FRANCE / SANS-PAPIERS...

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un second souffle

En France, depuis plus d'un an,
le mouvement des sans-papiers
traverse une crise.

Les problèmes qui ont abouti à la crise actuelle trouvent leur origine dans les difficultés rencontrées par le mouvement des sans-papiers à "gérer" l'arrivée de la gauche au pouvoir. Ce phénomène est d'ailleurs partagé par la plupart des mouvements sociaux. En effet, autant il est simple de se mobiliser contre un gouvernement de droite ; les organisations de gauche, les syndicats, les associations antiracistes et autres soutiennent les mouvements avant tout pour des considérations tactiques déterminées en fonction des stratégies électorales.

Lorsque la gauche gagne les élections la situation se complique pour plusieurs raisons. Tout d'abord le mythe de la gauche continue de faire ses ravages ; les illusions vont bon train, même au sein des mouvements. En outre, le PS, de par sa culture, souhaite contrôler les mouvements et ainsi recherche des "pompiers" afin de pouvoir casser la dynamique en divisant les mouvements. C'est dans cette logique qu'a été organisée la marche d'Angoulême et que furent reçus les marcheurs à Matignon en juin 97. Enfin les organisations de gauche où s'y rattachant remettent en cause leur soutien qui devient de plus en plus parcimonieux. Leur fonction principale dans ce cadre est d'essayer d'infléchir les axes et les méthodes de luttes afin que le pouvoir puisse négocier avec les représentants du mouvement et, en fin de compte, appliquer ce que la droite a mis en œuvre par rapport à l'immigration en général. En effet, il faut bien admettre qu'un large consensus se dessine entre la droite et la gauche à propos de l'immigration. De toute manière, chacun de ces courants politiques se réfère aux accords de Schengen et de Dublin qui sont fondés idéologiquement sur le différentialisme. Les plus "progressistes" (la gauche socialiste, SOS Racisme...) reposant la politique des quotas, c'est-à-dire renforçant le caractère utilitariste (économique) de l'immigration.

Ainsi la circulaire Chevènement, "obtenue" après la marche d'Angoulême, avait pour fonction de diviser le mouvement, d'isoler les personnes le composant, et mettre tout le monde en position d'attente. Force est de constater que la manœuvre a bien fonctionné ! La coordination, empêtrée dans ses débats de fonctionnement, n'a pu réellement relancer une dynamique collective, d'imposer une régularisation globale. Seules, des manifestations nationales mensuelles étaient proposées à l'ensemble des collectifs. Cette stratégie n'est bien évidemment pas à la hauteur de l'enjeu de la lutte.
 
 

Affaiblir la coordination des sans-papiers

Face à ces faiblesses politiques de la coordination, les organisations de soutien (partis, syndicats, associations antiracistes : satellites de la gauche) ont pu prendre de plus en plus de poids au sein de la coordination. Cela s'est particulièrement manifesté en novembre 1997 à propos de l'opportunité de signer ou non le tract des organisations appelant à la manifestation du 22. À l'époque, plusieurs organisations, associations antiracistes œuvraient pour revenir sur le devant de la scène occupé par le mouvement des sans-papiers. L'objectif de cette manifestation était d'affaiblir la coordination nationale en organisant une manifestation nationale plus importante que celle prévue par cette dernière le 1er novembre et ainsi remettre en position dominante les associations et organisations antiracistes avec lesquelles le pouvoir pourrait plus facilement négocier.

Pour préserver coûte que coûte l'unité avec les organisations de soutien, des collectifs de la coordination nationale (Lille, troisième collectif, collectif du 93...) ont préféré diviser cette dernière en remettant en cause les revendications jusqu'alors portées par le mouvement (Des papiers pour tous, la carte de 10 ans...). Ces organisations les jugeaient trop radicales. Au cours du temps la situation n'a fait que se dégrader. Ainsi, cet été, lors de la grève de la faim des Batignoles, organisée par les membres du Troisième collectif de sans-papiers à Paris, nous avons assisté à un net recul qualitatif de la lutte. L'un des porte-paroles des grévistes déclarait qu'il ne luttait plus pour la régularisation de tous les membres du collectif en question, mais demandait une révision des critères. Exit la revendication Des papiers pour tous. D'une part, cela signifiait l'éclatement du mouvement entre les différents collectifs et d'autre part, on acceptait de négocier les critères. De même, à Orléans, un des porte-paroles du collectif occupant le parvis de la cathédrale se défendait de demander une régularisation aveugle. Autrement dit, on mettait également à bas la revendication Des papiers pour tous et l'on demandait seulement au Préfet d'être plus magnanime ; de là à rentrer dans la logique du cas par cas il n'y a qu'un pas...

