libertaire anarchiste anarchisme
LE TRAVAIL EN QUESTIONS


Le piège

Pauvres de nous
les "chiens-de-charrette" !
Voilà bien une expression populaire
qui n'a plus cours.

Pourtant, celle-ci fut en vogue durant de longues années. Elle signifiait que l'on avait à subir une épreuve. Mais les mots suscitaient des sourires entendus : avant tout, il s'agissait d'une plaisanterie. Seuls, les vieux ouvriers n'en riaient guère. Eux avaient connu, cette époque où régnaient des conditions d'existence très dures. En ce temps-là, le sort des humbles approchait celui des bêtes.

Une charrette se tractait avec l'homme entre les brancards, et un ou deux robustes chiens sanglés au garrot. Les petits légumiers, laitiers, charbonniers... ne pouvaient s'offrir les services du cheval. Le chien par contre, s'achetait pour un prix moindre, mangeait n'importe quoi, dormait à même le sol. Son aide s'avérait précieuse, quand on exerçait le métier d'ambulant. L'homme et l'animal alors peinaient de concert, aux seules fins de transporter un modeste mais pesant négoce. Car on chargeait au maximum, évitant ainsi d'inutiles voyages en réapprovisionnement. L'équipage avançait donc avec difficulté, dans un tintamarre d'enfer. Les roues cerclées de métal se mouvaient sur des pavés inégaux, parmi des rues défoncées, escarpées, interminables. Longues aussi étaient les journées, et le parcours devenait plus pénible encore quand survenait le gel ou la canicule. Tant d'efforts cependant, ne procuraient que peu de profit. Lorsque des pauvres ont d'autres miséreux pour clients, ils peuvent tout au plus assurer leur survie.

L'évolution scientifique et sociale, transforma la charrette en élément de notre folklore. Un camion, une camionnette se montraient des outils performants, beaucoup plus rentables. En outre, le petit commerce s'atténua, au bénéfice des grands magasins. Il y eut bien, quelques irréductibles de la "carriole-à-chien" qui s'obstinèrent. Mais, les amis des animaux protestèrent vigoureusement. À leur demande, une loi fut votée.

Les attelages canins, devinrent prohibés. Disparurent de nos villes, ces chiens haletants, épuisés, qui parfois agonisaient dans le caniveau sous les yeux des passants.

Plus de richesses...

Grâce au progrès, les chiens d'aujourd'hui s'adonnent au farniente. Cette heureuse situation, paraît définitive. Car, les innovations techniques se succèdent sans relâche. À tel point que l'homme, lui aussi, pourrait s'installer sous peu dans le loisir perpétuel.

En effet, on crée de plus en plus de richesse avec de moins en moins de bras.

Le PIB mondial a doublé au cours de ces vingt dernières années. Et, durant cettemême période, le chiffre des sans-emploi de par la planète, grimpait à neuf cent millions de personnes. Mais, c'est loin d'être fini. Ian Angell (grand patron de l'informatique), ce "prophète du XXIème siècle" que nos fidèles lecteurs connaissent bien, n'hésite pas à l'annoncer : Il y a 6 milliards d'humains sur terre, dont 5 milliards ne pourront jamais être utilisés. Plus de 80% des individus, n'exerceraient ainsi aucune fonction salariée durant leur existence ! On pourrait certes, hausser les épaules devant pareille déclaration fracassante. Or, avec son livre La fin du travail, Jeremy Rifkin corrobore la prédiction du moderne devin. Bien plus, en septembre 1995, un colloque sur notre avenir économique réunissait nombre d'éminentes personnalités à l'hôtel Fairmont de San Francisco. À cette occasion, les professeurs d'université côtoyaient Ted Turner ; Michaël Gorbatchev, Georges Bush, Margaret Thatcher, et autres décideurs suprêmes du monde des affaires ou de la politique. À l'issue de cette réunion, jaillissait la conclusion des experts : un travailleur sur cinq suffira bientôt à maintenir l'activité de l'économie mondiale. Aussi, une telle unanimité, témoigne que la vieille malédiction du travail pesant sur l'humanité arrive à son terme. Tout au plus faudrait-il travailler une dizaine d'heures par semaine, à condition que toutes les tâches et moyens d'existence se voient équitablement répartis. Et, si ce partage intervient, assurément, il s'agit là d'une bonne nouvelle.

Retirer les "chiens-de-charrette" du circuit économique, ne suscita guère de contestations. Par contre, envisager le même avenir pour l'homme, provoque nombre de violents remous. Les adversaires du repos continu s'activent à grand bruit. À les entendre, ce que l'on accorda jadis à l'animal ne doit pas être permis aux gens ! Ils récusent la mort annoncée du salariat. Ils repoussent ce possible bonheur dispensé par l'oisiveté. De telles réactions, apparemment irrationnelles, pourraient surprendre. Dès lors, afin de comprendre la vraie nature de ce refus, écoutons donc ce qui se dit autour de nous...

... pour moins de travail !

