REGINA LOUF


Derrière le lynchage
médiatique... la vérité !

Du livre de

Régina Louf
de la conférence/débat de présentation,
ce vendredi 13 novembre 1998.
Impressions en vrac et dans le désordre...

18 heures. L'interview de Régina Louf terminée, l'équipe d'AL se dirige vers la salle où doit se tenir la conférence de presse. Ouf, il y a encore quelques chaises inoccupées, on va pouvoir s'asseoir.

Avant, il nous faut cueillir un A4 déposé sur chaque chaise. D'évidence, il est là pour qu'on le lise. Il émane du Parti Radical et de l'association Pour la vérité et informe le lecteur de "l'élaboration d'un site web sur lequel tenter une reconstruction des faits relatifs aux affaires dites de pédophilie en Belgique, mais aussi, (...) dans d'autres pays de l'Union européenne ainsi qu'une diffusion maximale de l'information (pour) contribuer à rééquilibrer l'unilatéralité du discours actuel". Le site intitulé Belgique : le scandale de la vérité - derrière l'affaire Dutroux est localisable sur la première page du web du Parti Radical www.radicalparty.org.Les lecteurs sont vivement invités à faire part de leurs suggestions et critiques et, bien sûr, à fournir toute information et tout document qui pourraient trouver place sur le web.

La présentation du bouquin

La présentation du livre de Régina se fait à l'initiative de Marc Reisinger (psychiatre) et de Claude Zylmans (libraire, À livre ouvert), co-directeurs de publication de la collection Pour la Vérité des éditions Mols et co-animateurs de l'asbl du même nom.

Claude Zylmans nous présente les invités : Régina Louf (l'auteure), Erwin (son mari et sauveur), D. de Koning et Annemie Bulté (De Morgen), Marie-Jeanne Van Heeswyck (ex-rédactrice à Télé-Moustique), Gérald Thomas (éditeur/Mols), J.Y. Hayez (pédopsychiatre, UCL), Carine Hutsebaut (psychologue et auteure du livre Les enfants n'aiment pas les crocodiles, EPO) qui fait également office d'interprète, Anne-Marie Roviello (philosophe), les gendarmes De Baets et Bille, curieusement écartés de la cellule d'enquête de Neufchâteau, et d'autres encore dont je n'ai pas retenu les noms.

À part les journalistes sus-nommés, la presse brille par son absence bien que j'aie aperçu la discrète présence d'un journaliste vedette de RTL/TVI.

J'ai beau me tordre le cou dans tous les sens, je ne vois aucun représentant des "institutions" en charge de l'enfance maltraitée (Claude Lelièvre, Child Focus). Deux ou trois flics en civil, ça oui, mais qui, pour une fois, discrétion oblige, n'étaient pas empêtrés dans la bandoulière de leur Nikon-peut-en-cacher-un-autre. Pas de parents d'enfants disparus, pas de délégation des Comités blancs ? Qu'en penser ? Qu'ils n'ont pas été invités ou que le discrédit savamment jeté sur la personne de Régina Louf par Les Nouveaux chiens de garde (1) du pouvoir est tel que Ça ne vaut pas la peine de se déranger pour écouter les élucubrations d'une folle ?

Douglas de Koning (De Morgen) ouvre le débat en insistant sur le fait que toutes les personnes ayant eu à cœur de découvrir fût-ce une parcelle de vérité concernant les réseaux de pédophilie en Belgique, ont eu, par la suite, à subir des pressions, menaces et intimidations en tous genres (des magistrats, des gendarmes, des psy, des journalistes, des associations telle que Morkhoven en Flandre, dont, cela dit en passant, une des animatrices, Gina Pardaens, qui enquêtait sur un réseau international de pédophilie, est décédée ce dimanche 15 novembre dans un accident de voiture qui, selon les dires de la gendarmerie n'a rien de suspect... encore un banal accident de roulage !).

