RTBF / RADIOSCOPIE D'UNE INTOXICATION

"Au nom de la loi",
je vous arrête !

Il fut un temps où nous apprécions l'émission
Au Nom de la Loi. Nous étions plus jeunes.

Depuis, l'eau a coulé sous les ponts. Cela fait quelque temps que cette émission ne sert plus l'information mais le pouvoir. Et, de facto, le revendique car son titre ne laisse place à aucune ambiguïté. Il contient en lui-même, l'implicite reconnaissance de l'odieux pacte d'allégeance qui unit la rédaction de ladite émission à l'omnipotent trio législatif/judiciaire/exécutif et à sa mère Dame Économie.
 
 

Qui a peur de Regina Louf ?

L'émission (mercredi 25 novembre 1998) est diffusée en prime time, c'est-à-dire, la tranche horaire destinée au grand public. Par grand public, il faut entendre la majorité bêlante d'un troupeau d'humains savamment drillé, sournoisement éduqué à la soumission, au respect de l'ordre établi, à la peur de l'altérité, du non conforme et du politiquement incorrect.

Il se fait que le troupeau compte aussi, dans ses rangs, des brebis galeuses qui n'entendent pas se laisser dicter comment elles doivent ingurgiter l'indigeste bouillon de 20h15.

La première question que l'on se pose est de savoir pourquoi la rédaction met autant d'acharnement à lyncher Regina Louf. Elle s'y était déjà sérieusement appliquée lorsqu'il s'était agi de faire l'apologie du livre de René-Philippe Dawant, L'Enquête Manipulée.
 
 

Il n'est de Pire que Luc

On comprend bien qu'entre collègues de la RTBF, par ailleurs poulains de la même écurie (éditions Luc Pire), il est normal de se rendre de menus services (ndlr : Luc Pire est également l'éditeur des Dossiers d'Au nom de la loi. La soif d'argent et de reconnaissance de cet ex-homme de gauche, ex-membre de la rédaction du journal Pour, est telle qu'il n'hésite pas à manger à tous les râteliers). Là où on comprend moins bien, c'est qu'Au nom de la loi remette le couvert, cette fois-ci Pour en finir avec X1. Pourquoi si Régina Louf est l'affabulatrice que l'on prétend (le collège de psychiatres qui l'a examinée a pourtant conclu qu'elle n'était ni délirante, ni hystérique, ni mythomane), faut-il dépenser, une nouvelle fois, plusieurs centaines de milliers de deniers publics, dans l'unique but de la descendre ? Qu'on laisse donc pisser la brebis... Il se peut aussi que son livre se vende mieux que celui de Monsieur Dawant, et que celui-ci en ait pris ombrage. Pour en revenir au livre de Monsieur Dawant, L'Enquête Manipulée, il est avéré que son auteur n'a pas eu la rigueur et l'honnêteté que requiert tout travail d'investigation journalistique. Nous renvoyons les lecteurs à la page 209 du livre pour qu'ils constatent de visu le patent traficotage d'un procès verbal d'audition de Regina Louf (1).

Regina Louf n'était peut-être que l'arbre qui cache la forêt. Et l'on a abattu, sous nos yeux horrifiés, le frêle bouleau qui tentait de résister au cyclone médiatique. La forêt s'offre maintenant à notre vue. En fait de forêt, c'est plutôt de jungle dont il faudrait parler. Une jungle dont nous n'avons pas le mode d'emploi, mais dont nous savons que de très courageux explorateurs n'en sont pas sortis indemnes.
 
 

Le livre au titre racoleur et aux relents pornographiques

Selon vous, en quoi le titre du livre de Regina Louf, Silence, on tue des enfants !, est-il plus racoleur que L'Enquête manipulée ou même que Les Égouts du Royaume de l'auteur homonyme et ami de Gérard Rogge ?

Le livre est pornographique ! Ah tiens, on n'avait pas remarqué et pourtant on l'a lu attentivement. Mus par une intuition toute féminine, nous nous ruons sur le premier dico qui traîne sur l'étagère poussiéreuse. Nous l'ouvrons à la page POR, et là, les bras nous en tombent. Au nom de la loi a raison. Le livre est bel et bien pornographique. Cf. : Larousse Illustré, 1992 : pornographie : nf, du grec porné (prostituée) et graphein (décrire). Il est indiscutable que Regina Louf raconte, dans son livre, comment elle a été soumise à la prostitution pendant des années.
 
