alternative libertaire 215

NOUVELLES DU FRONT / SANS-PAPIERS...

Les occupations continuent

Ce ne sont plus que les églises qui sont investies.
Élargissons le mouvement !

Église du Béguinage,
l'occupation continue

Après la publication de la circulaire gouvernementale, le 15 décembre dernier (ndlr : vois AL214), les occupants de l'église du Béguinage ont décidé de maintenir l'occupation et les actions puisque le texte du Ministère de l'intérieur ne changeait rien à la politique gouvernementale et que nos exigences n'étaient pas rencontrées.

Le Mouvement National pour la régularisation des réfugiés et des sans-papiers a soutenu cette décision et a considéré que l'occupation du Béguinage devait servir de repère aux sans-papiers.

Les porte-paroles des autres églises et édifices occupés en Belgique ont déclaré devant la presse, début janvier, que les occupations devaient s'arrêter, créant ainsi un fossé entre la base des sans-papiers qui souhaitaient suivre l'exemple de Bruxelles et donc maintenir les occupations. Ces porte-paroles, souvent avec leurs papiers, ont tenté de monter un groupe qu'ils ont nommé Coordination nationale des sans-papiers avec comme stratégie l'évacuation des églises, laissant ainsi les sans-papiers qui résistaient dans les églises dans le désespoir.

Les occupants de l'église du Béguinage dénoncent cette manière de créer un "squat" pour des gens qui tentent de faire du commerce politique sur le dos des sans-papiers et considèrent qu'une réelle coordination ne se fait qu'avec les délégués désignés par les sans-papiers qui occupent les églises, dans le but de s'organiser au niveau national pour obtenir une régularisation, de tous les sans-papiers.

Pour l'instant, il n'y a pas de coordination crédible en Belgique.

Les occupants du Béguinage ont achevé leur structuration interne et comptent dorénavant lancer un plan d'actions intense en vue d'une régularisation massive et sans con-dition des sans-papiers.

Nous soutenons tous les sans-papiers qui occupent quelque lieu que ce soit et nous comptons créer avec eux une coordination sérieuse en vue de mieux organiser et structurer notre lutte.

Nous continuons notre combat, en voulant étendre le mouvement. Une occupation partielle (une quinzaine de sans-papiers) débutera le 1er mars à l'Université Libre de Bruxelles, pour trois semaines, afin de mobiliser les étudiants. Une marche nationale des sans-papiers est organisée pour le dimanche 28 mars à Bruxelles.

Notre lutte continue ! Nous sommes déterminés à obtenir la régularisation de tous les sans-papiers.

Comité de
Coordination des sans-papiers
Le 18 février 1999
Antoine Kalubi 0477/988.224
Mohammed Chouitari 0496/211.545

 
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À Verviers, la Vesdre
n'en finit pas de couler brune

Ce 26 janvier, le bourgmestre social-chrétien de Verviers, Jean-Marie Raxhon, permet l'arrestation de deux sans-papiers par la police communale verviétoise, dans le plus pur style gestapiste !

Le 23 janvier, Ibrahim et Ali reçoivent une convocation les invitant à se présenter au commissariat de police. Motif de la convocation : régularisation. Enfin, ils vont avoir des papiers et vivre comme tout le monde ! Ibrahim Alkaya est Kurde et vit en Belgique avec sa femme et son fils depuis plus de six ans. Ali Ahmed, de nationalité pakistanaise, est, quant à lui, ici depuis 1984. Tous deux ont toujours respecté les lois de leur pays d'accueil et n'ont jamais commis aucune infraction à la législation belge.

Le mardi 26 janvier, c'est donc le cur plein d'espoir que les deux sans-papiers se rendent au commissariat où ils sont immédiatement arrêtés et envoyés à la prison de Merkplas, le centre fermé pour réfugiés, à Anvers !

Dès le lendemain de l'arrestation, une manifestation est organisée à 15 heures par les sans-papiers verviétois et le Collectif Droit d'asile. Elle réussit à rassembler une centaine de personnes devant l'Hôtel de Ville, et cela malgré l'heure inadéquate pour ceux qui travaillaient, le manque de temps pour appeler à la mobilisation, et la pluie qui n'a pas manqué au rendez-vous.

Une délégation d'une dizaine de personnes a été reçue par le bourgmestre. Le porte-parole des manifestants a exprimé son indignation face à ces procédés inacceptables. Jean-Marie Raxhon a reconnu mollement un certain manque de loyauté dans la procédure, en promettant de veiller à ce que le motif des convocations soit, à l'avenir, plus clair. On lui fit alors remarquer que, comme bourgmestre, et par conséquent chef de la police, ce sont ses policiers qui ont arrêté Ibrahim et Ali. Le bourgmestre se contenta de répondre qu'il n'a fait qu'obéir aux ordres du Ministère de l'Intérieur (Maurice Papon, qui déportait les Juifs pour le compte des Nazis sous l'occupation, a utilisé, lui aussi, le même moyen de défense, lors de son procès, il n'y a pas encore si longtemps !). Lorsque l'on demanda à Jean-Marie Raxhon d'avoir le courage de prendre ses responsabilités, comme savent le faire d'autres bourgmestres, et de ne pas céder aux injonctions du Ministère de l'Intérieur, il déserta brutalement la réunion pour ne plus reparaître.