C'est dans ce contexte que quelques sans-papiers décidèrent d'occuper l'Ambassade du Vatican à Paris pour tenter de contre-balancer cette évolution et tenter de remettre en avant les axes de lutte ayant fait l'unité du mouvement : des papiers pour tous, le refus du cas par cas et la revendication de la carte de 10 ans pour tous. Malgré un très faible soutien de la part de la Coordination nationale des sans-papiers, des organisations et associations, le coup médiatique fut une réussite dans la mesure où de nouveau on pu remettre ces revendications à l'ordre du jour.

Division du mouvement

On peut même parler d'un éclatement de celui-ci. On assiste à une multitude de grèves de la faim, d'occupations de lieux publics. Mais chaque collectif ne lutte plus de manière globale, mais tente d'obtenir la régularisation de ses sans-papiers (c'est-à-dire l'obtention d'une carte d'un an, maintenant les gens dans une extrême précarité). Ainsi à Limeil-Brevannes, la grève de la faim n'avait d'autre objectif que la régularisation des grévistes ; il en va de même pour la plupart des collectifs. On ne voit plus guère de cohésion, chaque collectif essayant d'obtenir des régularisations dans son coin.

Division du mouvement aussi au niveau des mots d'ordre avancés. On se bat pour la régularisation de ceux qui en ont fait la demande. Ainsi, on instaure une division entre ceux qui se sont fait piéger par la circulaire Chevènement et ceux qui, plus prudents, ont préféré rester inconnus des préfectures ; et ne parlons pas de ceux qui sont entrés en France après la date buttoir de la circulaire Chevènement. Pour ces derniers, les porteurs de ce mot d'ordre iront s'excuser en leur disant qu'elles sont arrivées trop tard ! Mais depuis plusieurs semaines, un certain nombre de collectifs parisiens (collectif 2000, des membres du collectif de Saint-Bernard...) occupent une église rue de la Roquette à Paris. Cette occupation se situe dans la continuité de celle de l'ambassade du Vatican. Ils luttent donc pour une régularisation globale de tous les sans-papiers, l'obtention de la carte de 10 ans, la fermeture des camps de rétention... Il est bien évident que le mouvement des sans-papiers ne pourra seul imposer ses revendications. Il faudra qu'il s'allie avec d'autres forces tant au niveau hexagonal, qu'européen. Il importe d'essayer de construire des convergences avec le mouvement des chômeurs, en proposant par exemple des occupations communes. L'anniversaire du mouvement des chômeurs pourrait en être un excellent prétexte. L'on pourrait poser la liberté de circulation aussi bien en revendiquant la gratuité des transports que l'ouverture des frontières.

Le problème que soulève le mouvement des sans-papiers, comme celui des chô- meurs, porte également sur la construction néo-libérale de l'Europe. D'un côté, on impose la fixation des pauvres là où ils subissent la misère (tiers monde, quartiers ghetto...) et de l'autre, on veut faciliter les déplacements de capitaux, de marchandises, mais également des nantis pour qu'ils profitent de plus en plus. Au néo-libéralisme correspond l'Europe forteresse. Or, dans plusieurs pays européens des mouvements de sans-papiers émergent : Italie, Allemagne, Belgique. Il serait intéressant de lancer une campagne européenne pour dénoncer la construction de l'Europe forteresse, exiger la fermeture des camps de rétention (existant sous différents noms, mais dont le principe et la fonction sont identiques), l'ouverture des frontières, revendiquer la libre circulation des hommes, des femmes et des idées, et pour dire fortement c'est à la misère qu'il faut s'attaquer, pas aux immigrés.
 

Jicé - No Pasaran !


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