alternative libertaire 215

SECTE
Le Mouvement
Humaniste

Son histoire, son gourou,
son développement en Belgique...

Généralement, quand vous voulez parler de sectes ou de mouve- ments sectaires, la première réaction de votre interlocuteur, une fois le mot "secte" prononcé, est un amusement assaisonné de scepticisme.

De la même manière que certains sont convaincus qu'il existent de nombreux complots derrière la façade d'honorabilité de la Belgique, de mon côté, je suis convaincu que derrière le groupe connu sous les nom de Parti Humaniste (PH) ou de Mouvement Humaniste se cache une structure sectaire. Je fonde cette conviction sur toute une série d'informations dont cet article est la synthèse.

Évidemment, il faudrait s'entendre sur la définition d'une secte, ce qui n'est pas évident. On peut trouver des exemples de définition intéressants dans les textes des différentes commissions parlementaires qui se sont intéressées à ce sujet. Par exemple le point de vue exprimé par Anne Morelli : les religions sont des sectes qui ont réussi (1). Plus concrètement, dans le rapport de la commission d'enquête du parlement belge sur les sectes, on relève deux définitions données par Julia Nyssens, présidente de l'ADIF (2).

Sur le plan sociologique: Un groupe sectaire est celui qui suit un chef, lequel prétend avoir la vérité et le salut. L'ensemble agit dans l'intérêt du chef et de ses assesseurs, et il n'y a pas de recours externe.

Sous l'angle juridique: Il s'agit d'un groupe qui, au nom d'une loi fondamentale, d'une liberté, viole toutes les autres lois, les droits de l'homme et les conventions internationales (3).

Mon intérêt pour les agissements du Mouvement Humaniste date du début des années 90. J'avais été approché, à l'époque, par des recruteurs de Mouvement selon la procédure décrite plus loin. Pendant quelques semaines je me suis laissé séduire par le projet affiché par le Mouvement. Mes problèmes personnels, liés à la vie familiale et d'étudiant, m'incitaient à rechercher de nouveaux repères, et le Mouvement voulait me les fournir... Toutefois, tout en me reconnaissant dans les objectifs affichés du Mouvement, ses pratiques m'en éloignèrent rapidement. Je pense entre autres aux exercices psycho-physiques et de relaxation en groupe qui prenaient une place importante dans les activités du groupe, mais aussi au travail de prosélytisme auquel nous étions invités à participer avec insistance, que ce soit dans la rue ou dans notre entourage direct (famille, amis). Apparemment, c'était par ces deux types d'activités que nous allions rendre le monde plus humain...

Ce n'est que quelques années plus tard, qu'un article sur le Mouvement Humaniste me fit réaliser que derrière leur projet de façade se cache une structure qui possède la plupart des attributs d'une secte.

Depuis, j'ai eu l'occasion de re-croiser le Mouvement Humaniste à plusieurs reprises, dans différents milieux militants de Bruxelles qu'ils essayent, selon moi, d'infiltrer afin d'exercer leur prosélytisme.

Doctrine du Mouvement Humaniste

Le Mouvement Humaniste base toute son idéologie, le siloïsme, sur les écrits de référence (4) de son fondateur, Mario Rodriguez Cobos, dit Silo.

Le principe de base du siloïsme est que la violence (physique, économique, raciale, religieuse, etc.) est générée par la souffrance morale ou physique; cette violence est dans la conscience de l'Homme, mais il est possible de l'exorciser en transcendant la souffrance, par la paix intérieure et l'amour.

Pour y arriver, il faut activer le développement personnel et la transformation sociale. Le développement personnel requiert une attitude positive et constructive, la pratique de l'autocritique, la remise en cause des croyances et de l'information limitatives et aliénantes.

La transformation sociale est axée sur la solidarité, la non-violence active, la non-discrimination, la lutte contre les monopoles, l'implication face aux tares du système, les coopératives et l'autogestion et (last but not least) la contribution à l'expansion du Mouvement.

