APPEL
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Pour l'autonomie
du mouvement social
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À l'heure où,
notamment chez Écolo, certains jouent à la pêche aux candidatures dans la société civile, il nous semble important de relayer cet appel...
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  Au sortir de la décennie 80, qui aura vu triompher une "révolution conservatrice", une dynamique de mouvements qui relèvent globalement du cadre associatif et syndical -mais avec une présence effective, militante, de citoyen(ne)s qui ne s'identifient à aucune organisation - se crée à partir de la volonté d'agir pour l'égalité d'accès aux droits et de lutter contre les exclusions et le chômage.
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 Nous sommes, parmi beaucoup d'autres, des acteurs et actrices de ce mouvement social militant(e)s d'associations et de réseaux de lutte contre le chômage, la précarité, les exclusions ; syndicalistes, citoyen(ne)s, intellectuel(le)s, chercheurs, artistes résolument engagés dans ces luttes.
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 Nos expériences, fruits de trajectoires militantes, de cultures politiques de terrain, plus ou moins théorisées parfois proches, souvent différentes mais jamais antagonistes, se sont enrichies d'un travail en commun depuis des années dans le cadre de "réseaux" informels.
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 Avec le souci premier de se mobiliser dans l'urgence avec les acteurs concernés : chômeurs et salarié(e)s précaires, jeunes sans qualification et sans revenus, mal-logés et sans-logis, SDF, interdits de circuler, sans-papiers non régularisés, toutes celles et ceux qui se trouvent en situation de relégation sociale, ou en voie de l'être. Sur des revendications précises, dans des actions sur des objectifs ciblés, ces mouvements de lutte s'affrontent aux pouvoirs publics ainsi qu'aux décideurs économiques et ébranlent le consensus politique institutionnel, quasi généralisé, autour de la fameuse "pensée unique" !
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 Ces luttes convergentes traversent le champ politique sur des thèmes essentiels : la dégradation structurelle de l'accès à l'emploi et la précarisation des conditions de travail dans une économie de marché en constante dérégulation ; l'abandon progressif de l'idée même de service public ; l'accroissement des richesses corollairement à celle des inégalités et de la pauvreté ; le retour à l'ordre moral pour les femmes ; l'accès interdit aux droits fondamentaux pour un grand nombre ; la privation de la liberté de circuler pour les étrangers...
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 Cette régression sociale est au cur de la crise de la représentation politique institutionnelle. Ce qui nous motive et qui nous réunit dans la diversité de nos interventions, c'est le désir de participer à un projet de transformation sociale sans lequel il n'y aura pas d'alternative possible au libéralisme, c'est la volonté d'agir, au quotidien pour inscrire cette alternative dans la réalité, au prix d'immenses difficultés que nous ne saurions ignorer.
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 Ce qui permet de rendre crédible ce débat totalement ouvert sur un projet de transformation sociale est la non-instrumentalisation des mouvements qui le portent ; seule condition pour qu'il devienne à terme un réel débat public.
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 Or, il semble que les prochaines échéances électorales notamment les élections européennes de juin 1999, inciteraient certains à se poser la question de l'utilisation politique de ces mouvements et à envisager des listes intégrant des militant(e)s associatifs, des syndicalistes, des intellectuel(le)s...
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Certains proposent cette perspective en étant persuadés de suivre la seule voie possible à l'élaboration de cette alternative ; d'autres n'imaginent pas d'autre issue que le soutien critique à la "gauche plurielle", voire à un "centre gauche".
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 Dans tous les cas, nous faisons pourtant le constat d'une même conception d'un rapport hiérarchisé et instrumentalisé du mouvement social vis-à-vis du mode de représentation politique institutionnel. Cette voie risque fort de mener rapidement à une impasse.
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 Nous ferons donc le pari de l'autonomie des mouvements de lutte contre toute forme de domination et de relégation sociale, non pas comme un dogme, mais comme une dynamique encore à construire pour explorer d'autres pistes d'accès à une société solidaire et égalitaire.
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 Cet appel, publié dans Libération le 3 août 1998, est signé, notamment, par des syndicalistes de la CGT, de la CFDT, de la FSU, de SUD, de l'École émancipée... par des adhérents d'associations comme Droit devant!, Droit au Logement, AC!, Collectif de Sans-papiers, SCALP-Réflex, Les Graphistes associés, Libercena Esperanta Grupo... et par des individualités telles Alain Bihr, Susan George, Maurice Rajfus, Léon Schwarzenberg...



 

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