Ces personnes-là donc, mais pas uniquement. Il cite le cas d'une famille de Louvain qui, passant ses vacances dans les Ardennes, se trouve à Bertrix la veille de l'enlèvement de Laetitia Delhez. Cette même famille est intriguée par le manège d'un groupe de quatre personnes aux alentours de la piscine de Bertrix. Quelques jours plus tard... on finira par libérer Laetitia Delhez et Sabine Dardenne. Un appel à témoin(s) est largement diffusé. Notre famille de Louvain se rend donc à Neufchâteau et reconnaît formellement le quatuor infernal sur base de photos qu'on lui soumet. En l'occurrence : Nihoul, Lelièvre, Dutroux et Martin. Une con- frontation doit avoir lieu avec Nihoul, mais celui-ci s'y refuse. Nos témoins rentrent donc chez eux et, chemin faisant, apprennent par la radio que les témoins oculaires de Louvain ont refusé la confrontation avec Nihoul. Par la suite, cette famille fera également l'objet d'intimidations diverses et répétées.

Quand il joue au con...

Parmi les interventions, il y en a une qui ne me plaît pas du tout. Celle de l'éminent professeur J.Y. Hayez, qui, sans se présenter ni se qualifier, demande à Régina de lui expliquer ce qu'est le phénomène de "dissociation" et, si possible, pas en termes scientifiques. Sachant qu'il s'agit d'un pédopsychiatre (largement médiatisé lors de l'affaire Dutroux), je me demande pourquoi il joue au con. Pour l'édification du public ? Nenni, l'assistance présente est surinformée. Parce qu'il n'est pas au courant de l'évolution et des progrès de la science dont il a fait sa profession ? Tout à fait improbable. Alors, je me dis que son intervention ne se justifie que par son intention de déstabiliser davantage Régina Louf. Cela n'est pas véritablement sympathique mais notre imperturbable Régina s'en sort avec maestria. En guise d'excuse, J.Y. Hayez lui dira : En lisant votre livre, je n'avais pas eu l'impression que vous souffriez de dissociation. Et moi, en l'écoutant lui, j'avais l'impression qu'il n'avait pas lu le livre, du moins pas entièrement.

Back-lash

L'intervention de Carine Hutsebaut est d'un tout autre niveau. Elle insiste sur le fait que les actuelles campagnes de prévention de la pédophilie sont centrées sur les enfants. En gros, il faut que les enfants apprennent à dire non. Non à l'adulte. N'est-ce pas un peu le monde à l'envers ? Est-il vraiment souhaitable, que dès leur plus jeune âge, les enfants soient éduqués à la méfiance vis-à-vis des adultes ? Ne serait-il pas plus judicieux d'apprendre aux adultes abuseurs potentiels ou avérés à dire non ? Faut-il vraiment abolir la confiance naturelle de l'enfant en l'adulte et, dans le même temps, mener une répression accrue de la pédophilie. Et C. Hutsebaut de stigmatiser (hors conférence) ladite politique répressive (peines d'emprisonnement de plus en plus longues, projet de loi sur l'incompressibilité des peines, suppression des congés pénitentiaires, allongement des périodes probatoires etc...) et d'en dénoncer les effets pervers. En effet, les pédophiles n'ayant plus rien ou pas grand chose à perdre, n'hésiteront plus à tuer leurs victimes (ndlr : En prison, les pédophiles ne font pas ou très peu l'objet d'un suivi thérapeutique spécifique. Au Canada, une expérience pilote, menée depuis plusieurs années, a démontré que le taux de récidive des déviants sexuels était quasiment nul lorsque ceux-ci avaient bénéficié d'un suivi thérapeutique adapté, lors de leur séjour en prison).

Un peu plus tard, Carine Hutsebaut nous initie au nouveau concept made in USA : back-lash (contre-vent). En un mot comme en cent, cela se résume en une comptine enfantine que l'on se transmet de génération en génération dans les bacs à sable des maternelles : C'est celui qui le dit qui l'est. Il s'agit de retourner l'accusation contre l'accusateur, de transformer la victime en coupable afin de la déstabiliser. Si le concept nous vient des États-Unis, sa pratique est largement répandue dans notre joli royaume. Exemple : Quand Régina Louf dénonce la coupable indifférence, voire la complicité de ses parents, son mari se voit à son tour calomnieusement accusé de faits de pédophilie. Des exemples comme celui-là, il y en a treize à la douzaine et un nombre impressionnant de personnes qui se sont attachées à rechercher la vérité en ont également fait la douloureuse expérience.