De la doctrine du siloïsme il découle que pour combattre les injustices de notre monde et le changer radicalement il faut, avant tout, que les gens effectuent un travail personnel de rééducation. C'est en étant membre du Mouvement que ce travail serait possible; donc afin de changer le monde il faudra qu'un maximum de gens rejoignent le Mouvement Humaniste.

Stratégies de recrutement

Le recrutement d'un maximum de personnes est un des objectifs principaux du Mouvement Humaniste. Pour y arriver, deux techniques sont employées: le recrutement direct et la création d'organisations de façade susceptibles d'attirer des recrues potentielles.

Le recrutement direct se fait dans la rue, en proposant aux passants de répondre à un petit sondage dont les trois premières questions ressemblent à ceci : Quelle est ton opinion sur la société ? Faut-il, à ton avis, la changer ? Dans la vie, te sens-tu en accord avec ce que tu penses et ce que tu fais ?

Quand les réponses sont dans le registre d'opinions du Mouvement, la recrue potentielle est invitée à répondre à un questionnaire plus détaillé portant sur le choix des valeurs, la violence exercée par la société, la communication avec les gens, les changements du monde actuel.

Ensuite, l'enquêteur/recruteur décrit succinctement le Mouvement et presse la recrue à se rendre dans l'heure à une réunion d'information. Est ensuite programmée, une réunion d'intégration qui offre au petit nouveau le rôle de délégué de groupe, ce qui signifie qu'il va faire partie d'une équipe d'une dizaine de personnes. Cette équipe se trouve tout en bas de la pyramide que constitue le réseau international du Mouvement. Lorsque l'équipe atteint une vingtaine de délégués de groupe, elle se scinde, ce qui permet aux initiateurs de l'équipe d'évoluer dans la hiérarchie du Mouvement.

Le délégué de groupe est immédiatement impliqué dans diverses activités: réunions d'équipe et de configuration, séminaires de travail, week-end d'approfondissement, prospection par enquêtes... Très vite le délégué est appelé, en tant que régénérateur, à recruter pour constituer une nouvelle équipe, ou à occuper une fonction d'administratif ou d'appui sous le contrôle de l'orientateur qui dirige l'équipe.

Pour convaincre la nouvelle recrue de s'investir dans le Mouvement, une série de techniques manipulatoires sont utilisées dès les premiers contacts. Lors de la réunion d'information, la recrue est impressionnée par des concepts rigides : ! l'individu est conditionné dès sa naissance ! on ne peut agir efficacement qu'en groupe ! il faut casser l'individualisme ! la société ne propose pas de solution globale aux problèmes, nous en avons une.

La recrue participe ensuite à des exercices psychophysiques : séances de relaxation, de distanciation, méditations guidées, psychodrames (suivre et exprimer des situations de souffrance), exercices ludiques...

Ces exercices sont destinés, en principe, à permettre la prise de conscience des comportements personnels et des attitudes relationnelles, mais en pratique, la recrue subit, à son insu un conditionnement dont les éléments sont les suivants : ! un retour au passé pour effacer les impressions douloureuses et les blocages individuels ! une fixation au présent pour intégrer l'individu au Mouvement et l'y faire travailler bénévolement ! une projection dans un futur hypothétique où l'homme sera heureux dans le meilleur des mondes... humaniste.

Le résultat de ce conditionnement est de faire ressortir les problèmes qu'une personne a avec son entourage, et l'endoctriner de manière que le Mouvement soit la seule solution a ses problèmes.

En plus de se développer par recrutement individuel, le Mouvement a donné naissance à un certain nombre de satellites dont le but est d'atteindre différents milieux sociaux propices au recrutement de nouveaux adeptes à l'aide d'offres variées. Ces organismes sont le Parti Humaniste, le Parti Vert Humaniste, les Centres de Culture Humaniste...

