libertaire anarchiste anarchisme

revues libertaires
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Réfractions
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Les temps maudits
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Le foisonnement d'initiatives libertaires actuelles se traduit aussi par la publication de revues, certaines nouvelles, exigeantes en qualité tant au point de vue du contenu que du contenant. La revue théorique de la CNT française vient de faire paraître son deuxième numéro des Temps maudits tandis que Réfractions sort sa première livraison.

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Réfractions
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 La plus luxueuse, par sa présentation très soignée, parmi la nouvelle génération des revues théoriques libertaires, est le numéro un de Réfractions, recherches et expressions anarchistes (200p., 80Ff, hiver 97/98). Basée à Lyon, cette revue a pour directeur de publication Jean-Jacques Gandini et participe, pour partie d'entre elle, aux éditions ACL qui constituent, depuis plusieurs années, un riche catalogue dont nous avons déjà parlé ici. Voici comment l'équipe de Réfractions se présente elle même dans son édito original.
 Réfractions naît à un moment où les anarchistes occupent de nouveau la rue, ainsi que l'ont signalé, à plusieurs reprises, des journalistes incrédules. En effet, depuis quelques années, les drapeaux noirs, les drapeaux rouge et noir, les banderoles aux slogans libertaires ont jailli, allumant les regards des passants, éveillant l'intérêt lors des manifestations. De plus, quantité de livres traitant de l'anarchisme avec plus ou moins d'objectivité, de pertinence et de capacité critique, mais toujours passionnés, sont apparus à la devanture des librairies. Les libertaires eux-mêmes, en quelques oasis préservées, ont réussi à produire, à fabriquer, à éditer des ouvrages d'importance non négligeable, mais aussi des brochures, des vidéos et des films qu'ils diffusent vaille que vaille. De nouvelles revues, des journaux sont nés... Depuis longtemps, s'exprimait le désir de publier une revue de réflexion critique, une revue théorique largement ouverte à tout questionnement anarchiste et qui aurait pour ambition à la fois le politique, le social et le culturel. Le relatif succès du colloque de Grenoble de mars 1996 sur la "Culture libertaire" transforma ce désir en besoin, ce besoin en nécessité. Nécessité d'approfondir des questions de plus en plus posées à l'intérieur du mouvement libertaire, à savoir si nos instruments d'analyse, nos paradigmes, nos principes, nos objectifs, etc, correspondaient encore à ce que nous sommes, à ce que nous voulons être. Nécessité qui vient du constat que l'anarchisme social, philosophique, psychologique, scientifique, militant, que l'anarchisme à la hauteur de l'individu, de l'être humain tout simplement, ne peut plus se contenter de se ressourcer à des œuvres qui datent, ne peut plus se nourrir de fonds de tiroirs. Ce constat fait depuis une vingtaine d'années, on a, depuis, assisté à un renouvellement de la pensée libertaire en plusieurs domaines, et ce avec la volonté de ne pas se laisser aller à la nostalgie d'un passé héroïque. De nouvelles analyses politiques, sociologiques, philosophiques, anthropologiques, etc. ont été proposées. Des chercheurs libertaires ont pu, au travers de leurs travaux, ouvrir la voie à ce renouvellement d'une culture qui, en fin de compte, n'a rien à envier aux autres courants de pensée, dominants ou marginaux, quels qu'ils soient. C'est à partir du constat de cette polyphonie de voix libertaires qui s'exprimait enfin que s'est constitué un réseau informel, réseau qui a dégagé des énergies multiples, des intérêts divers, des préoccupations divergentes, réseau qui s'est mis en mouvement, réseau qui a voulu réunir ce qui était dispersé. Après quelques réunions, quelques palabres animées, quelques tâtonnements, mais aussi des difficultés d'organisation, l'objet-revue a fini par se concrétiser, et nous sommes maintenant en mesure de travailler sur les questions qui peuvent agiter les anarchistes d'aujourd'hui, à l'aube du troisième millénaire. Nous n'avons pas fait d'étude de marché pour savoir à qui pourrait s'adresser le produit que nous mettons en route. C'est d'abord, pour nous, un outil de travail pour développer une culture qui est la nôtre. Notre but, en touchant le plus grand nombre, c'est d'ouvrir tous les champs du possible et de l'impossible. Sans complaisance idéologique aucune, nous veillerons donc à la remise en cause constante de la réalité du monde que l'on veut nous faire accepter, mais aussi à la remise en question de nous-mêmes quand nous traînons dans un passé dépassé. Notre but, c'est d'être prêts, de façon libertaire, à participer aux transformations sociales à venir. Dans la mesure du possible, la revue sera préparée collectivement par des discussions préalables lors de réunions de travail. Ce numéro un de Réfractions - et en cela il est révélateur de nos difficultés - n'est pas à proprement parlé né de cette dynamique que nous essayons de mettre en place. Les participants sont pourtant, pour la plupart, acteurs du réseau dont nous parlions plus haut. Ronald Creagh s'en explique plus loin. Si une revue sans lecteurs n'a pas de sens, une revue sans lecteurs qui participent pleinement à ses activités n'a pas lieu d'être. Nous en appelons donc à toutes contributions intellectuelles, artistiques, etc. Les Amis de Réfractions.
 Une revue très ambitieuse donc, qui réussit là admirablement son pari d'ouverture et de cohérence alliées à une grande qualité intellectuelle et rédactionnelle. De quoi se remplir les cases du cerveau avec le sommaire suivant : Expérience libertaire du projet technologique - Hygiène publique, santé et sexualité : quelques concepts anarchistes - Calligraphie et pouvoir - Pour une critique littéraire libertaire - L'école et la barricade - La science anarchiste - L'Anarchisme et la rationalité du quotidien - L'illusion démocratique - Au-delà de la démocratie - La centralité dans les origines de l'imaginaire occidental - Anarchie et anomie - La civilisation et son centre: à la découverte d'une écologie sociale de l'imaginaire - La chronique, les livres... Longue vie à Réfractions.
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Les Amis de Réfractions
BP 33, 69571 Dardilly Cedex