Le temps passe et, dans la salle, jaillit l'inévitable question : Comment Régina Louf a-t-elle fait pour survire ? Pourquoi n'a-t-elle pas été éliminée alors qu'elle en savait tant sur le réseau qui l'exploitait ?

La réponse est dans le livre, à bon lecteur, salut ! Régina souligne toutefois qu'à présent qu'elle a donné les noms de ses tortionnaires aux enquêteurs, son élimination physique ne ferait que corroborer ses dires. Il est beaucoup plus efficace de la discréditer en la faisant passer pour folle ou mythomane.

Une dame intervient pour dire qu'à l'époque des tueries du Brabant wallon, elle avait voulu témoigner mais que plutôt que de prendre son témoignage en considération, les enquêteurs avaient préféré la faire passer pour foldingue.

Une autre personne s'insurge contre la loi du silence. Pourquoi, si la confiance du bon peuple en ses institutions est érodée à ce point, les citoyens eux-mêmes, ne se chargeraient-ils pas de faire éclater la vérité en dépit du peu de moyens dont ils disposent. Proposition est faite de former un large comité de "citoyens soucieux de dénoncer l'intolérable".

L'idée est évidemment généreuse. Marc Reisinger l'a eue, lui aussi, et l'on sait les tracasseries dont il fait l'objet encore aujourd'hui.

Il fait chaud dans la salle. Je décide de sortir le temps de griller une cigarette. Ce qui se dit dans les couloirs est au moins aussi intéressant que ce qui se dit dans la salle. On chuchote des noms, on se les susurre aux oreilles (Pas op ! Il y a des flics !). Toujours les mêmes noms depuis vingt ans. Certaines personnes citées ont même été rappelées à dieu, pardon en enfer, et n'auront pas à s'expliquer devant l'a-justice des hommes. J'ai Baurir, je n'arrive pas à sourire. Excusez du peu, mon commandant !

Je feins la naïveté. Mais si on connaît ces personnes, pourquoi ne couche-t-on pas leurs noms sur les rouleaux des rotatives ?

Mais, me rétorque-t-on, c'est qu'il en va de la survie de l'État belge et de l'avenir de la monarchie. Quelqu'un m'offre un verre, j'ai soif et je l'accepte volontiers, tandis qu'une psy m'explique que dans les années cinquante, une sordide histoire de mœurs avait entaché une maison royale scandinave. Mais que là, on n'avait pas jugé inutile de juger le déviant et, qu'ensuite, la vie avait repris son cours normal dans le paisible royaume. Ici, en Belgique, ce serait impensable car le roi est le dernier symbole de l'État, le garant de la démocratie, etc... et que si on dénonçait les turpitudes des Saxe-Cobourg-Gotha, la monarchie serait vouée aux pertes et profits et l'État belge anéanti.

J'opine du bonnet et je garde égoïstement mes commentaires pour moi quoique, pour les lecteurs d'AL, je ferai, ici, une courageuse exception : qui se soucie encore, en Belgique, d'entretenir une monarchie décadente, obsolète et impavide ? Certainement pas les chômeurs, les minimexés, les SDF, les immigrés et autres déboutés du droit d'asile ! Que les royaux émoluments soient donc affectés à de plus nobles causes qu'à l'assouvissement d'inavouables caprices princiers.

Qui se soucie encore de l'intégrité de l'État belge ? Certainement pas les séparatistes de tous poils. La Belgique n'explosera pas, elle implosera. Que les géniteurs de la Pauvre B. (l'Angleterre et la France) qui l'ont enfantée dans la douleur, en organisent les funérailles. Les Belges aiment ces cérémonies, surtout quand elles sont médiatisées. Et finalement, pourquoi toujours systématiquement envisager le pire ? Parce que le pire n'est jamais décevant ? Et pourquoi les Belges, après l'une de ces inévitables catharsis collectives dont ils ont déposé le brevet, n'opteraient-ils pas tout simplement pour la république ? Pour contrer toute velléité d'irrédentisme flamand, bruxellois, wallon ou haoussa (ethnie du Nord du Nigéria dont toute la misère de ses membres et leur aspiration au bonheur made in Schengen, sont, selon l'Office des Etrangers, tout à fait irrecevables), il suffira de quelques menus transferts d'euros du Sud vers le Nord et vice versa. On pourrait alors fièrement l'appeler (notre nouvelle République) : Fédération des Régions Rédimées Unies de Belgique. La république fonctionne chez nos voisins depuis des décennies. Certains me diront qu'entretenir un roi ou un président c'est kif-kif bourricot. Certes, mais le président, lui, on l'élit et on n'est pas obligé, s'il s'avère incompétent et/ou immoral de se le coltiner jusqu'à ce que mort s'ensuive.