En réalité, le Mouvement est la seule structure considérée comme importante. On pourrait comparer le Mouvement à une grande pieuvre qui utilise ses tentacules (les organisations satellites) pour se lier à tous les contextes, multipliant ainsi les champs d'action et réussissant à obtenir de plus nombreux adeptes. Il s'agit de proposer une alternative différente selon le goût de chaque personne. Ce que ne savent pas les personnes qui entrent dans les griffes d'une de ces organisations, c'est qu'elles ne prendront jamais part à ces activités qui les attirent tant, bien au contraire, elles finiront par se consacrer totalement au prosélytisme.

Organisation

L'organisation internationale du Mouvement est structurée hiérarchiquement et autoritairement. Il n'y a pas de système électif à quelque niveau que ce soit. En haut de la pyramide : Silo, nomment les coordinateurs généraux qui dirigent chacun un conseil (Persée, Phénix...), puis les coordinateurs locaux. Le coordinateur local a un conseil de neuf à douze délégués généraux; le délégué général, un conseil de neuf à douze délégués d'équipe; le délégué d'équipe a en charge sept à dix délégués de groupe.

Le livret intitulé Normes et cérémonial de la Communauté décrit les rites et la liturgie interne de l'organisation, qui font songer à une sorte de maçonnerie dans laquelle on ne pénètre que par une succession de paliers initiatiques. L'énoncé des normes est complété par un cérémonial qui décrit les rites d'accès aux différents grades, le déroulement des offices, l'imposition des mains, l'imposition guidée, la protection, le mariage, l'assistance, la mort. Le contenu de ces cérémonies est à la fois ampoulé et d'une pauvreté affligeante. On ignore dans quelle mesure ces liturgies sont effectivement pratiquées.

Historique du mouvement

L'histoire du Mouvement est intimement liée à celle de son fondateur et leader, Mario Rodriguez Cobos, dit Silo à cause de sa grande taille. Né à Mendoza, Argentine le 6 janvier 1938, il reçoit un enseignement religieux au collège mariste. Il reconnait lui-même posséder un pouvoir de persuasion, acquis après avoir étudié pendant des années l'art oratoire,(...) réfléchi au pouvoir de la parole, eu des expériences théâtrales et effectué des études sur le thème de la communication (5). À vingt ans, il entreprend, dans des groupes d'études, une réflexion sur la relation entre structure sociale et individu. Il élabore un simulacre de doctrine fondée sur la non-violence et quelques vérités d'évidence qu'il présente comme des découvertes.

C'est en mai 1969, dans un pays aux mains d'une junte militaire dont il est prudent de se méfier, que Silo décide de faire connaître publiquement le message dont il se prétend porteur. Il choisit pour cela un lieu isolé et symbolique. Le mont Aconcagua, proche de Mendoza, un des plus hauts d'Amérique. Là, devant 500 personnes, dans une atmosphère théâtrale, il prononce son Discours sur la montagne auquel ses disciples ne cesseront désormais de se référer. Ainsi, naît le Mouvement de libération intérieure. Parti d'Argentine, le mouvement s'implante en Amérique Latine. Alain Labrousse mentionne dans l'Expérience chilienne (6) le développement du siloïsme dans ce pays et la création d'une branche politique, Poder Joven. Ce groupe, clandestin, est animé par un certain Bruno Van Ehrenberg, qui est soupçonné d'avoir appartenu au mouvement fasciste argentin Tacura. Se tissent ainsi des liens entre l'extrême droite et le siloïsme que confirme la revue The Radical Right (7) : Ce mouvement illégal, nazi, lié au groupe argentin "Tacura", s'est opposé violemment au régime d'Allende.

À partir de 1978, le Mouvement se restructure et change de nom. Il devient la Communauté pour le développement de l'être humain.

Depuis lors, le Mouvement, sans jamais atteindre des effectifs considérables, s'est maintenu et a progressé au point de toucher quelques milliers de personnes à travers le monde (73 pays et 20.000 adeptes selon le Mouvement lui-même).

