DROITS DE L'HOMME

Massacres
sans images

Dans d'autres pays que la Belgique, on répète que dans la guerre de l'OTAN contre la Yougoslavie, comme dans toutes les guerres, la première victime est la vérité. Ce n'est pas en Belgique que 100.000 personnes défilent contre les frappes de l'OTAN. C'est en Italie. En Belgique, il est interdit de manifester dans la rue son opposition à la politique de l'appareil militaire et idéologique de l'Alliance (mais non à celle de l'Europe ou des gouvernements occidentaux).

Un des buts des ingérences en cascade que constituent l'agression de l'OTAN contre la Yougoslavie et plus généralement le comportement des Etats-Unis à l'égard d'autres Etats jusqu'à présent considérés comme souverains est de rendre le droit international obsolète et qu'il n'y ait plus de souveraineté des Etats. Ceci implique que tout Etat qui déplaît aux Américains -et aux Occidentaux qui leur sont soumis-, est unilatéralement condamné par eux à recevoir l'extrême-onction de bombardements chirurgicaux.

Raison invoquée pour une diabolisation en coupe réglée : le non-respect des droits de l'homme. On a évidemment que l'embarras du choix. Partout dans le monde, on trouvera bien un ou plusieurs droits humains qui ne sont pas respectés. Pour pouvoir choisir de façon rationnelle et pragmatique au nom de quel droit bafoué on pourrait bombarder, on regarde la carte du monde pour voir là où on a des intérêts stratégiques (économico-militaires). Encore mieux est de déterminer les intérêts géostratégiques, puis, comme la terre est composée d'Etats-Nations (à part l'Antarctique), on regarde de plus près là où il faut, pour examiner et déterminer au nom de quoi on pourrait bien bombarder : quelles sont les parties en présence, les oppositions, la cause de celles-ci... Y a-t-il des extrémistes, où sont-ils, comment les contacter, installer un réseau d'assistance avec eux. Quels sont les moyens à mettre en œuvre, l'argent à investir. Les autorisations et les instructions à recevoir des administrations compétentes (CIA, OTAN, FMI...). N'y a-t-il pas incompatibilité avec d'autres entreprises de la même sorte dans le monde ? Quelle est la qualité de la couverture médiatique ? Quelle doit être la politique à l'égard des médias ? Vers quoi faut-il les tourner ou plutôt les détourner ? Peut-on se permettre de dévoiler les cartes du jeu et à quel moment. Faut-il donner de véritables informations ? Quelles en seraient les conséquences ? Comment mentir et rester crédible ? Comment assurer des préparatifs de dimensions mondiales sans que ça se sache trop ? Quelles sont les cordes sur lesquelles jouer pour venir à bout de toutes les prétentions d'indépendance des ministres ou "souverains" des pays étrangers ? De quoi pourrait-on les menacer en coulisses pour que publiquement ils donnent leur aval ? Ou alors, que pourrait-on leur promettre (et qu'on a déjà promis à d'autres) pour qu'ils s'engagent dans la bataille ?

Venir à bout de la souveraineté des Etats n'est pas une mince affaire. Cela coûte beaucoup d'argent. Il faut donc aller vite et obtenir le plus rapidement possible l'unanimité de la communauté internationale. Faire tourner à plein rendement les ambassades, les satellites espions et les agents secrets. Etre massivement sur place dans des temps records et frapper le plus vite possible après des mascarades de négociations lors desquelles on aura pris soin d'empêcher toute issue favorable (tous ces investissements pour rien, pas un kopeck, non !...) Se donner cinq minutes un image de bon prince -juste pour la photo- en menaçant de frappe sans frapper. Puis frapper (puisque c'est le but) selon les plans établis. Et à ce stade, surtout, ne pas se retenir : tout bousiller. Pas question de perdre de temps et d'argent dans des guerres à moitié faites. Il s'agit d'assurer les investissements des commanditaires. Envoyer les commentaires et les photos des massacres avant que les journalistes arrivent et pour qu'ils ne ressentent surtout pas le besoin de se déplacer. Merde, pas assez d'horreur humanitaire, c'est toujours les mêmes photos qui se recoupent : on massacre à la demande des médias. Pas assez de réfugiés ? On bombarde les villes pour faire fuir les habitants. Le public reste malgré tout critique, il subodore l'arnaque : on rajoute une louche d'humanitaire. Comment voulez-vous rester indifférents devant les p'ti n'enfants qu'en ont ras le cul d'être perdus dans cette marée humaine, terrifiés à l'idée que leur vie, ce n'est plus à eux mais qu'elle appartient à la communauté internationale, à l'OTAN, aux médias. Ces institutions de l'épuration ethnique de l'humanité, aussi désincarnées que le dollar.

Comment ne pas trembler devant cette insensibilité mondiale qui se prête à tous les massacres dès que le besoin s'en fait sentir ?

Tout ça, c'est clair comme de l'eau de roche. Et pourtant, personne ne le croit. Le mensonge est tellement énorme, les médias nous prennent tellement pour des cons, qu'on ne peut pas croire que c'est le contraire de ce qu'ils disent qui est vrai. Aucun des médias ne se pose une des questions énoncées. Parce qu'entrer dans cette voie les amènerait tôt ou tard à révéler le pot-aux-roses avec ses multiples et infinies corrélations (voir, sur le plan local l'"affaire Dutroux"). Il faut donc composer une info-spectacle la plus superficielle possible et dont la seule cohérence est la même soumission aux autorités, à leurs volontés, à leurs objectifs. Il est nécessaire qu'à tous les niveaux de l'actualité aucune information réelle ne vienne recouper le sentiment latent que tout ça, c'est de l'arnaque. Pour que règne le nouvel ordre mondial, il est nécessaire que les populations soient plongées dans la plus abjecte des ignorances et que leurs capacités à élucider le mythe ne soient pas supérieures à celles d'un ver de terre.

François



 

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