Alternative Libertaire

AFIN QUE

Semira Adamu


NE SOIT PAS MORTE
POUR RIEN !

Autour de la question des réfugiés en particulier, et de la libre circulation des personnes en général, deux logiques inconciliables s'affrontent.

D'un côté, celle des États, ou plutôt de leurs gestionnaires, les Tobback ou les Chevènement. Pour eux, derrière chaque sans-papier se cache un colonne submergeante de crève-la-faim qui, en vagues successives, fuyant leurs enfers terrestres, vont envahir l'Europe. Tétanisés par la pression conservatrice d'une partie grandissante de la population laminée par la crise sociale, ces "socialistes" d'un type nouveau construisent un mur de barbelés autour de ce qui reste encore (toute proportion gardée) leur îlot de relative prospérité : "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" nous disent-ils, le ventre rond. Comme ils se réclament toujours de grands principes humanistes, ils entrebâillent encore la porte de la forteresse "Europe" et accueillent, au compte-goutte, quelques centaines de "réfugiés politiques" dûment estampillés, rejetant dans l'abîme celles et ceux, qu'hypocritement, ils qualifient de "faux réfugiés" ou de "réfugiés économiques". À leurs yeux, la misère, l'oppression, le manque de tout et du reste, la possibilité de vivre une existence "normale" liée au simple hasard du lieu de sa naissance et de la couleur de son passeport ou de sa peau, ne posent pas de questions politiques... Les "droits de l'homme" ne se limitent-ils pas aux citoyens et aux frontières de l'empire ?

 Face à eux, les militant(e)s des Collectifs contre les centres fermés et contre les expulsions. Pour eux, chaque personne internée est d'abord, et avant tout, une femme, un homme, un enfant... mis sous les verrous pour la seule et unique raison qu'ils ne possèdent pas les bons papiers, au bon moment, au bon endroit. "Un être humain ne peut être illégal" nous disent-ils. Entre des lois iniques et leur conscience, entre l'État et les valeurs de la fraternité, entre le réalisme du marché et la solidarité humaine, ils ont choisi. Contre le sinistre symbole que représentent des camps, entourés de barbelés et de guérites, où l'on enferme des réfugiés "uniquement" sur la base de leur appartenance nationale, ils se saisissent de l'arme de l'action directe et de la désobéissance civile pour tenter de bloquer physiquement la grande machine à déporter. Ils s'emparent aussi de l'arme médiatique pour sonner le tocsin et tenter de réveiller une population indifférente, voire pire, crispée sur ses derniers "privilèges". Et ce faisant, ils obligent chacun d'entre nous à prendre position clairement dans ce qui n'est pas un débat d'opinion mais une affaire de vies et de morts.

Rendez-vous le dimanche 4 octobre à Vottem pour crier haut et fort notre refus d'un système cannibale où le bonheur des uns se paie par la misère des autres.

Roger Noël - Babar

Alternative Libertaire
27 septembre 1998


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