Il y a d'abord ceux qui nient le phénomène. D'après eux, le travail ne manque nullement. Et se pencher sur ce "problème", leur paraît absurde. Regardez les chiffres, disent-ils, la quantité de postes occupés est la même depuis 50 ans. On travaille toujours autant ! Mais, ceux-là se trompent. Car au fil de ces dernières années, le temps concédé au labeur s'est réduit d'au moins 15%. Le nombre des producteurs demeure constant dans les pays industriels, mais on ne preste plus 45 heures par semaine. D'autre part, étaient inconnus naguère ces innombrables "mi-temps" et "temps partiels", comptabilisés de nos jours comme prestations complètes. Parlons aussi, de la pléthore actuelle d'emplois factices. Le travail en effet, se définit maintenant comme une matière première dont les employeurs ne veulent plus. L'État, en vient donc à payer les patrons pour que ceux-ci engagent ! La législation belge prévoit ainsi des "avantages à l'embauche", des "stages pour jeunes", des "contrats-première-expérience-professionnelle". Ce qui permet de caser en entreprise les débutants aux maigres salaires, en échange d'une réduction des charges patronales. Tout ceci le proclame : l'emploi s'est considérablement raréfié.

Mais l'argument décisif, émane de ceux qui cherchent un gagne-pain. En Belgique, environ 500.000 chômeurs complets sont à présent recensés. Ajoutons-y les non-répertoriés : chômeurs partiels (il suffit de travailler une heure par mois pour se classer dans cette catégorie), chômeurs "âgés" (ayant dépassé 50 ans), prépensionnés pour raisons économiques, travailleurs précaires, exclus du chômage émargeant au CPAS, jeunes en attente d'un premier boulot. Avec cet inventaire, le compte des demandeurs d'emploi franchit très facilement le cap du million. En 1965, ils étaient 50.000...

En l'espace d'une trentaine d'années, 20 fois plus de personnes découvrent l'inactivité forcée. Pourtant, ceci n'inquiète ni les "optimistes" de ce pays, ni ceux d'ailleurs. Ils admettent le fait, mais se veulent rassurants. Un tel chômage accompagne naturellement le progrès, certifient ces bonnes âmes, patientez donc, et vous verrez apparaître les emplois nouveaux ! Et, afin de nous convaincre, ils commentent les crises antérieures. Celle de l'agriculture d'abord, qui a heureusement répandu son trop-plein de main-d'œuvre dans l'industrie. On ne peut le nier : beaucoup de paysans, désœuvrés par les nouvelles techniques agricoles, se métamorphosèrent en ouvriers d'usine. Puis, survint une seconde rupture, qui s'attaqua au secteur industriel. Bousculée à son tour par les performances de l'outil, la manufacture d'antan céda la place à l'entreprise moderne.

Une fois de plus, des victimes se retrouvèrent sur le carreau. Mais, là encore, une reconversion put s'accomplir. Car le personnel des fabriques, s'engouffra dans le secteur tertiaire. Les services, banques et compagnies d'assurances notamment, prirent un bel essor, absorbant nombre de salariés excédentaires. Tous ces faits, appartiennent à la vérité historique. Cependant, on peut approuver cette analyse du passé, mais à la condition de n'en point faire une loi intangible. Parce que le contexte de l'heure, ne se prête plus aux grands recyclages. Jusqu'à présent, la technologie détruisait d'abord des fonctions, pour en créer beaucoup d'autres ensuite.

La seule invention de l'automobile, qui éliminait fiacres et chevaux, nécessitait ainsi nombre de développements gigantesques. Il fallait concevoir, assembler, vendre les voitures, mais le succès de ces opérations réclamait des routes, autoroutes, ponts, parkings, garages, carburants, pneus, assurances, financements... Et le tout, en quantités énormes. Or, la révolution robotique-informatique contemporaine, ne nécessite aucune grande infrastructure de ce genre. Par conséquent, une telle mutation suscite très peu d'emplois. Alors que, chaque jour et dans tous les secteurs, elle s'active à évincer les hommes.

Les inégalités se creusent

Dans la foulée des "optimistes", surviennent les apôtres de la conjoncture. L'économie fonctionne par cycles, affirment-ils d'un air docte, nous sommes dans une dépression mais, tôt ou tard, le rebond va se faire. Dès lors, le nombre des chômeurs se réduira, grâce à cette croissance retrouvée. Ici, le mot magique censé guérir tous nos maux est exprimé : la croissance. Or, cette incantation étonne l'observateur impartial. D'abord, parce qu'on peut se demander si la progression illimitée de l'enrichissement général est possible, voire même souhaitable. Mais aussi, parce qu'on invoque le retour d'une extension de l'activité économique, d'une augmentation de l'abondance, alors que celles-ci ne nous ont jamais quittés ! Entre 1960 et 1995, la richesse mondiale produite en une année a sextuplé... nous apprend Ricardo Petrella, dans un ouvrage intitulé Le bien commun. Et, voici peu, un rapport sur le développement humain rédigé par le PNUD, confirmait ce propos. Depuis longtemps en effet, le "gâteau" ne cesse de grandir. Malheureusement, les parts de ce pactole s'attribuent de manière bien plus inégale qu'autrefois. L'opulence d'une minorité se dilate, tandis que la misère partout se répand. Ainsi, l'écart séparant aujourd'hui les pays riches et ceux du tiers monde a... triplé ! Bien plus, une telle disparité se retrouve au sein même des nations privilégiées. Là aussi, le fossé entre nantis et pauvres se creuse. En Belgique, selon une récente étude de la VUB, 10% de gens aisés posséderaient une moitié de la richesse du pays. Et, pour arriver à pareil résultat, leur fortune a cru de 185% en 10 ans ! Alors que, durant la même période, les belges aux minces ou modestes revenus (50% de la population) auront vu diminuer leurs ressources. Comme on le constate, vouloir la prospérité sans exiger une solidarité accrue, revient à confisquer la croissance au seul profit de quelques uns.

