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chômeurs - mobilisation générale
alternative libertaire 207

Solidaires aujourd'hui
vivants et bien-portants demain !

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 Ce qui pointe à l'horizon (dispositions internationales sur les orientations économiques qui seront imposées à chaque pays, nouvelles lois définissant ce qu'est une "organisation criminelle", etc.) annonce clairement la couleur : nous sommes en danger. Nos enfants ont toutes les chances de grandir dans une société qui ne prévoit pas de place pour eux. Bientôt, si les sans-emplois ne constituent pas une force représentative de leur nombre réel, les allocations seront réduites à un symbole avant de disparaître.
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 On imagine mal comment vont se terminer demain certaines rages de dents ou certaines crises de reins. Ne parlons pas de pire. On n'imagine pas du tout dans quel état vont vivre des millions de personnes sans protection sociale ou presque, acculées à accepter un esclavage itinérant pour survivre au jour le jour : une semaine d'assainissement d'un site pollué par ci, un mois au service d'un home de vieillards par là, et entre, on sait pas.
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 Il y a vingt ans, un spécialiste ès société avait annoncé : Le jour où, en Belgique, le nombre de chômeurs dépassera les cent mille unités, la marmite sociale explosera.
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 Aujourd'hui, un million de sans-emplois et rien ne bouge. Une espèce de léthargie hypnotique : non, ceux qui ont encore du travail ne volent pas au secours de ceux qui le perdent. Ceux qui l'ont perdu se terrent dans une semi-clandestinité. Tout - ou presque - leur est interdit. Pas besoin de barreaux, pas besoin de cellules d'isolement, la traque au chômeurs est superbement organisée. Les gens qui ont encore du travail savent, même si tous ne se le disent pas clairement, que ce qui les attend probablement un de ces jours prochains, c'est un C4 définitif.
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 Il est confondant que de bonnes âmes continuent à s'aveugler : les progrès technologiques (électroniques, chimiques, "génétiques") sont tels aujourd'hui que les activités de production (et même de distribution) seront presqu'entièrement automatisées d'ici quelques années. Activités de production, donc marchandises, c'est-à-dire des objets qui rapportent plus que ce qu'ils ont coûté... On pourrait dire : Ouf ! Quel soulagement ! Nous n'avons plus besoin que des hommes acceptent de devenir des morceaux de machines (1). On va pouvoir s'occuper de choses vraiment intéressantes, c'est-à-dire de nous, les êtres humains dans le vaste monde... Il n'échappe à personne que les services, les activités concernant la vie des personnes, les relations qu'elles ont ou n'ont pas entre elles - éducation, santé, communications et déplacements, création artistique, recherche, exploration, passions en tous genres etc. -, ces activités-là deviennent une priorité. Une priorité que notre société laisse tomber de plus en plus ouvertement. Un service ne peut pas être considéré comme une marchandise : il y a là une part incontrôlable d'humanité difficile à chiffrer. Dans les États démocratiques d'après-guerre, le pouvoir a encouragé le développement d'un réseau de services assez performant : il avait besoin d'une population en bonne forme pour poursuivre ses objectifs économiques. Aujourd'hui, grâce au progrès, la forme de la majorité des gens, c'est le cadet de ses soucis. Sur le marché du travail, il y a trop de monde. On fourre dans les services "de proximité" les premiers qui traînent, à des conditions salariales ahurissantes. Et, en ce qui concerne les "services" un peu trop spécialisés, on "privatise" à tour de bras, pour vendre plus cher à ceux qui peuvent payer (pensez à la médecine, aux écoles, aux moyens de communication, au théâtre et tout le reste) ou alors, pour les usagers qui n'ont pas le sou, on restreint, on coupe-sombre, on supprime...
