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ALTERNATIVE LIBERTAIRE 207 - JUIN 1998

8 mai 1998 :
occupation du futur
"Centre pour étrangers illégaux"

COMMUNIQUE N°1

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VOTTEM :
LE FUTUR CENTRE FERME
POUR CANDIDATS REFUGIES POLITIQUES
OCCUPE DEPUIS CE VENDREDI 8 MAI 04H00
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Ne pas avoir les "bons" papiers en poche n'est pas un crime. Refuser, enfermer arbitrairement et expulser par la force des êtres humais, hommes,  femmes et enfants parce qu'ils n'ont pas : oui !
Voilà pourquoi, ce vendredi 8 mai à 4 heures du matin, plusieurs dizaines de  citoyens "conscients et responsables" comme ils se définissent eux-mêmes, soutenus de l'extérieur par des centaines d'autres, ont pénétré illégalement et se sont enfermés dans les futurs bâtiments de l'Office des Etrangers qui entreront prochainement "en service" ici, à Vottem. Juste retour des choses pour ce qu'il est, très officiellement convenu d'appeler "centre fermé pour illégaux".
Par cette occupation symbolique et non-violente, les nouveaux résidents veulent marquer leur solidarité avec tous leurs frères humains auxquels le système politique et économique dénie le droit de vivre dignement. Nous voulons aussi réaffirmer notre refus inconditionnel et non-négociable d'une répression discriminatoire, dégradante et inhumaine qui expulse des milliers (le ministre de l'Intérieur a annoncé le chiffre de 15.000 expulsions par an !) d'êtres humains dont le seul crime est de ne pas avoir de papiers "en règle" et d'être, pour les états qui les accueillent , aussi indésirables qu'inutiles et inexploitables.
Camp qui ne veut pas avouer son nom, cette résidence tout confort, conviviale et qui veille à "l'épanouissement personnel" - dixit le futur directeur - de ses occupants malgré eux, représente tant par les méthodes employées (enfermement, cachots, camisole de force, menottes rapatriements brutaux...) que par les principes qu'il sous-tend, une atteinte inacceptable et intolérable à la dignité humaine et aux droits fondamentaux et inprescriptibles de chaque être humain, indépendemmant de sa couleur, de son origine, de sa nationalité ou de tout autre forme de différence. Voilà pourquoi nous refusons de nous taire et de laisser faire.
N'acceptons pas aujourd'hui ce que nous dénonçons pour hier. A l'heure où on s'apprête à commémorer les cinquante ans des Droits de l'Homme, à l'heure où on honore la mémoire des millions de victimes de l'Holocauste, il est essentiel de rappeller que l'institutionnalisation de l'exclusion sociale, politique et économique, la généralisation et la banalisation de mesures discriminatoires, le recul sans cesse croissant des limites ethiques, sont les fondements même de tout totalitarisme.
Face à la dictature de la réalité économique, chaque revendication, chaque acte, individuel ou collectif, de réappropriation de l'espace de liberté est une victoire de la vie sur la mort.
L'occupation au finish a débuté ce 8 mai à 4 heures. Point presse dès 7 h devant le "centre fermé pour illégaux" de Vottem (Liège). Manifestations et actions de soutien toute la journée devant le centre. Dès 19h, concerts et animations. Samedi 9 mai, pique-nique dès 13h.  Infos : 04/341.02.44
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COMMUNIQUE N°2
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VOTTEM :
CENTRE FERME POUR CAUSE D’OCCUPATION
VENDREDI 8 MAI DEPUIS 4 HEURES
VENEZ SOUTENIR LES OCCUPANTS
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Ne pas avoir les "bons" papiers en poche n'est pas un crime. Refuser,enfermer arbitrairement et expulser par la force des êtres humais, hommes,femmes et enfants parce qu'ils n'ont pas : oui!
Voilà pourquoi, ce vendredi 8 mai à 4 heures du matin, plusieurs dizaines de citoyens "conscients et responsables" comme ils se définissent eux-mêmes, soutenus de l'extérieur par des centaines d'autres, ont pénétré illégalement et se sont enfermés dans les futurs bâtiments de l'Office des Etrangers qui entreront prochainement "en service" ici, à Vottem. Juste retour des choses pour ce qu'il est, très officiellement convenu d'appeler "centre fermé pour illégaux".
Par cette occupation symbolique et non-violente, les nouveaux résidents veulent marquer leur solidarité avec tous leurs frères humains auxquels le système politique et économique dénie le droit de vivre dignement. Nous voulons aussi réaffirmer notre refus inconditionnel et non-négociable d'une répression discriminatoire, égradante et inhumaine qui expulse des milliers (le ministre de l'Intérieur a annoncé le chiffre de 15.000 expulsions par an) d'êtres humains dont le seul crime est de ne pas avoir de papiers "en règle".
NOUS AVONS BESOIN DE VOTRE SOUTIEN...
ET DE TEMOINS QUAND SE PRODUIRA NOTRE EXPULSION!!!
venez nombreux devant le centre fermé de vottem dès que vous le pouvez.
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VOTRE ASSOCIATION PEUT AUSSI MARQUER OFFICIELLEMENT SON SOUTIEN EN ENVOYANT
LE TALON ci-joint aux numéros indiqués.
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Appel à soutien - Nom et adresse du signataire :
- soutient l'occupation non-violente du futur "centre fermé pour illégaux" de Vottem et se déclare solidaire de ceux qui y ont pénétré illégalement.
- réaffirme avec eux que le droit humain -celui du droit à la vie et du respect de sa personne pour chaque être humain , homme, femme, enfant , né sur cette terre- s'oppose à l'existence même de ces camps pour étrangers
iniques et indignes qui les justifient.
- rappelle qu'il est des principes qui ne sont pas négociables et qu'en certaines circonstances, la désobéissance n'est pas un délit mais un devoir moral.
