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Alternative Libertaire 207
Chômeur, pas chien !

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Publicité,
sauvegarde du peuple
Ne restez pas seuls
face aux contrôles !
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 S'il reste aujourd'hui à la ville de Verviers quelque chose de remarquable, c'est cette inscription en lettres gravées au fronton de son (très bel) Hôtel de Ville. Pour les plus jeunes, précisons que l'idée de Publicité, sauvegarde du peuple signifiait qu'il fallait rendre public ce que décidaient les autorités de la ville afin que chacun puisse connaître quelle position le pouvoir communal adoptait réellement vis-à-vis de la population.
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 Comparés aux journaux du siècle passé, la télé et la radio donnent aujourd'hui l'impression que nous sommes informés de tout instantanément, et que la publicité réclamée par nos ancêtres est désormais garantie à chaque foyer. Or, nous n'avons aucun contrôle sur les médias modernes : leur réalisation et leur fonctionnement nous échappent totalement (évidemment, aujourd'hui, il y a Internet, réservé à une élite formée et certainement pas pauvre).
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 Jadis, des ouvriers à peine alphabétisés pouvaient parfois prendre l'initiative de faire connaître ce qu'ils vivaient : les moyens pour le faire ne leur étaient pas inaccessibles. Il faut désormais un argent fou pour promouvoir une publication ou une émission. Aujourd'hui, pour qu'une personne arrive à faire connaître ce qu'elle vit, les médias doivent trouver un intérêt à s'en occuper. Les budgets dont ils disposent - et sans lesquels ils ne peuvent fonctionner - viennent de quelque part : des entreprises et/ou de l'État. Inutile de faire un dessin, dans la presse, à la radio, à la télé, il y a des choses qu'on ne dit pas, qu'on évoque à peine ou qu'on dit d'une certaine manière.
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 Les brimades infligées aux chômeurs par l'ONEm sont un des aspects de la réalité généralement occulté et par conséquent ignoré par ceux qui ont encore la chance d'avoir du travail.
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 Le Ministère de l'emploi et du travail et les cadres de l'Onem nient qu'ils ont perdu le contrôle de leurs agents. Du reste, le flou des structures de fonctionnement (notamment, le pouvoir arbitraire des directions locales) et de la réglementation semblent conçus pour permettre toutes les dérives. Le rendement est excellent et le rythme des exclusions conforme aux critères de Maastricht. Avec plus d'un million de pauvres, la Belgique mérite l'euro.
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 Bien sûr, il y a des fuites : certains employés nous décrivent à quoi ressemble l'Office vu de l'intérieur, mais leurs révélations, si même elles recoupent les témoignages des chômeurs, ne peuvent être juridiquement utilisées puisque leurs auteurs doivent conserver l'anonymat (en attendant, l'Onem se sert sans vergogne de dénonciations anonymes pour jeter des chômeurs dans la misère, sans attendre un jugement légal).
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 Les chômeurs doivent se convaincre que s'ils ne s'occupent pas eux-mêmes des difficultés de leur existence et du régime d'offenses et d'injustice dans lequel le pouvoir les enfonce, ni les individus, ni les associations les plus volontaires ne pourront les aider : rien de solide et d'efficace ne peut se faire sans le concours des intéressés.
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 Depuis le début de son activité, Chômeur, pas chien ! propose des interventions pour ceux qui sont en difficulté. Il est clair que nous ne sommes pas en mesure humainement et financièrement de résoudre les problèmes individuels de chaque chômeur qui se débat, mais ensemble, nous pouvons appeler la population à l'aide, réclamer le respect de la Constitution, soutenir et entourer ceux qui ont décidé de ne pas se laisser faire. Ensemble, c'est-à-dire nous avec vous et vice-versa), nous pouvons organiser la publicité sur le véritable comportement des inspecteurs face aux chômeurs.
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 C'est là une démarche essentielle, une priorité : tant que le public ne verra pas et n'entendra pas comment les choses se passent, il aura des difficultés à le croire et donc à exiger que ça cesse.
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Actifs ensemble,
nous devons viser, en premier lieu :
la suppression du statut de co-habitant
et la suspension de toute sanction
tant que le Tribunal du Travail ne s'est pas
prononcé sur la réalité d'une infraction.
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 Pratiquement : ceux qui se retrouvent dans les files de pointage d'un même bureau ont toutes les chances d'habiter le même quartier, la même commune, des rues ou des maisons voisines ; ils peuvent, ce n'est pas la fin du monde, se saluer, prendre des nouvelles les uns des autres et mettre des systèmes d'assistance mutuelle au point. Rien n'empêche un chômeur soumis à une visite domiciliaire d'inviter un voisin, chômeur ou non, à prendre une tasse de café pendant que l'inspecteur se livre à sa sinistre activité. Des choses comme ça se préparent. Si les inspecteurs dépassent leurs prérogatives, vous interrogent sur ce qui ne les concerne en rien, se montrent désagréables, tentent de vous intimider, il faut exiger que ce soit noté dans le procès verbal de l'entretien et ne pas le signer avant que ce soit fait. Ou marquer par écrit votre désaccord avant la signature (lu et pas d'accord). Ce genre d'attitude exige de la force de caractère : une présence amie est un encouragement considérable.
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 S'ils se présentent chez vous sans mandat, vous avez le droit de ne pas les recevoir. Si vous décidez de les laisser s'installer quelque part pour vous interroger, c'est à vous de décider où et combien de temps. Si vous êtes impressionnable ou que vous manquez d'informations, ne les laissez pas entrer : une convocation officielle à l'Onem, à laquelle vous pouvez vous rendre bien préparé, accompagné d'un délégué syndical ou d'un avocat, vaut mille fois mieux que l'incognito et l'impunité dont ils bénéficient dans vos murs !
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 Lorsque vous êtes avertis à l'avance, si nous disposons d'un délai suffisant, nous pouvons vous aider à installer de quoi capter les propos d'un inspecteur en train de vous cuisiner ou filmer l'entretien : s'ils n'ont rien à cacher, ça ne devrait pas les gêner. Ces documents pourraient ultérieurement constituer une illustration éloquente du régime très particulier en train de se mettre en place dans notre pays à l'insu d'une fraction encore majoritaire de la population.
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 Sans-emplois, chômeurs, minimexés, ôtez-vous de la tête que vous êtes coupables de votre détresse : dans une société d'abondance, la misère est bien un crime, mais c'est celui des détenteurs de richesses et, donc, du vrai pouvoir. "Tricher", ne pas respecter une législation démente, c'est devenu inévitable et ce n'est certainement pas plus malhonnête que de prétendre que l'assistance à un vieux voisin sans le rond est du travail en noir.
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 Quand un patron, réalisant de plantureux bénéfices, licencie des gens qui ont travaillé pour lui sans se soucier une seconde de ce qui va leur arriver dans leur vie quotidienne, ce n'est rien d'autre qu'un salaud : en quoi se distingue-t-il de ceux qui se moquent de faire trimer des enfants pourvu qu'on puisse les payer avec des ronds de carotte ? Dans tous les cas, la vie des autres - et particulièrement de ceux qui les enrichissent - ne les intéresse pas.
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 Quand les agents de l'Onem mènent une traque impitoyable contre les chômeurs pour réduire artificiellement les statistiques sur le chômage et permettre à l'État de redistribuer l'argent économisé aux entreprises (qui en font ce qu'elles veulent), ce sont des salauds aussi : pour continuer à gagner leur salaire, ils consentent à tourmenter ceux qui n'en n'ont plus.
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Chômeur, pas chien !
 

 

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