Autre pratique caractéristique des sectes, l'infiltration dans les milieux politiques et les entreprises. Voici deux exemples cités par la presse française ! le Mouvement contrôlait le comité d'entreprise d'une société d'ingénierie informatique basée à la Défense en 1995 (8) ! une société de formation, Spirale Consultants, forme le personnel d'une filiale de McDonald's. Certains des formateurs officiaient au sein d'Homme et évolution, satellite du Mouvement, tel José Lara, ancien militaire argentin devenu l'un des principaux théoriciens du siloïsme (9).

Et en Belgique...

En Belgique, le Parti Humaniste est crée en 1984. Il se présente aux législatives de 1984, aux communales de 1988, aux Européennes de 1989 (5.000 voix), aux européennes de 1994. Son programme est résumé ainsi : une démocratie ample et participative, une économie solidaire, le respect des droits humains, l'accès égalitaire au travail, à la santé et à l'éducation, la fin de la violence institutionnalisée, l'ouverture de canaux de participation (10). Un programme capable d'en séduire plus d'un, au point que des brèves d'Alternative Libertaire mentionnent des communiqués du PH (AL80 mai 86; AL104 nov 88 ; AL105 dec 88 ; AL 106 jan 89), ou que des membres du PH figurent sur des listes d'Écolo dans certaines communes de la région bruxelloise aux élections communales de 1988.

Jusqu'au début des années 90, le Mouvement se développe principalement par recrutement direct et via le Parti Humaniste.

En 1992, une première maison de quartier ou centre de communication humaniste voit le jour à Etterbeek, trois autres s'installent à Ixelles, Bruxelles-ville et Jette. À chaque fois un journal de quartier est diffusé (Le Lien, Trampoline, Goëland, Quartier Sans Barrière, Acacias Flash). Ces journaux obtiennent régulièrement le soutien de quelques commerçants du quartier qui, sans forcément réaliser ce qui se cache derrière, le sponsorisent ou le diffusent dans leur commerce. J'ai eu, par exemple, l'occasion de trouver des exemplaires d'Acacias Flash à la boutique Oxfam de la rue des Champs à Etterbeek.

C'est toujours à partir d'Etterbeek que le Mouvement s'infiltre dans un des réseaux SEL (Service d'Échanges Locaux) de la capitale, LETS Bruxelles (11).

La plupart des Centres de Communication Humaniste cités ont aujourd'hui fermé (par manque de membres ? d'argent?), mais d'autres ouvrent, comme le local du 131, rue du Noyer qui s'affiche en même temps comme Mouvement Humaniste, Parti Humaniste, Centre des Cultures Humaniste. L'équipe qui l'anime semble assez active, et publie un journal appelé Couleurs Terre, prônant la rencontre entre les cultures. Armés d'un tel programme, ils ont essayé, en 1998, de s'insérer dans différents mouvements tels le Collectif Contre les Expulsions et le Centre Social. Ensuite, ces derniers mois, ce sont les sans-papiers de l'église du Béguinage qui ont fait l'objet de leur sollicitude.

Deux autres milieux où on retrouve le Mouvement Humaniste ! Les luttes ouvrières autour de Clabecq, des membres du PH manifestaient en effet à Charleroi le 25 octobre 98 en soutien à Roberto D'Orazio ! Les mouvements blancs. Gilles Smedts, tête de liste du PH en 1994 à participé à la marche contre la loi du silence et pour la vérité (15/2/98). À la même époque, il participe à des réunions pour la mise en place d'un projet électoral issu du mouvement blanc.

Mais le plus grand succès du Mouvement Humaniste, en ce début 1999 est d'avoir obtenu deux plages de deux heures à Radio Panik (12) pour leur émission Couleurs Terre. C'est un sale coup pour cette radio qui doit faire face actuellement à des problèmes financiers et de locaux.

Un nom qui apparait régulièrement dans tout ce qui a à voir avec le Mouvement Humaniste est celui de Tatiana De Barelli, porte parole du Mouvement en Belgique (13), c'est elle qui se charge d'envoyer des droits de réponse (comme celui que nous devrons probablement diffuser le mois prochain) lorsque la presse parle du Mouvement. Elle est aussi l'éditeur responsable du journal Couleurs Terre.

