chiquet mawet
Chômeur, pas chien !
Résister, s'organiser !


   C'est bien, ce que vous faites, il faut continuer ! Nous entendons ça souvent lors de nos interventions dans les files de pointage ou ailleurs. On est content, c'est sûr, mais le vous nous inquiète : c'est un peu comme si nous étions une équipe de foot que les supporters encouragent à affronter l'adversaire. Le truc gênant, c'est que l'enjeu de la partie engagée à l'échelon mondial, c'est nous tous. Nous. Pas vous. Ça n'a rien d'un divertissement sportif. L'adversaire ne respecte aucune règle, nie la réalité, use de tous les tours imaginables pour nous enfoncer. La seule efficacité est dans l'extension rapide d'une attitude de résistance à tous ceux que la politique d'exclusion menace. C'est-à-dire toi, moi, il, elle, eux. Nous.

   Hommes et femmes sans emploi ou avec emploi harassant, tant que vous ne vous mettrez pas vous-mêmes en mouvement pour dénoncer et rendre public le comportement scandaleux des administrations et des pouvoirs qui gèrent votre vie sur ordre d'en haut, le rouleau compresseur continuera à avancer.

   Nous ne sommes pas au bout du chemin : des accords se préparent, dont les auteurs et les négociateurs ont tenté de garder le secret jusqu'il y a peu, notamment le fameux AMI (Accord Multilatéral sur l'Investissement). Son ajournement, dû au scandale suscité par la révélation de son existence dans la presse mondiale, ne signifie en rien que les banques et les multinationales vont l'abandonner : il s'agit pour elles de remodeler de fond en comble la vie des sociétés. Notre vie. La philosophie de ce remodelage est simple : plus rien ne doit limiter les profits des entreprises, aucune considération sociale, morale, environnementale. Et selon leurs experts, il existe parmi les six milliards d'humains dont nous faisons partie un nombre limité de travailleurs dits "intelligents", c'est-à-dire ceux dont les compétences permettent un accroissement rapide des profits dans les entreprises et les banques. Les autres n'intéressent plus le système. Le problème pour les possédants, c'est que ces autres-là (c'est de nous qu'il s'agit) constituent l'écrasante majorité de la population du globe. Comme ils ont l'intention de s'approprier à peu près tout, qu'ils sont suffisamment insensibles et puissants et qu'ils disposent d'un arsenal répressif hyper performant, ils ne vont pas se gêner. C'est dans ce cadre général qu'il faut analyser les dispositions dont nous sommes l'objet.

   La réglementation ONEm vise en premier à nous mettre chacun dans une situation de délinquant. .

   Pour mener une vie plus ou moins normale, beaucoup d'entre nous sont obligés de "frauder" à un moment ou à un autre. C'est le premier pas : en enfreignant ce que nos "responsables" politiques appellent la loi, nous commençons à nous cacher, à craindre la dénonciation ou le flagrant délit... à nous affaiblir moralement. Excellente affaire pour le pouvoir : culpabilisés, nous nous défendons mal ou pas du tout. Les autres, voisins ou inconnus, témoins quotidiens ou accidentels de nos existences, deviennent à nos yeux, et parfois réellement, des ennemis potentiels, des délateurs : la solidarité se meurt. Le phénomène de ghetto survient : avec l'organisation actuelle de la société, il n'est même plus nécessaire de rassembler dans un même endroit la population à traiter. Grâce à l'informatique et la formation policière de ses agents, l'Onem a désormais en Belgique la haute main sur des centaines de milliers de personnes et, pour exercer son mandat, il a reçu de l'autorité politique l'autorisation de ne plus les considérer comme citoyens.

   Hélas, cette manúuvre d'encerclement a beau se fonder sur des mesures anticonstitutionnelles, elle ne rencontre jusqu'ici que des succès (deux cent mille exclusions en trois ans). La première raison en est que le pouvoir nie effrontément la réalité des contrôles et du non-respect des droits constitutionnels chez les chômeurs. La deuxième est qu'en cela, il est puissamment aidé par les chômeurs eux-mêmes : confrontés au cynisme et à la brutalité des inspecteurs, la majorité d'entre nous se laisse intimider, baisse la tête, ouvre les portes, s'enferre dans des interrogatoires dignes du NKVD.

   Pourtant quand un groupe de chômeurs s'organise, l'administration locale de l'ONem attrape la fièvre : réunions, dispositions internes, mises au point se succèdent pour faire face à l'incroyable menace... Ce que l'Office a en effet le plus à craindre, c'est que ses agissements ne soient répercutés dans le grand public, qu'on apprenne, qu'on entende et qu'on voie comment certains employés, investis d'un incompréhensible pouvoir de répression, osent traiter des hommes et des femmes de la commune ou de la ville où ils travaillent sous prétexte qu'ils sont chômeurs ou minimexés.

   Il ne faut pas considérer les associations de chômeurs, existant déjà, comme les organismes spécialisés dans la défense de tous les autres chômeurs : déléguer sa parole et la défense de ses intérêts, ça ne donne jamais de bons résultats : les syndicats ont été combatifs et efficaces tant qu'ils ont été l'affaire de tous les syndiqués. Le mouvement de chômeurs en train de prendre forme est animé par des hommes et des femmes qu'indignent l'injustice et le retour à une misère inacceptable face au fabuleux accroissement des richesses actuel, mais leur indignation restera sans effet si vous restez spectateurs au bord de la route : vous êtes l'opinion publique, vous faites partie du peuple souverain, vous avez des informations, des compétences, des idées... Ne les laissez pas en friche, organisez-vous, vous aussi, pour devenir une force, qui, en se joignant aux autres, fera reculer le malheur.
 

 Michelle Beaujean


 



 

Libertaire Anarchiste

Anarchisme Franc-Maconnerie

editions libertaires


libertaire