militant perquisition chiquet mawet AL 209
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Hauts et bas
de la militance :
les flics, alliés objectifs ?
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Chiquet Mawet a été perquisitionnée le 30 juillet suite à la manifestation organisée au Centre de Steenokerzeel
par le Collectif contre les Expulsions.
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L'alternative de la conscience moderne
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 Le monde est désormais tristement transparent : courtoisie, littérature et religion, ces opiums du peuple éternel, ont foutu le camp, les choses campent bien en face, à portée du cerveau de n'importe quel litron pensant.
 Impossible, par exemple, de ne pas comprendre que les hasards de la fortune, comme on disait respectueusement autrefois, ne sont en réalité que le fruit d'une pratique ingénieuse du pillage et du crime. Les lois dans leur application ne font que consacrer l'expropriation existentielle des dépossédés par une caste masquée vivant sur la lune.
 Les gens ne savent pas, il faut leur expliquer, c'est là le refrain favori des "activistes d'extrême-gauche". Une expression assez récente dans la presse bien-pensante, désignant à la vindicte blanche les citoyens réputés actifs.
 L'usage de l'épithète "extrême" pour une gauche qui, lorsqu'elle est "institutionnelle" est devenue aussi invisible qu'un crapaud dans la vase, est fort avantageux, puisqu'avec "extrême", on construit "extrémisme" et qu'avec "extrémisme", on peut qualifier une organisation ou une activité de criminelle. Au demeurant - nuage d'encre juridique oblige, cette qualification reste le préalable formel à toute mise à l'ombre des emmerdeurs qui prétendent éclairer leurs prochains sur le véritable visage de ceux qui les gouvernent.
 En dépit de l'affectueuse sympathie qui me lie aux gaillards de l'extrême ci-dessus évoquée, il me faut aujourd'hui déplorer leur chiante candeur : les gens savent, chers amis, ils ont compris et si ça se trouve mieux que nous, mais ils ne veulent surtout pas comprendre ce qu'ils savent. Des chômeurs aux badauds qui croisent dans le voisinage des camps de "déportation", tout le monde a compris le b a ba du roulement social et personne n'imagine un instant que les motifs invoqués par les Quarante Voleurs et leurs complices aient un quelconque fondement.
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Savoir ou pas : la vérité est ailleurs
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 Soyons simples, pour une fois : si vous vous faites braquer au détour du sentier, est-ce que ça a un sens de déclarer au malotru qui vous tient en respect pendant que vous sortez pognon, cartes de crédit et assurance-automobile : C'est pas chic ce que vous êtes en train de faire, c'est de l'abus de force et du vol. Je suis un être humain et j'ai des droits comme vous, qu'avez-vous appris à l'école ? Le plus con d'entre nous ne tenterait pas l'homélie. Et s'il l'entreprenait, il serait accueilli par un Ta gueule ! bien senti, ou pire. C'est pourtant exactement ce que font les "activistes" quand ils interpellent le pouvoir pour l'une ou l'autre de ses exactions. La majorité silencieuse, elle, blanche de trouille, a le bon esprit d'écraser et de n'en penser moins que rien. Quand on est victime de criminels assez puissants pour faire les lois et vivre au-dessus, soit on acquiesce pour ne pas accrocher l'attention dans les rangs, soit on fait chorus pour se mettre du côté du manche.
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To be or not to be militant
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 Depuis les comités anti-nucléaires post-soixante-huitards jusqu'aux collectifs de chômeurs, les interpellés-informés, ceux à qui les "activistes" prétendent faire prendre conscience de leurs propres intérêts, quand ils consentent leur prudente présence à une quelconque rencontre, formulent presque toujours le même reproche : Et c'est maintenant que vous faites quelque chose ? Il est presque temps !
 Celle-là, reconnaissons-le, est une création magistrale : la plupart des militants retardataires, ainsi fustigés, restent la bouche ouverte, incapables de trouver de réponse. Quand certains la referment pour édifier le donneur de leçons et l'inviter à se joindre à eux, le juge intègre, majoritairement silencieux, est déjà assez loin pour faire semblant de ne pas entendre ou fait simplement valoir qu'il n'a pas le temps, lui. Ainsi va le monde.