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Les Temps maudits
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 Dans son numéro 2 (95p., 30Ff), la revue théorique de la CNT française, Les Temps maudits, revient sur une question centrale, à savoir... Crise du travail ou crise du capital ?
 Une offensive idéologique à grande échelle submerge le monde de l'édition et des médias sur la "fin du travail" et donc de délicieux frissons à une armada de théoriciens persuadés d'avoir découvert quelque chose de nouveau et enchantés d'avoir un sujet à se mettre sous la dent qu'ils ont parfois fort longue. Malheureusement pour eux, la tendance du capitalisme à se débarrasser du travail - sans jamais y parvenir - est un phénomène fort ancien, décrit par Proudhon en... 1846, dans le "Système des contradictions économiques". Il y déclare ironiquement que le capitaliste cherche à se débarrasser de "l'oppression du travail", mais que c'est un peu comme si l'État cherchait à se débarrasser de l'oppression de l'impôt...
 L'article, fort bien documenté, est suivi d'un texte traitant de la Collusion terminologique et sémantique et la falsification idéologique écrit par Marc Chatellier et qui a provoqué quelques remous dans le comité de rédaction des Temps maudits. Ensuite, la militante anarcho syndicaliste et féministe, adhérente à la CGT, Élisabeth Claude, nous dit Comment parler du travail des femmes.
 Plus loin, un autre article est titré : Nous ne voulons plus perdre notre vie à la gagner !. De toutes parts, on entend, comme seule réponse au chômage, la volonté de remettre tout le monde au boulot ! Celui-ci serait source de dignité, justifierait notre place dans la société, redonnerait sens à notre vie, etc. Exit de débat sur l'aliénation engendrée par le travail ; bref le travail devient la panacée, le moyen de lutter contre l'exclusion. En fait, il devient un but en soi alors qu'il ne devrait être qu'un moyen pour satisfaire nos besoins et nos désirs : une activité sociale parmi d'autres, comme celle de militer, de participer à la vie d'une association..."
 Sont également évoqués les Réalités et problèmes du syndicalisme de base en Italie et la Misère au cœur de la culture : histoire de vacataires au Centre Georges Pompidou.
 Un essai transformé pour cette nouvelle revue théorique anarcho-syndicaliste qui prend déjà son rythme de croisière.
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Les Temps maudits
BP 72, 33038 Bordeaux Cedex
FT

 

 

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