REGINA LOUF X1 AFFAIRE DUTROUX

Pourquoi j'ai édité
le livre de Régina Louf

Pourquoi je crois que Regina Louf est sincère
quand elle évoque ses relations avec ses parents.
Pourquoi j'ai accepté d'éditer son livre.

Quand j'ai entendu parler de Regina Louf, ma première impression fut de croire possible son récit. J'avais de bonnes raisons pour cela : je venais de publier un témoignage allant dans le même sens - abus sexuels dès le plus jeune âge encouragés par des parents indignes, prostitution enfantine, sadisme et perversité, actes perpétrés par des groupes d'adultes "au-dessus de tout soupçon"... Ce témoignage m'était apparu, au premier abord, comme impossible. C'était trop au-delà de ma capacité à imaginer le mal que des hommes et des femmes peuvent infliger à des enfants. Je me trompais : des spécialistes chevronnés me confirmèrent la véracité de ce récit, qui était recoupé, d'après eux, par d'autres témoignages, connus des professionnels de la protection de l'enfance et par des psy.

Ce livre, Lettre à Isa, fut donc édité avec un préambule de Claude Lelièvre, délégué général aux droits de l'enfant, une préface de la psycho-thérapeute qui suivait Cécile, l'auteur, et une note d'information d'une journaliste spécialisée dans la maltraitance, Chantale Anciaux.

Après sa parution, la presse fut unanime à parler positivement de ce livre, à considérer comme crédible le souvenirs d'une adulte évoquant des faits remontant à l'âge de trois ans pour les plus anciens.

Les révélations de X1 me parurent donc dignes de foi, même si des détails cités dans la presse me semblèrent difficiles à avaler. J'avoue que, comme beaucoup de monde, la prestation télévisée des parents ébranla fortement ma conviction. Je crus, à ce moment, que Regina était sincère mais mythomane. Comme tout le monde.

Pourquoi ai-je changé d'avis ?

Le hasard me fit rencontrer Marc Reisinger. Il me convainquit de lire attentivement l'enquête minutieuse des deux journalistes du Morgen et de Marie-Jeanne van Heeswijk, documents rassemblés dans une brochure Pour la Vérité diffusée par les AMP dans les kiosques et librairies. Cette publication, qui contenait l'essentiel des révélations de Regina concernant ses parents, ne fut l'objet d'aucune procédure ni réfutation.

Les faits décrits par ces journalistes d'investigation, après un long et minutieux travail d'enquête, m'impressionnèrent par leur gravité. Ils étaient confortés par la Justice elle-même qui avait considéré pendant plusieurs mois que X1 était un témoin valable, dont le témoignage pouvait être exploité. Le contexte professionnel des auditions menées par l'équipe de l'adjudant De Baets ne laissait pas place au doute, il était renforcé par la présence répétée de magistrats et par les conclusion formelles d'une expertise psychiatrique menée par le docteur Igodt.

Un médecin éminent, le professeur Léon Schwartzenberg avait longuement rencontré Regina et appuyait son témoignage avec toute l'autorité d'un scientifique de haut niveau, au point de signer la préface du livre qu'elle écrivait.

Plus que tout, les rencontres répétées que j'eus avec Regina me permirent de découvrir une personnalité équilibrée, forte, sereine, qui ne parlait que parce qu'il fallait sauver d'autres enfants, faire connaître au public des vérités dures à entendre, quoi qu'il lui en coûtat.

Face à cette volonté tranquille et dérangeante, j'assiste aujourd'hui à un étrange spectacle : celui de personnes acharnées à détruire, à souiller, à se voiler la face. Comme dans un drame antique, on assassine le porteur de mauvaises nouvelles !

Ce qui est troublant, dans ce déchaînement qui confine souvent à la haine, c'est la fragilité des raisonnements : la démolition du témoignage de Regina tient en quelques points de détail, sur lesquels Regina peut fournir des réponses sensées, alors que de nombreux aspects positifs et dûment prouvés de son témoignage ne laissent pas place au doute.

Regina, d'ailleurs, ne demande qu'une chose : que l'instruction soit menée jusqu'au bout, que les confrontations aient lieu, que des perquisitions soient opérées aux lieux qu'elle a reconnus, que le réseau soit enfin démantelé.

Depuis plusieurs mois, rien ne bouge.