J'en profite pour poser aux lecteurs mieux informés que moi les questions qui me taraudent depuis des lustres.

Pourquoi a-t-on, quelques mois avant le décès inopiné de Baudouin (sans doute le médecin de la Cour était-il au courant de l'état des coronaires de son patient), estimé urgentissime d'amender la Constitution afin d'en effacer les vestiges d'une millénaire loi salique qui privilégiait outrancièrement la primogéniture mâle de nos souverains, et permettre ainsi, le cas échéant, l'accession d'une femme au trône ? Est-ce là pure coïncidence ? Le résultat d'un opportun coup de téléphone du Centre pour l'Égalité des Chances ? Ou bien estimait-on, déjà à l'époque, qu'Albert n'avait pas la probité que requiert la fonction royale en Belgique, que le QI du timide Philippe était inférieur à la moyenne, que, décidément, Laurent préférait le sort des bébêtes à celui des citoyens ainsi que la joyeuse compagnie de belles dont les noms sont introuvables dans l'annuaire mondain ? Restait la discrète Astrid. Mais cette dernière a préféré, et de loin, assurer la descendance des Habsbourg. Le choix fut kafkaïen et Albert, qui aurait sans doute préféré qu'on l'oublie, se retrouva affublé d'une ridicule couronne. Sans doute, traînera-t-il, sa vie durant, de transparentes vieilles casseroles derrière lui.

Tant que j'y suis, puis-je vous poser d'autres questions ? Child Focus est le premier et sans doute dernier enfant de la Marche blanche. Pourquoi cet Organisme d'Intérêt Public (OIP) est-il si largement financé par la Fondation Roi Baudouin qui, comme son nom l'indique, n'est pas neutre ? Pourquoi Mr Cardon de Lichtbuer, fervent courtisan du Palais, y a-t-il été parachuté président ? Pourquoi son premier directeur, Christian Wiener, perle rare que les chasseurs de cerveaux avaient mis du temps à dénicher chez IBM, a-t-il été limogé (démissionné en novlangue) à peine quelques semaines après son entrée en fonction ? Pourquoi y a-t-on engagé Jean-Denis Lejeune si ce n'est pour l'emprisonner dans un pseudo devoir de réserve ? Jean-Denis Lejeune qui avait si catégoriquement refusé la présence d'un représentant de la Maison Royale lors des funérailles de Julie et Mélissa ! Pourquoi la nouvelle direction pratique-t-elle systématiquement un hermétique cloisonnement entre les divers services de Child Focus ? Pourquoi Child Focus pratique-t-il la rétention d'informations et refuse-t-il presque toujours de collaborer avec d'autres associations (rivales ?) et avec les Parquets ? Pourquoi son site Internet est-il si désespérément vide si l'on excepte la publicité consentie aux divers sponsors ? Pourquoi enfin, les statuts de cet OIP, officiellement déposés au Moniteur en juillet 97, sont-ils inaccessibles voire introuvables (du moins jusqu'en octobre 98, après on a eu d'autres chats à fouetter) ?

Retour sur terre

Je reviens à des propos plus raisonnables.

La psychologue évoquée plus haut poursuit l'aimable discussion en me (vous) recommandant la lecture d'un livre de Stef Janssens intitulé De Namen van de doofpotten (EPO). Le titre est intraduisible en français, mais, renseignements pris auprès de l'éditeur, une traduction en français est en cours et la version française pourrait être commercialisée début 99. Ce livre relate minutieusement les grands et petits scandales qui ont secoué la Belgique depuis plus de vingt-cinq ans, et dans lequel on retrouve les noms de... qui vous saurez en le lisant. L'ouvrage est, paraît-il, tellement explosif qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure de censure, quoiqu'officiellement, la censure n'existe pas en Belgique ! Ben voyons !

