LA TENDANCE LIBERTAIRE DES VERTS
PREND SON AUTONOMIE

 
Ecologie sociale


Lors de la dernière AG des Verts français,
la tendance Écologie Sociale
a décidé de rompre avec le parti
et de créer un mouvement autonome.
Explications.

Il y a une vie après les Verts

Interview de Philippe Boursier (l'un des quatre porte-parole nationaux des Verts français) repiquée dans l'hebdomadaire Rouge et Vert, le journal des Alternatifs du 18 décembre 1998.

- À l'ouverture du Congrès des Verts, tu as annoncé ta décision de quitter le mouvement, peux-tu nous résumer les principales raisons de ce choix ?

Je crois qu'il est aujourd'hui indispensable que des voix s'élèvent pour dire clairement que la "gauche plurielle" conduit une politique néo-libérale et productiviste. Si nous avions affaire, avec Lionel Jospin, à une équipe lente à réformer la société française - de celles qui ne vont pas assez vite, pas assez loin - je me ferais sans doute l'avocat d'un contrat avec elle. Mais ceux qui s'imaginent vibrionner autour de sociaux-démocrates classiques n'ont pas pris la mesure du formidable mouvement de conversion des élites françaises au néo-libéralisme qui a marqué les années 80. Quinze jours après sa nomination comme premier ministre (2 juin 1997) au terme d'une campagne où il avait suggéré qu'il renégocierait le pacte de stabilité, Jospin déclarait son profond attachement à la monnaie unique, déclaration à laquelle la Conférence d'Amsterdam donnait tout son sens. Puis vint Renault-Vilvorde, et la première ouverture du capital de France Télécom. Depuis, le gouvernement pluriel a plus privatisé que l'équipe Juppé. Et, c'est dans la même perspective, qu'il justifie désormais le recours aux fonds de pension, après avoir refusé d'augmenter significativement les minima sociaux et enterré la grande réforme fiscale annoncée. Quant à la loi sur les 35 heures, dénuée de garde-fous, elle appelait en filigrane l'usage qu'en ont su faire des employeurs malins: une loi de flexibilité dans la plupart des branches qui jouent en même temps sur la loi et contre la loi.

Cette politique en trompe-l'œil demeure également soumise aux grands lobbies productivistes, bien relayés au sein même du gouvernement. Une fois concédés le holà à l'extension du canal Rhin-Rhône et l'arrêt de Superphénix, Dominique Voynet a dû accepter la reprise des grands chantiers autoroutiers, l'extension de l'aéroport de Roissy, l'autorisation du maïs transgénique, l'élargissement des périodes de chasse, les aides au gazole professionnel des routiers, l'autorisation cet été de deux nouveaux organismes génétiquement modifiés, le chargement au MOX de quatre réacteurs à Chinon... Et désormais, par sa présence au gouvernement, elle cautionne l'enfouissements des déchets radioactifs.

Notre rupture avec les Verts vient enfin du délitement démocratique de ce parti dont la direction a fait le deuil de la politique autrement. Désormais, la préoccupation électorale devient obsessionnelle, on transige sur le cumul des mandats, les instances du mouvement sont le plus souvent court-circuitées, bref, les Verts, totalement pris par la logique de la compétition politique, se conforment au fonctionnement des partis traditionnels. Qui porte encore le projet de participer au jeu politique tout en agissant pour transformer les règles du jeu?

La désignation de Daniel Cohn-Bendit comme tête de liste Verte aux Européennes apparaît symptomatique de cette évolution qu'elle contribue par ailleurs à accélérer. Tout cela, qu'on va à présent justifier au nom du réalisme, participe d'une politique-spectacle qui est le contraire exact du réalisme. Je suis d'ailleurs toujours un peu étonné par l'étonnement dont font preuve aujourd'hui ceux qui déplorent que les députés Verts aient voté pour la révision constitutionnelle ou que Cohn-Bendit explique "savamment" dans les colonnes de Libération qu'il est favorable à l'indépendance de la Banque centrale au nom, dit-il, de la démocratie qui est l'organisation du rapport de forces entre l'économique, la finance et la politique (Libération 2.12.98).

