alternative libertaire 216

ACTION MONDIALE
DES PEUPLES
CONTRE LE LIBÉRALISME

La Caravane
Intercontinentale

La modernité apparaît
comme un slogan électoral porteur.

Derrière ce concept creux se cachent une réalité plus subtile et une évolution de la société - ou des velléités de la faire évoluer - qui n'ont rien de "modernes".

De nouveaux organismes internationaux entendent régir les règles des échanges commerciaux de par le monde. L'OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Économique) a servi de cadre à des négociations débouchant sur l'AMI (Accord Multilatéral sur l'Investissement) qui tend à réduire les interventions des collectivités au profit de l'investissement privé. Ce type d'accord aura comme effet d'accentuer les traits dominants de notre modèle économique asservissant les nations aux intérêts privés. La diminution du rôle des collectivités ne s'accompagne cependant jamais d'un regain des libertés individuelles ou créatives puisqu'elle se fait au profit de l'investissement privé qui accentue les dépendances économiques des plus faibles envers les plus puissants.

La politique "moderne" à l'échelle mondiale dissout les législations existantes défendant les droits des plus faibles ou leurs conditions de vie, leur environnement.

Les tenants du pouvoir économique entendent maximaliser leurs plus-values dans un cadre qui leur soit le moins contraignant possible. Cela se fait avec l'assentiment - voire sous la férule - de diverses organisations internationales dénuées de toute légitimité démocratique.

Les conséquences perceptibles du néolibéralisme affectent de manière dramatique les conditions de vie d'une part croissante de la population humaine. L'agro-industrie paupérise les petits paysans par sa politique de maximalisation des profits. Cette politique implique en effet des marges bénéficiaires plus larges, et, de ce fait, un travail agricole sous-payé. Les profits de l'agriculture provoquent aussi une baisse de qualité des produits proposés. Pour être toujours plus rentable, tout est bon : les biotechnologies augmentent les rendements sans qu'aucune étude d'impact pour la santé n'ait pu être faite.

La multinationale Monsanto (voir par ailleurs dans ce numéro), par exemple, a racheté le brevet d'un gène appelé le Terminator. Ce brevet constitue l'aboutissement d'un long processus de confiscation du vivant. La technologie consiste à introduire un transgène tueur qui empêche le développement du germe du grain récolté. La plante pousse dans des conditions habituelles mais produit un grain stérile.

L'agriculteur est ainsi obligé de racheter chaque année les graines qui lui permettront une récolte suffisante. Monsanto réussit donc, par le biais du brevet Terminator, à se glisser entre la plante et sa reproduction par la graine. Les premières variétés de coton Terminator seront commercialisées en 2002.

Outre le fait que les modifications transgéniques ne sont finalement qu'un moyen pour augmenter faramineusement ces bénéfices, il n'existe aucune garantie quant à la santé publique et l'environnement.

La mondialisation affecte également la culture et l'éducation. Cette dernière devient soit un objet de profit commercialisé soit une arme aux mains de gouvernements souvent attentifs à la société moderne pour promouvoir le système en dépit de ses iniquités.

Le souci de promouvoir des intérêts économiques dans le domaine de la culture oblige les bailleurs de fond à financer des produits "culturels" susceptibles de générer des profits élevés. Cela diminue la qualité des productions culturelles puisqu'elles doivent plaire au plus grand nombre, qu'elles doivent pouvoir être appréciées par tous. La culture pour être rentable doit se faire simple et accessible, tant au niveau des affects mis en jeu qu'au niveau des codes utilisés. Le néolibéralisme appauvrit donc les représentations mentales en imposant une culture qui confine sa créativité au plus petit commun dénominateur. Par peur de l'original ou du bouleversant, on verse dans l'insipide... et ça marche.

Dans un contexte où l'investissement est favorisé et où les pauvres sont moins défendus, l'écart entre riches et pauvres va naturellement s'accroissant. Il ne s'agit plus de différences scandaleuses, simplement scandaleuses pourrait-on dire, mais de différences qui remettent en cause la survie même du tiers monde. Et, au-delà, les différences commencent à s'accentuer au sein même des pays les plus riches, diminuant de la sorte le nombre de bénéficiaires du système capitaliste.

Dans la même optique d'asservissement des collectivités aux intérêt des plus riches, se configurent les motivations nationales à mener des politiques fortes, répressives, visant à garantir la pérennité des États-valets du système moderne. Cela implique une surenchère en matière d'armement et une hypertrophie des nationalismes ce qui hypothèque à terme la qualité de vie de l'espèce humaine.

Partout dans le monde, la société civile a réagi face aux injustices croissantes. En Inde, dans l'État du Karnataka, le KRRS, une confédération paysanne, est née en 1980. Ce syndicat agricole prône un changement total de la société à tous les niveaux. Il défend la République de villages, concept cher à Ghandi, une forme sociale, politique et économique d'organisation basée sur la démocratie directe, l'autonomie économique et politique, sur l'autosuffisance, sur la participation de tous les membres de la communauté dans la prise de décision sur les affaires communes et sur la création d'un mécanisme de représentation qui assure un processus de consultation pour les affaires touchant différentes communautés.

