alternative libertaire 216

HORREURS MEDIATIQUES

On ne saura jamais !

Lu dans le Knack du 23 décembre 98.

Tout a changé depuis l'évasion de Dutroux

1998 prouve qu'une petite cause peut avoir de grandes conséquences. La relation de Bill Clinton avec une stagiaire de la Maison Blanche pourrait lui coûter la présidence. L'évasion malencontreuse de Marc Dutroux a enfin fait bouger les appareils, jusque là, figés de la justice et de la police.

Ces deux événements, en soi banals, ont été mis par l'hebdomadaire Times à la tête d'une liste des scandales les plus importants de l'année. Les crooked cops (flics ripoux) de Belgique ont peut-être perdu aux yeux des Américains (1) leur dernière parcelle de crédibilité du fait de cette évasion, mais, en définitive, cette évasion a peut-être été pour nous une bénédiction.

En quoi donc ? D'abord, parce que l'homme qu'on nous a présenté comme ayant joué un rôle important au sein d'un réseau de pédophilie international, avec pour clients des gens "haut-placés", n'a pu que se terrer sans espoir dans le bois de Neuchâteau. C'est là qu'il s'est fait reprendre, seul et abandonné de tous, par un simple garde forestier. Donc, Dutroux est un prédateur isolé non protégé.

Ensuite, ce contre quoi des avertissements répétés, le meurtre des fillettes et la marche blanche n'ont rien pu faire, est soudain devenu possible : les partis politiques, effrayés, s'entendirent enfin sur-le-champ pour réformer la justice belge.

Si leur soudaine entente motivée par le choc de l'évasion de Dutroux pourra résoudre effectivement les problèmes de la justice belge, cela reste à voir. Autrement dit, ne cherchez plus à vous décoller de la télé et sortir en rue avec vos ballons blancs : le hasard et les partis politiques font les choses à votre place. En fait, ils ne font rien, vous annoncera-t-on le mois prochain ; mais il suffit que vous soyez convaincu de ne pas pouvoir en faire davantage.

Vraies et fausses maffias

Il était grand temps de réformer la justice belge. La Commission du sénat qui étudie la criminalité organisée a démontré, il y a deux semaines, qu'il y avait effectivement, dans notre pays, différentes sortes de maffias, contre lesquelles notre pays ne pouvait pas réagir, ou difficilement. Nous le savions déjà, puisque, lors de la sortie du livre de Chris De Stoop, "Je suis fabriquant de hash", le parquet anversoisa fait savoir qu'il était impuissant contre un tel commerce illégal et ramifié.

Détail piquant : les magistrats internationaux, qui entendent coordonner les enquêtes relatives à la criminalité organisée, ont été trop longtemps accaparés par les histoires des témoins X. Pendant qu'ils étaient en train de poursuivre un fantasme, la maffia détournait des dizaines de milliards...

Menace ?

La vague de car-jacking et de home-jacking durant l'année écoulée donne l'impression que personne n'est en sécurité nulle part. Cela ne veut pas dire que tout le monde est vraiment menacé mais que beaucoup de gens se sentent menacés. Si aucune réponse n'est donnée par les pouvoirs publics à ce sentiment, cela engendrera rapidement un climat de terreur dans lequel la démagogie du commissaire Demol fera mouche. Heuuuh, ai-je bien entendu ? Un climat de terreur peut être engendré rapidement dans notre pays, nous assure-t-on, si on ne laisse pas les partis politiques et les flics élaborer leur énigmatique conception de la sécurité. Menace ?

Conclusion unique

Lors des élections du 24 novembre 91, le problème de la sécurité sous toutes ses formes se trouvait au sommet de la liste des griefs de l'électeur contre le monde politique. (Ah bon ? Je croyais que c'était le problème social.) Sept ans plus tard, rien n'a été fait pour rencontrer cette préoccupation. Cependant, la réforme de la justice est en cours et, début janvier, nous seront exposées les réorganisations de la police. En ce début d'une longue campagne jusqu'aux élections du 13 juin, le thème deviendra déterminant. Plus de sécurité ne signifie pas nécessairement plus de police (...) Les plans de sécurité et la polémique qu'ils soulèvent sentent les élections, les grands mots et puis après plus rien. La police belge compte des effectifs suffisants et tous ne sont pas des ripoux. La commission Dutroux a montré ce qui ne va pas, et où. C'est un problème de mentalité, d'état d'esprit, ainsi que de contrôle politique (pas citoyen) sur la manière dont fonctionnent les institutions. Il est remarquable qu'après le rapport du sénat, plusieurs services des pouvoirs publics veulent soudain travailler ensemble pour résoudre le problème de la criminalité organisée. S'ils reprennent goût à leur travail, la petite cause (l'évasion de Dutroux) aura eu des effets très bénéfiques et d'une grande importance... Etc, dans un style volumineux et long, pour que ce qui précède s'y fasse oublier et prenne fonction de messages subliminaux ; en particulier la menace, le chantage à la sécurité.

Alors, d'une semblable conclusion nuancée jusqu'à l'abstraction et ronflante de paternalisme sage, choit la quintessence, le saint des saints de la pensée unique : On ne saura jamais.
 

Cécily Falla


(1) Mais que viennent faire les Américains là-dedans ? 95% des citoyens des USA ne savent pas où se trouve la Belgique et supposent qu'on y parle le belge. A quels 5% d'Américains éclairés l'éditorialiste fait-il allusion ? Aux envoyés d'Unisys et d'autres multinationales qui étudient les manières d'apprendre la civilisation aux tribus européennes ?
 


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