Conclusion

Ce tour d'horizon n'apporte peut-être pas les preuves irréfutables quant à la dangerosité du Mouvement Humaniste, mais il permet de s'en faire une petite idée.

Quelque soit l'influence réelle du Mouvement, il a, selon moi, le grand défaut de vouloir creuser sa niche dans les milieux progressistes de gauche grâce à ses objectifs affichés (humanisme, non-violence, autogestion, désobéissance civile, refus de l'autorité...), et donc de détourner, de décevoir et de désinformer des personnes d'un milieu déjà suffisamment morcelé et divisé.

La dissonance entre le message affiché et la structure interne, ainsi que les thérapies "d'auto-libération", devraient déjà inquiéter ceux qui ont affaire au Mouvement. Si de plus on tient compte des liens historiques du Mouvement avec l'extrême-droite et les militaires sud-américains...

Comme toujours, face à la manipulation et à la désinformation, la meilleure arme est de diffuser l'information le plus largement possible. C'est pour cette raison que j'ai écrit cet article et que j'ai fait parvenir un dossier sur le Mouvement aux administrateurs de Radio Panik.

Si vous voulez en savoir plus, le dossier est disponible sur demande à la rédaction d'Alternative Libertaire. Je suis, de mon côté, toujours intéressé à en savoir plus sur le Mouvement (combien de membres en Belgique, implantation dans d'autres villes que Bruxelles...), vous pouvez pour cela me contacter en écrivant à la rédaction.

Claudio
(1) Divergences à la commission d'enquête parlementaire : recensement ou combat ? Un centre d'information sur les sectes ?, Martine Vandemeulebroucke, Le Soir, 8 juin 1996.
(2) Association de Défense de l'Individu et de la Famille.
(3) Commentaire de l'ADIF sur le Rapport de la Commission d'Enquête Parlementaire de Belgique sur les sectes, Bulles, 3ème trimestre 1997.
(4) La Guérison de la souffrance ; Le Regard intérieur ; Le Paysage intérieur ; Humaniser la Terre.
(5) Extrait d'une interview parue dans l'édition argentine de Playboy, n°36, p.30, mai 1988.
(6) L'Expérience chilienne, Alain Labrousse, édition Combat-Seuil, 1972.
(7) The Radical Right, a world directory, Ciaran O'Maolin, Kessing's Reference Publications, 1987. Ouvrage américain qui recense les mouvements d'extrême droite dans le monde.
(8) Le trouble jeu des "Humanistes" en racoleurs municipaux, Libération, 15 mars 1995.
(9) Les frites de McDo infiltrées par une secte, Olivier Cyran, Charlie Hebdo, 29 juillet 1998.
(10) Le Mouvement, agitateurs ou agités ? Réaction, Alain Lallemand, Le Soir, 7 mars 1994.
(11) Une secte investit les réseaux de troc, Alain Lallemand, Le Soir, 18 septembre 1996.
(12) Radio Panik (105.4fm) est une des rares radios libres associatives de Bruxelles. Elle fait partie de cette première génération de radios libres, considérées comme "engagées", qui soutenaient l'importance que devait revêtir l'information sociale dans les sociétés politiques modernes. Elle est une des radios fondatrices de l'ALO, qui milita pour une libération des ondes il y a une vingtaine d'années. Tout ça pour dire que malgré la présence de Couleurs Terre dans sa programmation, je soutien Radio Panik et j'invite tous ceux qui la captent à l'écouter.

