éditions Luc Pire - syndicalisme - Procès des 13 de Clabecq - D'Horazio -
LE POING SUR LA TABLE

Au procès
des treize de Clabecq

Nivelles, 17 décembre 1998.
Du monde sur la place du Palais de Justice,
mais pas assez pour le scandale que c'est.

Pourtant, les audiences précédentes ont donné lieu à des échanges qualifiés de haut niveau par le Président du Tribunal Della Faille persönnlich. Depuis, il a dû se faire taper sur les doigts par quelqu'un quelque part (et notamment par les avocats de la gendarmerie) : à l'issue des débats, jeudi 10 décembre, il s'est en effet senti obligé d'imposer l'huis clos pour garantir on ne sait trop quoi. Ni les bonne murs, ni la sécurité des inculpés ne sont en question, le plus souvent, le public écoute attentivement. Il lui arrive de rire quand c'est risible. Et de réagir quand c'est trop gros. Du mille fois vu au cinéma et on sait là contre : le juge abat son petit marteau et rappelle que si ça continue, il fait évacuer la salle.
Déjà entamée par ces quelques manifestations de vie en ses murs, la sérénité de la Justice serait en outre gravement compromise par l'agitation politique qui s'exprime jusque dans les grands journaux, entendez Le Soir. Veut-on nous faire croire qu'il s'agit là d'une situation scandaleusement exceptionnelle ? Si c'était le cas, plus aucune grande affaire ne pourrait être jugée publiquement. Situation délicate. Une supposition que les USA envoie des observateurs aux prochaines audiences de Nivelles. Si le Tribunal persiste dans le maintien du huis clos, faudra-t-il se calfeutrer et se mettre en prière en attendant les missiles et le Carême ?

Les juges n'aiment pas non plus tous ces coups de téléphone et ces fax à domicile. Nous non plus : on n'est plus chez soi.

Le matin du 17, interrogé à la radio, Georges-Henri Beauthier, président de la Ligue des droits de l'Homme, interdit d'entrée au Tribunal, a dit tout le mal qu'il pensait d'un huis clos dans un pareil procès. C'est en effet une décision dont les motivations apparaissent dangereusement clair-obscures. Pour la bonne saisie des faits par le citoyen moyen, il n'est pas inutile d'attirer l'attention sur l'inscription surmontant l'entrée principale du Palais de Justice aussi frileusement soustrait au public : La publicité des débats est la garantie de la démocratie. À part ça, pas d'emportement déplacé : l'huis clos n'est pas absolu puisque la publicité des débats est assurée par les représentants accrédités de la presse, c'est-à-dire ceux qui ont reçu l'agréation du Ministère de l'Intérieur.

Bien entendu, la levée de l'huis clos a été demandée. Refusé qu'est-ce que vous croyez. Au nom des inculpés, D'Orazio a annoncé que face à un tel manquement au droit et à la légitimité démocratique, ils ne répondraient plus à aucune question tant que leur revendication ne serait pas rencontrée.

Les avocats de la défense ont introduit une requête en suspicion légitime contre le Juge, ce qui force le Tribunal à suspendre les débats jusqu'à ce que la Cour de Cassation ait statué : décision attendue à Bruxelles, le 22 décembre. Rassemblement de ceux qui veulent porter témoignage devant le Palais de Justice de la capitale, à 9 heures.

Prochaine audience du procès attendue, le 14 janvier 1999, au Palais de Justice de Nivelles à 9 heures.

Il n'est pas inutile de rappeler ici que les cercles les plus opaques de l'économie mondiale font pression sur les Nations Unies pour qu'elles recommandent aux états membres de surveiller et de contenir les associations d'activistes. Comme leur nom l'indique, les activistes sont ceux qui prennent l'initiative d'être et de mettre en activité. Un syndicat comme la FGTB, encadré par des permanents payés etstructurée verticalement selon les techniques du verrouillage "démocratique", n'est par exemple pas une association d'activistes, mais une entreprise de services en tous genres. Une délégation syndicale qui prend au sérieux son devoir de vigilance et la défense des intérêts de ceux qui l'ont élue, évidemment si. Toutes les associations qui s'inscrivent dans les carrefours de luttes tombent, elles aussi, clairement sous le coup de la consigne "suggérée" par les décideurs effectifs de la politique dans le monde.

La simple sympathie pour ceux qui se ramassent en première ligne les boulets d'une répression menaçant de se déployer sur tous les fronts de la vie sociale et politique devrait nous commander d'être là, témoins incontournables de la monstruosité du système garanti par le pouvoir.

Les grands médias nous isolent, nous coupent des sources d'information, nous laissent l'amère impression d'être seuls, inconnus, impuissants. La seule manière de rendre aux groupes en lutte une réalité physique est de les rejoindre physiquement, là où ils se battent, là où ils gagnent et où ils perdent. La seule manière de protéger ceux qui ont pris le plus de risques, c'est de les entourer.

Même si c'est tôt, même si c'est loin, même si la signalisation est débile, venez assister ceux de Clabecq là où l'ordre établi les traîne et les lanterne.
 

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