Alternative Libertaire 210

Rappel des faits
avant la mort
de Sémira Adamu

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 Le 21 juillet, à 7 heures du matin, des fonctionnaires de l'Office des Étrangers embarquent Sémira Adamu, sans en avoir préalablement averti son avocat, pour l'emmener à Zaventem et procéder à son expulsion du territoire. Sémira Adamu a vingt ans... Elle s'est enfuie du Nigeria parce que l'on tentait de lui faire épouser de force un sexagénaire dont elle serait la quatrième femme. Elle s'est réfugiée à diverses reprises au Togo mais à chaque fois elle a été retrouvée et ramenée au pays. Le 25 mars, avec l'aide d'amis, elle arrive en Belgique. L'accès au Territoire lui est aussitôt réfusé et tout ce qu'elle connaît à l'heure actuelle de notre pays se limite à l'aéroport et au centre fermé 127 bis de Steenokkerzeel. La raison de ce refus d'accès au territoire... la Convention de Genève ne prévoit rien pour les cas de maltraitance des femmes ! Par chance, Sémira réussit à entrer en contact avec le Collectif Contre les Expulsions, créé le 20 avril 1998, qui décide de suivre son cas de près.
 Ce 21 juillet donc, Sémira Adamu est conduite manu militari à l'aéroport. Mais c'est sans compter avec le Collectif qui, comme chaque fois qu'un vol pour Lomé (Togo) est annoncé, est présent pour tenter de convaincre des passagers de s'opposer au décollage dès lors qu'une personne entravée se trouve sur le vol. Et de fait, une passagère refuse de s'asseoir tant que Sémira n'aura pas quitté l'avion... Et celle ci est ramenée au 127 bis.
 Le soir-même, toujours à l'appel du Collectif Contre les Expulsions, une cinquantaine de personnes participent à une manifestion de solidarité aux flambeaux devant ce centre fermé au cri de Liberté pour les sans-papiers. Les détenus, se mettent à chanter et à crier à l'unisson, ce qui a pour résultat de faire sortir les gardiens de leurs gonds et de les rendre violents. Face à ces actes de violence, des détenus commencent à briser des fenêtres et quelques dizaines d'entre eux s'évadent par des ouvertures sectionnées dans les grillages. Si plusieurs sont repris le soir même, une vingtaine réussit à retrouver la liberté et est toujours aujourd'hui dans la clandestinité.
 Outre cette évasion spectaculaire, la soirée s'est soldée par la garde à vue de 17 membres du Collectif dont sept ont été déférés devant le juge d'instruction et inculpés sur base de l'article 77 de la loi Vande Lanotte qui criminalise toute aide à des personnes en séjour illégal...
 Cette action d'éclat du 21 juillet a eu la chance aussi de bénéficier d'une large couverture médiatique, ce qui a provoqué un nombre considérable d'appels et de manifestations concrètes de soutien émanant tant d'associations que de personnalités et de simples citoyens outrés par la politique d'internement et d'expulsion de notre pays.
 Le mouvement contre les centres fermés et contre les expulsions était bel et bien relancé.
 Tant et si bien d'ailleurs que le 1er septembre, le Collectif de résistance aux centres pour étrangers, créé après la manifestation du 1er mars à Vottem, donnait, devant les grilles du centre fermé du même nom (le premier en Wallonie)   dont la rue où il est situé a été symboliquement rebaptisée rue du camp de la honte devant les caméras de télévision  , le signal d'une campagne de protestation d'un mois dont l'aboutissement fut la manifestation nationale du 4 octobre à Liège en attendant celle annoncée pour la fin de l'année devant les six centres fermés du pays.
 Le mardi 22 septembre au matin, Sémira Adamu était étouffée par les gendarmes chargés de la sixième tentative d'expulsion.
 La semaine qui suivit des dizaines de manifestations ont lieu en Belgique mais aussi en France, en Espagne, en Italie et en Angleterre.
 Plus de 5.000 personnes participent à un hommage funèbre à la cathédrale St Michel à Bruxelles le samedi suivant.
 Passé le stade de l'émotion, le combat difficile contre les expulsions et pour la fermeture des centres fermés pour étrangers continue...

 

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