 

Maître Hirsch nous ment !

Qui va croire qu'une enfant de 9, 10, 11, 12 ans va accoucher quatre fois et que quatre fois entre ses 9 ans et ses 13-14 ans, elle va mettre au monde un bébé [...] tout en allant à l'école, tout en ayant des bonnes notes [...] et que ces petits enfants vont être assassinés... avec l'aide de qui ?

Regina Louf a eu ses premières règles entre ses 8 et 9 ans. La précocité de cette puberté peut en surprendre plus d'un. Mais le fait a été confirmé par ses camarades de classe et même par sa mère. D'après les pédiatres, la puberté des filles a tendance à être, de façon générale, de plus en plus précoce en Europe occidentale.

Les enfants de Regina ne sont pas nés entre ses 9 et 13-14 ans mais entre ses 10 ans et demi et ses 16 ans. Détail surprenant : lorsque Regina avait 10 ans, elle était grande pour son âge (152 cm). Il est communément admis que la taille d'un enfant parvenu, au seuil de l'âge adulte, se situe plus ou moins à la moyenne des tailles des deux parents. Or, Regina ne mesure que 152 cm, soit 15 cm de moins que sa mère. Sa taille actuelle est celle qu'elle avait déjà à 10 ans, âge auquel Regina a mis au monde son premier enfant. Pour qu'il y ait grossesse, la puberté doit être finie. Quand la puberté est terminée, il n'y a plus de croissance. Toutes ces données concordent avec les affirmations de Regina Louf.
 
 

Schwartzenberg a perdu la boule

Maître Hirsch ne comprend pas que Monsieur Schwartzenberg, cancérologue de renom, ait pu prêter foi aux "élucubrations pornographiques" de Regina Louf. Peut-être, cet éminent professeur a-t-il un niveau de conscience et une faculté d'empathie supérieurs à ceux de la masse bêlante ? Peut-être, pense-t-il, en toute logique, que la Belgique ne peut pas être le seul pays de l'Union Européenne qui échappe au phénomène des réseaux de pédophilie et de prostitution enfantine.

Pour mémoire, Maître Hirsch déclarait dans Le Soir du 20/08/96 : On va faire de Marc Dutroux un monstre alors que la réalité des trafics d'enfants est bien plus vaste et complexe.
 
 

De la poudre aux yeux

La très charmante Substitut du Procureur du Roi, Mme Somers, nous montre deux diables sur lesquels sont empilés les innombrables cartons du dossier X1/champignonnière. Pour peu, on croirait qu'elle essaie de nous fourguer de la poudre à lessiver. Rien, dans tout ces cartons, n'a permis d'étayer les dires de Regina Louf sur le meurtre de la champignonnière. Bien sûr, on nous montre des cartons, mais absolument rien de ce qu'ils contiennent. S'ils sont vides, nous demandons à être remboursés.
 
 

Le juge Vandermeersch veut la transparence

Il propose à la commission Dutroux de prendre connaissance de tout le dossier. Le Président Verwilghen refuse, manquant ainsi une occasion de se faire une idée objective sur la véracité des révélations de Regina Louf sur le fameux réseau pédophile.

Mal lui en aurait pris. Le mandat des commissions d'enquête parlementaires est résumé dans le rapport de la commission Dutroux. Il est clair en ce qui concerne les limites d'investigation. Il est en effet exclu d'investiguer sur des faits à l'instruction et que si la commission, par son investigation, dévoile des faits punissables, elle est tenue de les transmettre à la justice et de ne plus s'en occuper afin de ne pas interférer avec l'instruction.

Rapport complémentaire fait au nom de la commission d'enquête parlementaire sur la manière dont l'enquête,dans ses volets policiers et judiciaires a été menée dans L'affaire Dutroux-Nihoul et consorts - 713/8-96/97, 16 février 1998.

2. Délimitation du champ d'investigation de la commission d'enquête

2.1 L'infractionnel et le non-infractionnel [...] Les actes constitutifs d'infraction n'entrent pas dans le champ d'investigation des commissions d'enquête parlementaires.

2.2. Les enquêtes judiciaires en cours [...] Le principe à observer à cet égard est énoncé à l'article 1er de la loi sur les enquêtes parlementaires (3 mai 1880, modifiée par la loi du 30 juin 1996) : l'enquête parlementaire peut entrer en concours avec une enquête judiciaire, sans toutefois en entraver le déroulement.

