SANS-PAPIERS


Réponse ouverte
à Domnique...

Chère Dominique.
Je me permets également cette familiarité
et je me rappelle bien de la soupe
des premiers jours qui était délicieuse.

Je prends le temps nécessaire à te répondre car enfin, j'ai quelqu'un qui m'interpelle avec des questions et en direct. Jusqu'à présent, j'entends beaucoup de rumeurs qui circulent à propos du Mouvement National ou de moi-même sans savoir très bien d'où elles viennent ni si elles sont toutes réelles et à toutes ces rumeurs, j'ai toujours répondu que j'attendais que les gens qui les lançaient viennent m'en parler.

Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme de dialogue et ouvert à tous. Je ne sais pourquoi tu me donnes la définition de ce qu'est un anarchiste, en tout cas je me retrouve tout à fait dans cette définition de Pessoa. J'ajouterai pour ma part qu'un anarchiste est aussi un homme libre et indépendant.

Je ne considère donc pas les anarchistes comme des poseurs de bombes, le couteau entre les dents.

Moi-même, je me considère comme un fauteur de troubles si ce terme veut dire que ça remet en question les politiques menées.

Bref, ceci pour te dire que sur le plan philosophique, je n'ai aucun a priori et suis ouvert à tout et à tous.

Ceci étant dit, je réponds aux différents points de ta lettre.

1. Je refuse ta schématisation des catégories de sans-papiers et, entre autres, la distinction que tu fais entre régularisables et irrégularisables. Pour moi cette distinction n'existe pas, elle est dangereuse et risque de conduire à la division des sans-papiers.

2. Si tu penses que les axes du Mouvement ne sont pas très éloignés de la position du gouvernement et de la circulaire, c'est que soit tu ne connais pas la position du Mouvement soit tu ne connais pas la circulaire.

Nous avons condamné cette circulaire qui ne répond en rien à la situation des sans-papiers et en rien aux revendications du Mouvement. Je te renvoie pour cela au communiqué du Mouvement paru dans différents journaux et que tu peux trouver sur notre site Internet.

3. Il est clair que depuis le début de l'occupation du Béguinage, il y a eu des conflits, des tensions et des rejets entre occupants, je ne crois pas que ces tensions s'expliquent par les deux catégories dont tu parles.

J'ai considéré ces tensions au début comme normales. Elles sont dues, en tout premier lieu, au fait qu'il a fallu aux sans papiers pour se connaître, s'organiser et cela a été très difficile. Que le public des occupants a été en constante évolution. Qu'il a fallu du temps pour qu'un noyau de leaders se constitue et soit suffisamment solide et reconnu pour structurer un minimum tant l'occupation, que les activités à l'intérieur de l'église ou à l'extérieur.

J'ai espéré que cela allait s'organiser petit à petit et se consolider. J'essaye depuis une dizaine de jours de pousser au dialogue entre les différents groupes, tendances ou leaders en essayant que le comité des sages, élu par l'ensemble des occupants, puisse intégrer les différentes parties et nationalités. J'ai proposé que si un arbitrage était nécessaire à certaine moments, j'étais prêt à le faire ainsi que le curé de la paroisse.

4. Certains me disent que cette scission est due au CCE. Je ne le crois pas. Je crois que les causes sont plus profondes. Je pense aussi que certains jeunes (que j'ai vues) exacerbent parfois les conflits avec des slogans et des fantasmes sur certains porte-paroles de l'église ou sur le Mouvement.

Je pense que toute personne extérieure, tout sympathisant devrait se contenter de pousser au dialogue plutôt que de jeter de l'huile sur le feu.

Donc, si tu penses que c'est moi qui mets ces problèmes sur le dos du CCE, c'est une mauvaise information, mais il est vrai que j'ai eu quelques altercations avec des jeunes, membres du Collectif contre les expulsions, dont j'ai considéré que les propos et l'attitude créaient la confusion et la division.

5. Quand tu dis que le Ciré/Mouvement est lié par ses subsides et ne peut condamner le gouvernement, c'est un jugement qui est faux. Nous ne nous sommes jamais tus sur quoi que ce soit par peur de perdre des subsides. Il suffirait que tu lises le communiqué que nous avons fait après la publication de la circulaire et je pourrais de plus te raconter les conflits que nous avons de façon permanente avec les autorités.

De plus, je crois que le travail que nous avons fait pour le développement du mouvement actuel répond de lui-même à cette question.