Certains ouvrent leurs yeux, pour... les refermer aussitôt ! Ils reconnaissent la situation, mais s'accrochent aux prédictions apaisantes. Celle-ci, entre autres : Si notre société peut effectivement se maintenir avec un minimum de producteurs, elle ne saurait prospérer sans une majorité de consommateurs. Sur ce plan là, nous lui sommes tous nécessaires. Par conséquent, la consommation populaire se verra obligatoirement stimulée un jour ou l'autre ; ce qui créera de l'emploi. Un tel discours cependant, manque tout à fait de réalisme. Car qui dispose d'un capital et désire se lancer dans le commerce, peut choisir entre deux options. Soit il propose un article courant et bon marché qui intéresse le grand nombre, soit il recherche une clientèle triée sur le volet. Faire fortune en écoulant des cacahuètes relève du possible, s'enrichir par la vente de pierres précieuses s'avère également vraisemblable. Débiter du tout-venant pour 6 milliards de personnes, ou vendre le grand luxe à ce milliard d'élus annoncé, procède d'un tel choix. Et, au vu de ce qui précède, la préférence des puissances financières ne laisse maintenant aucun doute...

Créer de faux besoins

Après les "consommateurs indispensables", interviennent d'autres croyants. Lesquels, tablent sur... la magnanimité du régime libéral ! Beaucoup de besoins ne sont pas satisfaits, déclarent ces doux rêveurs, il se trouve là un domaine inexploité dont on va se saisir. Et ce nouveau secteur d'activité, fournira du travail en abondance. Hélas, la politique sociale des États est à la restriction budgétaire. Et, bien évidemment, le non-marchand n'intéresse absolument pas les hommes d'affaires. Ceux-ci s'évertuent à créer un engouement pour des produits superflus, tentent de susciter maints caprices à grands renforts de publicité, plutôt que d'assouvir en philanthropes les nécessités premières. Voici deux siècles, 55 travailleurs agricoles besognaient pour nourrir 100 personnes. Aujourd'hui, il en faut encore 3. Une seule moissonneuse-batteuse, remplace 150 hommes armés de faux. Les rendements à l'hectare sont à ce point tels, que l'union européenne rétribue ses fermiers afin qu'ils arrêtent de surproduire ! Malheureusement, les céréales récoltées aussi facilement ne pourront pas être distribuées. Le blé c'est un marché, une pléthore de pains qui doivent se vendre. À qui ? Mais à ces techniciens, ouvriers, commerciaux, camionneurs qui, par exemple, conçoivent, fabriquent, vendent et transportent d'un bout à l'autre de l'Europe, d'inutiles et dérisoires schtroumpfs en plastique.

Brader la main d'œuvre

À la suite des "illusionnés", entrent en scène les illusionnistes. Avec eux, les emplois vont jaillir en pagaille, comme autant de lapins surgissant d'un chapeau. Le hic, c'est qu'il faut payer un prix exorbitant, avant de pouvoir assister au prodige. Diminuons les salaires, s'écrient ces prestidigitateurs, et vous verrez le plein-emploi se rétablir ! Car notre main-d'œuvre s'avère beaucoup trop onéreuse. A cause de cela, les patrons n'embauchent plus, délocalisent leurs activités. Ceux qui parlent de la sorte, réalisent toutefois un joli numéro d'escamotage. D'un coup de baguette magique, ils effacent la responsabilité du système, tout en faisant apparaître de singuliers coupables. Les fautifs ici désignés, se reconnaîtraient à leur gourmandise salariale. Pareil vice en effet, alimenterait un chômage endémique. On se demande alors, comment les pays à hauts salaires du Nord de l'Europe parviennent encore à maintenir des gens au travail !? Ainsi l'Allemagne, qui aligne moins de chômeurs que n'en compte l'Espagne. Pourtant, les travailleurs espagnols vendent leur sueur nettement moins cher que leurs homologues germaniques. Aussi dérangeantes pour nos magiciens en herbe, se révèlent les situations respectives de la Suisse et de l'Angleterre. Car si la main-d'œuvre helvète coûte le double de celle du Royaume-Uni, ces deux nations présentent cependant le même taux de chômage (6,5%). Dans son livre Le retour de terre de Djid Andrew, Jean-François Kahn (quoique chaud partisan de l'économie de marché) s'étonne de cet état de choses. Il s'interroge également sur les 500 premières sociétés industrielles des USA. Lesquelles, entre 1975 et 1990, n'ont créé aucun job. Or, voilà 20 ans que le salaire moyen d'outre-Atlantique stagne et, en pareil laps de temps, les plus basses rémunérations américaines accusent même un recul de 30% ! De toute évidence, légitimer de faibles rétributions en s'appuyant sur d'éventuelles créations d'emplois, appartient au domaine du leurre. Quant aux délocalisations, bien malin serait celui qui expliquerait pourquoi elles se produisent. Parce que la stratégie des grands groupes commerciaux, repose sur un machiavélisme insondable. En outre, si le coût dérisoire d'une main-d'œuvre exotique peut provoquer le départ de l'une ou l'autre entreprise, il faut savoir qu'une fiscalité attrayante, des aides à l'investissement, la conquête d'un nouveau marché, l'absence de législation sociale, une monnaie locale attractive, un régime politique fort, le manque de normes antipollution, la docilité du personnel autochtone... se montrent tout aussi déterminants.