- Quels vont être les choix et les priorités des militant(e)s d'Écologie Sociale dans les semaines et les mois à venir ?

Dans un premier temps, mettre en réseau l'ensemble des militant(e)s et des groupes locaux qui s'associent à notre démarche. La lettre d'Écologie Sociale, qui est diffusée toutes les deux semaines à plusieurs milliers d'exemplaires, en est d'ores et déjà le foyer, comme le confirment les nombreux témoignages de soutien que nous recevons. Par ailleurs, la revue trimestrielle Arguments pour une écologie sociale va paraître sous une forme améliorée: il est fondamental d'approfondir la réflexion à gauche notamment sur la question de l'articulation entre un projet de développement soutenable et la critique de toutes les formes de domination. Cette articulation est au cœur de l'écologie libertaire: contre la logique foncièrement prédatrice du capitalisme, elle vise à instaurer des relations d'équilibre entre les humains et les écosystèmes et une éthique de la solidarité avec les générations futures; contre la délégation de pouvoir, elle prône une pratique anti-autoritaire fondée sur l'autonomie des personnes et l'auto-organisation des mouvements sociaux; contre les différentes formes de domination économique, culturelle, de sexe, etc. Elle vise à redistribuer l'ensemble des ressources permettant l'émancipation de toutes et de tous.

Dans un second temps, Écologie Sociale deviendra un mouvement fédéré. Il est en effet vital que l'écologie critique se donne les moyens d'une expression politique forte et cohérente, alliant la capacité à intervenir dans le jeu politique tout en en transformant les règles et la volonté d'ouvrir un dialogue sans sectarisme mais sans concessions avec l'ensemble des courants soucieux de construire une radicalité plurielle. Car, rompre avec la gauche gouvernementale, ne veut pas dire se replier. Nous voulons ouvrir le dialogue avec une gauche de "gauche", radicale et débarrassée des anciennes phraséologies.

- Plusieurs courants et associations (dont les Alternatifs) aujourd'hui souvent éclatés partagent ce souci de réinventer la gauche pour une alternative radicale au capitalisme et au productivisme. L'heure n'est-elle pas venue d'oeuvrer à leur regroupement ?

Absolument. Je suis convaincu qu'il est désormais possible de constituer à court terme un pôle de radicalité en France. D'abord parce qu'une nouvelle culture de contestation tend à se diffuser, de plus en plus largement, comme en témoigne, par exemple, le succès de journaux engagés comme Le Monde Diplomatique ou celui de la collection Raisons d'agir de Pierre Bourdieu. Ensuite parce que de nouveaux mouvements sociaux ont émergé, depuis 1995, nous sommes, pour ainsi dire, entrés dans un nouveau cycle de luttes sociales. Évidemment, la notion de "cycles" est sociologiquement un peu discutable... Disons que les mobilisations "fonctionnent" pour une bonne part à l'anticipation des chances de réussite de l'action collective. Après la traversée du désert des années 80, on voit bien aujourd'hui que, sur de multiples scènes, les acteurs sociaux prennent conscience que des conquêtes collectives sont possibles. Il faudrait faire preuve d'une grande cécité pour ne pas voir que nous sommes aujourd'hui dans une période d'effervescence sociale, de montée des mobilisations dans de multiples secteurs : jeunes scolarisés, chômeurs et précaires, entreprises publiques, etc.

