ÉDITORIAL

Le nationalisme,

c'est la guerre !

La sauvagerie qui lamine les populations
du Kosovo provoque, à juste titre,
colère et révolte.
Aux origines de cette nouvelle
catastrophe humaine,
le nationalisme.

Pureté ethnique

Autant dans les rangs des partisans d'une Grande Serbie que dans ceux de l'UCK, "combattants d'une grande Albanie", l'objectif est de créer une entité nationale ethniquement pure. Si aujourd'hui, se sont majoritairement les Kosovars qui en sont les victimes, gageons que dans un autre rapport de force ce seront les minorités serbes de la nouvelle entité kosovare qui en feront les frais. Pourtant, nous savons que la pureté ethnique n'a aucun sens tant l'humanité a été brassée et enrichie de mélanges depuis des millénaires. Nous le savons d'autant mieux depuis la démonstration scientifique de la non-existence des "races".

Homogénéité culturelle

Du Front National français au Vlaams Blok flamand, en passant par tous les nostalgiques d'un ordre nouveau, le nationalisme est d'abord une crispation identitaire doublée d'une peur panique de l'autre qui conduisent, tout naturellement, au repli sur soi et à l'exigence conservatrice d'une homogénéité culturelle. À l'inverse, la société multiculturelle se nourrit des rencontres et des échanges entre les différentes histoires qui font le patrimoine de l'humanité. Enrichissement de la culture de l'autre (au sens large : musique, langue, cuisine...) contre repli sur les valeurs du passé, de la tribu, l'avenir a choisi son camp.

Hégémonie religieuse

Les Balkans accumulent les lignes de fractures. Ancienne frontière entre l'Occident et l'Orient, entre l'Empire autrichien et l'Empire ottoman, c'est aussi la ligne de séparation entre les civilisations chrétienne et musulmane. Dogmatique, la logique d'une vérité révélée tend, par définition, à l'hégémonie religieuse. Des croisades aux fous de Dieu, combien de massacres au nom de la seule vraie foi ?

État-nation

Engels définissait l'État comme "une bande d'hommes armés". Le capitalisme s'est construit (aux dépens des entités régionales) sur l'unification territoriale du marché, par l'État-nation. Un double intérêt présidait à cette construction : gommer la réalité de la lutte entre classes sociales au profit de l'exaltation d'une communauté de destin, et créer un instrument capable de lutter, au niveau international, pour l'hégémonie économique (colonialisme, impérialisme). Les libertaires savent que, par définition, l'État induit le passage à la moulinette de la "normalité" de la volonté particulière des individus qui lui sont soumis, et la guerre (commerciale, diplomatique ou militaire...) avec les États voisins pour le contrôle de marchés toujours plus étendus.

Accumulation

Les populations des Balkans subissent l'addition de ces logiques cannibales.

- Une dynamique de création d'États à vocation ethnique (Serbie, Kosovo, Croatie, Slovénie...).

- Des régimes autoritaires militarisés construits sur des discours ultra-nationalistes. Mais attention, ne confondons jamais les régimes politiques et les populations. À l'inverse de ce qui se passe en France ou en Flandre (où l'extrême-droite est minorisée), ce sont les mêmes 20% de la population les plus réactionnaires qui possèdent (en Serbie mais aussi en Croatie) la réalité du pouvoir.

- Des religions (catholique, orthodoxe, et musulmane) à vocation universelle et évangélisatrice.

- Dans les différents "nouveaux" États, des populations minoritaires des États adverses et l'ambition partagée par tous les camps de réunir ces territoires épars en de grandes entités nationales : le Kosovo et une partie de la Bosnie pour la Serbie, mais aussi une moitié du Monténégro, l'Albanie et le Kosovo pour les militaires de l'UCK... Avec tous les risques d'explosion régionale que cela implique !