Les dérégulateurs

La mystification atteint son apogée, lorsque s'expriment les "dérégulateurs". Pour favoriser l'emploi, supprimons toutes ces règles qui entravent le marché du travail, préconisent nos charlatans. En réalité, ils souhaitent la disparition du salaire minimum garanti, des indemnités de licenciement, du préavis légal d'éviction,... D'après eux, de telles "rigidités" découragent la volonté d'entreprendre, effraient les investisseurs. Ils veulent alors remplacer les droits acquis, par des revenus professionnels fluctuant au gré de l'offre et de la demande, associés à une totale flexibilité des travailleurs. Une fois de plus, pareils propos s'apparentent à un tour de passe-passe. Car, en période de chômage intensif, "libérer" les salaires conduit immanquablement à la baisse de ceux-ci. Dès lors, la consommation des ménages viendrait encore à régresser ; avec pour corollaire un... accroissement du nombre des sans-emploi ! D'autre part, voici des gens qui n'hésitent pas à créer maintes entreprises, qui investissent dans ce but en bâtiments, terrains, matériel, machines, qui brassent les millions, les milliards, qui spéculent. Et ceux-là, tout à coup, se disent apeurés par un possible retournement de la conjoncture. À tel point que, pour les rassurer, il faudrait qu'ils puissent congédier aisément leurs salariés. L'emploi serait à ce prix. Car, à les écouter parler, des licenciements aujourd'hui susciteraient de l'embauche dès demain ! Vraiment, les ficelles actionnant de semblables artifices sont par trop énormes.

Quand une situation paraît inquiétante, on peut se rassurer en manifestant de l'agressivité. Quoi de plus facile alors, que de s'en prendre aux victimes de la nouvelle donne économique ? Fatalement, bien des hargneux se défoulent de la sorte : Les chômeurs se complaisent dans leur paresse. Mais celui qui cherche activement du travail, en trouve. Cette façon de montrer du doigt, est à ranger parmi les préjugés inconsistants. Des statistiques réalisées par groupe socioprofessionnel, indiquent qu'il y a beaucoup plus de suicides chez les demandeurs d'emploi. Car au sein d'une société comme la nôtre, travailler reste -malheureusement- le moyen traditionnel de se valoriser. Aussi, qui se retrouve au chômage perd souvent la considération de son entourage, et l'indispensable estime de soi. Si l'on ajoute à ces tourments les inévitables difficultés matérielles, l'image caricaturale du "joyeux-chômeur-qui-ne-cherche-pas-du-boulot" se ternit tout à fait.

Cette sorte d'aigreur, qui requiert un bouc émissaire, attaque aussi dans une autre direction. Il y a 10 millions d'habitants en Belgique, dont 330.000 étrangers non-européens. Ceux-ci deviendront des coupables idéaux, comme désignés par ces rancœurs anciennes, lesquelles jadis flétrissaient les Juifs. Rien de neuf donc, quant à la "solution" préconisée : Les immigrés prennent le boulot qui appartient aux gens de chez nous. Renvoyons ces intrus dans leur pays, et le chômage des belges diminuera de façon radicale. Ce qui procède d'une logique invraisemblable. Pour faire preuve de réalisme, il convient d'ôter de la population décriée, les femmes au foyer, les enfants, les étudiants, les personnes âgées, les spécialistes attachés aux multinationales (principalement américains ou japonais). En effet, seuls nous intéressent ici les migrants susceptibles d'occuper un poste de travail qui pourrait convenir à un belge. Cette soustraction accomplie, on constate aussitôt que la main-d'œuvre allogène correspond à quelques dizaines de milliers d'unités. Pour rappel, précisons que le nombre des demandeurs d'emploi dépasse largement le million...

Ces chiens qui naguère tiraient des charrettes, ont eu de la chance. Personne n'a tenté de les river à leur fardeau, en usant de semblables arguments trompeurs. Chez les humains par contre, ces raisonnements fallacieux s'insèrent dans une dialectique favorable au travail. Depuis deux siècles, l'idéologie dominante s'applique à métamorphoser le labeur quotidien en chose éminemment désirable. Beaucoup s'y sont laissé prendre. Décrocher une situation, alimente bien des rêves. Alors, avec une aussi somptueuse "carotte", soumettre les hommes devient un jeu d'enfant. Ils seront prêts à toutes les capitulations, pour peu qu'on les assure d'un avenir sans surprise, qu'on leur garantisse un inébranlable esclavage salarié.

