alternative libertaire 215

24 AVRIL 1999
Centre Social Bruxelles
Septième Camp'anar

RUPTURES !

Collectif Sans Nom, Collectifs contre les expulsions, Collectifs sans ticket, Collectifs de chômeurs... par-delà la diversité des dynamiques et des champs d'intervention, la "génération collectifs" partage et propage un arrière-fond commun, une quasi-culture de la résistance, ancrée dans le souci permanent de la rupture.

Rupture avec l'emprise et la légalité des maîtres (qu'ils soient maîtres du sol, du temps, de l'information, des concepts...). Rupture avec les normes imposées, par la mise en œuvre du principe d'autonomie (capacité à élaborer ses propres règles).

Rupture aussi, par là-même, avec des schémas et des postures classiques du militantisme : la distinction commode entre "réformiste" et "révolutionnaire", l'importance accordée au critère quantitatif (et à ses objectifs dérivés, les "mobilisation", "plate-forme" et autre "fédération"), la subordination à l'"agenda des dominants" (échéances électorales, votes parlementaires, sommets européens et cie), la conception publicitaire de l'engagement (axée sur le fantasme du "travailleur moyen" ou du "chômeur type" à conquérir), l'embourbement dans le discours de la complexité et l'impératif de l'approche "globale"...

Car cette série de ruptures se veut toujours déjà ouverture, ouverture d'autres possibles humains au quotidien, brèche ménagée ici et maintenant, dans notre environnement immédiat (l'immeuble d'à côté, le bureau de chômage, le transport en commun...), par un acte somme toute mineur, anodin même (entrer dans un bâtiment abandonné, montrer une carte de transport, ouvrir un grillage...), un acte extérieur au profil militant ou à la perspective rédemptrice d'un autre futur ("global", "alternatif", "révolutionné"...).

Pour reprendre le titre de l'article publié en page 5, le "carrefour des luttes" permanent des collectifs et du Centre social nous rappelle que, nécessairement, résister, c'est créer.

Attentisme

Les réactions le plus couramment enregistrées dans le milieu libertaire face à cet "autre" visage des luttes relèvent quasiment toujours de la franche sympathie voire du soutien direct... mais s'accompagnent aussi parfois de réserves et de soupçons sur la "consistance" de ces initiatives : Combien de temps cela durera-t-il ?!, Sont-elles porteuses d'une alternative globale de société ?, Sont-elles assez "radicales" ?, Valent-elles pour d'autres que ceux qui les lancent ?, etc.

Autant de questions ou de considérations qui paraissent témoigner d'une forme d'anxiété, d'inconfort... et qui semblent presque ramener le choix en faveur d'une organisation proprement anarchiste à une recherche de sécurité (le besoin d'un "ancrage identitaire") et d'apaisement intellectuel (pouvoir imaginer ensemble ce que nous promet la "société libertaire").

Renforcer le mouvement

L'engagement anarchiste ne peut cependant être assimilé, loin s'en faut, à une "profession de foi" stérile, encore moins à une fixation organisationnelle. Ne donne-t-il pas sa pleine mesure, lui aussi, au quotidien, dans l'épaisseur du présent, au travers de principes et de pratiques semés à tous vents, plus que dans l'étroitesse d'un hypothétique "meilleur des mondes" accessible aux convertis...

La vigueur de la perspective libertaire et la multiplicité actuelle des approches qui s'en réclament (anarchisme "spécifique", anarcho-syndicalisme, municipalisme libertaire...) doivent nous permettre d'accueillir toute forme de démarche avec l'assurance nécessaire à l'évolution, au métissage... tant il est vrai qu'une identité s'affirme à l'épreuve de la différence.

Voilà en tout cas l'optique dans laquelle nous proposons d'aborder ce septième camp'anar : tenter d'approfondir la confrontation des pratiques et des spécificités des participants, afin que chacun puisse dégager de la rencontre de quoi renforcer ses propres projets, de quoi raffermir les résistances qu'il développe.

Poursuivons le débat

Les échanges en la matière n'ont pu être qu'entamés au cours du camp'anar d'octobre 98 à Tournai, et pourtant, chose en fin de compte assez rare, un réel débat en était sorti. L'Union Locale bruxelloise de la Coordination Autonome des Travailleurs vous invite cordialement à remettre le couvert le samedi 24 avril, dans le seul cadre incontournable en l'occurrence : celui du Centre social.
 

Union locale bruxelloise de la CAT




 

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