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mouvement des sans-papiers

Lettre ouverte
à Mario Gotto
du Mouvement National pour la Régularisation des Sans-papiers.

Mario. Je me permets cette familiarité car nous nous sommes déjà rencontrés à l'église du Béguinage. Je préparais la soupe pour les occupant(e)s, le premier jour de l'occupation, et depuis, je leur rends une visite quasi quotidienne.

Au préalable, une petite mise au point, en guise de réflexion. Selon Pessoa, l'anarchiste est "un révolté contre l'injustice des inégalités sociales dès la naissance - au fond, un anarchiste n'est que cela...". Et non, un fauteur de trouble, poseur de bombe, le couteau entre les dents, comme le langage courant le caricature.

Je suis donc à l'église du Béguinage depuis le premier jour de l'occupation, et n'en décolle plus.

Très vite il m'est apparu très clairement (avant ma venue j'ignorais tout des illégaux), qu'il y avait des catégories différentes de sans-papiers, pour schématiser : les régularisables et les irrégularisables. Soutenues par de nombreuses associations, les premières occupations d'églises étaient le fait de déboutés du droit d'asile, de régularisables. Leurs revendications étaient articulées selon des axes / critères qui ne sont pas très éloignés de la ligne de conduite que s'est fixée le gouvernement et qui a été formalisée par la circulaire du Ministre de l'Intérieur de la mi-décembre 1998 (épurée de son langage administratif mais sans aucune nouveauté, innovation ni souplesse).

Dès l'origine de l'occupation, j'ai donc assisté au rejet, à l'intérieur de l'église, des "irrégularisables" par les "occupant(e)s de droit", les "régularisables". Il s'agissait donc de ce combat-là.

À Bruxelles, le mouvement a grandi, s'est amplifié et des "sans-papiers irrégularisables" ont investi, à leur tour, l'église du Béguinage.

Des confrontations eurent lieu. Bien évidemment les sans-papiers ont vite compris ce qui se passait réellement et la scission du mouvement, qui menaçait depuis longtemps, éclata lors de la sortie de la circulaire ministérielle le 15 décembre 1998.

Mettre la responsabilité de la scission du mouvement sur le dos du Collectif contre les expulsions est maladroit, malhonnête et irresponsable.

Le Mouvement National pour la Régularisation des sans-papiers et le Ciré, de par les subsides publics qu'ils reçoivent, ne peuvent, en aucun cas, assumer d'autres revendications que celles tolérées par le pouvoir subsidiant. Il suffit pour s'en convaincre d'analyser la prétendue indépendance/autonomie que chacune de ces associations revendique. Elle est illusoire.

En vertu de la transparence tant réclamée dans notre société, il eut mieux valu énoncer clairement la nature du Ciré et du MNRSP (ce dernier fut particulièrement maladroit lorsqu'il choisit comme logo, sans-papiers). C'était tromper les personnes concernées.

D'autre part, prétendre " ... que la circulaire c'est déjà ça, que le combat continue mais que le Ciré ne peut rien promettre..." ressemble étrangement au discours du consensus mou que pratiquent couramment les hommes politiques.

Actuellement, à l'intérieur de l'église du Béguinage, des hommes s'affrontent, en viennent aux mains, se menacent mutuellement de mort, se volent les uns les autres, se haïssent. C'est cela, la réalité !

Votre responsabilité est d'apaiser le climat en énonçant clairement la position des associations subsidiées tout en permettant aux collectifs de soutenir ce qu'il est convenu d'appeler les "irrégularisables".

Une autre piste d'action éventuelle à l'intérieur des associations subsidiées (dont le travail est nécessaire) est de proposer au gouvernement de revoir sa politique envers l'immigration. Tout étranger ne vient pas chez nous uniquement pour profiter de notre sécurité sociale, il peut aussi travailler et contribuer à l'essor économique du pays, à redresser la pyramide des âges en rajeunissant la population, etc.

Dans une société démocratique et pluraliste, toute forme d'action a droit d'existence lorsqu'elle est en accord avec le respect et la dignité humaine. De plus, nos actions peuvent être complémentaires. Personne ne revendique des associations subsidiées qu'elles entament un combat pour lequel elles sont muselées d'avance.

Il s'agit de mettre l'accent sur cette complémentarité et non d'attiser les conflits et de revendiquer la paternité ou le contrôle d'un mouvement... qui vous échappe.

Les occupant(e)s de l'église du Béguinage méritent cette paix. Leur situation est tellement précaire qu'il est totalement inhumain de continuer à affaiblir leur mouvement par des "combats de chefs" et des manœuvres de récupération.

Je vous livre matière à réflexions. J'y réfléchis aussi.

Dominique



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