Manipulations

Le pouvoir, ne peut indéfiniment promettre des emplois qui n'existent plus. Il va donc manœuvrer, avant que n'émerge une prise de conscience générale. Son premier mouvement, lui fera dissimuler l'ampleur du chômage. Le comptage ponctuel de ce dernier, doit impérativement montrer des chiffres évoluant à la baisse. Pour obtenir pareil résultat, on "oubliera" dans les statistiques certaines catégories de sans-emploi. Mais aussi, l'exclusion systématique se verra programmée. La Hollande, relègue ainsi nombre de ses chômeurs parmi les invalides. Quant à la Belgique, elle expédie son "excédent" chez les pauvres. Dans notre pays, 36% des personnes émargeant aujourd'hui aux CPAS, sont les victimes d'une telle mise à l'écart. L'autorité, ensuite, fera tout pour gagner du temps. Dans l'immédiat, elle essayera d'éviter un "bain de sang social". Cet objectif, prescrit de modérer quelque peu le zèle des grandes entreprises. Lesquelles, envisagent des restructurations sans fin. Le secteur bancaire belge à lui seul, menace de mettre 45.000 personnes sur le pavé. Or, cette possible catastrophe, bientôt ne sera plus d'actualité. Les prochaines années verront le "baby-boom" d'après la guerre, se transformer en "papy-boom" dès l'an 2000. À ce moment, aucun patron ne voudra se défaire avec brutalité d'une main-d'œuvre superflue. Il suffira de patienter, tout en ne remplaçant pas ceux qui partent à la retraite. Le volume du travail disponible diminuera sans cesse, mais à la façon d'une hémorragie s'épanchant au goutte à goutte. Et à côté des sans-travail, peu à peu, grandira la multitude des pensionnés.

L'ordre social bourgeois se perpétue en maintenant chacun "à sa place", c'est-à-dire "à l'ouvrage". En conséquence, des désœuvrés nombreux et permanents représentent un péril pour qui jouit d'une position dominante. Une telle situation sans issue, propulse en effet les pensées séditieuses (Que bascule donc la société, parce qu'elle ôte tout avenir à mes enfants, puisqu'elle m'oblige à végéter ma vie durant !). C'est pourquoi, nos instances politiques ne se contenteront pas de maquiller le chômage pléthorique, ni de temporiser. Encore voudront-elles justifier ces "temps difficiles". Les hommes acceptent de souffrir en silence, mais il faut donner un sens aux maux qui les accablent. Sinon, leur colère éclate. Aussi, la mondialisation de l'économie, sera présentée aux populations sous l'angle de la fatalité. On ne se révolte pas contre l'injustice du sort. Et la guerre commerciale planétaire, s'analysera comme pure catastrophe naturelle. Personne ne l'aurait souhaitée, déclenchée, encouragée, mais elle est là. Dès lors, il conviendrait de combattre avec enthousiasme, si l'on veut gagner la bataille de l'emploi. Dans cette optique, un chômage important résulterait d'innombrables défaites, serait la juste sanction de nos coupables faiblesses. On ne nous dit évidemment pas, qu'un tel conflit ne s'arrête jamais.

Gestion politique
d'une guerre économique...

Parce que la guerre économique devient projet de société, le débat politique dégringole au niveau des "gestionnaires". Péroraisons et programmes de partis, expliquent alors comment promouvoir productivité, rentabilité, compétitivité. En fait, la gent politicienne accompagne le pouvoir mercantile dans sa fuite en avant. Et, le mirage du plein emploi lui tient lieu d'alibi. Dans cette logique de conflit, l'appui aux entreprises se fait objectif prioritaire. Aides à l'investissement, réductions de charges patronales, primes à l'embauche... ponctionnent de plus en plus la richesse collective. L'impôt également, accentue ce transfert. Ces dernières années, en Belgique, la fiscalité des sociétés s'est allégée de 3%. Par contre, les contributions pesant sur le simple quidam se sont accrues (à cause de la non-indexation des barèmes fiscaux, et par des cotisations spéciales dites "de solidarité"). De la sorte, le revenu issu du travail se voit très lourdement taxé (généralement, de 30 à 50% d'imposition). En revanche, pour les dividendes versés par nos entreprises à leurs associés, le prélèvement fiscal chute à 25% (si la rétribution est anonyme) et même à 15% (si elle s'avère nominative). Qui vit de telles rentes, paie donc un impôt deux fois moindre que celui retenu sur un salaire ! Toutefois, l'injustice fiscale sévit également dans le monde des affaires. Si les petites et moyennes sociétés doivent acquitter un tribut de 39% sur leurs bénéfices annuels, les puissantes multinationales, elles, ne verseront que 8%. Par le biais de plusieurs Arrêtés Royaux, notre pays accorde cette faveur aux trusts, à condition qu'ils génèrent un chiffre d'affaires minimum de 5 milliards par an. Mais, bien d'autres exemples pourraient illustrer la bienveillance des gouvernants, de Belgique ou d'ailleurs, envers le grand patronat. Et le projet AMI, n'en serait pas le moins édifiant. Dans ces conditions, l'euphorie régnant au sein des places boursières se comprend sans peine. Ainsi l'indice Bel 20 (impliquant les 20 premières entreprises belges) a-t-il bonifié de 50% en 1998. Significatives aussi, les actions D'Ieteren et celles de la firme Colruyt qui, en l'espace d'une dizaine d'années, auront eu leur valeur multipliée par 18 et 29 !