Je crois d'ailleurs que cette montée des mobilisations est, en partie, un effet non voulu de la massification scolaire. L'institution scolaire produit, en effet, chaque année, un peu mécaniquement, des générations de diplômés prompts à se saisir des ressources critiques acquises au cours de la scolarité. Les jeunes salariés ou demandeurs d'emploi frustrés dans leurs attentes prennent appui sur les ressources d'une culture générale acquise durant leur trajectoire scolaire, plus longue que celle de nombre de leurs aînés, pour y puiser les éléments d'un regard critique sur le monde social, de même qu'ils y trouvent les ferments d'une critique de l'exploitation des écosystèmes par le productivisme dominant (le développement assez fulgurant de formes de lutte donnant beaucoup de place à la contre-expertise - je pense par exemple à l'association ATTAC et au mouvement de résistance à l'AMI - n'est-il pas révélateur de la manière dont une nouvelle génération de militant(e)s invente une nouvelle radicalité?). Par ailleurs, un militantisme homosexuel s'est reconstitué autour de la solidarité avec les victimes du HIV, et élargit ses thématiques comme ses techniques de lutte, à l'instar d'Act-Up. Enfin, les luttes des femmes en tant qu'instruments de la critique de la domination masculine ont fait l'objet de redéfinitions pratiques et théoriques.

La conjonction de cette nouvelle culture de contestation et de ce nouveau cycle de luttes sociales dessine un espace politique pour l'heure inoccupé. Des gens venus d'histoires très diverses - libertaires, écologistes, chrétiens progressistes, marxistes "rénovés"... - regardent aujourd'hui dans la même direction. Que manque-t-il à cet espace et à cette force en devenir ? D'une part, des jalons pour un programme, car la culture de contestation a aujourd'hui les moyens de se faire pragmatique et propositionnelle. D'autre part, une mise en réseau et une mise en mouvement. Sans doute faut-il penser, dès à présent, des formes d'organisation confédérales permettant, à terme, de construire une sorte de confédération de la gauche et de l'écologie radicales.

Extrait de l'hebdo des Alternatifs
Rouge et Vert (18.12.98)

MORCEAUX CHOISIS DE LA LETTRE DE L'

ECOLOGIE SOCIALE


Écologie libertaire

- Libertaire et antilibérale, l'écologie sociale fait le lien entre la critique de toutes les formes de domination et l'idée du développement soutenable.

- Contre la logique foncièrement prédatrice du capitalisme, elle vise à instaurer des relations d'équilibre entre les humains et les écosystèmes et une éthique de la solidarité avec les générations futures.

- Contre la délégation de pouvoir, elle prône une pratique anti-autoritaire fondée sur l'autonomie des personnes et l'auto-organisation des mouvements sociaux.

- Contre les différentes formes de domination - économique, culturelle, de sexe etc. -, elle vise à redistribuer l'ensemble des ressources permettant l'émancipation de toutes et de tous.

Aujourd'hui un réseau

Notre objectif immédiat: mettre en réseau l'ensemble des militant(e)s et des groupes locaux qui se reconnaissent dans une perspective d'écologie sociale. La lettre d'Écologie Sociale, qui est diffusée toutes les deux semaines à plusieurs milliers d'exemplaires, en est d'ores et déjà le foyer, comme le confirment les nombreux témoignages de soutien que nous recevons.

La Lettre d'Écologie Sociale rassemble de façon synthétique la contre information, la présentation d'outils critiques et l'élaboration de propositions concrètes.

Demain un mouvement

En 1999, Écologie Sociale deviendra un mouvement fédéré. Il est, en effet, vital que l'écologie critique se donne les moyens d'une expression politique forte et cohérente, alliant la capacité à intervenir dans le jeu politique tout en en transformant les règles et la volonté d'ouvrir un dialogue sans sectarisme mais sans concessions avec l'ensemble des courants soucieux de construire une radicalité plurielle.

ecologie.sociale@wanadoo.fr

Mettre
en mouvement l'écologie radicale

Le sursaut espéré n'a pas eu lieu. Avec plus de 67% des votes en faveur de la majorité et 23% seulement à la minorité (le texte de Françoise Duthu, à 10%, ayant surtout cristallisé les humeurs de "majoritaires" déçus), l'assemblée générale décentralisée du 25 octobre a entériné la stratégie conduite par Dominique Voynet depuis deux ans.

