alternative libertaire 216

EDITORIAL

13 juin 1999 :
il y a autre
chose à faire...

C'est bientôt reparti, ils vont nous la rejouer la comédie démocratique. L'espace de quelques secondes, ils nous inviterons à choisir nos maîtres. Nous serons les "maîtres" du jeu pendant quatre secondes, ils seront nos maîtres pendant quatre ans. Pendant quelques secondes, nous serons condamnés à pratiquer la politique en cachette dans le secret des "isoloirs" (qui portent si bien leur nom), à voter comme on va aux toilettes, dans la discrétion. Et puis, et puis, ils nous sommeront de nous retenir pendant quatre ans avant de pouvoir reprendre notre petite place, magnanimement concédée, dans la file, tout sourire pour la dame Pipi de la démocratie, et de déposer notre résignation dans la soucoupe avec un merci de reconnaissance et un air légèrement constipé. Il faudra élire, nous dit-on, car il n'y a pas le choix. C'est ça ou... ou quoi?

Le ça, c'est des milliers de gendarmes, c'est Renault Vilvorde, c'est des marchands fortunés, c'est les sans-papiers, c'est les négriers, c'est des pelletées de pauvres, c'est les Forges, c'est des milliers de flics, c'est les Tueries du Brabant, c'est des centaines de milliers de boulots miteux, c'est la Sûreté d'Etat, c'est les ballets roses, c'est le roi Albert bis, c'est les enfants "disparus", c'est un ciel toujours gris même au beau fixe, c'est on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, c'est la prospérité des banques, c'est des expulsions, des dégraissages, qui marchent comme sur des roulettes (russes), c'est la spéculation heureuse, c'est l'indifférence asociale, c'est les caméras dans les rues, c'est des armées de vigiles, c'est la dictature du commerce, c'est la violence dans les écoles, c'est le tgv, c'est le lotto sur les chaînes de télévision publique, c'est la perquisition des chômeurs, c'est la rénovation des stades de foot pour l'Euro 2000, c'est les chancres urbains, c'est les pubs qui tapinent et font l'horizon, c'est les cadeaux de bienvenue aux multinationales, c'est le Caprice des dieux, c'est le FMI qui sourit, c'est la pollution, c'est le marché et la pensée uniques, c'est les curés fonctionnaires, c'est la professionnalisation de l'armée, c'est la prison à domicile, c'est la prison dans les prisons, c'est la prison dans les centres d'accueil, c'est la justice de classe, c'est le racisme ordinaire, c'est les syndicats officiels, c'est l'Euro, c'est l'Europe aux cent frontières, c'est les navetteurs au pas de course, c'est l'industrie pharmaceutique pétant de santé, c'est les laissés-pour-compte pétant les plombs, c'est les SDF, c'est les contrôleurs, c'est les bureaucraties, c'est Tintin, c'est la société du spectacle, c'est la charité, c'est MSF CCP 00machin, c'est la corruption, c'est la prostitution, c'est les hiérarchies imbéciles, c'est...

Ou quoi? Ni dieux, ni maîtres!

Voter à ces élections, c'est se résigner. Voter, c'est accepter l'inacceptable. Voter, c'est se soumettre au moindre mal, voter c'est se soumettre tout court (ou tout petit). Voter, c'est être convoqué. Voter, c'est torcher son QI avec un bulletin de vote. Voter, c'est décider de ne plus décider. Voter, c'est choisir une élite de gauche ou de droite. Voter, c'est choisir entre Quick et Mac Do (le citoyen jambon - ham burger - est de toute façon au menu). Voter c'est se déresponsabiliser. Voter, c'est suivre la politique à la télévision. Voter, c'est se foutre de soi.

Que faire d'autre ?

Les élections, c'est comme si on demandait au piéton de choisir la voiture qui l'écrasera et de préciser si le conducteur doit avoir son siège à gauche ou à droite.

La résignation est non seulement un suicide quotidien, mais elle est aussi le combustible de la moissonneuse-batteuse-broyeuse du capitalisme. En démissionnant (c'est-à-dire en votant tous les quatre ans), l'électeur se résigne aux parlemâtons qui ne démissionnent jamais, eux. Il courbe l'échine, il rentre sa langue, il attend petitement des réformes comme le chien qui attend que son maître lui repeigne la niche. En attendant, il grogne d'impatience, mais ne mord pas, car la frousse lui passe une laisse qui sent la pâtée autour du cou.

Il y a autre chose à faire que de se laisser assombrir par le noir pessimisme ambiant. Aux isoloirs, il convient par exemple d'opposer les réunissons, de transformer des lieux publics (cafés, conseils municipaux, places, rues, etc.) en assemblées, en parlements ouverts assidûment et périodiquement, non pas comme de simples cafés politiques ou philosophiques où se consomment les débats généreux, mais comme des lieux de débats, de décisions, d'actions et de réappropriation de l'être social et politique.

Il y a lieu de s'investir dans les Collectifs contre... mais aussi de soutenir, appuyer, développer les initiatives pour... (par exemple les communautés de Longo Maï, la Ferme du Hayon, la collectivité agricole Los Arenalejos, l'école libertaire Bonaventure et d'autres écoles alternatives, les squats potagers de Gand, etc.)...

Le tout avec humour, comme le dit si divinement Chiquet Mawet.

Dirk F. D.

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