Ces gains générés par la Bourse de Bruxelles, paraissent fort modestes si on les évalue à l'aune de Wall Street. Depuis une décennie, l'ensemble des cotations à New York accumule les scores mirifiques (jusqu'à 775% de hausse en quelques années). Exemplaire donc, apparaît l'action Microsoft, rapportant 300 fois la mise initiale. Autrement dit : qui aurait investi 500.000 francs dans l'entreprise de Bill Gates, en 1986, posséderait à présent des titres pour un montant de 150 millions. Précisons encore que dans la plupart des pays, tout comme chez nous, ces plus-values boursières ne sont pas taxées...

Le modèle américain...

Tant d'argent facilement gagné, aiguise bien des appétits. Par conséquent, les USA deviennent pour certains, le modèle qu'il convient d'importer en nos contrées. Seule l'économie américaine fonctionne convenablement, s'exclament ces "enthousiastes". Et de citer en vrac : la forte croissance du PIB d'outre-Atlantique (5,6% lors du dernier trimestre 98), les 18 millions d'emplois créés en peu de temps, le faible taux de chômage (4,5%)... Allégations aussitôt reprises en chœur, par les néo-libéraux de tous poils. Pourtant, si l'on y regarde de plus près, un tel engouement ne se justifie en rien. L'économie des States fonctionne, certes, mais parce qu'elle s'appuie sur le crédit. L'État, les entreprises, les particuliers américains dépensent plus qu'ils ne gagnent. La dette extérieure des États-Unis atteint aujourd'hui 2.000 milliards de dollars ! Quant au déficit de leur balance commerciale, il correspond à 255 milliards (alors que l'Union Européenne affiche, toujours dans la même monnaie, 100 milliards de boni). De même, parler d'innombrables créations d'emplois, paraît pour le moins abusif. En fait, leurs entreprises ont d'abord licencié en masse, supprimant des postes stables et bien payés. Or, comme là-bas les allocations de chômage prennent fin après six mois, des millions de gens se sont vite retrouvés dans une situation intenable. Cette main-d'œuvre aux abois, a alors permis l'éclosion de sociétés spécialisées en sous-traitance ou services. Ce qui ne pouvait être rentable auparavant, devenait à présent lucratif en utilisant des travailleurs taillables et corvéables à merci. Nouveaux emplois dès lors, ces jobs précaires, à temps partiel, au salaire horaire ridicule, sans protection sociale aucune. Nouveaux emplois encore, ces "indépendants" : promeneurs de chiens, livreurs de pizzas, emballeurs et pousseurs de caddies pour clientèle de supermarché,... L'abondance de semblables "métiers", imposés par la panique, explique pourquoi le taux de chômage paraît si faible. Supercherie avérée que ce "miracle américain" ; hélas, le dogme se répand quand même...

... et son hégémonie mondiale

De par une mystique commerciale délirante, l'Amérique bénit ce qui lui ressemble. Et ses grands prêtres (FMI, Banque Mondiale, OCDE) propagent l'intégrisme économique libéral. Le premier commandement de ces nouvelles "tables de la loi", condamne l'État-providence. Haro donc sur la sécurité sociale chère aux Européens. Convertis, nos gouvernants ont l'austérité budgétaire pour credo, afin d'alléger la pression fiscale sur les entreprises. Amoindrissant ainsi la qualité des existences, pour rehausser la quantité de biens produits. Mais pareil acte, apparaît éminemment vertueux si l'on s'en réfère à l'orthodoxie marchande. Les chiffres cités par le PNUD, sont à cet égard caractéristiques. Évalués d'après le seul Produit Intérieur Brut, les USA se classent premiers dans le pool des 17 pays les plus industrialisés du monde. En revanche, ils rétrogradent au dernier rang lorsqu'on analyse la mortalité infantile, l'espérance de vie des adultes, le taux d'alphabétisation, le degré de scolarité, le nombre des pauvres, la délinquance, la proportion de gens en prison. Car au pays des milliardaires, survivre avec une maigre paie, c'est d'abord l'impossibilité de souscrire aux assurances. Dès lors, pas de retraite envisageable, mais l'obligation de travailler jusqu'à son dernier souffle. Pas question non plus, de restaurer une santé déficiente par des soins médicaux appropriés ; ni d'envoyer à l'hôpital le conjoint ou l'enfant malade. Sans argent, le coût prohibitif des études interdit à sa descendance l'accès aux bonnes écoles. Pour se loger au moins cher, il faut habiter dans quelque sinistre quartier. Et là, résister à la tentation d'améliorer l'ordinaire au moyen du trafic, du vol, de la prostitution. C'est également l'angoisse permanente de sombrer tout à fait ; de dépendre d'une "aide sociale" impérieusement limitée dans le temps, correspondant environ à la moitié de ce qu'octroient nos CPAS. Voilà, ce qui se cache derrière les statistiques. Voilà, vers quel guet-apens on veut nous mener.