2.3 Complémentarité des deux types d'enquête [...] Si des indices apparaissent au cours des travaux conférant à ces phénomènes une dimension criminelle, il est évidemment fait application de l'article 10 de la loi sur les enquêtes parlementaires et ces indices sont transmis au procureur général compétent pour qu'il y soit donné la suite qui s'impose [...].
 
 

Le procureur général monte au créneau...

Envers et contre tous, Regina Louf, soutenue par une poignée de journalistes persiste à prétendre que l'enquête a été étouffée et que les bourreaux, membres de la haute société, courent toujours.

Face à de telles accusations mensongères, pour la première fois, le sommet du pouvoir judiciaire sort de sa réserve.

Monsieur Van Oudenhove : J'ai l'impression que d'aucuns ont saisi l'occasion de cette malheureuse affaire Dutroux pour mettre en cause l'ensemble de l'institution judiciaire voire même l'intégrité de la magistrature.

Trêve d'amalgames. Loin de nous, l'envie de nous faire les apologues de cette corporation, mais nous concédons volontiers que toute la magistrature n'est pas corrompue et/ou incompétente. Cependant, il est important de souligner que certains de ses membres ont largement contribué à sa mauvaise image. Que l'on se souvienne de la rigoureuse froideur de Mme Doutrèwe, des agissements très peu orthodoxes de Messieurs Schmitz et De la Brassine, de la curieuse façon dont Monsieur Agneessens a pu, tranquillement, poursuivre sa carrière (il est actuellement premier avocat à la Cour d'Appel de Mons), alors qu'il avait, du temps où il était juge au Tribunal de la Jeunesse de Nivelles, joué un rôle central, dans une sordide histoire de ballet rose (affaire Pinon)(2), protégé par sa hiérarchie (Mr Deprêtre) ; que l'on se souvienne de cet autre magistrat gantois, qui, il y a quelques années, avait gentiment occi son épouse. Il serait grand temps que tous ceux qui promulguent les lois ainsi que tous ceux qui sont chargés de les faire appliquer, les respectent eux-mêmes !

Curieux pays, tout de même, que la Belgique, où l'on harcèle, en toute légalité, des chômeur(euse)s qui, ayant tout perdu ou presque, estiment avoir encore le droit à une vie affective et où, dans le même temps, on laisse vaquer à leurs inavouables et secrètes occupations des malfrats en col blanc que leur position sociale immunise naturellement.
 
 

De Baets et Bille : la thèse de Monsieur Dawant

Il s'agirait, en l'occurrence, plutôt d'une hypothèse. Selon Monsieur Dawant l'adjudant De Baets, bien que n'ayant aucune expérience des affaires de mœurs, va obtenir de sa hiérarchie de pouvoir traiter les affaires X. Monsieur De Baets est connu pour l'extrême compétence dont il a fait preuve dans d'autres dossiers. La gendarmerie a tout misé sur cet homme, et, en lui conférant tous les pouvoirs, elle espère, ainsi, parvenir à faire oublier le fiasco de l'opération Othello.

Lorsque le juge Langlois reprendra le dossier d'instruction, il découvrira une cellule d'enquête complètement sous l'emprise de De Baets et fonctionnant comme un "électron fou". De Baets est soupçonné d'avoir manipulé certains témoins en orientant les interrogatoires.

Ndlr : que l'on se souvienne que toutes les auditions ont été enregistrées sur cassettes vidéo et que, dès lors, il semble improbable voire impossible que des enquêteurs aient pris le risque de manipuler des témoins.
 
 

Monsieur Bourlet est bavard

Toujours selon Monsieur Dawant, le Procureur du Roi de Neufchâteau, Monsieur Bourlet, emporté par sa conviction intime et tuyauté par certains éléments de la gendarmerie aurait parlé à des journalistes mais aussi à des parents d'enfants disparus et à leurs avocats. Il leur aurait dit des choses qui dépassaient l'état réel de l'avancement des enquêtes diligentées à Neufchâteau.

Question : Pourquoi si l'on a accepté de la part du juge Langlois le fait qu'il ait autorisé des fuites vers la presse, faut-il brocarder Monsieur Bourlet, qui somme toute, a, jusqu'à présent, très bien fait son boulot ?
 