Sources citées

- Les Sectes: état d'urgence, CCMM, éditions Albin Michel, 1995, p.169.
- Le "Mouvement" a toutes les caractéristiques d'une société secrète, Bulles, 3ème trimestre 1991, (bulletin de l'UNAFDI).
- Drôles d'humanistes, Politis, n°34, décembre 1988.
- La communauté et son processus de développement, Info-Sect, n°5, mai 1989. Publie par AIS-Pro-Juventud, association de défense espagnole.
- Les sectes créent leur propre partis politiques, Philippe Allard, (www.geocities.com/CapitolHill/3455).
- Centre de documentation, d'éducation et d'action contre les manipulations mentales, 138 avenue Félix-Faure, 75015 Paris, (www.pageszoom.com/ccmm).
- Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu, 10 rue du Père-Julien-Dhuit, 75020 Paris.
- Sectes, attention danger! (www.multimania.com/tussier/home.htm).
- Le site mondial du Mouvement Humaniste: www.humanism.org.

 
 
Le Mouvement
vu
de l'intérieur

Infiltrer le Mouvement est un jeu d'enfant. Pour commencer, il suffit de flâner innocemment un jour d'été sur la Place de la Monnaie. Les mains en poche, l'air un peu perdu, la mèche rebelle... et le tour est joué. Une jeune femme vous accoste. Elle a un questionnaire entre les mains. Vous tutoyant dès le premier abord, elle vous lance en substance: Es-tu heureux dans cette société? Penses-tu qu'il faut la changer? Et es-tu prêt à le faire?. Vous répondez que oui, enfin, pourquoi pas. Et de sa voix suave, elle vous parle d'une organisation active aux quatre coins du monde et qui a pour but "d'humaniser" la société. Elle en fait partie : c'est le Mouvement. Vous lui demandez comment ils procèdent? Je t'invite à boire un café, mercredi prochain..., vous répond-elle mielleusement.

C'est comme cela que tout démarre. Une réunion, puis une seconde et une troisième... ensuite, le rythme d'une rencontre hebdomadaire s'accélère. Votre présence est requise encore un après-midi pour recruter en rue. Et une soirée pour apprendre à mieux se connaître. Une autre fois, c'est pour boire un café. Mais il y a aussi un rendez-vous pour collecter des signatures (et surtout de l'argent) en rue, au nom d'une mystérieuse "organisation de droits de l'homme". Et il ne faut pas oublier la "réunion" du mercredi, sinon les appels téléphoniques commencent, et après trois semaines d'absence vous voilà exclu du groupe !

J'ai pu observer ce petit manège pendant trois mois, il y a de cela une dizaine d'années. Drillées comme des animatrices du Club Med, les militantes du Mouvement nous embarquaient peu à peu dans des espèces de thérapies de groupes où elles encourageaient chacun à exprimer sa détresse et ses problèmes les plus intimes.

Cela se passait dans un café du centre-ville. Parfois, les lumières s'éteignaient, il fallait fermer les yeux, mettre les mains sur les genoux. Et écouter des cassettes où des histoires écrites par Silo étaient déclamées. Des histoires à dormir debout. Racontées à la première personne, de manière à placer chaque auditeur dans la peau et dans la tête du personnage principal. Et à le faire passer par une série d'états émotionnels extrêmes (peur, chagrin, défense, enfermement, soumission,...), pour finalement lui demander d'expliquer au reste du groupe les impressions ressenties durant l'expérience.

Il ne fallait pourtant jamais longtemps, aux jeunes contestataires qui s'égaraient chaque semaine aux réunions du Mouvement, pour comprendre que ce n'était pas à partir de là que quoique ce soit allait changer dans ce monde. Malgré les incessants racolages en rue, le nombre de bons militants n'augmentait pas. Seuls, restaient ceux qui étaient en détresse ou en période d'incertitude, trouvant probablement un peu de réconfort à côtoyer ces êtres étranges parlant sans cesse "d'humaniser".