 À voir ainsi défiler sans fin le morne cortège de ceux qu'ils prétendent délivrer du mal, il vient à certains militants de sombres pensées. Finalement, qu'est-ce donc qui nous fait bouger, nous ? Peut-être que ce sont eux, les muets, les soumis, qui ont raison : rien ne sert d'aller contre, on se fait toujours avoir.
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La paix des cimetières
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 Une pratique un tant soit peu rapprochée du terrain donne le vertige : parmi les chômeurs, par exemple, croisés au hasard des actions dans la rue, on arrive rapidement à distinguer ceux qui ne connaissent pas encore les rigueurs de l'institution, ceux qui les ont vécues et ceux sur qui le couperet est en train de s'abattre. Entre eux, pas d'échanges. Le gars qui vient d'apprendre qu'il va être suspendu parce qu'il a oublié, pour la première fois, de répondre à une offre d'emploi dans une kyrielle de propositions bidon auxquelles il devait faire face, repasse seul sous les lettre géantes surmontant le portail de l'Onem, écrasé. Dans la file, pas une main ne s'est posée sur son épaule. Personne ne lui a demandé comment il allait s'en tirer. C'est parce que nous sommes là, à tourner avec nos panneaux vengeurs et nos tracts, qu'il ose relever la tête. Il semble incapable de fixer son regard. Une sueur d'angoisse perle sur son front. Qui ne comprendrait : dans notre joli monde, comment fait-on pour vivre sans travail et "suspendu" ?
 Les gens qui passent sur les trottoirs se lancent des regards fermés, hostiles. Ce n'est pas spécialement contre quelqu'un, c'est contre le monde entier. Ils passent et dans leur for intérieur, on sent qu'ils voudraient tellement ne plus en être, qu'on les laisse dormir dans les siècles des siècles devant leur télévision.
 C'est là qu'on se rend compte que, dans ce coin béni de la terre, nous sommes les champions du sinistre, de la bouche en arc-de-cercle abaissé vers les cacas du trottoir, des yeux vides et du ressentiment. Le sourire et le regard offert aux autres, ça a l'air vraiment au-dessus de nos forces. C'est peut-être une explication au racisme ambiant. Ne pas voir, ne pas entendre, c'est la manière la plus simple de ne pas dépenser une énergie aux trois quarts volatilisée, et c'est un choix intenable quand ceux qu'on croise sont trop voyants, trop foncés, trop beaux, trop félins ou trop pauvres, ah, le regard de ce couple sexagénaire et pas sexy à une jeune mère africaine derrière sa poussette : Et en plus, ils viennent têter notre lait !
 Le plus triste, c'est que les trop n'importe quoi endossent rapidement notre habit de grisaille haineuse et qu'ils toisent le badaud, l'il vidé de toute curiosité, mieux que s'ils étaient nés dans la flotte et le brouillard du nord.
 La règle non-écrite, mais gravée dans les cervelles, c'est qu'il faut se tenir à l'écart : une bande de gazon autour de la maison, des vitres réfléchissantes sur les yeux, quelques mots de passe pour acheter ou vendre, voilà une existence bien vidée, que la terre nous soit légère.
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L'impolitesse militante
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 L'"activisme", là-dedans, apparaît comme une grossière infraction au code de la pensée unique qui dispense tout un chacun de l'effort de penser et d'être là, avec les autres. Plus grave encore, il est la négation d'un postulat sacré : si nous étions à la place des salauds qui nous écrasent, nous serions les écraseurs. C'est la position qui fait le larron. Vouloir changer ça, c'est de la démence.
 Soyons rationnels, ainsi que l'exige l'époque : dans l'espace social garanti pur porc néo-libéral, le plus court chemin entre deux points est la mort. Il existe plusieurs manières de mourir ou de faire mourir. La plus hygiénique, la moins emmerdante pour ceux qui restent, c'est le vide ventilé : le cadavre se déssèche lentement à l'intérieur d'un espace aéré. Les méthodes pour arriver à ce remarquable résultat sont désormais éprouvées. D'abord convaincre l'aspirant à l'existence qu'il est un salaud potentiel et qu'il est bon qu'il en soit ainsi. La famille et l'école pourvoient brillament à cet apprentissage. Ensuite le confronter aux conséquences de cette réalité : la saloperie règle les relations humaines. Règle numéro un : le plus salaud l'emporte. Règle numéro deux : tant que l'issue de l'épreuve reste incertaine, il ne faut jamais dire les choses ouvertement. On parlera de droits (de l'homme, de la femme, de l'enfant), de constitutions, de libertés. Dès que la victoire du plus salaud devient inévitable, il conviendra de laisser tomber les codes chiffrés. Voir, par exemple, l'article 324bis de la loi sur les organisations criminelles. Ou les déclarations des grands économistes et des chefs d'états en voie de vassalisation à l'ordre banquaire international.