 

Le rôle du magistrat national

René-Philippe Dawant : Comment un seul adjudant peut-il en arriver à diriger à lui seul tout un service ? [...] certains éléments de la gendarmerie ont joué cette carte en se disant qu'ils échapperaient ainsi à leurs responsabilités. Quels sont ces éléments ? [...] en cherchant un peu dans l'entourage de l'État-major, du BCR, mais aussi... le rôle du magistrat national qui n'est pas négligeable dans cette affaire...

Et pour cause ! Le magistrat national Van Dooren a assisté à des auditions des témoins X.

Il sait donc qu'elles se sont déroulées de manière tout à fait incritiquable.

C'est pourquoi il n'est pas inutile de le disqualifier (préventivement).
 
 

La Commission Dutroux s'enflamme

Pendant ce temps, au Parlement, la Commission Dutroux s'enflamme [...] certains commissaires partent à la recherche du grand réseau et des protections. Les médias relayent.

(extrait d'interview) Marc Verwilghen : Je crois que nous devons poursuivre, jusqu'à la fin, la piste des protections éventuelles soit pour la confirmer soit pour l'infirmer.

Journaliste : L'audition du juge Connerotte vous a conforté dans cette thèse qu'il y avait des protections dans ce dossier ?

Marc Verwilghen : Il m'a convaincu par son explication.
 
 

Une amnésie de plus d'un an

En septembre 1997, le juge Langlois écarte définitivement l'adjudant De Baets et son adjoint. Aussitôt les deux gendarmes auraient présenté des documents provenant du dossier à des journalistes et à des parlementaires.

Plus d'un an après les faits, Monsieur Eerdekens se souvient qu'on a essayé de "tuyauter" un ou des membres de la Commission Dutroux. La réunion informelle a eu lieu chez un journaliste qui avait offert ses services de médiation. S'y trouvaient en présence, outre le journaliste, Mr Eerdekens (PS), Patrick Moriau (PS), l'adjudant De Baets et son collègue Bille. Ces deux derniers veulent simplement convaincre des parlementaires socialistes qu'ils ne sont pas les monteurs de l'affaire Di Rupo.

Monsieur Eerdekens prétend, aujourd'hui, que les gendarmes ne se sont pas contentés de leur montrer une copie du rapport Internet de l'affaire Di Rupo, mais qu'ils avaient aussi amené des pièces du dossier instruit à Neufchâteau. À ce jour, les cinq comploteurs ont tous été entendus par la Justice. Mais on a préféré ne retenir que la parole du seul Mr Eerdekens contre celle des quatre autres qui, nient avoir vu ou été en possession des fameux PVs de Neufchâteau. Cela a permis d'inculper les trop zélés gendarmes pour violation du secret de l'instruction. À quand une émission d'Au nom de la loi, sobrement intitulée Pour en finir avec De Baets et Bille ?
 
 

Eerdekens craint l'indigence

Nous sommes en droit de nous demander pourquoi cet ex-chevalier Ajax a jeté sa cotte aux orties. Réponse. Les nouvelles dispositions en matière de cumul des mandats ne permettent désormais plus d'aussi plantureuses rentrées qu'auparavant. En bon socialiste qu'il est, Mr Eerdekens craint l'indigence (la sienne). Pour garder le même standing de vie, il va falloir qu'il se bouge le train. Il décide donc de troquer sa cotte de mailles contre une robe noire d'avocat plus confortable à porter. Pour s'attirer les bonnes grâces de la magistrature liégeoise (et d'autres), il adopte désormais un profil bas, sans craindre, une seule seconde, de se renier.
 
 

Genèse d'une rumeur

En 1997, une campagne de presse est lancée pour soutenir l'adjudant De Baets (De Morgen et Télémoustique), elle prend aussi pour cibles, les nouveaux enquêteurs et les juges d'instruction qui s'occupent du témoignage de Regina Louf. Parmi les cibles visées, le juge Damien Vandermeersch dont on évoque une possible sympathie avec l'Opus Dei. (Ndrl : et quand bien même le fait serait avéré, tout le monde s'en fout).

À notre connaissance, aucun organe de la presse écrite n'a cru utile de relayer cette rumeur si ce n'est le Soir Illustré dont on peut, dès lors, supposer qu'il en est à l'origine.
 