De telles méthodes et de telles attitudes sont typiques des dictatures. Ainsi, le fascisme ne se contente plus de rester devant nos portes, il entre carrément dans notre quotidien. Il s'y infiltre sournoisement à travers les failles que lui offre notre manque de méfiance face au regain d'un certain populisme réactionnaire, qui encourage ce type de comportement.

Comme à la sinistre époque du régime nazi, les autorités et les forces de l'ordre se sont donc (re)mises au service de l'abjection. Et cette fois, on ne pourra pas prétendre qu'on ne savait pas. On a beau dire que l'Histoire ne se répète pas, il semble cependant qu'elle a tendance à bégayer fâcheusement. Alors qu'on vient de fêter les 50 ans des Droits de l'Homme, l'actuelle politique menée par les autorités du Royaume présente, en effet, de plus en plus d'inquiétantes similitudes avec celle qui était menée à la fin des années trente et au début des années 40. Le camp de Breendonck et la caserne de Malines où étaient emmenés les déportés juifs et politiques sont aujourd'hui remplacés par la prison de Merkplas et les centres fermés de Steenockerzeel ou Vottem...

Après la manifestation du mercredi 27 janvier et suite aux relations crispées entre les sans-papiers et le bourgmestre en raison de son attitude bureaucratique, ce dernier a rédigé une lettre à l'attention du Ministre de l'Intérieur dans laquelle il dit regretter d'avoir été tenu, par devoir de soumission aux autorités fédérales, de procéder à l'arrestation de personnes, qui, par leur dignité et leur calme, démontrent qu'elles se sont intégrées. Il demande également la régularisation des deux sans-papiers arrêtés. Cette réaction, pour le moins paradoxale, permet de mesurer le degré d'hypocrisie que peuvent atteindre certains professionnels de la politique.

Mardi 3 février, La Chambre du Conseil a rendu une ordonnance de remise en liberté des deux personnes arrêtées, estimant que la privation de liberté n'était pas justifiée. Néanmoins, cela n'exclut pas pour Ibrahim et Ali, l'ordre de quitter le territoire, la Chambre du Conseil n'étant habilitée à se prononcer que sur leur détention et non sur leur expulsion qui, elle, relève de la compétence exclusive de l'Office des Étrangers. Ce dernier a d'ailleurs aussitôt fait appel, à l'encontre d'Ibrahim, le ressortissant kurde. Est-ce une démarche dictée par la position politique de la Belgique vis-à-vis de la Turquie (on sait que l'Etat belge entretient d'excellentes relations avec la dictature turque, en guerre contre les Kurdes) ? Ou serait-ce parce que six années passées sur le territoire belge avec une femme et un enfant ne constituent pas une période suffisante pour motiver une régularisation ?

En attendant, Ibrahim Alkaya est toujours à la prison de Merkplas. La Chambre des Mises en Accusation du Palais de Justice de Liège, qui devait décider de son sort le mardi 16 février en appel, a confirmé son maintien en captivité. À l'heure où les militants kurdes du PKK occupent les ambassades dans presque toute l'Europe, on ne peut guère espérer d'issue favorable à la situation dramatique d'Ibrahim. Et merde ! Nous entrons dans des temps bien sinistres...

Gun
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À Charleroi...

Après deux mois d'occupation de la Basilique, et face au bourbier institutionnel, les sans-papiers de Charleroi ont choisi de faire appel aux associations et aux citoyens qui les soutiennent tout en disant stop à la violence de l'État. Violence qui se manifeste tant vis-à-vis des sans emploi, des sans-abri que des sans-papiers. À tous, nous demandons de continuer à s'impliquer à divers niveaux pour faire aboutir la juste cause de tous "les sans" et en particulier dans celle des sans-papiers parce qu'ils sont les plus faibles.

C'est pourquoi, aujourd'hui, nous pouvons vous annoncer - Le déménagement de la Basilique à la Maison de la Laïcité depuis le mercredi 10 février - Une exposition photos qui retrace l'histoire de notre lutte et de ceux qui l'ont soutenue. Elle se tiendra jusqu'au 5 mars - Nous lançons, dès à présent, une campagne de parrainage de sans-papiers - Une manifestation sera organisée début mars à Charleroi.
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Comité Charleroi
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