Comme c'est vrai, ce qu'il nous a dit, c'est vraiment un type bien, Lapin (c'est comme ça qu'elle appelait Pascal, elle avait la manie de cloquer des sobriquets à tout le monde).

Il faut dire que les propos de Pascal, au sujet de la non-violence, principe qu'il défend envers et contre tout (parce que c'est la seule façon pour lui de vivre en paix avec lui-même et avec les autres), les propos qu'il nous a tenus ce soir là, sur l'autorité, sur la révolte non-violente, étaient d'une telle justesse, d'une telle sincérité, que nous en étions tous restés babas.

Pascal sait aussi combien il est difficile de vivre en paix.

On ne peut que saluer son courage, sa droiture, et sa détermination devant l'adversité qui le frappe aujourd'hui.
 

Gun
 


Le sommaire de ce numéro

Les archives d'Alternative Libertaire

L'accueil du site

La visite rapide par mots clés

L'accueil de la librairie

anarchiste alternative libertaire

courrier libertaire anarchiste