Aucun lien avec le Parti Humaniste n'était explicite. On nous disait que le Mouvement était issu d'une structure complexe émanant d'Argentine et arrivée à Bruxelles via l'Espagne et la France... Structure regroupant de nombreuses autres organisations (Parti Vert à Marseille, Parti Humaniste, Communauté pour le développement de l'être humain, etc.) et organisée de façon pyramidale. En un mot : chaque groupe du Mouvement est une cellule qui doit en créer d'autres. Dès qu'on y atteint dix membres, hop, on forme un nouveau groupe et c'est reparti... Notre groupe portait d'ailleurs un nom bizarre. Quelque chose comme XH111L, ce qui signifiait notre inféodation à tel groupe en France et à tel autre en Argentine, et expliquait pourquoi nous étions censés verser une cotisation mensuelle à ceux-ci! On nous disait que cette merveilleuse conception organisationnelle provenait, elle aussi, de la tête de ce fameux Silo... Étrangement, on ne cherchait pas particulièrement à nous faire lire sa prose (pourtant abondante). Était-ce de leur part une forme de désaveu de leur propre idéologie? Ou alors y avait-il des choses à cacher aux membres, dans les écrits du "chef" ?

Bref, le Mouvement est peut-être une secte, mais ce n'est pas là le pire. Le pire, c'est que personne (en ce compris la plupart de ses propres membres) ne saisit les objectifs de cette Chose artificielle. Le pire, c'est la fadeur de cette soupe fraternisante et soi-disant humaniste qui développe un espèce de christianisme non-avoué. Le pire, c'est que ce Machin louvoyant, et ondoyant perpétuellement entre plusieurs eaux, prétend changer le monde. Le pire, c'est que cette "mouvance" apparemment sans idéologie, et sous un vernis "de gauche" sans goût ni couleur, tend en réalité à faire de nous des assistants sociaux du quotidien, des missionnaires en puissance...

Gwenaël
ANNEXE

Lettre ouverte à la secte
des adversaires des sectes

[Si un journaliste décrivait la bénédiction papale dans les termes habituellement utilisés à propos des sectes cela pourrait donner ceci:] Le gourou des catholiques s'est adressé à ses adeptes pour leur rappeler quelques-uns des mythes de leur bric-à-brac de croyances irrationnelles. Il leur a rappelé la nécessité d'embrigader leurs enfants pour faire proliférer le christianisme. Il avait son déguisement et ses colifichets habituels pour ce type de mascarade (p.11).

La pérennité millénaire des religions n'est due qu'à cet envahissement intempestif des consciences enfantines, cette violation permanente de leur liberté par une information forcée, qui est le propre de tout conditionnement, mais donc aussi sans doute de toute éducation (p.28).

La secte, comme la communauté chrismatique, le couvent, la prison, l'hôpital, la caserne, le pensionnat (et peut-être aussi certains partis ou entreprises lorsqu'il s'agit de Disney ou MacDo) est l'une des institutions totalitaires qui prend, marque, change de nom ou immatricule, imprime dans un moule et déguise pour donner l'impression d'uniformité des corps et des esprits. Elle ôte par essence sa personnalité à l'individu, qui n'a d'intérêt et de dignité qu'en tant que membre du groupe (p.33).

En réalité, toute croyance vue de l'extérieur est loufoque et il est impossible d'établir une gradation entre les religions selon leur degré plus ou moins élevé de rationalité. L'irrationnel des religions qui nous sont proches nous échappe parce que nous y sommes habitués. Mais rappelez-vous qu'un concile de l'Église s'est longuement penché sur une question [...] : "La vierge Marie est-elle restée vierge également pendant son accouchement ?" [...] Nous atteignons peut-être là des sommets d'irrationnel (bien que le dogme de la trans-substanciation ou transformation du pain et vin en chair et sang réels de Jésus ne soit pas mal non plus!) mais nous nous permettons de rire lorsque la méditation transcendantale nous propose de changer le monde par la matière médiatrice [...] (p.65).

Je pense que les sectes ne sont encore en matière de "nocivité" que de pâles amateurs à côté des grandes multinationales des religions, dont les morts sont à comptabiliser par millions [...] (p.77, conclusion).

Anne Morelli
Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes
éditions Labor, Bruxelles, 1997


 

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