 

Langlois n'aime pas les complots

Dernière tentative de déstabilisation des juges, les accusations portées par le gendarme Théo Van Dijck lors de l'émission Mise au point. Ce gendarme, écarté de l'enquête de Neufchâteau, accuse le juge Langlois d'avoir violé le secret de l'instruction en autorisant des enquêteurs à rencontrer des journalistes pour couler un témoin. Le témoin dont question, c'est la fameuse Nathalie, mythomane, d'après qui l'enquête sur son témoignage aurait été étouffée depuis que le gendarme Van Dijck en eût été écarté.

Au parlement, le député Vincent Decroly relaie les accusations du gendarme Van Dijck contre le juge Langlois. Il interpelle le ministre de la Justice, demande le désaisissement du Juge Langlois s'il est prouvé que ce dernier a violé le secret de l'instruction et orchestré une opération de déstabilisation d'un témoin.

Un rapport d'enquête réalisé par de hauts magistrats de Liège blanchira le juge et ses enquêteurs.
 
 

Ultime mensonge

Il y a une chose sur laquelle Regina Louf n'a pas menti. Elle a effectivement eu des relations sexuelles avec Tony dès l'âge de 14 ans. Bien que consentante, cela n'en reste pas moins un viol.

Il est regrettable que la rédaction d'Au nom de la loi ait assimilé à ce point le postulat de la plupart des flics comme quoi une femme ou une fille qui se fait violer, c'est parce qu'elle l'avait cherché.

La BSR de Gand a clôturé l'enquête sur les témoignages de X1 en concluant qu'il était avéré que Regina, entre ses douze et ses seize ans, avait eu une relation sexuelle avec un homme beaucoup plus âgé et adulte, mais qu'au-delà de cela, rien de ses déclarations ne pouvait être considéré comme prouvé. Dans la conclusion de l'enquête, on dit également : Sa mère était au courant de ceci, autorisait la relation et la facilitait même. Le parquet gantois refusait toutefois de reprendre ces termes dans la communication qu'il faisait à propos du dossier X1 et modifiait l'âge de Regina Louf à 14 ans (3).
 
 

Tardif mea culpa

Grande première en Belgique. C'est, en effet, la première fois, qu'un très haut magistrat prend publiquement la parole [...] pour faire face au feu des calomnies et rumeurs sans fondement.

Monsieur Van Oudenhove admet les carences du système judiciaire ; reconnaît que des erreurs ont été commises (erreurs d'appréciation dues, sans doute, au manque de communication, de moyens), [que] certains magistrats n'ont pas toujours eu les réactions adéquates ; [que] si erreurs il y a eu, elles sont humaines, [qu'] elles ont été commises dans l'honnêteté ; qu'elles ne sont pas le résultat d'un grand complot pour étouffer la vérité.

Ici, nous ne pouvons que nous rappeler l'adage populaire qui dit que qui veut la fin, veut les moyens.
 
 

Au nom de la loi conclut...

On ne peut que regretter qu'aucune sanction sérieuse n'ait été prise dès que fut découvert le tragique ratage de l'opération Othello par la gendarmerie.

Comme le disait souvent ma sainte mère : C'est toujours le chat qui a mangé le boudin.
 
 

... et redore son blason

La deuxième partie de l'émission est consacrée à la diffusion d'un reportage suédois sur les pratiques ultra-libérales de la société H&M (confection grande diffusion). On nous y montre, entre autres, des enfants du tiers-monde éhontément exploités dans des conditions moyenâgeuses. Bonne nouvelle ! L'exploitation des enfants (quelle que soit la forme qu'elle revêt) peut donc être dénoncée, à condition que cela se passe aux antipodes. Qu'il soit entendu, une fois pour toutes, qu'en Belgique, il n'y a pas d'enfants asservis.

Le choc passé, voilà qu'on nous annonce qu'après un hoquet (path)éthique, Au nom de la loi, diffusera quand même le reportage censé dénoncer la politique du Vlaams Blok. Rendez-vous est donné aux téléspectateurs le mercredi 9 décembre.

Cette fois-ci, Au nom de la loi ne s'est pas contentée d'allégations mensongères. Experts, à l'appui, le programme du Vlaams Blok est passé au peigne fin.

Une seule chose nous attriste. Pourquoi n'a-t-on pas donné à Regina Louf un temps de parole au moins aussi important que celui octroyé à Johan Demol. Serait-elle encore plus dangereuse pour l'unité de la Belgique que le Vlaams Blok ?