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 Si nous continuons à laisser passivement s'installer l'indifférence, le cynisme et la répression brutale, nous atteindrons rapidement un point de non-retour. Il ne sera plus possible alors de réclamer justice pour des individus piétinés par les puissants et leurs acolytes : il n'y aura plus de lois pour le faire. Les nouvelles lois en voie de fabrication sont conçues par ceux qui possèdent les richesses et détiennent les armes. Elles consacrent leur souveraineté absolue, le crime, et l'écrasement des consciences.
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 Il y a un peu plus de cinquante ans, par manque d'énergie, des populations entières ont permis que le pire leur arrive. Après, quand il a été installé, seuls quelques fous ont osé l'affronter. Pour bien marquer la différence, on appelle "héros" - ou terroristes, ça dépend du point de vue - ceux qui ne tiennent pas compte de leur peur et affrontent la tyrannie. Ils sont imprévisibles et en général très peu nombreux, ce qui est bien compréhensible : nous ne sommes pas nés pour nous accommoder de la mort.
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 Leur petit nombre donne toute facilité aux gouvernants de les perdre et les faire disparaître. Plus une collectivité s'écrase et se soumet, plus il devient dangereux d'affronter le pouvoir. C'est la lâcheté générale qui engendre les héros. Pas besoin d'eux si chacun est décidé à faire respecter sa dignité. Pas besoin d'eux si, devant l'abus d'autorité, chacun se sent autorisé à en appeler à ses proches, ses voisins, ses collègues, ses semblables, et que cet appel suscite immédiatement un soutien spontané. En démocratie, même très malade comme la nôtre, si la population est énergique et solidaire, pas besoin de héros : les représentants du pouvoir sont astreints à tenir un certain langage s'ils désirent conserver leur part de fromage électoral et ce discours, qu'ils trahissent les doigts dans le nez tant que nous ne bougeons pas, dès que nous commençons à nous ébrouer, ils sont obligés d'en tenir compte. C'est ce qui s'est passé avec la Marche blanche. Sauf que pareil effort n'était pas naturel du tout pour ceux qui l'ont produit. Si les marcheurs blancs étaient restés vigilants et soudés, s'ils n'avaient pas donné très vite le sentiment d'avoir réagi impulsivement pour décharger leur conscience du poids de leur passivité habituelle, peut-être les choses se seraient-elles passées autrement.
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 Le hic, c'est que nous ne pouvons pas nous contenter d'une manifestation à grand spectacle et puis basta. Il faut tenir, se mobiliser chaque jour là où nous sommes, établir des contacts avec d'autres groupes, forcer la porte des médias, oser prendre la parole, faire le siège des administrations et des ministères. S'ils sont inapprochables physiquement, ils ont des téléphones, des fax et des sites internet. Ministres, députés et sénateurs habitent dans des maisons, vont à des réceptions, inaugurent expositions et centres sportifs. Les hommes d'argent aussi. Il faut leur rappeler que nous existons, que nous ne sommes pas d'accord avec eux, qu'ils ont des comptes à nous rendre. Pour que nous nous mettions à exister dans leur tête, il faut que nous existions dans la nôtre, que nous consentions du temps à nous rencontrer, à décider ensemble de ce que nous pouvons faire et à l'organiser...
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 La mobilisation effective aujourd'hui de ceux que menace le nouvel ordre social nous épargnerait bien des souffrances demain et permettrait de faire l'économie de héros, souvent inutiles : Che Guevarra est mort sans avoir pu sauver les pauvres d'Amérique latine. La seule force que peuvent opposer les exclus présents et à venir à l'oppression qui s'organise, c'est eux-mêmes, en s'organisant.
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 Chômeurs, parlez-vous, groupez-vous, organisez-vous, défendez-vous : personne ne le fera à votre place, sans vous.
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Chiquet
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1) Le travail ouvrier, à l'époque industrielle, a été découpé de telle manière que les hommes et les femmes attelés aux machines y fonctionnent comme des éléments de la machine, sans âme, sans pensée, sans parole, sans besoin (même pas celui de pisser). Leurs talents, leurs connaissances, leurs facultés de création sont devenus inutiles, voire encombrants.
 

 

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