Le piège est bien conçu. Bien camouflé aussi. Rares sont ceux qui décèlent le traquenard. C'est pourquoi les populations avancent docilement, en direction du pire. Subjuguées, parce qu'on leur promet une prospérité salvatrice, grâce au plein-emploi retrouvé. Parce que maintenant, le labeur des hommes tient lieu de religion. Et cet appât magique, les attire dans la nasse.

L'attachement idolâtre au travail, provient d'une confusion. Travailler un minimum pour combler ses besoins essentiels, et ceux de la collectivité, se définit comme activité naturelle, légitime, valorisante. Par contre, s'échiner huit longues heures par jour, pendant 45 ans, aux seules fins d'enrichir État, actionnaires ou patron, témoigne d'un système oppressif. La plupart du temps, l'emploi s'envisage sans tenir compte d'un tel discernement. Peu de gens considèrent le but premier du travail ordinaire. Lequel veut que l'on se plie aux servitudes monnayées, pour mieux conforter les hiérarchies au pouvoir.

L'alternative libertaire

En 1894, quelques jours avant son exécution, l'anarchiste Émile Henri écrivait ces lignes : Beaucoup d'ouvriers sont occupés à des travaux inutiles à la société [...] Beaucoup aussi, sont frappés par le chômage [...] Ajoutez à cela qu'un nombre considérable d'hommes valides ne produisent rien : soldats, prêtres, policiers, magistrats, fonctionnaires,...[...] Considérons en outre que [...] le total des produits manufacturés est quatre fois plus considérable, et le total des produits agricoles trois fois plus considérable que la somme nécessaire aux besoins de l'humanité [...] Nous pouvons donc tirer la conclusion suivante : une société où chacun collaborerait au travail commun [...] n'aurait à demander à chacun de ses membres valides qu'un effort de deux à trois heures (par jour) peut-être moins... Ce petit texte, indique quelle était la position radicale du mouvement libertaire envers le travail salarié. Cette dénonciation, gardera toute sa véhémence au fil des années. Aussi, lorsque les prolétaires deviendront de surcroît consommateurs, les anars s'opposeront à cette aliénation nouvelle qui séduit. Avec moult slogans comme Ne travaillez jamais ! ou Ne plus perdre sa vie à la gagner, mai 68 attaquait une abondance fabriquée pour maintenir les travailleurs sous le joug. Mais, la création de besoins factices, s'accompagne obligatoirement d'une production surmultipliée. Dès lors, l'assujettissement des besogneux allait encore changer de forme. Et, dans un livre prophétique, Bye,bye, turbin !, parut en 1975, Yves Le Manach, compagnon libertaire et collaborateur de ce journal, annonçait les situations à venir : De par son essence même (recherche du profit dans la compétition) la bourgeoisie ne peut se permettre de remettre en question le travail qui est la justification de sa réussite, de son idéologie. Qu'elle reconnaisse l'inutilité du travail, et son monde s'écroule. Cependant, dans une superbe contradiction, elle ne peut s'empêcher de développer les forces productrices, et à mesure que la grande industrie automatisée se développe, la création de richesses dépend de moins en moins du travail. Et Yves de conclure : Revendiquons l'automation et, au travers d'elle, la fin du travail.

L'anarchie enfin réalisée, supprimerait bien des fonctions, bien des intermédiaires, bien des "gadgets" et, par répercussion, bien du travail inutile. En attendant ce jour, nous devons vivre au cœur d'un monde reposant sur le futile. Or, malgré ce gaspillage érigé en dogme économique, les emplois disparaissent. Dans sa course débridée, une productivité folle a dépassé depuis longtemps la consommation des objets, laissant derrière elle saturation et chômage. Informatique, électronique, robotique, permettent de produire comme jamais auparavant, gestions et managements nouveaux diminuent le personnel en augmentant les cadences, fusions d'entreprises ou accords inter-trusts éliminent toute concurrence commerciale de faible envergure. Cela, il faut le dire. Assez de mensonges ! Le plein-emploi ne reviendra jamais ! Mieux même, du travail, il y en aura de moins en moins. Une telle prise de conscience cependant, intervient pour nous aider. Car percevoir l'événement, conduit à cette évidence : notre société doit se modifier. Comment ? Mais en partageant, et les postes encore disponibles, et la richesse suscitée. C'est-à-dire - pour l'exprimer plus concrètement - en réduisant de façon drastique le temps consacré au travail (25, 20, 15, 10 heures par semaine ?). Mesure à laquelle s'adjoindrait une redistribution pécuniaire, octroyée sous la forme d'un revenu de citoyenneté (allocation universelle). Vu sous cet angle, le danger d'un piège menaçant se transforme en réelle opportunité. D'ailleurs, avec d'autres intellectuels éminents, André Gorz ne s'y est pas trompé. Son dernier ouvrage, consacré à la disparition du travail et à l'allocation universelle, porte ce titre éloquent : Misères du présent, richesse du possible. Quant à nous, qui refusons toute domination de l'homme par l'homme, le contexte de l'heure nous fait la plus belle promesse. Car cette fin du travail, concrétiserait une part majeure de l'idéal libertaire : la suppression de l'esclavage salarié.