 Vous laissez agir le temps sur ces quelques convictions simples, bien liées dans la sauce consumériste, et vous avez un jeune mort-vivant qui ne pue même plus des pieds.
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Creux de la vague
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 Mais je ne vais pas recommencer la ixième copie. La vraie question pour les hommes est de choisir entre deux versions possibles du personnage qu'ils interprètent : je suis un être humain, donc un salaud. Si j'ai le dessous, c'est que je suis un con, et j'ai donc intérêt à fermer ma gueule. Ou : je suis un être humain, donc je pense : si les êtres humains continuent à admettre comme règle de conduite numéro un la saloperie, ils vont perdre la chance d'exister, leur vie, la vie. Dans ces conditions, il est extrêmement dangereux d'accepter d'être un salaud, je n'en serai pas, je résisterai. Ce qui va me rapporter un tas d'emmerdements et ne sert probablement pas à grand chose. Donc, je ne fais rien. Donc je suis un salaud. Et un con, puisque je ne suis pas du côté des étrangleurs. Donc, ça va finir mal. Papa, maman, vous auriez pu vous retenir. Ah, la vache !
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La dope du combattant
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 Le 30 juillet, j'en étais là de mes tristes réflexions, face à l'écran de mon PC antédiluvien, quand j'entends dans le couloir qui mène à mon bureau l'éclat de mâles voix, inconnues au bataillon des amis et copains. La porte s'ouvre et que vois-je débouler derrière le père de mes enfants ? Un flic de l'espèce gendarme. Son clone vérifiait les identités au rez-de-chaussée. Perquisition. Z'avez-un-mandat ?-non-un-ordre-de-vérification-z'avez-le-droit-de-refuser-nous-maintenons-une-présence-policière-sur-place-et-nous-allons-chercher-le-mandat-chez-le-procureur.
 M'a fallu un certain temps pour saisir la coupure : vous savez, on est concentré sur son truc, on est ailleurs, faut retrouver ses marques. Et puis, évidemment, j'ai compris : ces couillons-là, qui ont mis des mois à trouver sous quel prétexte il pourraient bien irrupter dans la vie privée de Marc Dutroux, n'ont pas mis une semaine après la manif de Steenokerzeel (voir en pages intérieures) pour venir emmerder les "extrémistes" à l'encontre desquels ils revendiquent le droit d'instruire des dossiers secrets résumant leurs "activités", orientations politiques, idéologiques et philosophiques (sic !). Les exécutants locaux ont donc, sur ordre supérieur, traqué les vingt-deux échappés de Steenokerzeel à travers toute la baraque et ses dépendances. Rien trouvé, mais on les retrouvera.
 Z'ont des experts polyglottes répandus dans les taillis, qui ne font que ça 24 heures sur 24.
 Vous comprenez, si on laisse aller ces gens-là, ils se répandent et vous n'imaginez pas : on les retrouve qui vivent par dizaines dans un studio !
 Dans la famille, il y en a qui ont ressenti ça comme un viol : on est tous à la bourre, il y avait du bordel partout, et, rien à faire, le Belge est propre sur lui. En écoutant les doléances, je me suis tout-à-coup souvenue qu'en apprenant l'évasion des réfugiés, au premier journal parlé du 24 juillet, j'avais pensé en me levant : Faut vraiment passer l'aspirateur en bas et ranger les vêtements : les flics vont rappliquer !
 Et bien, le croiriez-vous : toute ma morosité militante s'est évaporée ! Trop, c'est trop. À la revoyure. !
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Chiquet Chiquet
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(1) "Nous", les gens de Chômeur, pas chien !
 

 

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