Soutenez notre action en diffusant le plus largement possible et en signant l'appel ci-joint.
A renvoyer par fax au 04/342.37.23 ou 04/222.06.22.
D'autres textes détaillant notre action et nos revendications peuvent vous être envoyés.
Rejoignez l'action de soutien à l'occupation toute la journée devant le centre fermé de Vottem.
Des 19h, concerts et animations. Samedi 9 mai : pique-nique dès 13h.
Renseignbements : 04/341.02.44
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COMMUNIQUE N°3
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A L'ATTENTION DE MONSIEUR TOBBACK,
MINISTRE DE L'INTERIEUR
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Monsieur le Ministre,
Ce vendredi 8 mai, à 4 heures du matin, plusieurs dizaines de citoyens "conscients et responsables", soutenus de l'exterieur par des centaines d'autres, ont pénétré illégalement, et se sont enfermés dans les futurs bâtiments de l'Office des Etrangers, qui entreront prochainement "en service" à Vottem.
Par cette occupation symbolique et non violente, les nouveaux résidents veulent marquer leur refus inconditionnel d'une répression discriminatoire, dégradante et inhumaine qui expulse des milliers d'êtres humains dont le seul "crime" est de ne pas avoir de papiers "en règle".
Ils revendiquent :
1) Suppression de tous les centres pour étrangers et réaffectation de leurs bâtiments en espaces sociaux et multi-culturels.
2) Des papiers pour tous : régularisation immédiate et sans condition de tous les "sans papiers"
3) Réouverture des frontières, arrêt des expulsions et retour des expulsés.
4) Droit humains, sociaux, économiques, politiques et culturels pour tous.
Les occupants demandent à rencontrer directement le Ministre de l'Intérieur sur les lieux de l'occupation, dans le "centre fermé" de Vottem.
Ils sont joignables au 075/76.53.33 et espèrent, Monsieur le Ministre, une réponse la plus rapide possible à leur demande...
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COMMUNIQUE N°4
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VOTTEM :
CENTRE FERME POUR CAUSE D'OCCUPATION
VENDREDI 8 MAI 1998,
16H00 EXPLUSION DES OCCUPANTS
PAR LES FORCES DE POLICE
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Depuis 4 heures ce matin, 22 citoyens "conscients et responsables" occupent de façon symbolique et non violente le centre fermé pour illégaux en construction à Vottem (voir communique n°1).
L'occupation était prévue au finish : les occupants ont réussi à rester barricadés à l'intérieur d'un des couloirs centraux du centre pendant 12 heures.
Ils ont respecté leur engagement de non violence et de non destruction des bâtiments. Ils ont demandé une discussion directe avec le Ministre de l'Intérieur par une lettre, qui lui a été envoyée par fax en fin de matinée.
Ils n'ont reçu aucune réponse à cette demande (voir communique n°3).
Les forces de police ont pénétré dans le couloir et forcé la barricade. Les occupants se sont alors enfermés et enchaînés dans une salle, d'où ils ont aussi été délogés.
On comptait sur le site de Vottem, outre des policiers, six fourgons cellulaires, une quinzaine de gendarmes avec casques et boucliers face aux manifestants qui se trouvaient à l'extérieur du centre, et le même nombre du
côté opposé des bâtiments.
Les 22 occupants auraient été emmenés au poste de gendarmerie de la rue Saint Léonard, 4000 Liège.
Une tension et une bousculade entre les manifestants extérieurs et les forces de police à suivi l'embarquement des occupants. Les manifestants ont tous été contrôlés : papiers d'identité, photo individuelles, certains ont
eu les mains entravées et d'autres ont aussi été emmenés par les forces de police.
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REACTION A L'INTERVENTION DE MR. JACOB,
FUTUR DIRECTEUR DU CENTRE
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Dans son interview au journal parlé de la RTBF (12h30), Monsieur Jean-François Jacob, futur directeur du centre fermé de Vottem déclarait que ce centre n'était pas une prison, que les conditions de vie n'y seraient pas
carcérales, que le régime y serait celui d'une semi-liberté, ou plutôt d'un semi-enfermement et pas d'un "régime carcéral strict". Il déclare également que si le centre compte bien 12 cellules d'isolement, celles-ci ne sont que
rarement utilisées et que cette sanction ne peut durer que 24h.
Nous vous invitions à visiter les bâtiments en construction du centre de Vottem pour vous rendre compte par vous-mêmes de l'organisation clairement carcérale et sécuritaire de ce centre. Vous pourrez déjà y voir les grilles dans les couloirs, les fenêtres incassables et qui ne s'ouvrent que de quelques centimètres, les portes blindées des chambres... Une architecture tant interne qu'externe similaire à celle d'une prison.
Nous voudrions rappeler que le règlement d'ordre intérieur des centres fermés prévoit des sanctions qui peuvent aller de l'utilisation des menottes, d'entraves aux pieds ou de la camisole de force, à l'enfermement en cellule d'isolement pour une durée de 24 heures, renouvelable. Le dernier rapport annuel d'un des centres fermés en fonctionnement atteste que la raison la plus fréquente pour la sanction par isolement est le refus de se laisser expulser, mais aussi la tentative de suicide. C'est sans doute ce que Mr.Jacob appelle "une mesure de protection envers l'individu". Nous voudrions rappeler que ces cellules d'isolement sont des cachots.
Nous tenons à votre disposition des photos de l'intérieur et de l'extérieur du centre de Vottem.
Renseignements : 00/32/5/341.02.44.

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Le récit de l'occupation par Chiquet Mawet
 

 

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