Politique de la terreur

Dans les faits, le principal patrimoine qui sera légué aux générations futures qui vivront dans ces contrées, sera celui de la terreur, de la violence, des viols, des tueries, et pour finir de l'exode forcé des populations "minoritaires". Patrimoine commun aux agresseurs et aux victimes (les uns pouvant devenir les autres en fonction d'un rapport de force particulier).

Bombardements de l'OTAN

Ce qui se passe aujourd'hui dans les Balkans n'est pas un fait unique ou isolé, il est le fruit d'un délire nationaliste qui partout dans le monde produit les mêmes effets.

Rappelons le génocide des Armé- niens par la Turquie à l'aube de ce siècle.

Et plus près de nous, le génocide des Tutsis au Rwanda, les massacres de Kurdes par les États voisins (Turquie, Irak...), la guerre tribale qui ravage la Sierra-Léone, la colonisation massive du Tibet par les armées chinoises, le Soudan éclaté entre musulmans, chrétiens et animistes...

Dans ces conflits, la "communauté internationale" a démontré plus d'une fois son désintérêt. Rwandais, Tibétains et Kurdes n'ont pas eu "la chance" de voir les avions furtifs américains.

Dans les Balkans, les bombardements massifs de l'OTAN contre les populations serbes et monténégrines ont eu pour effet immédiat d'accélérer un processus d'épuration ethnique entamé depuis des années par les partisans d'une grande Serbie au nom de l'histoire du peuple serbe.

Outre qu'ils permettent aux grandes puissances industrielles de tester leurs matériels de guerre (comme un champion du monde de boxe remet régulièrement en jeu son titre)...

Outre qu'elles réaffirment ainsi à toutes les vélléités de dissidence de par le monde leur capacité à imposer leur ordre...

Outre qu'en bombardant, les gendarmes du monde se privaient du moindre moyen de pression pour imposer une négociation et lâchaient la bride, par là même, aux forces nationalistes serbes les plus sauvages...

Ces bombardements ont renforcé le sentiment collectif de citadelle assiégée de la population serbe. Les voix dissidentes que les opposants au régime de Milosevic ont mis tant d'énergie à construire ces dernières années, ont été pulvérisées en une nuit par les frappes de l'OTAN qui, de facto, ont ressoudé une grande partie de la population autour de son dictateur et de sa "fierté nationale".

Jeu vidéo

Quand elles ne sombrent pas dans l'indifférence générale (vacances de Pâques obligent), les populations occidentales, vissée à leurs tubes cahotiques, suivent, comme un jeu vidéo, l'épisode suivant du feuilleton entamé lors de la guerre du Golfe. À coups de "frappes chirurgicales" et de "dégâts collatéraux", l'OTAN mène une guerre de riches. Bombardant les populations civiles parmi les objectifs militaires, l'Alliance expose sa supériorité technologique en répétant que la survie des Kosovars s'arrête là où commence les pertes en vie humaines des seigneurs de la terre. Cynisme. En définitive, cette guerre sert moins à sauver des vies humaines qu'à démontrer le potentiel militaire des maîtres du monde. Que la leçon serve à tous ceux qui auraient un jour des vélléité de s'y opposer.

Pour terminer, rappelons aux citoyens des pays riches que pleurer devant la télé n'a jamais sauvé personne.

Alors, camarades, loin de la logique binaire des "bons" et des "mauvais", entrons dans l'ère de la complexité et aux côtés de nos frères kosovars et serbes qui se battent, à la vie à la mort, contre leurs nationalismes respectifs, battons-nous ici contre la bête immonde qui s'infiltre dans toutes les sphères de l'État.

Contre tous les nationalismes, exigeons l'ouverture des frontières et l'accueil de tous les réfugiés, européens, mais aussi africains ou asiatiques.

Pour une société humaine multiculturelle, accueillons toute la richesse du monde et forçons le gouvernement à régulariser tous les sans-papiers !

Babar

Alternative Libertaire



 

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