Pourquoi a-t-il fallu donner, en détails, les recettes de cuisine interne du Vlaams Blok. C'est imprudent ! Certains partis plus respectables ne manqueront pas, tôt ou tard, d'y puiser quelques ingrédients afin de nous mitonner la sauce à laquelle nous serons mangés.
 
 

Cerise sur le gâteau

Nous apprenons, ce jeudi 10 décembre, que la rédaction d'Au nom de la loi a refusé de diffuser le droit de réponse que l'avocat de Mme Louf avait sollicité pour sa cliente. Bien que la Belgique soit un État de droit, il reste très difficile d'y faire respecter ceux des citoyens. Les plus nantis pourront toujours ester en justice. Les procédures y sont longues et onéreuses... de quoi en décourager plus d'un.
 
 

Notre conclusion

En guise de conclusion, nous rappellerons que le Bien et le Mal sont des notions extrêmement fluctuantes selon que l'on se trouve d'un côté ou de l'autre du pouvoir ; que prétendre mettre des œillères aux sceptiques, vouloir les rendre sourds-muets-aveugles, comme s'y est appliquée l'émission Au nom de la loi, relève d'une manipulation orchestrée avec ceux que la vérité risque d'éclabousser ; que ne pas dénoncer le Mal revient à le banaliser (cf. Hannah Arendt) ; que le ridicule (nul) taux d'élucidation des grandes affaires criminelles en Belgique (qui est de façon plus générale, le plus bas de l'Union européenne) n'est pas le fruit du seul hasard, mais bien celui d'une impérative Raison d'État ; que les Institutions de ce dernier sont gangrenées par un système mafieux ; que le fameux secret d'État n'est plus qu'un secret de polichinelle.

Enfin, nous réclamant du projet libertaire, il nous semble important de rappeler haut et fort que le pouvoir (médiatique compris) contient, sui generis, les germes de sa propre contamination, qu'il est éminemment corrupteur et corruptible ; qu'il confère infiniment plus d'avantages qu'il n'impose de responsabilités (c'est pourquoi ses détenteurs s'y accrochent comme des arapèdes à un rocher) ; qu'il convient d'inviter tous ceux et celles qui seraient tenté(e)s de se l'approprier, quel que soit son avatar (on peut ne pas être ministre et être machiste), de se (re)plonger dans la lecture de Freud afin de mieux appréhender les mécanismes qui fondent la pulsion d'emprise.

Anne-Marie et Claudio
(1) Extrait d'un PV d'audition de R. Louf tel que trafiqué par R-Ph. Dawant suivi du même extrait tel qu'acté originellement et paru dans le Soir du 5/6/98.
Question : Est-ce que vous sentez une odeur ? X1 : Non. Question : Pouvez-vous décrire cette odeur ? X1 : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je vous le dise encore ?" Question : Ils la brûlent. Ne le voyez-vous pas ? N'avez-vous pas une image de ce qui se passe ? X1 : pas de réponse.
Question : Est-ce que vous sentez quelque chose à cet endroit ? X1 : Je sais bien que , euh, je sais bien que... Question : Y a-t-il une odeur à cet endroit ? X1 : Oui. Question : Pouvez-vous décrire cette odeur ? X1 : Non. Question : Y a-t-il une personne qui puisse décrire cette odeur ? (ndlr : plusieurs personnalités occupent apparemment l'esprit de Regina Louf). X1 : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je le dise encore ? Question : Non, non. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Peut-être que je sais ce qui s'est passé mais alors vous devez m'aider à... Ne voulez-vous pas aider ? X1 : Si. C'était... Si, si. Euh. Ils la brûlent. Question : Ils quoi ? X1 : Ils la brûlent. Question : Qui la brûle ? X1 : Je ne le vois pas. Question : Ne le voyez-vous pas ? N'avez-vous pas une image ?

(2) Pour en savoir plus sur le sujet voir entre autres :
- Le Linge Sale de la Cobourgeoisie de Jean Flinker et Stefan Kanfer, Virages, 12/1993-02/1994 (extrait dans AL 178 septembre 1996).
- De Namen uit de doofpot, Stef Janssens, EPO, 10/98.

(3) Annemie Bulté, De Morgen, 1/12/98, p.10, traduction AMB.


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