C'était malheureusement prévisible. Le mouvement Verts s'est certes étoffé, mais souvent en direction de notables issus de Génération Écologie qui ont contribué à recentrer ses positions tout en altérant ses pratiques : il n'est qu'à voir dans le sud, les partisans d'un maire rallié affréter un car pour amener voter à l'AG la clientèle de leur champion, dont des employés de la municipalité.

Quant aux positions du mouvement, que deviennent-elles au gré de nos relations avec nos "partenaires" de la majorité ? La tendance au gauchisme verbal ne trompe plus personne ; mais elle accompagne doucement, comme un chant funèbre qui s'ignore, l'alignement du mouvement sur la politique unique de Lionel Jospin, sur ce libéralisme dénié qu'incarne Daniel Cohn-Bendit, et qui se paie d'effets de manche et de coups de gueule pour se donner un air contestataire sans s'inquiéter de ses incohérences.

Pour tous ceux qui sont attachés à une écologie radicale et réaliste, libertaire et pas libérale, l'erreur serait aujourd'hui de rester sur une posture défensive, d'atténuer leur désaccord avec "la ligne du parti" . La lettre d'Écologie Sociale sera un moyen, parmi d'autres, de travailler en réseau horizontalement, face aux tendances hiérarchiques de plus en plus pesantes de l'appareil Vert. Un moyen de redonner du mouvement à l'écologie politique radicale. Et c'est bien cette mobilisation qui est à construire aujourd'hui.

Ecologie Sociale
 


Ecologie sociale

c'est parti !

Nombreux sont les citoyens qui aspirent à une radicalité réaliste. Et ce n'est pas la "gauche plurielle" qui va la leur apporter comme l'actualité récente l'a, une fois encore, démontré. En quelques semaines, le gouvernement a différé la réforme de la taxe d'habitation, proposé une réforme de l'audiovisuel ménageant les intérêts des grands groupes privés, reculé sur le PACS, renoncé à faire voter une loi contre les licenciements, raidi sa position sur les sans papiers, relancé le viaduc de Millau... Comment peut-on encore accorder quelque crédit à gauche à une équipe qui, comme le rappelle utilement le Canard Enchaîné, aura, en fin de compte, plus privatisé que les gouvernements Chirac, Balladur et Juppé réunis?

Il y a décidément urgence à faire du neuf. À présent qu'est consommée notre nécessaire rupture avec la direction des Verts et avec la gauche plurielle, c'est la construction d'un autre espace politique qui mobilise nos énergies. Écologie Sociale est aujourd'hui un réseau, ce sera demain un mouvement.

Un réseau, car il est vital de mettre en relation tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans une perspective d'écologie libertaire. Cette lettre en est d'ores et déjà le foyer, comme le confirment les nombreux témoignages de soutien que nous avons reçus. La Lettre d'Écologie Sociale continuera d'allier, de façon synthétique, la contre information et la présentation d'outils critiques, ainsi que l'élaboration de propositions concrètes. Et la revue Arguments approfondira la réflexion sur les sujets qu'on ne peut traiter en une demi-page dans ces colonnes, et s'efforcera d'avancer dans le débat et la confrontation d'idée des éléments de programme.

Un mouvement, car il est également vital que les militant(e)s et les groupes se reconnaissant dans l'écologie sociale se donnent les moyens d'une expression politique forte et cohérente, alliant la capacité à intervenir dans le jeu politique tout en en transformant les règles et la volonté d'ouvrir un dialogue sans sectarisme mais sans concessions avec l'ensemble des courants soucieux de construire une radicalité plurielle.

Philippe Chailan
Ecologie Sociale


 

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