Alternative Libertaire 211 – novembre 1998


ASSOCIATION POUR LA VÉRITÉ

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Brisons le silence


Je suis frappé par l’analogie

entre l’expérience actuelle de Regina Louf

et des événements qui se sont passés il y a

longtemps.

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C’était en 1942, à Szeged en Hongrie - la ville d’où provient mon

père. On avait expulsé les Juifs étrangers et on les avait entassés dans

des wagons à bestiaux. Au delà de la frontière, la Gestapo emmena les

Juifs en camion dans une forêt, où ils furent systématiquement

abattus. L’un d’entre eux réussit à s’échapper. Il revint à Szeged pour

mettre les gens en garde. Mais personne ne voulait l’écouter. Tous

disaient : Il essaie de nous apitoyer sur son sort, quelle imagination...

Le pauvre, il est devenu fou.

Dans le livre que Regina vient d’écrire (Silence, on tue des enfants,

éditions Mols, novembre 1998), elle parle de son "holocauste

personnel" et elle essaie de nous mettre en garde contre l’impunité des

pédophiles sadiques dont elle fut victime. Beaucoup de gens

réagissent en disant : Quelle imagination... Elle est folle...

Aux gendarmes qui commencent à l’interroger, elle prédit : Si vous

m’écoutez vraiment vous aurez des ennuis. Quelle imagination !

Neuf mois plus tard, ces gendarmes sont destitués parce qu’ils

auraient omis de rédiger un procès-verbal. Le juge Pignolet met un an

à constater que ce procès-verbal se trouve dans le dossier depuis le

début. Son enquête n’était manifestement destinée qu’à empêcher la

Commission parlementaire de s’informer sur le dossier des témoins X.

Il est possible que vous n’ayez pas lu cela dans la presse. Je vous dirai

pourquoi plus tard.

Lorsque l’équipe de l’adjudant Debaets a été suspendue, Regina a

prédit que toute l’enquête allait s’arrêter. Quelle imagination !

Elle dit qu’elle a assisté à 80 meurtres d’enfants et elle pense pouvoir

donner des informations utiles sur une quarantaine. Alors qu’elle n’a

eu le temps de parler que de 4 ou 5 meurtres, les parquets de

Bruxelles, Gand et Anvers décident d’arrêter l’enquête. Elle donne

des détails vérifiés par les enquêteurs. Selon elle, Nihoul et Dutroux

ont participé au meurtre de Christine Van Hees à la champignonnière.

L’ancien dossier montre que Christine fréquentait la radio-libre de

Nihoul et la même patinoire que Dutroux. Quelle imagination ! Elle

imagine même des choses vraies !

Marc Verwilghen, président de la commission parlementaire

d’enquête, voulait savoir pourquoi on a arrêté l’enquête sur les

témoins X. Il a demandé le rapport de relecture de l’enquête, mais il

ne l’a jamais reçu. Peut-être a-t-il trop d’imagination ?

Il semble qu’une partie de la presse ait également pris peur de

l’imagination populaire. Cette presse a renoncé à poser des questions

et se contente de nous dire ce qu’il faut penser. Ce credo des

"incroyants" se résume en quatre points.

1) Dutroux est un prédateur solitaire. C’est pourquoi vous n’avez

sans doute pas lu que Michel Lelièvre a déclaré que l’enlèvement

d’An et Eefje était "une commande". Vous ne savez probablement pas

non plus que Laetitia, enlevée à Bertrix, a entendu Dutroux téléphoner

à de mystérieux interlocuteurs pour leur dire : Ça a marché ! et qu’elle

a entendu citer deux prénoms : Michel et Jean-Michel.

2) Nihoul est un bouc émissaire. Vous ne savez probablement pas

qu’une famille flamande a reconnu Nihoul à Bertrix la veille de

l’enlèvement de Laetitia. Vous ne savez pas non plus que l’alibi que

Nihoul a présenté pour ce jour là (il repeignait un appartement) s’est

écroulé. L’ami qui lui fournissait cet alibi, l’ex-avocat Michel

Vanderelst (déjà condamné pour faux témoignage dans l’affaire

Haemers) a quitté la Belgique pour se réfugier en Gambie, pays qui

n’extrade pas.

3) Regina Louf est une affabulatrice. La presse répète qu’elle est folle

ou qu’elle ment en dépit de l’avis de tous les psychiatres qui l’ont vue

(y compris moi-même). Cette presse s’abstient de nous dire que les

parents de Regina ont été surpris en flagrant délit de mensonge quant

à leurs relations avec Tony, l’homme qui abusait de Regina et qui

l’exploitait. La plupart des journaux ont également omis de

mentionner que Tony a avoué qu’il a eu des rapports sexuels avec

Regina quand elle avait 12 ans, qu’il disposait de la clé de la maison

des parents et qu’il l’a prêtée au moins une fois à un ami. Vous ne

savez peut-être pas non plus le parquet de Gand a clôturé l’enquête sur

Regina le jour même des aveux de Tony et que ce dernier n’a même

pas été inculpé.

4) Il n’y a pas de réseaux pédophiles important en Belgique. L’asbl

Morckhoven a découvert des documents concernant un réseau qui

enlève des enfants en Allemagne, pour les livrer à des bordels

hollandais, avec la participation active de plusieurs Belges. Ces

documents ont été remis à une députée, Nelly Maes, qui les a remis au

Ministre de la Justice. Après cela, un fonctionnaire du ministère de la

Justice a contacté des journalistes pour dénigrer Marcel Vervloesem,

responsable de l’asbl Morckhoven. Au lieu d’enquêter sur ce réseau et

de se demander pourquoi un fonctionnaire tentait de minimiser

l’affaire, ces journalistes ont essayé de convaincre Nelly Maes que ces

documents - où l’on voit des enfants de deux ans violés - n’étaient pas

importants car ils étaient "anciens" !

Mais ces documents existent, de même que beaucoup d’autres. C’est

pourquoi, on ne peut plus accuser d’excès d’imagination ceux qui en

ont connaissance. Il faut donc les discréditer autrement. Dans mon

cas, par exemple, j’ai montré que le journaliste René-Philippe Dawant

publiait des interrogatoires de Regina Louf falsifiés dans son livre

L’enquête manipulée (éditions Luc Pire, 1998). Au lieu d’interroger

Dawant sur l’origine de ces faux, le juge Pignolet a décidé de

perquisitionner chez moi. Comme je possédais effectivement des

documents gênants pour les "négationnistes" des réseaux, Mme

Somers, substitut censé s’occuper des pédophiles, a pris la décision

lumineuse de lancer une enquête de moeurs à mon sujet !

De la même manière on tente de discréditer tous ceux qui veulent faire

connaître la vérité, comme Marcel Vervloesem, Michel Bouffioux,

Marie Jeanne Van Heeswick, les journalistes du Morgen, Patriek De

Baets, Michel Bourlet et les parents des victimes...

Si tous ont trop d’imagination, je propose de mettre enfin

l’imagination au pouvoir.

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Marc Reisinger - Association pour la Vérité