Je crois que la Justice est intègre, que nous avons des magistrats soucieux de trouver la vérité sur ces affaires. Leur tâche n'est pas facile : leur responsabilité est énorme. Avant d'inquiéter des personnes citées par Regina, leur devoir est de s'assurer que des indices matériels existent, pour conforter le témoignage de Regina. Si, en leur âme et conscience, ils estiment ne pas être en possession de ces preuves, je comprends leur prudence et, en tant que citoyen, je leur demande de parler davantage, d'expliquer clairement pourquoi les enquêtes sont arrêtées. Ne peuvent-ils pas prendre en considération que les erreurs judiciaires, cela existe ?

Il est troublant que certains arguments pour mettre en doute la parole de Regina soient basés sur des faux grossiers, sur des erreurs de traduction, sur des amalgames...

Heureusement, l'honneur de la presse est qu'il y ait des journalistes soucieux d'aller au-delà des apparences, qui transgressent les tabous et prennent le risque de déplaire.

Un journaliste m'a demandé si, en tant qu'éditeur du livre de Regina, je n'étais pas gêné du tort fait à l'image de ses parents, alors qu'ils ne sont pas jugés coupables par la Justice et que les faits sont d'ailleurs prescrits.

C'est une question grave : je crois que la réponse essentielle est de dire que nous cherchons, par ce livre, à éveiller les consciences et à protéger ne fût-ce qu'un enfant du risque de tomber dans un pareil enfer. C'est pour cette raison que Regina a décidé de parler ; il a fallu de longues années de thérapie pour qu'elle soit à même de le faire (Cécile avait dû attendre 20 ans, et la mort de son père, pour libérer sa mémoire de son trop lourd fardeau).

Dès lors que le devoir de conscience de Regina était de parler, il était de mon devoir d'éditeur de l'aider en lui facilitant l'accès direct au public, au risque de voir la Justice statuer que le parents justifieraient d'un intérêt dominant sur celui des enfants maltraités .

C'est bien l'enjeu de ce débat : faut-il se taire pour protéger des parents qui sont, par la prescription, à l'abri des poursuites judiciaires ? D'autant plus que les faits rapportés par Regina sont très largement connus du public depuis plusieurs mois et que la Justice, saisie d'une plainte des parents, ne paraît guère soucieuse de traiter cette affaire en urgence. Pourquoi l'édition d'un livre, qui permet de mieux comprendre Regina, avec toute la complexité de son cheminement intérieur, serait-elle à empêcher comme dérangeante, là où les autres médias peuvent diffuser librement leur part de vérité ?

Je crois aussi que la publication du livre n'aggrave pas le dommage moral ou matériel des parents, quelle que puisse être la vérité en ce qui les concerne. Ils ont eu tout le loisir de se répandre en propos très agressifs sur leur fille, la traitant de "folle" par exemple, leur impact sur l'opinion publique a été et est toujours considérable. L'interdiction de publier le témoignage de Regina serait une mesure injuste et excessive face à leur capacité de monopoliser la plupart des médias pour défendre leur thèse.

Je cherche à organiser une rencontre entre personnes de bonne foi, ayant l'intelligence et l'honnêteté d'admettre que la vérité peut être ailleurs que là où ils l'anticipent, assez intelligentes pour écouter les arguments et les preuves qui ont pu être rassemblés par les enquêteurs, mais aussi par les journalistes. Quand je dis que la présence à une telle rencontre de l'un ou l'autre magistrat, dont à priori je respecte l'indépendance et l'intégrité, serait utile, on me répond que le secret de l'instruction s'oppose à un tel débat public. Reste alors, dans un état de droit, le pouvoir du citoyen d'en appeler à plus de justice, même dans un dossier où l'absence de preuves judiciaires et certaines faiblesses du témoignage incitent les juges à ne plus bouger. Les erreurs judiciaire sont hélas innombrables, pourquoi le dossier des enfants tués échapperait-il à ce risque ? Pourquoi faudrait-il encore se taire, et surtout faire taire une victime ?

Il ne m'appartient pas de juger : il m'est demandé d'écouter et de permettre que la parole de Regina soit entendue. En toute sérénité, parce ma conscience me dit que ce que je fais est juste.
 

Gérald Thomas, éditeur

 
 


 

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