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MOUVEMENT / COLLECTIFS

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Chronique
d'une occupation annoncée

Le vendredi 10 avril, le Collectif sans nom investit ce qui doit devenir le nouveau Centre Social au 2-4 avenue de la Porte de Hal à Bruxelles...

Préparatifs

 Après l’expulsion le 20 février 98, des occupants de l’ancien siège des Mutualités Socialistes (rue Philippe de Champagne) et leur manif du lendemain, avortée par la police de Bruxelles, la volonté reste néanmoins affirmée parmi les activistes du Collectif Sans Nom de réoccuper un nouvel immeuble.

 Fin février et le mois de mars sont bien remplis : réunions de préparation de l’action, séances de réflexion sur notre pratique (notamment avec Miguel Benasayag (1) du Collectif Malgré Tout...). Nous collectons également photos, dessins, textes croqués sur le vif lors de l’occupation des Mutualités Socialistes, bulletins d’humeur et pamphlets théoriques, poésies et chansons dans un journal : Paroles Nomades (2).

 La maison enfin choisie et visitée, c’est au tour des stratégies, et au fond de notre cave/centre nerveux, le projet se profile enfin. Le premier week-end se doit d’être festif et dépourvu de temps morts. Tout le programme que ces messieurs de la flicaille et leurs commanditaires ont écrasé de leurs bottes à Philippe de Champagne se doit d’être là dans ce nouveau bâtiment réapproprié.

Okupa ! Resista !

 • Vendredi 10 avril. À 17 heures, une centaine de personnes entrent dans l’ancien hôtel de maître qui se trouve en face de la Porte de Hal. Les calicots disent Cette maison est vide depuis trop longtemps - Centre Social - Ici et Maintenant, notre action est pleine de sens ! Après la première Assemblée à 19 heures, commence la fête qui dure jusque très taaard !

 • Samedi 11. Matinée de nettoyage et journée culturelle. Le Collectif Ici et Maintenant (photo) expose ses œuvres dans diverses pièces du bâtiment. Anouk et Florian exposent leurs gravures, Bernard L. et Jean Yves T. exposent leurs toiles. Les gens visitent. Vers 16h30, le Centre Social a droit, pour la première fois à la visite de la police de Saint-Gilles qui se montre malpolie, voire agressive, sans pour autant perturber les activités. Représentation de la pièce Escurial de Michel de Ghelderode par la Compagnie de Loin, concert de guitare du groupe flamand Brake suivi d’un concert de RaggaMuffin’. Se tient également l’Assemblée quotidienne. Plus tard, sont projetés des films et une soirée afro-raï-rap-reggae assure l’ambiance. Cette journée chargée aura attiré environ 250 personnes.

 • Dimanche 12. À 4h30, vers la fin des festivités, une vingtaine de policiers veulent pénétrer dans le Centre Social sous prétexte d’un incendie. Seraient-ce les flammes des bougies qui nous éclairent, qui les inquiètent ? L’accès leur est naturellement refusé. Réponse de la police : coups de pieds et de matraques dans les vitres des portes d’entrée, injures et gaz lacrymo’ répandu dans tout le rez-de-chaussée. L’accrochage dure un quart d’heure, après quoi la police, qui n’a pas réussi à rentrer dans le bâtiment, quitte les lieux. Première vague d’attaque héroïquement repoussée.
 L’après-midi présente heureusement une ambiance diamétralement opposée. La bonne humeur accompagne les activités pour enfants et le goûter avec les voisins. Celles-ci sont suivies d’une lecture des poésies de Tom, et d'un concert de Christiane Stéfanski. La police réapparaît brièvement à l'entrée. Elle nous soupçonnerait de forer un trou dans le mur mitoyen... pour piller la banque adjacente. Bonne idée, merci. Le soir, Assemblée, resto’ populaire et projections.

 • Lundi 13. Dans l’après-midi, se tient une rencontre Carrefour des Luttes. Différents collec-tifs, individus, associations présentent leurs actions. L’accent est mis sur les connexions qui existent, ou qui sont à créer entre le champ social, politique et culturel. Est également abordée la nécessité de remplir les brèches qui existent ou doivent être introduite dans la société dominante. Vers 17h30, on reçoit la visite d'un échevin de la commune qui tente de couvrir la bavure des flics dans la nuit de dimanche à lundi.
 Vers 18h commence une soirée hip-hop avec les jeunes du quartiers. Vingt minutes après, les keufs sont de nouveau à la porte pour "prendre les identités des responsables" car les occupants auraient jeté des pots de fleurs sur leurs têtes pendant la petite escarmouche. Bonne idée. Cependant les flics se montrent tellement agressifs qu’on est contraint d’interrompre et d’annuler la soirée. Un des groupes jouera a cappella dans le bar.

 • Mardi 14. La presse visite le Centre Social. Un responsable de l’agence immobilière qui gère le bâtiment passe également, la présence des occupants semble l’amuser. Courte visite du service d’hygiène, qui n’entre pas, car il ne sont pas en possession d’un mandat. L’après-midi appartient aux créateurs du Collectif Sans Nom. Des dessins, des affiches, des textes et photos naissent.
 Le soir, Assemblée, resto populaire et projection de film. Une journée paisible. Bar, comme tous les soirs, amenant rencontres et discussions, chaque jour des nouvelles têtes, remplies de projets. L’endroit mort hier, revit... tout est dans l’instant. Petite bulle de résistance perméable une étiquette éternité plaquée dessus. Qui l’a collée... Ici et maintenant on le sait. C’est nous...

 • Mercredi 15, jeudi 16, vendredi 17. Journées Porte Ouverte (3) des collectifs du Centre Social. Des individus et des représentants d’assos’ passent, discutent... La production d’affiches, de textes et de dessins continue. Deux nouveaux collectifs se créent : Ateliers BD et théâtre-action. Assemblée et projections... Le temps passe, on craint une expulsion, alors, on fait preuve d'une imagination débridée, stratégies de dissuasion "passive" au cas où... Un Collectif chants révolutionnaires semble naître des cendres et des vapeurs du fond du bar.
 Théâtre-action en représentation sur le parvis de Saint-Gilles vendredi matin, pour raconter notre action en couleurs.

Au plaisir...

Ici s’achève la petite chronique puisqu’en ce jour nous en sommes là. Un Centre Social est né et dès les premières heures, c'était la pleine ébullition. Un espace libéré, un havre de vie au beau milieu d’un système entièrement voué, comme l’explique si bien Chiquet Mawet, au culte de la mort.
 Évidemment, nous avons pris pour l’instant une optique de résistance aux autorités qui pourraient organiser... un délogement. Et, on l’imagine, pas à la loyale, les yeux dans les yeux, mais de manière détournée : il leur suffit de jouer sur les mots d'un rapport sur la salubrité des lieux. Quand on sait qu’une douche dans une cuisine est un des critères pris en compte, imaginez ce qu’on peut dire d’un immeuble vide depuis 1989. Cette attitude de résistance bouffe énormément d’énergie.
Mais on est là, on s’accroche... Créons l’autrement ! Multiplions les initiatives ! Et au plaisir !

Nisse, Claudio et Cataline

Collectif Sans Nom
écrire au Centre Social
Visiter le site du Centre Social

1) Pour une nouvelle Radicalité, La Découverte, 1996.
2) Pour un exemplaire de Paroles Nomades, écrivez au collectif ou demandez le via la rédaction d’AL.
3) Bien qu’elle le soit toujours, ouverte, la porte ; si ce n’est quands on dort et lors des passages des forces de l’ordres.
 



 

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