La fin du prolétariat

Cette fin du prolétariat, beaucoup n'en veulent pas. De quoi vivraient-ils, s'il n'y avait des prolétaires à plumer ? Oublions, l'espace d'un instant, les exploiteurs bien connus ; aisément identifiables par l'argent qu'ils ponctionnent. Concentrons-nous plutôt sur les "défenseurs de la classe ouvrière". De ceux-là, on ne se méfie guère. Ici encore, ouvrons le livre d'Yves Le Manach : Que deviendraient les syndicats et les partis ouvriers, sans travailleurs ? Que l'on augmente les salaires, que l'on améliore les conditions de travail, oui, mais surtout que l'on ne remette pas en question le travail. Car syndicalistes et politiciens "de gauche", s'activent au sein d'organisations exigeant la prépondérance de leur groupe. Dès lors, afin d'acquérir ce pouvoir tant convoité, les "réformistes" ont besoin d'une "clientèle", et les "révolutionnaires" d'une "masse" ; agissant de ce fait en faune parasite, qui prospère sur la sueur du grand nombre. Ainsi, grâce à l'aval des classes laborieuses, une "gauche réaliste" rejoint la "droite sociale" au plus profond de la "pensée unique". Tout comme on nous vante le "droit au travail" et la "dictature du prolétariat", puisque ces concepts introniseraient l'État-patron communiste. Mais, une fois de plus, mentionnons l'ouvrage précité : Opposer le pouvoir du prolétariat au pouvoir de la bourgeoisie, c'est ne pas tenir compte du devenir du prolétariat qui est sa propre disparition [...] À quoi servent ceux qui veulent améliorer le travail à ceux qui ne veulent plus travailler ? Yves, à ce moment pointe un doigt accusateur : Nous servons à justifier votre existence [...] Ce qui vous gêne le plus, c'est le fait que l'automation vous remette autant en question que la bourgeoisie, dans la mesure où elle remet en question le travail lui-même [...] Pour vous, les revendications sont uniquement quantitatives, et vous vous arrangez pour qu'elles cadrent avec les intérêts du pouvoir [...] L'usine à laquelle vous nous attachez par votre complicité revendicative [...] on la vomit. Et, dans un cri de colère, notre camarade lance avec force : Salauds ! On les connaît vos usines, vos partis, vos syndicats.

Élargir et regrouper

Seul l'avènement de la société libertaire permettra l'émancipation totale des individus. Afin d'aboutir à tel résultat, tous les moyens d'agir doivent être envisagés. Ces outils, sont divers : encourager l'autogestion systématique, organiser la grève générale, multiplier les collectifs, se présenter aux élections, déclencher une révolution... Reste à faire le bon choix. Pour cela, constatons d'abord que les regroupements situés à gauche, recherchent le pouvoir. Ce qui rend un partenariat impossible. Dès lors, notre projet repose entièrement sur une large adhésion populaire. Ce soutien des populations, constitue donc le repère obligé. Refuser pareil guide, conduirait à s'enfermer dans quelque ghetto politique. Un de ces lieux où rien ne bouge, où le rêve tient lieu de pensée, où l'action appartient au domaine de la bricole.

Le nombre des familles sensibilisées par le problème de l'emploi, est énorme. Presque tous les ménages alignent un ou plusieurs salariés, un ou plusieurs chercheurs de boulot. En conséquence, une importante réduction du temps de travail (afin de le partager) susciterait un intérêt général. De même, octroyer à tous un revenu de citoyenneté, éveillerait de nombreuses sympathies. Déjà, cette idée se répand au sein du public. Dès à présent, deux formations politiques (Écolo et Vivant) inscrivent l'allocation universelle à leur programme (1). En Hollande, ils sont trois partis à proposer semblable alternative ; quatre en Irlande. Mais combiner ce travail restreint avec cette rente en espèces, obtiendrait plus de succès encore. Soyons en sûr : la volonté manifeste de distribuer à la fois du temps libre et de l'argent, vaudrait aux anarchistes des appuis en pagaille. C'est pourquoi pareil dessein incarne un authentique levier, capable seul de renverser le vieux monde.

Ici et maintenant, il nous faut mettre un terme à cet asservissement séculaire fondé sur le travail. Tel s'énonce le combat de notre génération. En réalité, nous n'avons guère le choix. Sans contre-attaque de grande ampleur, c'est un désastre qui se profile. Nul besoin de jouer au prophète, comme Ian Angell, pour détailler cette éventualité catastrophique. Il suffit simplement, de relire Émile Zola. Car, le futur alors tient en un mot : régression. Et si demain est ainsi fait, verrons-nous à nouveau de ces malheureux chiens attelés aux charrettes ?

Gablou (Liège)


(1) L'allocation universelle évoquée ici, ne correspond nullement à ce produit électoral dont on nous rabat aujourd'hui les oreilles. Certes, les gens à la tête de Vivant ont vu clair. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à parier sur l'avenir, en misant des dizaines de millions sous forme de propagande. Cependant, ce que l'on nous propose ainsi à grands renforts de publicité, a tout l'air d'un atrappe-gogos. En outre, l'allocation universelle ne peut se considérer tel un but qu'il convient d'atteindre, mais bien comme le moyen d'avancer vers un socialisme libertaire. On en reparlera...



 
La brochure sur le travail




 

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