Je termine de siroter ma boisson, lorsque retentit une salve d'applaudissements. Cette fois, c'est sûr, j'ai raté la fin du débat à cause d'une foutue cigarette. L'assistance est aimablement invitée à prendre un verre dans les locaux de la librairie À livre ouvert. Il n'y a que la rue à traverser mais, mes potes et moi, on se sent tellement bien au bar du tout nouveau Centre Culturel Flamand de Woluwé-Saint-Lambert, que nous y restons vissés jusqu'à ce que la fatigue nous ramène dans nos pénates.

La nuit porte conseil dit-on. N'arrivant pas à m'endormir, je décide de terminer la lecture du livre de Régina. Je ne suis pas critique littéraire mais je trouve le bouquin vachement bien écrit. Les critiques littéraires, qui sont-ils d'ailleurs, sinon les thuriféraires dûment appointés de la mode en vogue ? Ils flirtent avec la maïeutique mais n'entendent que le verbiage. Ils décrivent mais point n'écrivent. Ils pensent que faire se conjugue avec défaire et confondent le paraître et l'être, l'écrire avec le lire, la littérature avec sa consommation compulsive. Je souris intérieurement en pensant à Claude Zylmans qui me faisait remarquer que tous les journalistes (sauf l'équipe d'AL, mais sont-ce des journalistes ?) qui ont interviewé Régina, lui ont subtilement demandé si elle était réellement l'auteure de son livre. Allons donc ! Il serait donc entendu qu'une victime, a fortiori, une victime d'abus sexuels, doit être le nez rivé au sol, catatonique, borderline voire psychotique. Et de préférence inculte et illettrée ! Et Primo Levi, et Bruno Bettelheim, survivants de l'univers concentrationnaire, mais pas moins victimes pour autant, on ne leur a pas demandé, à eux, s'ils étaient les véritables auteurs de leurs œuvres !

Revenons à notre lecture. Le style est simple, limpide, clair, précis. Procédant par flash-backs, l'auteure nous fait faire une "incursion" dans son enfance et son adolescence abolies. On découvre ce que la presse a omis de dire, on comprend mieux et l'on est définitivement convaincu et de la véracité des faits, et de l'existence de réseaux interlopes et de l'extravagante impunité des bourreaux d'enfants. La scène de la chasse à l'arbalète me laisse ruisselante de sueur. Elle me rappelle un film américain dont l'action se passe dans l'un de ces états racistes du Sud de l'Amérique profonde. Dans le film en question, dont le titre, pour l'heure, m'échappe, des adeptes du Klu-Klux-Klan organisent une chasse au "nègre". Je ne veux certainement pas dire que Régina s'est librement inspirée du film pour nous narrer la scène. Quand on a connu la violence, on fait tout pour l'éviter, pour l'oublier. On s'abstient même de regarder certains films ou de lire certains livres. Ce que je veux dire, c'est que pour ces va-t-en-guerre de l'horreur, peu importe que la victime soit blanche, noire, adulte ou nubile, pourvu qu'elle soit tétanisée par la peur.

L'horreur égrenée à longueur de phrases, à longueur de pages. Elle ne réside pas tant dans les descriptions des sévices que l'on inflige aux victimes, mais dans l'angoisse et l'adrénaline que l'on sent monter en soi au fil de la lecture. L'odeur de la peur que l'on sent sourdre de tous les pores de la peau des victimes. Cela doit être ça l'empathie. Si la peur a une odeur, cette nuit-là, pour moi, ce fut celle de l'encre.

Et bordel !, si la révolution n'est pas à l'ordre du jour, que la révolte soit au moins notre pain quotidien. Amen !

J'ai refermé le livre et, en lieu et place d'une infusion de camomille, me suis offert le luxe d'un témesta.

Anne-Marie Beissel
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(1) Les Nouveaux chiens de garde, Serge Halimi, Liber, Raison d'Agir, 1997, 204 fb.


 
 



 

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