6. Nous n'avons jamais dit que La circulaire, c'est déjà ça. Nous avons condamné cette circulaire. J'ai présenté la position du Mouvement à l'église du Béguinage en disant trois choses...

- Ne pas se décourager mais prendre acte que notre combat sera long et qu'il faut donc le structurer pour qu'il dure.

- Montrer que cette circulaire ne répond pas à la situation des gens en introduisant les dossiers et en dénonçant les résultats (ou les non-résultats).

- Que la seule victoire actuelle était la large mobilisation qui s'était créée autour des sans-papiers et qu'il fallait élargir cette mobilisation et consolider le Mouvement.

7. Il n'y a pas une position des organisations subsidiées. Il y a une position du Mouvement et de la centaine d'organisations qui le composent.

Je ne vois donc pas en quoi nous devrions permettre ou ne pas permettre au Collectif de soutenir les "irrégularisables". Le Collectif fait ce qu'il veut (j'apprécie d'ailleurs tout le travail fait par le collectif et je l'ai écrit dans mon livre). Je suis prêt à dialoguer avec le collectif. Mais pour nous, cette distinction entre "régularisables" et "irrégularisables" n'existe pas. Nous soutenons tous les sans-papiers et ils sont tous potentiellement régularisables. Nos quatre axes les concernent tous avec des modalités propres aux différentes situations et je suis prêt à en discuter avec n'importe qui.

Je pense que le problème que sous-tend notre débat est une question d'efficacité et de stratégie. Je pense qu'un mouvement social qui veut aboutir et entraîner l'opinion (seul moyen de forcer les politiques à répondre aux revendications) doit avoir un discours qui va au-delà du simple slogan. Sans cela, le Mouvement éclate, n'entraîne pas l'adhésion, n'est pas un interlocuteur et finit par perdre.

De plus, les politiques ont alors beau jeu de dire Nous avons répondu à notre manière à la question posée. Le MNRSPR peut aujourd'hui dire Non parce que ce qu'il propose n'est pas rencontré par la circulaire.

8. Je suis tout à fait d'accord qu'il faut ouvrir un débat plus large sur l'immigration et nous nous y employons en interne pour le moment. Il faudra à mon avis un certain temps pour y arriver.

Mon avis personnel est qu'aujourd'hui il y a une non politique d'immigration, qu'il faut ré-ouvrir l'immigration tout en la régulant. Je pense que des tas de pistes sont possibles, qu'il importe de réfléchir et de faire des propositions pour ouvrir ce débat.

9. Bien sûr que toute forme d'action a le droit à l'existence, je pense que les actions du Collectif ont été bénéfiques pour tout le monde et ont permis l'éveil de l'opinion. Je crois aussi qu'elles sont complémentaires. Mais je répète que tu te trompes en pensant que les organisations subsidiées sont muselées.

Le problème n'est pas là. Le problème est : quelle stratégie pour obtenir et aboutir à la régularisation des sans-papiers.

Le Mouvement est en train d'élaborer son plan d'action sur base de l'évaluation des forces actuelles. Il faudra une phase de consolidation du mouvement actuel, de l'opinion, des sympathisants, une autre phase de réflexion plus large et plus approfondie et une phase d'action plus forte et plus importante.

Les grandes pistes sont tracées et seront discutées en Assemblée Générale le 25 janvier. Pour ma part, je suis persuadé que nous finirons par obtenir gain de cause pour les sans-papiers et que si nous gagnons cette bataille nous serons plus forts pour en gagner d'autres (je pense entre autres à la suppression des centres fermés).

Je suis tout à fait prêt à en discuter et à expliquer tout cela plus en détails.

Nos efforts doivent également porter sur l'aide à l'auto-organisation des sans-papiers tant dans les églises qu'au niveau national. Les sans-papiers dans leur majorité ne veulent pas définir des modalités de régularisation mais revendiquent Des papiers pour tous les sans-papiers résidant en Belgique. Je les comprends et je trouve ce mot d'ordre légitime, le Mouvement est d'accord avec cela et continuera à les soutenir en leur demandant d'essayer d'avancer dans leur propre organisation et leur propre expression.

J'espère que tu comprendras que je suis loin des combats de chef dont tu parles, que ce qui me préoccupe c'est de préserver le combat collectif et l'aboutissement de ce combat.

Et si la condition première de tout combat est la révolte face à l'injustice, la réussite de ce combat comporte bien plus d'exigences qu'il nous incombe de réunir.

Bien à toi.

Mario Gotto

LA SUITE DU DEBAT

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