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E D I T O    /    A L G E R I E

La barbarie
ou le gaz...

     Hier, tout était simple, c'était les "bons" contre les "méchants". On pouvait déguster avec bonne conscience de bonnes vieilles guerres qui opposaient les démocrates aux fascistes, ou plus tard (version gauchiste style "libération nationale") le tiers-monde aux puissances impérialistes. Pas vraiment compliqué de choisir son camp.
     En revanche, cette fin de siècle est marquée par des guerres "sales", celles qu'on qualifie de "civiles", sans doute parce que ce sont ouvertement et sans état d'âme, en priorité - pour ne pas dire exclusivement - les enfants, les femmes et les hommes sans armes qui en sont tout à la fois les enjeux et les victimes privilégiées. Après les guerres fratricides de ce paradis multiculturel qu'était le Liban, après les déchirements sanglants dans le triangle croato-serbo-bosniaque opposant des frères ennemis, c'est l'Algérie qui entre dans le cercle de ces conflits à première vue incompréhensible où l'on se demande qui tue qui et pourquoi.
     Pourtant, lors du coup d'État (pardon, de la "suspension du processus électoral") des militaires algériens, tout semblait clair, avec des "gentils" laïques qui promettaient la "démocratie" et des "méchants" islamistes li-berticides qui promettaient le paradis. Cinq ans, plus de 60.000 morts et trois élections (truquées) plus tard, c'est l'enfer. Un enfer d'une complexité défiant toutes les analyses: entre les militaires infiltrés chez les islamistes, les transfuges qui font des "révélations" sur la responsabilité des services secrets de l'État algérien non seulement dans les massacres en Algérie mais aussi dans les attentats islamistes en France, tout s'embrouille un peu plus chaque jour. Fausses barbes, vraies barbouzes et vrais-faux barbus, seuls les morts ne sont pas sujets à caution. Et encore.
     Face à la barbarie islamiste, à laquelle n'échappe pas même ceux qui ont cru en cette insurrection démagogique contre la misère galopante (règlements de compte entre factions rivales), et les barbaries commises quotidiennement par la police, l'armée et les services secrets au nom de la lutte contre les barbares, la vraie question n'est évidemment plus de savoir quel camp choisir, mais que faire.
     C'est dans ce contexte qu'il devient impératif de s'interroger sur la nature et les contenus de ce qu'on appelle le "devoir d'ingérence humanitaire".
     Quelques centaines de personnes ont manifesté par deux fois à Bruxelles ces dernières semaines pour réclamer la mise sur pied d'une commission d'enquête internationale. C'est mieux que l'indifférence et la loi du silence qui prévalait jusque là. Et beaucoup trop pour un État algérien qui jusqu'ici n'a pas eu trop à souffrir du silence assourdissant des "démocraties" occidentales. Car si la complexité des responsabilités dans le bain de sang algérien masque les causes profondes de l'éruption de violence et de férocité; on pouvait si on le voulait, discerner les raisons de la discrétion des pays industrialisés: les juteux contrats de gaz et de pétrole indispensables au confort des populations du Nord rendent les États clients bien circonspects et pragmatiques.
     En fissurant le mur du silence, les quelques centaines de manifestants bruxellois ont accompli un vrai premier pas, il reste l'essentiel: demander des comptes aux autorités politiques et économiques du pays pour ce que l'on pourrait appeler, à tout le moins, leur complicité objective avec les bourreaux du peuple algérien.
     Prétendre au titre d'être humain commande impérativement de remettre en cause le principe qui fonde l'actuel chaos mondial: les affaires sont les affaires...
     Nous n'avons plus l'excuse de ne pas savoir...

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