Les niveaux de pouvoir supérieurs aux villages sont limités dans leur prérogatives aux seules décisions affectant un ensemble plus large que les villages. Les femmes jouissent du même statut que les hommes - elles disposent également de structures parallèles garantissant leur représentation et leurs intérêts.

Le KRRS s'efforce d'amener les problèmes globaux aux niveaux locaux, abordant des thèmes complexes tels que le système du commerce multilatéral ou les droits de propriété intellectuelle. Il a mobilisé massivement contre le GATT ou les multinationales présentes en Inde (PesiCo, Cargill ou Monsanto).

Le KRRS ne pratique pas de lobbying et agit par la désobéissance civile et l'action directe. Les membres de ce syndicat ont organisé différentes actions conduisant à l'arrestation de 37.000 personnes en un jour. Dans un autre ordre d'idée, 1.000 activistes ont occupé le bureau de Cargill à Bengalore, ne laissant que des ruines derrière eux ; le KRRS a aussi obtenu une belle victoire : une grande concentration de personnes s'est moqué une journée entière du gouvernement et de sa politique devant le siège de celui-ci. Le gouvernement a été remplacé la semaine suivante.

Ce syndicat a participé activement à la mise sur pied de l'Action Mondiale des Peuples (AMP) contre le "libre" échange et l'OMC lors de la conférence de celle-ci en Mai 98. L'AMP est composée de différentes organisations issues de toutes les régions du monde (Nigéria, Brésil, Nouvelle-Zélande, Mexique, Indonésie, Nicaragua...). Elle se veut un réseau de résistance aux politiques néolibérales mises en place par les organismes internationaux (OMC,

OCDE, FMI, Banque Mondiale et leurs larbins). Prochaine conférence de l'OMC en 2000 à Washington...

S'inscrivant en faux contre le pouvoir des multinationales, pouvoir non légitime synonyme d'instabilité économique, elle stigmatise également la libéralisation de l'agriculture qui appauvrit les petits paysans et diminue la biodervisité de par les politiques exclusivement tournées vers le profit. Ce qui vaut pour l'agriculture vaut aussi malheureusement pour la culture puisque les mêmes causes suscitent les mêmes effets - appauvrissement et uniformisation.

L'AMP appelle à la désobéissance des règles Bretton-Woods enfermant les pays du tiers monde dans leur dette. Elle remet en cause les logiques nationalistes violentes qui mènent aux génocides (Chiapas, etc.) et stimulent la course aux armements.

Les revendications de l'AMP tournent autour de quatre axes ? Un rejet clair des politiques de l'OMC et des autres forums de libéralisation ? Une attitude de confrontation car elle ne croit pas au lobbying ? Un appel à la désobéissance civile non violente et à la construction d'alternatives locales par les populations locales ? La décentralisation et l'autonomie comme principes d'organisation.

Dans une même dynamique, un projet, imaginé au départ par le KRRS et relayé partout en Europe, verra le jour cette année. Plus de 400 paysans indiens et des représentants d'autres mouvements du Sud viendront parcourir l'Europe pour venir faire entendre leur voix directement aux centres de pouvoir (sièges de multinationales, institutions économiques, politiques et financières) ; ils rencontreront aussi les organisations populaires.

Cette caravane partira d'Amsterdam et terminera son périple à Cologne (Allemagne) pour y contrer le sommet du G8 qui s'y déroulera à ce moment-là. Elle passera par : la Grande-Bretagne,les Pays-bas, la Belgique, la Pologne, la république tchèque, l'Espagne, l'Italie, la France, la Suisse et l'Allemagne, et ce du 22 mai 99 au 20 juin. En Belgique, la Caravane séjournera du 27 mai au 30 mai, différentes actions y auront lieu...

Face aux contradictions d'un monde en déliquescence, la caravane est porteuse de solutions dépassant le simple stade de la contestation. Les problèmes évoqués nous concernent tous. Cette caravane est conçue comme un instrument au service de tous les peuples, ceux du Sud et ceux du Nord. À l'aube d'un désastre social et écologique à l'échelle planétaire, il est devenu crucial que nous nous engagions dans une voie alternative.

Si vous vous sentiez interpellé par cet article, par la logique qui sous-tend la Caravane ou que vous souhaitiez obtenir des renseignements complémentaires, vous pouvez nous contacter...
 

Patrick et Raphaël


Comité pour la Caravane Intercontinentale
167 rue de la Victoire - 1060 Bruxelles
tél 02/539.39.44 - fax 02/534.66.96
mail transnationalcar@hotmail.com
compte bancaire 310-1223075-88
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web de l'AMP http://www.agp.org


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